Thibaut Detal (23 ans) séjourne actuellement dans le Limbourg, loge à l'hôtel et fréquente deux fois par jour la salle de torture d'un kiné chargé de lui réparer le genou. Le travail en solitaire, ce fut souvent sa pauvre ration depuis avril 2007. " Je traînais une excroissance osseuse au talon ", raconte-t-il. " En avril, j'ai décidé de me faire opérer. Je comptais être retapé pour la reprise. Mais j'ai chopé tout ce qu'il est possible de choper comme complications. Un staphylocoque doré. Un problème de fixation du calcium sur les os. Pendant un mois, on m'a fait des piqûres de calcium tous les jours. Je n'ai jamais pu m'entraîner convenablement pendant l'été. En septembre, j'ai commencé à souffrir d'un genou. Ça s'appelle le syndrome de l'essuie-glace. C'est un frottement de fibres qui fait très mal. Beaucoup de coureurs à pied en souffrent. Je ne ressens aucune douleur lors des exercices d'explosivité mais le mal s'installe dès que je cours pendant un moment, dès que je fais un mouvement répétitif. Et c'est horrible chaque fois que je descends des escaliers. On m'a prévenu que c'était une vraie crasse. Je me donne encore quelques jours de kiné, et si ça ne va pas, je repasse sur le billard. Je devrais alors rester inactif pendant deux mois car la cicatrisation sur l'extérieur du genou est compliquée. Je ne reprendrais pas l'entraînement avant le mois d'avril. Et je suis fin de contrat en juin "...
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Thibaut Detal (23 ans) séjourne actuellement dans le Limbourg, loge à l'hôtel et fréquente deux fois par jour la salle de torture d'un kiné chargé de lui réparer le genou. Le travail en solitaire, ce fut souvent sa pauvre ration depuis avril 2007. " Je traînais une excroissance osseuse au talon ", raconte-t-il. " En avril, j'ai décidé de me faire opérer. Je comptais être retapé pour la reprise. Mais j'ai chopé tout ce qu'il est possible de choper comme complications. Un staphylocoque doré. Un problème de fixation du calcium sur les os. Pendant un mois, on m'a fait des piqûres de calcium tous les jours. Je n'ai jamais pu m'entraîner convenablement pendant l'été. En septembre, j'ai commencé à souffrir d'un genou. Ça s'appelle le syndrome de l'essuie-glace. C'est un frottement de fibres qui fait très mal. Beaucoup de coureurs à pied en souffrent. Je ne ressens aucune douleur lors des exercices d'explosivité mais le mal s'installe dès que je cours pendant un moment, dès que je fais un mouvement répétitif. Et c'est horrible chaque fois que je descends des escaliers. On m'a prévenu que c'était une vraie crasse. Je me donne encore quelques jours de kiné, et si ça ne va pas, je repasse sur le billard. Je devrais alors rester inactif pendant deux mois car la cicatrisation sur l'extérieur du genou est compliquée. Je ne reprendrais pas l'entraînement avant le mois d'avril. Et je suis fin de contrat en juin "... C'est donc la crise - et une grosse - pour ce médian défensif qui fut considéré comme un espoir de notre foot. Du championnat 2002-2003 à la campagne 2005-2006, il avait pris le pli de disputer une vingtaine de matches par saison. Il fréquenta la génération dorée des Espoirs de Jean-François de Sart. Aujourd'hui, tous ces bons souvenirs semblent vieux d'un siècle. " Je n'ai pas compté les infiltrations qu'on m'a faites depuis un an. Et depuis mon opération, je n'ai jamais pu m'entraîner deux semaines d'affilée avec le groupe. Vélo, piscine, musculation, exercices individuels : tout cela, oui, par contre, je connais ". Temps de jeu dans le