Xavier Malisse aura quitté Flushing Meadow partagé entre deux sentiments. Il y a d'abord celui qui aura prédominé après son élimination par l'Argentin Mariano Zabaleta, d'avoir réussi une bonne quinzaine new-yorkaise. Jamais, avant de poser ses valises dans le Queen's, le numéro 1 belge ne s'était hissé au stade des huitièmes de finale d'un tournoi du Grand Chelem, ses meilleures performances en la matière restant un troisième tour atteint à New York il y a deux ans et à Roland Garros cette année.
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Xavier Malisse aura quitté Flushing Meadow partagé entre deux sentiments. Il y a d'abord celui qui aura prédominé après son élimination par l'Argentin Mariano Zabaleta, d'avoir réussi une bonne quinzaine new-yorkaise. Jamais, avant de poser ses valises dans le Queen's, le numéro 1 belge ne s'était hissé au stade des huitièmes de finale d'un tournoi du Grand Chelem, ses meilleures performances en la matière restant un troisième tour atteint à New York il y a deux ans et à Roland Garros cette année. Les deux finales disputées cette saison par Malisse à Delray Beach et à Atlanta, mais aussi ses demi-finales atteintes à San Jose et Los Angeles où il se paya le scalp de Marat Safin, alors deuxième joueur mondial, sont là pour rappeler que le Belge est sur la bonne voie. Et comme si cela ne suffisait pas, son classement où il a grimpé de la 147e à la 43e place mondiale avant l'US Open en moins de neuf mois, n'a pas fait de lui le premier Belge par hasard. Après Flushing Meadow, il est le meilleur Belge jamais classé à l'ATP depuis son instauration il y a 28 ans... mais il est tout de même rentré en Belgique avec le sentiment d'être passé à côté de la montre en or. Vainqueur au troisième tour de Tim Henman, 9e mondial, le Courtraisien aura chuté contre un joueur qui vaut mieux que sa 103e place mondiale: Zabaleta. Ancien champion du monde juniors, et classé l'an dernier 21e mondial avant qu'une blessure n'interrompe sa folle ascension, ce dernier a livré une belle bataille remportée en trois sets (6-4, 7-6, 7-5). Sans doute Zabaleta fut-il surpris de voir son adversaire afficher une attitude résolument négative dans la première manche. Il ne fallut pas attendre longtemps, en effet, pour apercevoir le Belge baisser les épaules, faire "non" de la tête et hausser les bras en signe de désappointement car il venait de rater un coup. Une attitude impardonnable contre CarlsenMalisse n'avait survécu à son premier tour que grâce à la blessure providentielle du Danois Carlsen, le malheureux ayant dû abandonner en raison de crampes alors qu'il menait par deux sets à un. L'attitude affichée par le numéro un belge avait été scandaleuse. Ses raquettes cassées étaient les signes visibles d'une rage qu'il n'était jamais parvenu à dominer. "A son âge, une telle attitude est impardonnable", avait expliqué David Felgate, l'entraîneur avec qui Malisse collabore depuis le mois d'avril. L'Anglais avait été tellement choqué qu'il avait quitté les tribunes. "Je ne comprends pas comment Xavier peut se rendre coupable de tels débordements. Il est le seul à faire ça sur le circuit. Il a un tel potentiel que c'est du gâchis. Il ne réussira pas à grimper les échelons s'il continue dans cette voie". Habitué à plus de calme lorsqu'il travaillait avec Henman, un joueur qu'il hissa durant les neuf années que dura leur collaboration à trois reprises en demi-finale de Wimbledon, le Londonien est un entraîneur rompu au exigences du circuit. C'est pourquoi il s'est gardé de condamner sans appel son nouvel élève, préférant lui laisser une chance. "Après le premier tour, j'ai dit au frère de Xavier que c'était à lui de m'appeler parce qu'il ne servait à rien de parler trop vite de ce qui était arrivé. J'ai reçu son appel le lendemain matin. Il m'a demandé si je souhaitais toujours travailler avec lui et je lui ai répondu que oui et que j'avais réservé un cours d'entraînement mercredi, soit deux jours après l'incident. Il m'a dit: -Je serai là". Parfait contre SantoroDurant sa journée libre, Malisse (qui devait disputer son deuxième tour le jeudi seulement) en profita