Il aura fallu l'arrivée de Jackson Muleka, différée par la situation sanitaire et entourée du charme de l'inconnu, pour agiter le mercato liégeois. En bords de Meuse, été rime plutôt avec sérénité, un an après un marché boulimique, où un Michel Preud'homme avide de ramener le Standard au sommet pour sa fameuse deuxième saison avait incité ses dirigeants à dépenser sans compter, dilapidant rapidement le trésor de guerre constitué grâce aux ventes conjointes de Christian Luyindama, Moussa Djenepo et Razvan Marin.
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Il aura fallu l'arrivée de Jackson Muleka, différée par la situation sanitaire et entourée du charme de l'inconnu, pour agiter le mercato liégeois. En bords de Meuse, été rime plutôt avec sérénité, un an après un marché boulimique, où un Michel Preud'homme avide de ramener le Standard au sommet pour sa fameuse deuxième saison avait incité ses dirigeants à dépenser sans compter, dilapidant rapidement le trésor de guerre constitué grâce aux ventes conjointes de Christian Luyindama, Moussa Djenepo et Razvan Marin. Successeur de la légende de Sclessin sur le banc de touche de l'Enfer, Philippe Montanier n'a pas eu droit aux mêmes égards. Et certains de ses mots peuvent laisser filtrer une certaine impatience, à l'heure de voir débarquer des renforts dans certains secteurs. Confronté à la suspension de Nicolas Gavory pour la venue de Courtrai, le coach français brouille les pistes au sujet de ses plans en conférence de presse, mais glisse une phrase équivoque : " Décider et trancher entre plusieurs options fait partie de mon métier... L'essentiel est d'avoir plusieurs options. " Le choix se porte finalement sur le jeune Damjan Pavlovic, et sur un changement de système plus contraint que souhaité, même si Montanier, prévoyant et conscient des limites de son noyau dans certains secteurs, avait affiné le plan B lors de la préparation. Un 3-4-2-1 taillé sur mesure pour un noyau où les éléments axiaux jouent des coudes pour une place dans la sélection, tandis que les joueurs de couloirs sont rares. Depuis la blessure de Maxime Lestienne et le départ pour l'Italie de Mërgim Vojvoda, les véritables hommes de côté disponibles se comptent sur les doigts d'une seule main rouche : Collins Fai, Nicolas Gavory, Aleksandar Boljevic. Et c'est tout, déjà. Pour trouver quelques planches afin de bâtir les murs latéraux de son édifice liégeois, Philippe Montanier est invité à chercher à l'intérieur. Les mots de Bruno Venanzi, lors de sa communication aux supporters au coeur du mois de mai dernier, avaient déjà esquissé les plans de la construction du futur noyau rouche : " C'est certain que cette année, il n'y aura pas des montants d'achats de joueurs aussi importants (que la saison dernière, ndlr). D'autant plus que petit à petit, on arrive à nouveau à sortir des jeunes de l'Académie. Et ça, c'est vraiment le core business du Standard. " L'exemple d' Arnaud Bodart, envoyé entre les perches suite aux mésaventures de Vanja Milinkovic-Savic, jamais à la hauteur des attentes, a inspiré les dirigeants. Si un jeune gardien, auquel on croyait peu en interne il y a encore quelques mois de cela, est parvenu à prendre une épaisseur significative en une quarantaine de matches à la garde des filets liégeois, pourquoi d'autres jeunes talents ne pourraient pas en faire autant ? Dans le noyau confié à Philippe Montanier, on a donc vu plusieurs jeunes loups de l'Académie invités à se faire les dents chez les grands pendant la préparation : en plus de Pavlovic, titulaire inattendu contre Courtrai - il n'était pas annoncé dans la sélection - on retrouvait le très rapide Abdoul Tapsoba, les frères William et Michel-Ange Balikwisha, le puissant Mitchy Ntelo ou le polyvalent Joachim Carcela. Sur le papier, tous des joueurs axiaux. Sur le terrain, des hommes souvent installés sur les flancs par le nouveau coach, pour qui le coeur du jeu est une affaire de tauliers. Un secteur qu'on confie rarement à des