championnat en cours : rien, nada ! Thibaut Detal : Ouais... (Il soupire). Et je n'avais déjà pas beaucoup joué la saison dernière : 9 matches, jamais complets, une misère. Mentalement, j'ai touché le fond. Dès que mon corps me le permet, je bosse comme un malade pour revenir. Mais les problèmes s'enchaînent. La frustration est énorme. Je ne sais pas si j'étais sérieux au fond de moi-même... mais oui, ça m'a traversé l'esprit. Faire autant d'efforts pour ne rien recevoir en retour, c'est dégoûtant. J'essaye de ne pas trop y penser. D'abord me soigner, ensuite songer à mon avenir. Si je ne guéris pas dans les prochaines semaines, il n'y aura sans doute même pas de discussion avec le Sporting. Je n'ai pas envie de terminer mon aventure carolo sur une fausse note pareille. Et je pense qu'on raisonne aussi comme ça au club. Cela fait une éternité que je n'ai plus rien pu montrer. C'est d'autant plus frustrant qu'il y avait une place à prendre dans l'équipe. Cristian Leiva n'est pas irréprochable, on a dû faire jouer Tim Smolders au médian défensif. Si j'avais été opérationnel, j'aurais pu faire mal. Quand ton concurrent direct est titulaire, c'est mieux pour toi s'il est mauvais car ça te permet d'avoir une chance. C'est malheureux à dire, c'est pourtant la vérité. Mais non, je suis impuissant. Avec tous les problèmes que je connais depuis quelques mois, ce serait logique que je songe maintenant à descendre d'un cran, à me relancer plus bas. Mais non, je veux m'accrocher à la D1. Mon agent m'a fait remarquer qu'on revenait rarement en première division après une excursion en D2. Il a raison. Oui, j'avais joué 15 matches du premier tour. Sébastien Chabaud, l'autre médian défensif, s'est blessé gravement. Tout le monde pensait que j'allais m'installer définitivement. Moi en premier. Mais Charleroi a transféré Sergiy Serebrennikov. C'était en janvier 2006. Une claque terrible. Je ne m'en suis jamais remis. C'était comme si on me reprenait en une fois toute la confiance qu'on m'avait donnée. Jacky Mathijssen ne m'a presque plus fait jouer au deuxième tour parce qu'il est passé de deux à un seul médian défensif. Idem la saison passée : je n'ai commencé que deux matches. Je n'ai rien compris. Je ne lui ai pas posé de questions non plus. Pour moi, c'est un super entraîneur, mais il est beaucoup plus froid et distant que les autres que j'ai connus au Sporting. Bon, les résultats lui ont donné raison et je n'ai donc pas le droit de dire que je devais jouer plus sous l'ère Mathijssen. Il n'empêche que ça me frustre méchamment. Ne pas jouer, c'est une chose. Ne pas savoir pourquoi je ne peux plus être dans l'équipe, c'est ça le plus dur. Mais on a fait venir Leiva : un deuxième gros coup sur la tête. Je n'ai pas envie de parler d'une cassure avec Charleroi... mais ces deux transferts ont brisé quelque chose. Avant l'arrivée de Serebrennikov, je sentais qu'on comptait sur moi. Les dirigeants me parlaient facilement et régulièrement. Thibaut Detal, c'était tout beau, tout rose. La situation a méchamment évolué entre-temps. J'ai senti qu'on ne raisonnait plus du tout de la même façon. Je suis devenu le petit réserviste parfait, celui qu'on ne paye pas cher et qui ferme sa gueule ! Je ne suis pas un cadre, donc je n'ai pas un gros salaire. Et je ne pleurniche jamais : ni dans le vestiaire de l'entraîneur, ni dans le bureau des dirigeants. Je veux que ça change, j'en ai marre de cette étiquette. Je viens d'avoir 23 ans, je ne me souviens plus du dernier match à domicile que j'ai commencé tellement c'est loin : stop, je