Hué par les Hurlus !

Depuis que PhilippeDufermont lui a tendu la perche, à la fin décembre 2007, EnzoScifo est revenu dans le milieu qui l'a vu grandir. Aujourd'hui, quelle place occupe de nouveau le ballon rond dans sa vie ? " 100 % ", rétorque-t-il d'emblée, avant de légèrement se raviser. " J'exagère un peu, car je ne pense pas au football jour et nuit. Je ne suis pas un fanatique, comme peuvent l'être certains, j'ai besoin d'un équilibre. Mais je peux affirmer que j'y consacre les trois quarts de mon temps. J'adore ce que je fais, et de plus en plus, je retrouve mes marques dans ce milieu que j'avais un peu délaissé durant deux ans ".
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Depuis que PhilippeDufermont lui a tendu la perche, à la fin décembre 2007, EnzoScifo est revenu dans le milieu qui l'a vu grandir. Aujourd'hui, quelle place occupe de nouveau le ballon rond dans sa vie ? " 100 % ", rétorque-t-il d'emblée, avant de légèrement se raviser. " J'exagère un peu, car je ne pense pas au football jour et nuit. Je ne suis pas un fanatique, comme peuvent l'être certains, j'ai besoin d'un équilibre. Mais je peux affirmer que j'y consacre les trois quarts de mon temps. J'adore ce que je fais, et de plus en plus, je retrouve mes marques dans ce milieu que j'avais un peu délaissé durant deux ans ". Scifo aurait donc eu besoin d'un temps de (ré)adaptation ? " Pas par rapport à moi, mais par rapport aux joueurs dont on m'a confié la direction. Lorsque je suis arrivé, je ne les connaissais pas. Du moins, pas suffisamment. J'ai donc dû les découvrir. J'avais certaines idées au départ, que j'ai dû affiner. J'en avais surévalué certains, sous-évalué d'autres. J'ai enduré des déceptions. J'avais besoin de temps. D'un déclic, aussi. Parfois, il se produit rapidement. Dans mon cas, il s'est fait attendre ". Avant de prendre la forme d'un penalty arrêté par MarkVolders dans les arrêts de jeu à Lokeren. " J'avais déjà perçu des signes avant-coureurs d'une amélioration avant cela ", souligne Enzo. " L'état d'esprit des joueurs était différent. Ils se sentaient plus concernés. La plupart d'entre eux se sont retroussés les manches, en disant : - Maintenant, onarrêtedediscuteretonmontrecequ'onvautsurlapelouse ! A Lokeren, la chance qui nous avait boudés jusque-là, nous a enfin souri. Mais on a su la forcer. Il y avait beaucoup de communication sur le terrain ". La chance allait de nouveau abandonner Scifo à Genk, à la veille du week-end de Pâques. L'Excelsior s'est incliné au Fenixstadion au terme d'un match qu'il avait contrôlé jusqu'à la 88e minute. " Paradoxalement, je trouve que dans l'optique où l'on se trouvait, ce fut un match très intéressant. On s'était montré irréprochable, défensivement parlant, pendant... presque tout le match. Les joueurs avaient respecté les consignes à la lettre. J'attendais simplement un peu plus d'eux lorsqu'on avait récupéré le ballon, car on s'est créé quelques situations intéressantes. Les deux buts qu'on encaisse à la fin ne découlent pas d'erreurs individuelles. Les circonstances ont voulu que le ballon boxé par Volders échoue dans les pieds de BalazsToth alors qu'il aurait pu retomber ailleurs. Sur le coup, j'étais horriblement déçu. Durant le long voyage du retour, je n'ai pensé qu'à cela. Mais, lors du décrassage du samedi matin, j'ai... félicité mes joueurs. Je leur ai dit que cette défaite sur le fil ne devait en rien modifier l'état d'esprit qu'on avait retrouvé ". Après le décrassage du samedi, Scifo avait accordé deux jours de congé à ses joueurs. Parce que c'était le week-end de Pâques ? " Pas du tout, cela avait été décidé à l'avance. Ils avaient mérité ce petit break, pour les efforts fournis au cours des dernières semaines. Ils n'ont repris que le mardi après-midi. Après l'entraînement, on a fait un snooker, puis on est allé dîner tous ensemble dans un restaurant, histoire de ressouder les liens ". Scifo n'est pas allé visionner Dender contre Bruges, le samedi soir. " Lorsque j'en ai l'occasion, je vais observer le futur adversaire de l'Excel personnellement. Le week-end précédent, j'avais été voir Genk à Malines. Mais là, j'avais