D oy Perazic a succédé à RenéDesaeyere au Bosuil et provoqué l'hilarité, au point qu' Eddy Wauters, le président anversois, a surmonté son aversion des journalistes pour justifier son choix.

Un début difficile ? Non, le Monténégrin a contre-attaqué en trouvant son groupe pas affûté : " On me dit que j'ai de vieux joueurs. Mais Darko Pivaljevic n'a que 28 ans, l'âge auquel j'ai quitté la Yougoslavie. Il aborde ses meilleures années. S'il joue comme un vieillard, c'est parce qu'il n'est pas au point physiquement. Comme Patrick Goots : je peux prolonger sa carrière s'il m'écoute. Il ne doit pas s'entraîner deux heures mais abréger ses séances et faire de la musculation en dehors ".

Ses cigarettes à portée de main, Perazic aime parler de ses origines. Le Monténégro a été un royaume jusqu'en 1918, avant d'être intégré à la Yougoslavie. L'entraîneur raconte comment le maréchal Tito a su rassembler des peuples d'origine différentes, après la Deuxième Guerre mondiale, pour créer un modèle unique, entre Est et Ouest, avec un communisme qui ne s'est pas complètement fermé à l'Occident.

" Mon père est mort en 1947. Il a été prisonnier de guerre. Il est mort des suites de cet enfermement. J'avais deux ans et demi. Je ne l'ai pas connu. Ma mère ne s'est jamais remariée. Elle s'est occupée de mon frère, de deux ans mon aîné, et de moi. Ce n'était pas facile. Elle travaillait dans une bibliothèque. Mon frère a étudié la stomatologie. J'ai fait le droit puis deux ans d'économie. Nous n'étions pas riches mais nous ne pouvions nous plaindre. Je ne suis pas matérialiste ".

Une sale guerre

Il a de multiples centres d'intérêt, lit beaucoup, surtout des ouvrages d'histoire, même si le football est sa première passion. Son visage reflète sa volonté de fer. Il a obtenu son premier contrat à 17 ans. Trois années plus tard, en sa qualité de meilleur Monténégrin, il a pu rejoindre l'Etoile Rouge, alors un grand club européen.

" J'avais une mauvaise technique de course. Or, courir de manière irrationnelle vous prive d'une partie de votre mobilité. Si vous n'avez pas d'explosivité, vous n'avez pas non plus un bon dribble, votre jeu est dépourvu de surprise et vous vous dépensez beaucoup. Pendant un an, l'Etoile Rouge m'a astreint à des séances spécifiques. Ce n'était pas facile. Je devais prendre conscience de chaque mouvement, jusqu'à ce que je parvienne à ne plus y penser, à agir intuitivement. D'un coup, je suis devenu rapide et mobile ".

Son jeu a changé, pas son caractère. Après trois saisons à Belgrade, une ville où il faisait bon vivre, il a rejoint Novi Sad, avec lequel il a joué en Coupe d'Europe, avant son transfert à La Haye. De son temps, les Yougoslaves ne pouvaient quitter le pays qu'à 28 ans, afin de protéger l'équipe nationale. " La Yougoslavie n'avait jamais d'équipe à un tournoi. Elle ne manquait pas de bons entraîneurs pourtant. Etait-ce dû à nos différences ethniques ? Peut-être mais à cette époque, ça allait encore. Ces différences n'ont émergé qu'à la fin du règne de Tito. Le nationalisme a refait surface, chacun rêvant de son propre Etat. Quand trois fous se disputent... Cette guerre a été sale, folle, inhumaine, criminelle ".

Les Pays-Bas l'ont attiré pour divers motifs : " Je nourrissais un rêve plus intellectuel que financier. L'Ajax, JohanCruijff, JohanNeeskens, le football total me faisait rêver. Cruijff est mon idole depuis toujours. Il surpasse tous les autres. Il est complet. Il a été un meneur qui n'avait besoin d'aucun entraîneur. Pelé était un bon footballeur mais dénué de personnalité. Contrairement à Cruijff, il ne pouvait faire basculer un match en faveur de son équipe. Cruijff est maintenant tacticien. J'écoute toujours ses analyses. Il ne donne pas de statistiques comme d'autres commentateurs ou journalistes, mais il expose une opinion toujours très profonde ".