veux maintenant autre chose. Je suis footballeur, c'est pour jouer au foot, pas pour garnir le banc. Si on me propose de prolonger mais si je ne sens pas plus de confiance, ça ne me tente pas. Je ne peux plus me permettre de rester un éternel espoir. Si je veux rester un joueur de D1, il faut que j'explose vite. Je ne demande pas grand-chose pour qu'on me permettre d'arriver à mon objectif : qu'on m'offre une vraie chance dès que je serai guéri. Et si je n'arrive pas à la prendre, là, je me dirai que c'est ma faute, que je n'ai sans doute pas assez de qualités. Quand je parle d'une vraie chance, ce n'est pas ce que Mathijssen m'a donné la saison dernière. Je rentrais parfois pour le dernier quart d'heure, parce qu'il fallait un deuxième médian défensif pour protéger le résultat. Dès que je passais la ligne médiane, je l'entendais gueuler... Impossible de me mettre en évidence dans des conditions pareilles. Les gens ne voyaient même pas que j'étais sur le terrain. Mais Mathijssen était enchanté : il tenait ses statistiques et me faisait remarquer qu'on n'encaissait plus jamais quand j'étais sur le terrain en fin de match. Pour lui, ça suffisait. Pour moi, ce n'était pas assez. Travailler, mettre le pied, je le fais : c'est une facette de mon caractère. C'est grâce à cela que je me suis révélé en D1. Je n'avais pas le choix parce que je ne suis pas un grand technicien. L'autre facette, c'est ma façon de me comporter, de gérer mes rapports avec mes coéquipiers par exemple : et là, c'est clair que je m'y prends mal. Je ne me suis jamais disputé avec un entraîneur ou un coéquipier. Je cherche à plaire à tout le monde. Je suis le mec qui dit oui à tout, qui dit amen à tout le monde. Je prends sur moi, j'encaisse. J'ai fini par comprendre que ce n'était pas la bonne méthode pour m'imposer dans ce milieu. Je dois devenir plus égoïste. Il faut que j'arrête de m'occuper de tout et de tout le monde. Je veux rester gentil et respectueux, mais pas trop. Si je rate une passe, je m'excuse. Quand il était à Charleroi, Robert Waseige m'avait engueulé pour ça : -Bon sang, arrête de t'excuser. J'ai plein d'autres exemples. Si un joueur n'a pas envie de prendre le sac de ballons, il ne le prend pas car il sait que Detal est derrière pour le faire. Et je prends systématiquement ma voiture pour les trajets du stade au complexe d'entraînement, je charge des coéquipiers. Ce sont toujours les mêmes qui se tapent la corvée. C'est plus facile d'aller dans la bagnole d'un autre pour ne pas devoir nettoyer la sienne. Parce qu'évidemment, nous ne sommes pas toujours très propres en revenant de l'entraînement. Il faut que j'arrête et que je dise aux profiteurs : -Je m'en fous que tu aies une belle caisse, tu peux aussi la prendre de temps en temps. Et le joueur qui doit se faire reconduire chez lui, il sollicite qui ? Devine. Je veux arrêter tout ça. Taxi Detal, c'est fini ! Je dois arrêter de me laisser marcher dessus, pouvoir dire : -Tu m'emmerdes, dégage. Ça va se faire naturellement, tellement j'en ai marre. Quitte à me mettre des gens à dos. Tant pis. Basta, maintenant je veux penser à moi. Je dois prendre le foot pour ce qu'il est : le plus individuel des sports collectifs. Cette étiquette de Thibaut-le-gentil, j'en ai marre. (Il rigole). Je vois ce que tu veux dire. La bagarre entre Brice Jovial et Grégory Christ pendant le stage de l'été. J'ai entendu un vacarme infernal dans leur chambre. J'y suis allé, et quand j'ai découvert le tableau, j'ai estimé que je devais intervenir. Je ne pouvais pas laisser des