d'autres obligations ". Le mercredi, Scifo a dispensé deux entraînements. Le jeudi - c'est une tradition chez lui - s'est limité à une séance très brève. " En début de semaine, on monte progressivement dans l'intensité des entraînements, pour un peu se relâcher le jeudi ", explique-t-il. " Jadis, certains spécialistes affirmaient même qu'il était bon de donner congé aux joueurs deux jours avant le match, mais j'aime les avoir sous la main. Ils se dégourdissent les jambes pendant un quart d'heure ou 20 minutes, puis peuvent rentrer chez eux. Le vendredi, on met certaines options tactiques au point en fonction du match du samedi. Il y a aussi, généralement, une séance vidéo où je décortique les points forts et faibles de l'adversaire. Les dernières consignes tactiques sont données le samedi avant le match ". Comment Scifo peut-il décortiquer le jeu de l'adversaire s'il n'a pas assisté au match de celui-ci ? " Ecoutez, on est au 21e siècle. Le DVD, cela existe. Je le regarde d'abord seul, puis je l'analyse avec mes adjoints. Je fais aussi confiance aux rapports de scouting. C'est un travail d'équipe et cela me prend trois jours ". Aujourd'hui, après bien des hésitations, on a l'impression qu'un équilibre a été trouvé à Mouscron, à tous les niveaux. " Effectivement ", confirme Enzo. " J'assume les erreurs qui ont pu être commises au début de mon mandat. J'avais demandé à mes joueurs de jouer vers l'avant, parce que c'est le football que j'affectionne. Je pensais que, parce qu'on était censé dominer, l'équilibre aurait été naturellement de mise, mais je me suis trompé. Comme certains joueurs n'étaient pas à 100 %, cette option s'est retournée contre eux. Il est possible aussi que, comme l'équipe s'était enfoncée dans une spirale négative, les joueurs n'assimilaient pas suffisamment ce que je leur demandais. Aujourd'hui, cela fonctionnerait peut-être. Car, désormais, les bases existent. J'ai peut-être eu le tort de vouloir reconstruire l'équipe en commençant par le toit. J'ai brûlé les étapes. Je le reconnais, mais je ne regrette rien, car ce sont précisément ces erreurs qui m'ont permis d'y voir clair. La douloureuse défaite subie contre Malines a effacé les derniers doutes de mon esprit : il fallait à tout prix changer d'optique ". Ce soir-là, la mine déconfite d'Enzo faisait peine à voir. Dans ses yeux qui regardaient dans le vide, on pouvait lire quelque chose comme : - Est- ilvraiquejemesoistrompé àcepoint- là ?Cesgens, quiestimentquejenesuispastaillépourlemétierd'entraîneur, auraient- ilsfinalementraison ?En fin de match, les supporters avaient réclamé sa démission sur l'air des lampions. Ils avaient remis le couvert à la sortie des vestiaires. Enzo, qui s'était fait une joie de revenir dans le milieu du football et qui avait été ravi de l'accueil chaleureux qui lui avait été réservé, est retombé de haut. " Les cris vindicatifs des supporters m'ont fait mal, c'est clair. Mais, en réalité, je ne les ai pas trop écoutés. J'étais déjà concentré sur ma prochaine mission, sur ce qu'il me fallait corriger. Je devais repartir de zéro, de moins que zéro même, puisque ce que j'avais demandé au départ n'était plus de mise. J'ai reçu le soutien du président, qui m'a réconforté ". Quinze jours plus tard, après la victoire contre Bruges (sa première à la tête de l'Excelsior), on a revu un Scifo avec un grand sourire aux lèvres. " Je ne sais pas faire semblant. Lorsque je suis triste, cela se voit. Lorsque je suis heureux, cela se voit également ". Aujourd'hui, Scifo est conforté dans l'idée qu'il est vraiment sur la bonne voie. " Avec le staff, on a beaucoup discuté et on a trouvé des solutions qui, je l'espère, permettront à chacun de s'y retrouver ". Le staff, parlons-en. GeertBroeckaert l'a rejoint en qualité de T2. " En fait, j'avais demandé un adjoint, quel qu'il soit ", souligne Enzo. " Dans un premier temps, je n'avais pas nécessairement songé à lui. Pourtant, il était là, et depuis longtemps, mais je le connaissais sans doute mal. Au fil des semaines, on s'est découvert mutuellement. On s'est parlé. En dix minutes, on était sur la même longueur d'ondes. Le problème du congé sans