pour déambuler dans les rues de Manhattan. "Je me suis représenté à Flushing Meadow reposé tant physiquement que mentalement", disait Malisse après sa victoire en quatre sets contre le Français Santoro, 20e mondial. "Lorsque nous nous sommes revus, la première chose que nous avons faite fut de rire", expliqua Felgate. "Il ne servait plus à rien de revenir sur son comportement. Nous avons repris le travail comme si rien ne s'était passé. Xavier savait qu'il était mille fois fautif et nous en avions déjà beaucoup parlé durant l'été. La solution prendra du temps. Et ne comptez surtout pas sur moi pour affirmer que ce genre de comportement n'arrivera plus jamais". A 21 ans (depuis le 19 juillet), son tennis ne demande qu'à éclore une fois pour toutes mais il ne le fera réellement que lorsqu'il sera devenu incapable d'exploser à tout instant. Caractériel chez les Juniors où il apparaissait avec les cheveux tantôt teintés de bleu, tantôt de rouge, Malisse a tout de même évolué. Il n'est plus le joueur que la VTV, l'aile néerlandophone de la fédération belge, ne voulait plus avoir dans ses rangs parce qu'il donnait le mauvais exemple. Garçon timide et attachant en dehors des courts, il alla frapper un jour à la porte de Nick Bollettieri pour entrer dans une autre dimension. La seule chose que lui a apportée cette expérience est une fulgurante renommée internationale qu'il eut beaucoup de mal à surmonter. Malisse est resté un joueur fragile, et pas uniquement du côté du physique où il a encore d'énormes progrès à faire. Le tennis masculin (mais c'est aussi le cas chez certaines filles) est devenu tellement athlétique qu'il ne permet plus à des joueurs trop frêles de se faire une place au soleil. C'est un joueur capable du meilleur, comme le jour où il apporta le point décisif à la Belgique contre la Suisse en Coupe Davis à Bruxelles, comme du pire. Son adolescence tourmentée explique en partie son côté rebelle. Sa volonté de trop bien faire peut être une autre explication.Leçon retenue?"J'ai retenu la leçon de New York", dit-il. "Croyez-moi, après le premier tour, j'avais honte. Je veux résoudre ce problème et c'est pourquoi je travaille depuis plusieurs semaines avec un ami américain psychologue du sport". Ce bobologue a du pain sur la planche. Pour Felgate, Malisse est un garçon avec qui il est particulièrement agréable de travailler: "Je préfère pour l'instant m'attarder sur ce que Xavier veut et peut faire de sa carrière. Franchement, je ne sais pas jusqu'où il peut aller. Lorsque nous avons entamé notre collaboration à Atlanta, il m'a dit qu'il souhaitait être top 50 à l'US Open. L'objectif est atteint. Nous avions convenu de longue date que nous discuterions du futur après Flushing Meadow. Je crois en ses capacités". Beaucoup de spectateurs en Belgique ont été irrités par l'extrême nonchalance affichée par Malisse sur le court. Le numéro un belge ressemble à ce sujet à Filip Dewulf, lequel a entamé à Flushing Meadow sa première expérience de consultant (pour la télévision flamande). Comme lui, le joueur de Diest n'avait pas son pareil pour baisser les bras sur le court ce qui ne l'empêcha pas, toutefois, de réussir une jolie carrière. Ce fighting-spirit, on l'a ou on ne l'a pas. Reste qu'il ne s'extériorise pas forcément. Par le passé, le Flandrien a déjà prouvé qu'il avait un sacré tempérament et qu'il pouvait se vider les tripes pour renverser des situations douteuses. L'idéal serait qu'il l'exprime davantage mais il est difficile de jouer contre nature. Juste avant de quitter l'US Open, David Felgate tint encore à exprimer un souhait: "J'aimerais qu'il ait plus de présence sur le court. Il se cantonne encore trop dans des échanges du fond. C'est d'autant plus regrettable que Xavier possède une très bonne volée et son service devrait lui permettre de monter plus souvent. Mais il s'agit d'automatismes à changer et cela prend du temps". Contre le Maroc en Coupe Davis, les 21, 22 et 23 septembre prochains à Liège, Xavier Malisse aura une belle occasion de prouver qu'il a, comme il le dit, retenu la leçon."Xavier reste encore trop au fond du court" (son coach)Paolo Leonardi