coéquipiers se taper dessus. Ils se battaient avec du verre et je l'ai payé : une cicatrice au bras, une autre dans le dos. On ne m'y reprendra plus. En me mêlant de tout pour faire plaisir, j'ai l'impression de faire avancer les autres mais de reculer moi-même. J'ai maintenant compris une vérité : être gentil dans le groupe et être un bon footballeur, ce sont deux choses incompatibles. A chacun son style. Chabaud n'est pas méchant mais il est très bon. Sans doute. Je prends peu de cartes : ce n'est pas normal. Surtout à ma place. Maintenant, il ne faut pas être con non plus et risquer des exclusions inutiles. J'aimerais qu'on dise plus tard : -Detal ne mettait pas le pied comme Fellaini mais il a réussi une belle carrière. Attention, j'ai quand même une bonne dose d'agressivité dans mon football. Mathijssen appréciait mon engagement. Il savait que s'il me lançait, j'allais courir jusqu'aux crampes. Il aimait aussi ma discipline. S'il me demandait de faire A-B-C, je ne faisais pas B-A-C ou C-B-A. Dante Brogno était venu me pêcher dans le noyau B quand il avait besoin de gars capables de se battre. Il estimait que j'avais le profil. Après lui, Waseige m'a aussi fait confiance. J'ai tourné la page. Mais il n'y a pas longtemps. Dans les mois qui ont suivi, j'ai eu envie de ne plus exister. C'était comme si j'étais le responsable de la défaite. Tout ça pour une mauvaise passe. Pas à l'entrée du rectangle mais dans le rond central. Il y avait cinq coéquipiers derrière moi pour récupérer mon erreur, en plus du gardien. Mais on a tout mis sur mon dos. On m'a beaucoup chambré. Quelques semaines après ce match, Serebrennikov débarquait à Charleroi. Un Ukrainien ! Des coéquipiers m'ont dit : -Ton frère arrive. Récemment encore, on m'a ennuyé. Nous étions à l'aéroport pour prendre l'avion vers la Turquie. Un vol pour Kiev était annoncé. Un coéquipier m'a demandé si je prenais celui-là. C'est marrant... Je n'ai plus beaucoup joué à Charleroi non plus, donc je n'étais pas indispensable en Espoirs. Si on est dans un club wallon, il faut être titulaire et bon chaque semaine pour avoir une chance d'être repris en Espoirs. En Flandre, il suffit d'être réserviste... Ou titulaire en Juniors... C'est toujours la même rengaine : on te fait croire que tu vas avoir ta chance mais tu ne la reçois jamais. OK, je l'ai eue contre l'Ukraine. Je n'avais pas joué une seule fois en qualifications mais on me lance à 5 minutes de la fin de ce match incroyable, alors que les Ukrainiens mettent une pression infernale. Comme circonstances pour entrer, ce n'était pas top. L'équipe Espoirs peut t'amener haut mais elle peut aussi te frustrer très fort. Avec le recul, je me dis qu'elle m'a amené plus de mal que de bien. Si tu es titulaire, c'est une belle vitrine. Mais pour y vivre ce que j'y ai vécu... Je me demande ce qui serait arrivé s'il n'y avait pas eu ce match contre l'Ukraine. C'est juste après ça que j'ai perdu ma place à Charleroi. Mais ne me demande pas s'il y a un lien : je n'en sais rien. Je n'ai regardé qu'un match à la télé. Les Jeux, je m'en fous complètement ! Je ne suis même pas sûr de regarder un seul match des Belges. Je regarde à peine l'équipe A, alors, les Espoirs... (Il rigole). Il disait la même chose aux parents de tous les jeunes qui signaient à Charleroi. Je l'apprécie et je suis déçu de le décevoir ! Ce que je vis depuis deux ans, ce n'est plus le métier dont je rêvais. Je ne dis pas que c'est devenu une corvée, mais ce n'est plus un plaisir non plus. par pierre danvoye - photos : reporters / hamers