Le caractère de Perazic convenait à la mentalité batave : " Un Néerlandais se sent partout comme chez lui. Moi aussi ". Il habite en Belgique depuis 25 ans mais La Haye ne l'a pas oublié : il a remporté la Coupe des Pays-Bas avec ADO La Haye et a atteint les quart de finales de la Coupe d'Europe. " Il y a autre chose que j'aime aux Pays-Bas : ils jouent pour gagner, ce qui implique d'attaquer, de s'appuyer sur ses dons. Ça confère un sentiment merveilleux. Jouer pour ne pas perdre, comme en Belgique, ne vous donne pas confiance. Les Néerlandais ont toujours été impérialistes. La Belgique s'est trouvée sur le chemin de beaucoup de conquérants, elle a toujours été dominée. Elle a appris à résister ".

Vujadin Boskov lui a appris beaucoup, à La Haye. " Comme à neutraliser le pion majeur de l'équipe adverse. Je l'ai fait avec MarcSchaessens contre le Lierse. Pour pouvoir développer son jeu, il faut éliminer le pion important de l'autre. C'est logique, non ? Je le dis toujours : le football est le jeu le plus logique au résultat le moins logique ".

Trop facile pour Broos

La suite de sa carrière n'a pas été logique, d'ailleurs. Il a remisé ses crampons à 32 ans, rêvant de devenir entraîneur, malgré des offres de Chicago, Marseille et Bordeaux. Son avenir s'est dessiné à... Betekom. " Trop bas. Comme joueur-entraîneur en P1. Nous avons été champions dès la première saison ".

Ensuite, Tirlemont, comme entraîneur. Un nouveau titre, au terme d'un duel passionnant avec Zwarte Leeuw. Histoire identique à Louvain, promu de D3 en D2, puis Geel. " J'y ai bien travaillé et un manager m'a promis de me dénicher une équipe de D1. J'ai été trompé et ma carrière a piétiné. Je n'ai jamais provoqué la chance, pensant qu'il suffirait de bien travailler pour être remarqué. Quelle erreur ! "

Il compare le football à une mosaïque, un puzzle : " Il faut construire quelque chose mais des détails clochent toujours. J'ai été médian. C'est ce compartiment qui gagne les matches. Il faut être créatif, changer de place, avoir un bon timing tout en occupant toutes les positions. Ça exige beaucoup d'entraînement et le sens du détail. Tout n'est que répétition. Il faut travailler les flancs, les une-deux, les duos, les triangles... La possession du ballon est essentielle comme la capacité à passer de la défense à l'attaque et à soutenir les avants ".

Un système dépend toujours des joueurs : " Hugo Broos s'en tient à son 4-4-2 et y intègre les joueurs. C'est facile. Il a les meilleurs de Belgique. Mais il doit chercher le système le plus rentable, qui lui permette aussi de prester au niveau européen. Pareil pour Bruges ".

L'entrejeu de l'Antwerp est son tendon d'Achille : " Je ne veux pas de kick and rush. Je demande qu'ils jouent, sans prendre de risque ni perdre le ballon car ça pompe vos forces. Quant aux longues balles, c'est bon en tennis de table : tic-tac... J'aime voir une belle attaque, un travail synchronisé entre les différentes parties de l'équipe qui, en une seconde, sont sur la même longueur d'ondes. Il faut également contrôler le rythme du match. Il y a 25 ans, je jouais déjà en zone. La vitesse d'exécution et le physique ont changé, les méthodes d'entraînement ont évolué. Avant, on se surentraînait, par manque de connaissances. Ce que SergioBrio veut est impossible en Belgique. Ça va faire des étincelles. L'Italie a une longue tradition de professionnalisme. A mes yeux, Louis van Gaal est un entraîneur fantastique. Sous sa direction, l'Ajax a été prodigieux mais s'est planté en essayant d'appliquer sa méthode à Barcelone... Il faut imposer sa vision mais en s'adaptant. A La Haye, Boskov voulait entamer l'entraînement à sept heures. Grève ! Il aimait les mises au vert alors que les joueurs les détestaient, préférant rester en famille. Nous l'avons fait avant un match contre Twente. Bilan : une défaite par 4-0. Brio court à l'échec ".

S'il est exigeant, il n'est pas sévère. Il ne provoquera pas de révolution de palais. Après l'entraînement, il s'attarde au stade. Il inspecte les terrains, les installations. Un entraîneur professionnel doit être prêt à tout : " Pour la première fois, j'ai l'occasion de travailler sans problèmes. Ailleurs, je devais chercher des sponsors, des ballons, des équipements. Je n'ai peut-être pas une équipe fantastique mais elle mérite quand même une place dans le ventre mou, huitième ou neuvième. Nous ferons de notre mieux ".