solde qu'il devait prendre dans l'enseignement fut rapidement résolu. Je m'en réjouis. J'avais besoin de ces échanges de vue et j'ai trouvé en Geert un homme qui se révèle complémentaire ". Et GilbertVandenBempt (devenu scout) amené par MarcBrys mais qui avait survécu au départ de l'Anversois ? " Je n'ai pas envie de dire du mal de lui, car c'est un mec bien. Il s'est montré loyal envers moi, mais Geert avait davantage le profil que je recherchais. Il est capable de diriger un entraînement, ce qui me permet de prendre de temps en temps un peu de recul, pour mieux observer. Un adjoint ne sert pas uniquement à déplacer les cônes, il doit apporter un plus. Depuis que Geert est à mes côtés, ma tâche se trouve facilitée. Comme c'est parti, j'aimerais travailler 20 ans avec lui. Il doit évidemment savoir où se situe sa place, mais il n'y a aucun souci avec lui à ce point de vue : il ne voit que l'intérêt du club ". Aujourd'hui, les spectateurs neutres qui voient l'Excelsior - surtout en déplacement - se plaignent de l'ennui qu'ils ressentent : le rythme est lent, les occasions sont rares, pour Mouscron comme pour son adversaire. " Il faut savoir ce que l'on veut ", relativise Enzo. " Lorsque j'ai joué la carte de l'offensive, mais qu'on a perdu, personne ne m'a félicité. On ne retenait que la défaite. Aujourd'hui, on a pris des dispositions pour éviter ce genre de désagrément. Le football que l'on pratique actuellement à l'extérieur n'est pas celui que je préfère : j'ai personnellement une vision plus ambitieuse du métier d'entraîneur. Mais il faut savoir quelles sont les priorités. Et dans la situation où l'on se trouve, c'est de prendre des points. Lorsque les joueurs auront assimilé les principes défensifs, je pourrai leur inculquer les principes du jeu sans ballon, de la conservation du cuir, soigner les automatismes sur les flancs et avec les attaquants. Cela se fera pas à pas, mais on est sur le bon chemin. Ce qui me réjouit le plus, c'est la prise de conscience qui s'est produite chez les joueurs. Pour tout dire, après le changement d'optique intervenu suite à la défaite contre Malines, je les ai sentis soulagés ". Enzo a donc l'impression qu'au départ, les joueurs n'étaient pas concernés. " Ils n'étaient pas concernés du tout ", insiste-t-il. " Individuellement, quand je leur parlais, ils m'affirmaient qu'ils étaient prêts à se livrer à 200 %. Mais, collectivement, cela ne se vérifiait pas. La défaite qui m'a fait le plus mal, fut celle subie contre Mons : ce soir-là, l'Albert était largement prenable. Mais mes joueurs étaient apathiques. Je vais même vous avouer une chose : il y a quelques semaines, deux d'entre eux - que je ne citerai pas - ont été convoqués devant tout le staff. Je leur ai dit que, s'ils ne changeaient pas leur état d'esprit, ils risquaient de rejoindre leurs cinq compagnons relégués dans le noyau B. Ils ont compris le message, et aujourd'hui, je les sens animés d'une volonté que j'aurais aimé déceler en eux dès le départ. Les cinq autres, malheureusement, n'ont pas compris le message que je leur avais adressé durant le stage en Espagne ". Là-bas, dans la région de Valence, Scifo avait décelé d'autres problèmes. " J'ai directement senti que l'équipe n'était physiquement pas au point. Tant pis si je vexe mon prédécesseur avec ces déclarations : je n'ai, personnellement rien contre lui. Je constate, c'est tout. Ma première idée fut de me dire : - C'estpeut- êtrelecontextequiveutcela. OnestenEspagne, ilfaitbeau, ilrègneuneambiancedevacances. Ilsn'ontpeut- êtrepastropenviedesedéfoncer, onverrasicelachangequandonrentreenBelgique. On est rentré et rien ne s'est amélioré. J'en ai parlé au préparateur physique BernardDecabooter. Il m'a répondu : - Tesconstatationsnem'étonnentpas, lesjoueursontunebonneendurancemaisilsnetiennentpaslerythme ! Là, j'ai su qu'on avait un problème. Je lui ai rétorqué : - Ecoute, Bernard : onaduboulot ! " Decabooter était pourtant déjà le préparateur physique sous Brys. " A-t-il pu préparer l'équipe comme il l'aurait souhaité ?", se demande Enzo. " Je n'en sais rien, je n'étais pas là au premier tour. Je constate simplement