adolescents, sauf quand ils affichent déjà la bouteille de Nicolas Raskin. Quand la saison commence, les enfants de l'Académie disparaissent. Pour la première sélection de l'ère Montanier, contre le Cercle, seuls Tapsoba et William Balikwisha sont de la partie. Le premier est encore présent pour le déplacement à Beveren, puis disparaît d'un groupe parfois déséquilibré, où on ne compte généralement que cinq défenseurs parmi les 18 heureux élus. Pour une défense à quatre, le calibrage est trop léger pour être anodin. Cela ressemblerait-il à un message soigneusement envoyé vers la direction ? Au coup d'envoi sur la pelouse de Den Dreef, comme au Kiel avant la trêve internationale, Philippe Montanier envoie Duje Cop animer un couloir. Attaquant de formation, mais bouché dans un secteur où la concurrence entre Obbi Oulare et Felipe Avenatti a été gonflée par l'arrivée de Muleka (le Standard compte désormais quatre joueurs pour un seul poste), le Croate doit chercher son bonheur ailleurs. Avant lui, c'est Selim Amallah qui avait été exilé sur un côté, alors que l'ancien Hurlu n'est jamais aussi à l'aise que dans l'axe. Le problème, c'est que le triangle axial attire de nombreux courtisans. Malgré la blessure de Samuel Bastien, l'éclosion de Nicolas Raskin est venue s'ajouter aux prétentions de Gojko Cimirot et Eden Shamir, obligeant Merveille Bope Bokadi à replacer ses rêves de titularisation au coeur de la défense, là où il semble pourtant difficile de déloger Konstantinos Laifis et Zinho Vanheusden. Dans le couloir axial, l'embouteillage est à tous les étages. Amoureux d'un football qui accumule les joueurs au centre du terrain depuis sa rencontre avec Emilio Ferrera, Preud'homme avait construit le noyau à l'image de son football. Et au vu des difficultés financières du club, accentuées par la crise sanitaire, difficile de bouger sur le mercato. Montanier doit donc construire son équipe dans les fondations creusées par son prédécesseur, faute de main d'oeuvre nouvelle pour repartir de nouvelles bases. Pour un football qu'il voulait construire autour des centres, pour enfin faire briller le grand et cher Felipe Avenatti dans la surface adverse, le coach français aurait eu besoin de bien plus de matériel sur les côtés. Trois mois après son arrivée, l'ancien T1 de Lens s'est résolu à aligner, face à Courtrai, un onze au sein duquel Collins Fai était le seul joueur de couloir de formation, Pavlovic étant un milieu défensif exilé sur le côté gauche. Le 3-4-2-1 a des allures de construction de fortune, mais le bricolage reste convaincant. Malgré le chantier permanent pour mettre en place un onze équilibré, le Standard gratte un quatrième succès en six sorties, et s'installe dans le sillage de Charleroi, avec treize unités sur 18. Le coach des Rouches doit-il craindre que les résultats cachent les lacunes de son noyau ? En analysant le classement à chaud, ses dirigeants pourraient être tentés de ne pas recruter, séduits par un départ réussi et une solidité défensive que le Standard n'avait plus affichée depuis de longues années. Pour couronner le tout, le 3-4-2-1 a donné le sourire à Sclessin, avec une production offensive bien plus marquée que dans le 4-1-4-1 classique utilisé par Montanier depuis le coup d'envoi de la saison. Reste que les jeunes ne sont, pour la plupart, pas encore au niveau requis pour faire office de titulaires crédibles. À bout de souffle après une heure de jeu, malgré un volume intéressant pour son âge, Damjan Pavlovic en est la preuve. Si le Standard doit encore bouger d'ici au 5 octobre, c'est en priorité sur les côtés qu'il faudra agir. Ni le départ de Mërgim Vojvoda, ni ceux plus précoces de Senna Miangue et Anthony Limbombe n'ont été compensés. Le Standard se cherche désespérément un joueur pour faire la différence dans les couloirs depuis que Moussa Djenepo a traversé la Manche. Et dans la salle de jeux pleine à craquer installée autour du rond central, personne n'aime être renvoyé dans le couloir.