Sa poignée de mains est solide. Il est cérébral mais il ne manque pas de caractère.

D oy Perazic a succédé à RenéDesaeyere au Bosuil et provoqué l'hilarité, au point qu' Eddy Wauters, le président anversois, a surmonté son aversion des journalistes pour justifier son choix. Un début difficile ? Non, le Monténégrin a contre-attaqué en trouvant son groupe pas affûté : " On me dit que j'ai de vieux joueurs. Mais Darko Pivaljevic n'a que 28 ans, l'âge auquel j'ai quitté la Yougoslavie. Il aborde ses meilleures années. S'il joue comme un vieillard, c'est parce qu'il n'est pas au point physiquement. Comme Patrick Goots : je peux prolonger sa carrière s'il m'écoute. Il ne doit pas s'entraîner deux heures mais abréger ses séances et faire de la musculation en dehors ". Ses cigarettes à portée de main, Perazic aime parler de ses origines. Le Monténégro a été un royaume jusqu'en 1918, avant d'être intégré à la Yougoslavie. L'entraîneur raconte comment le maréchal Tito a su rassembler des peuples d'origine différentes, après la Deuxième Guerre mondiale, pour créer un modèle unique, entre Est et Ouest, avec un communisme qui ne s'est pas complètement fermé à l'Occident. " Mon père est mort en 1947. Il a été prisonnier de guerre. Il est mort des suites de cet enfermement. J'avais deux ans et demi. Je ne l'ai pas connu. Ma mère ne s'est jamais remariée. Elle s'est occupée de mon frère, de deux ans mon aîné, et de moi. Ce n'était pas facile. Elle travaillait dans une bibliothèque. Mon frère a étudié la stomatologie. J'ai fait le droit puis deux ans d'économie. Nous n'étions pas riches mais nous ne pouvions nous plaindre. Je ne suis pas matérialiste ". Il a de multiples centres d'intérêt, lit beaucoup, surtout des ouvrages d'histoire, même si le football est sa première passion. Son visage reflète sa volonté de fer. Il a obtenu son premier contrat à 17 ans. Trois années plus tard, en sa qualité de meilleur Monténégrin, il a pu rejoindre l'Etoile Rouge, alors un grand club européen. " J'avais une mauvaise technique de course. Or, courir de manière irrationnelle vous prive d'une partie de votre mobilité. Si vous n'avez pas d'explosivité, vous n'avez pas non plus un bon dribble, votre jeu est dépourvu de surprise et vous vous dépensez beaucoup. Pendant un an, l'Etoile Rouge m'a astreint à des séances spécifiques. Ce n'était pas facile. Je devais prendre conscience de chaque mouvement, jusqu'à ce que je parvienne à ne plus y penser, à agir intuitivement. D'un coup, je suis devenu rapide et mobile ". Son jeu a changé, pas son caractère. Après trois saisons à Belgrade, une ville où il faisait bon vivre, il a rejoint Novi Sad, avec lequel il a joué en Coupe d'Europe, avant son transfert à La Haye. De son temps, les Yougoslaves ne pouvaient quitter le pays qu'à 28 ans, afin de protéger l'équipe nationale. " La Yougoslavie n'avait jamais d'équipe à un tournoi. Elle ne manquait pas de bons entraîneurs pourtant. Etait-ce dû à nos différences ethniques ? Peut-être mais à cette époque, ça allait encore. Ces différences n'ont émergé qu'à la fin du règne de Tito. Le nationalisme a refait surface, chacun rêvant de son propre Etat. Quand trois fous se disputent... Cette guerre a été sale, folle, inhumaine, criminelle ". Les Pays-Bas l'ont attiré pour divers motifs : " Je nourrissais un rêve plus intellectuel que financier. L'Ajax, JohanCruijff, JohanNeeskens, le football total me faisait rêver. Cruijff est mon idole depuis toujours. Il surpasse tous les autres. Il est complet. Il a été un meneur qui n'avait besoin d'aucun entraîneur. Pelé était un bon footballeur mais dénué de personnalité. Contrairement à Cruijff, il ne pouvait faire basculer un match en faveur de son équipe. Cruijff est maintenant tacticien. J'écoute toujours ses analyses. Il ne donne pas de statistiques comme d'autres commentateurs ou journalistes, mais il expose une opinion toujours très profonde ". Le caractère de Perazic convenait à la mentalité batave : " Un Néerlandais se sent partout comme chez lui. Moi aussi ". Il habite en Belgique depuis 25 ans mais La Haye ne l'a pas oublié : il a remporté la Coupe des Pays-Bas avec ADO La Haye et a atteint les quart de finales de