J'ai failli tomber à la renverse samedi matin, lorsqu'un collègue m'a téléphoné mais un coup d'oeil sur la page Facebook d'Igor Decraene m'a rapidement confirmé la terrible nouvelle. Quelques heures plus tard, j'apprenais que le jeune coureur s'était jeté sous un train à Zulte, à deux kilomètres de chez moi.
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J'ai failli tomber à la renverse samedi matin, lorsqu'un collègue m'a téléphoné mais un coup d'oeil sur la page Facebook d'Igor Decraene m'a rapidement confirmé la terrible nouvelle. Quelques heures plus tard, j'apprenais que le jeune coureur s'était jeté sous un train à Zulte, à deux kilomètres de chez moi. Igor en aurait-il eu assez de cette vie ? Longtemps blessé au genou, le champion du monde junior retrouvait la forme. Voici peu, il était parti en stage avec l'équipe belge afin de bien préparer la défense de son titre. L'an dernier, à Florence, avant la conquête de celui-ci, j'avais encore rigolé avec lui de ses professeurs au Collège du Sacré-Coeur, que j'avais fréquenté pendant six ans également. Un peu plus tard, très modeste, il avait dit à Sporza qu'il serait déjà content de terminer dans le Top 10 et que le simple fait de participer à un championnat du monde constituait déjà une victoire. Mais l'après-midi, il avait balayé tous ses concurrents et, à sa grande surprise, c'est la Brabançonne qui avait retenti sur le podium. En véritable Flandrien, il n'avait pas versé de larmes, pas plus qu'il n'avait fait de grands gestes. Il avait vécu ce moment intensément, la main sur le coeur. " Comme Victor Campenaerts après sa victoire au championnat d'Europe ", m'avait-il confié. Le plus prenant, c'était la façon dont ce fils de fermier était descendu du podium pour aller retrouver ses parents rayonnants et leur dire tout simplement : " Merci ". Toute sa gratitude résumée en un seul mot ! Stefaan et Caroline avaient décidé au tout dernier moment d'effectuer le voyage. Leurs quatre autres fils, toujours étudiants, avaient promis de les aider à la ferme, où il fallait traire 90 vaches. Une tâche à laquelle Igor s'attelait également avec plaisir chaque jour entre l'école et les entraînements. A Florence aussi, il s'était acquitté à la perfection de son devoir : après les embrassades, il avait répondu aux sollicitations de la presse et des supporters. Assisté de Mark Vanlombeek, l'attaché de presse, il avait affiché son plus beau sourire pour les photos avec les volontaires italiens (" Une idole, moi ? Qui aurait pensé cela ? ") puis s'était adressé aux journalistes. Cela l'avait-il stressé ? " Non, sauf qu'il me fallait sans cesse répéter la même chose. Et que mon anglais aurait pu être meilleur ". C'est avec la même humilité que, quelques heures plus tard, à l'hôtel, il avait reçu les félicitations de l'équipe belge. Philippe Gilbert, encore champion du monde pour quelques heures lui aussi, lui avait chaleureusement serré la main. " Profite de ce maillot ", lui avait-il dit. Mais c'est encore le soir qu'Igor s'était senti le mieux lorsque, perfectionniste, il avait regardé dans sa chambre les images de sa course filmées depuis la voiture suiveuse. " Je voulais voir si ma trajectoire était bonne mais bien entendu, j'étais heureux ", dit-il. Et il rêvait. D'un nouveau titre mondial en 2014 et de victoires dans l'équipe professionnelle de Patrick Lefevere, avec qui il avait signé un précontrat. Une carrière prometteuse s'offrait à ce jeune homme en pleine éclosion. Tout s'est arrêté sur une voie de chemin de fer et de nombreuses questions restent sans réponse. Nous ne garderons que de bons souvenirs de ce chouette garçon qui, hélas, ne dira plus jamais merci. PAR JONAS CRETEURIl rêvait d'un nouveau titre mondial en 2014 et de victoires dans l'équipe professionnelle.