qu'aujourd'hui, les joueurs ont retrouvé un niveau beaucoup plus acceptable. Les tests le prouvent : ceux effectués récemment sont bien meilleurs qu'il y a un mois et demi. Tous les joueurs ont amélioré leur niveau, même ceux arrivés lors du mercato. Ils sont, désormais, capables de répondre à certaines exigences. Aujourd'hui, je suis persuadé qu'on a constitué un très bon staff : avec Geert, Bernard et l'entraîneur des gardiens FranckyVandendriessche. Il ne faut rien changer, c'est ce staff-là que je veux garder pour l'avenir ". Son nom de famille est surtout synonyme de succès. Derrière la façade, il y eut cependant de grandes souffrances mais cela ne l'a pas empêché, dit-il, " de réussir au nom de tous les miens ". L'éducation qu'il a reçue durant son enfance reste le fil rouge de son existence. " Ma femme, Marie-Pierre, et moi, nous transmettons le même bagage à nos trois filles : Sarah (18 ans), Elena (15 ans) et Elsa (8 ans). Elles comprennent parfaitement qu'une bonne ambiance familiale et le respect de nos valeurs constituent un atout important dans la vie. Leur jeunesse est très différente par rapport à la mienne. Je ne me plains pas du tout car mon trajet, parfois douloureux, a été une richesse. Chez nous, on ne roulait pas sur l'or et cela a forgé mon caractère. Sans cet acquis, je ne sais pas si ma résistance face aux problèmes aurait été la même. Après la mort de mon frère, mon monde s'est effondré. Le coup fut terrible. Je perdais un point de repère très important. Je le voyais tous les jours. Pino était mon frère, mon ami, mon confident. Il n'a jamais jalousé ma réussite sportive, au contraire ". " Je n'avais plus envie de rien, j'étais perdu, découragé, déprimé, je ne quittais plus mes pénates et ce sont nos filles qui ont dit : - Papa, tu dois réagir. Je ne l'ignorais pas mais le poids de cet événement tragique était très lourd à porter. Leurs propos ont déclenché un déclic. Basta, il fallait que je me reprenne et que cette épreuve me renforce : c'est ce qui s'est passé. Je devais redresser la tête pour Pino, pour mon épouse et nos enfants, pour toute la famille, surtout pour ma mère qui était la plus ébranlée par ce drame. Elle avait su protéger tout le monde durant des années : je devais préserver son £uvre... " Sans le savoir, il met en application une des phrases de Marguerite Yourcenar, immense écrivain (née à Bruxelles en 1903, décédée en 1987 aux Etats-Unis), première femme élue à l'Académie française : " Quand on aime la vie on aime le passé parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine ". Impossible de comprendre le Enzo actuel sans s'attarder sur le Enzo d'autrefois. Enfant, il voit sa maman quitter la maison vers quatre heures du matin. Elle ne peut pas rater l'autobus qui l'emmènera vers l'usine. Douze heures plus tard, la brave dame retrouve les siens, s'accorde dix minutes de repos avant de se consacrer à ses tâches de mère de famille. Elle lutte seule car son mari, victime d'un accident de travail, plonge d'une dépression à l'autre. Quand cela va mal, il perd du temps, et même plus, en oubliant ses problèmes autour des tables de jeu. " Je comprenais parfaitement sa douleur ", avance Enzo. " Invalide, il était incapable de travailler et de tout donner à sa famille. Ce rôle était repris par son épouse. Sans elle, je ne sais pas ce que nous serions devenus. Ma mère gagnait 300 euros par mois. Quand le loyer était payé, il ne restait presque rien. Il y avait une priorité à ses yeux : ses trois enfants devaient d'abord bien manger. Nous n'avions pas les jeans dernier cri mais le frigo était toujours bien garni. Nous n'avions pas grand-chose mais on ne manquait de rien. Quand des amis achetaient une maison, elle avait toujours la même explication : -Mes enfants ne mangeront jamais un morceau de viande en moins, même pour la plus belle maison. Pour moi, c'est une héroïne. A 12 ans, j'aidais un maraîcher durant les vacances scolaires et avec un petit billet, j'étais... riche. Je m'étais juré d'acheter un jour une maison pour mes parents. Je ne voulais plus non plus que ma mère se lève aux petites heures. Je lui ai donné mon premier salaire de