la Coupe d'Europe. " Il y a autre chose que j'aime aux Pays-Bas : ils jouent pour gagner, ce qui implique d'attaquer, de s'appuyer sur ses dons. Ça confère un sentiment merveilleux. Jouer pour ne pas perdre, comme en Belgique, ne vous donne pas confiance. Les Néerlandais ont toujours été impérialistes. La Belgique s'est trouvée sur le chemin de beaucoup de conquérants, elle a toujours été dominée. Elle a appris à résister ". Vujadin Boskov lui a appris beaucoup, à La Haye. " Comme à neutraliser le pion majeur de l'équipe adverse. Je l'ai fait avec MarcSchaessens contre le Lierse. Pour pouvoir développer son jeu, il faut éliminer le pion important de l'autre. C'est logique, non ? Je le dis toujours : le football est le jeu le plus logique au résultat le moins logique ". La suite de sa carrière n'a pas été logique, d'ailleurs. Il a remisé ses crampons à 32 ans, rêvant de devenir entraîneur, malgré des offres de Chicago, Marseille et Bordeaux. Son avenir s'est dessiné à... Betekom. " Trop bas. Comme joueur-entraîneur en P1. Nous avons été champions dès la première saison ". Ensuite, Tirlemont, comme entraîneur. Un nouveau titre, au terme d'un duel passionnant avec Zwarte Leeuw. Histoire identique à Louvain, promu de D3 en D2, puis Geel. " J'y ai bien travaillé et un manager m'a promis de me dénicher une équipe de D1. J'ai été trompé et ma carrière a piétiné. Je n'ai jamais provoqué la chance, pensant qu'il suffirait de bien travailler pour être remarqué. Quelle erreur ! " Il compare le football à une mosaïque, un puzzle : " Il faut construire quelque chose mais des détails clochent toujours. J'ai été médian. C'est ce compartiment qui gagne les matches. Il faut être créatif, changer de place, avoir un bon timing tout en occupant toutes les positions. Ça exige beaucoup d'entraînement et le sens du détail. Tout n'est que répétition. Il faut travailler les flancs, les une-deux, les duos, les triangles... La possession du ballon est essentielle comme la capacité à passer de la défense à l'attaque et à soutenir les avants ". Un système dépend toujours des joueurs : " Hugo Broos s'en tient à son 4-4-2 et y intègre les joueurs. C'est facile. Il a les meilleurs de Belgique. Mais il doit chercher le système le plus rentable, qui lui permette aussi de prester au niveau européen. Pareil pour Bruges ". L'entrejeu de l'Antwerp est son tendon d'Achille : " Je ne veux pas de kick and rush. Je demande qu'ils jouent, sans prendre de risque ni perdre le ballon car ça pompe vos forces. Quant aux longues balles, c'est bon en tennis de table : tic-tac... J'aime voir une belle attaque, un travail synchronisé entre les différentes parties de l'équipe qui, en une seconde, sont sur la même longueur d'ondes. Il faut également contrôler le rythme du match. Il y a 25 ans, je jouais déjà en zone. La vitesse d'exécution et le physique ont changé, les méthodes d'entraînement ont évolué. Avant, on se surentraînait, par manque de connaissances. Ce que SergioBrio veut est impossible en Belgique. Ça va faire des étincelles. L'Italie a une longue tradition de professionnalisme. A mes yeux, Louis van Gaal est un entraîneur fantastique. Sous sa direction, l'Ajax a été prodigieux mais s'est planté en essayant d'appliquer sa méthode à Barcelone... Il faut imposer sa vision mais en s'adaptant. A La Haye, Boskov voulait entamer l'entraînement à sept heures. Grève ! Il aimait les mises au vert alors que les joueurs les détestaient, préférant rester en famille. Nous l'avons fait avant un match contre Twente. Bilan : une défaite par 4-0. Brio court à l'échec ". S'il est exigeant, il n'est pas sévère. Il ne provoquera pas de révolution de palais. Après l'entraînement, il s'attarde au stade. Il inspecte les terrains, les installations. Un entraîneur professionnel doit être prêt à tout : " Pour la première fois, j'ai l'occasion de travailler sans problèmes. Ailleurs, je devais chercher des sponsors, des ballons, des équipements. Je n'ai peut-être pas une équipe fantastique mais elle mérite quand même une place dans le ventre mou, huitième ou neuvième. Nous ferons de notre mieux ". Sa poignée de mains est solide. Il est cérébral mais il ne manque pas de caractère.