footballeur : 1.150 euros. Pour elle, c'était une fortune. Je l'ai alors obligée à abandonner son boulot à la verrerie. Avec ce que je gagnais à Anderlecht, c'était possible. L'argent ne m'intéressait pas. Ma mère gérait tout. J'étais heureux, je jouais " " L'achat d'une maison à Saint-Vaast a été émouvant. C'était le but de ma vie. Toute la famille l'a visitée de fond en comble : cette fois, la roue tournait, les années galères s'éloignaient. C'était d'abord une récompense pour ma mère. Le football nous a tout donné. Petit à petit, en étant à mes côtés, à l'entraînement ou au stade, mon père a retrouvé les couleurs de la vie. Le football a été sa thérapie et lui a permis de retrouver un objectif : ses problèmes de dépression se sont éloignés. Il m'a conduit partout, m'attendait, s'intéressait à mon métier, rencontrait des gens passionnants. Ceux qui affirment qu'il était trop envahissant sont à côté de la plaque : j'étais jeune, j'avais besoin de lui dans un monde qui n'est pas tendre. Il a probablement éloigné quelques requins. A Anderlecht, il était très apprécié par la famille Vanden Stock, Michel Verschueren, Paul Van Himst, etc. Mon père faisait passer mon bonheur avant tout. Quand j'ai quitté Bordeaux pour Auxerre, mon salaire a été divisé par trois. J'aurais pu rester jusqu'au terme de mon contrat. J'ai tranché, jouer était plus important que l'argent et mon père m'a soutenu à fond ". " Ma chance, je l'ai toujours partagée avec mes parents, mon frère, ma s£ur, nos enfants. C'est normal. Je sais d'où nous venons, je connais parfaitement la valeur d'un euro. Je gère mes avoirs en bon père de famille. Je ne suis pas milliardaire. Je ne prends jamais de risques et il ne peut rien m'arriver ". Au fil des années, Enzo a bien placé ses avoirs, notamment dans l'immobilier. Une rumeur trop persistante l'a transformé en homme d'affaires peu prudent. Il hausse les épaules car ces affabulations lui ont fait mal : " On peut dire que je me trompe parfois en tant que coach. Je ne peux pas plaire à tout le monde dans mes choix sportifs. J'ai fait des erreurs, j'en commettrai encore. Je n'ai jamais déclaré que j'étais le meilleur coach du monde. Mais certains mélangent des critiques sportives (qui ne me dérangent pas) avec de prétendus problèmes financiers : cela donne un tableau totalement tronqué. C'est tout sauf la réalité, j'ai quand même réussi pas mal de choses dans ma vie. Je souhaite à tout le monde d'avoir les mêmes soucis de trésorerie que moi... "Scifo s'est publiquement distingué en investissant au Sporting de Charleroi, en montant un restaurant à La Louvière et en gérant un hôtel à Waterloo. A-t-il perdu sa culotte dans ces affaires ? " Pas du tout ", réplique Scifo. " Je suis un sportif, pas un businessman. Je ne serai jamais un crack de la finance mais je sais ce que je fais. Quand j'avance un euro, je m'entoure de toutes les garanties et, quand c'est nécessaire, je tranche. Le projet à Charleroi, j'y croyais à fond. Le club était au plus mal : la trésorerie était anémique. La faillite était proche mais j'ai investi 500.000 euros. Je ne demande pas merci mais je le signale. J'ai eu des garanties, c'est sûr. Quand je suis devenu coach, je me suis rendu compte que j'étais assis entre deux chaises. Il m'était impossible d'être coach et dirigeant, de demander des renforts tout en tenant les cordons de la bourse. On me disait : -Attention, y a pas d'argent. Puis, il y a des faits et des événements internes que la presse et le public ignorent. Au terme de la première saison en tant que coach, les Zèbres étaient neuvièmes. C'était pas mal après des années de misère. Aujourd'hui, s'installer dans la colonne de gauche constitue l'objectif de pas mal de clubs ". " Un an plus tard, Charleroi aurait pu terminer dans la même zone. A quatre matches de la fin du championnat, Abbas Bayat m'a donné un ordre. Les Zèbres étaient sauvés et il fallait faire jouer les éléments qui devaient être vendus. Je n'étais pas d'accord mais on m'a expliqué que c'était vital pour le club. Je me suis incliné. En tant que dirigeant, je ne pouvais pas m'opposer publiquement au président. J'ai été loyal et cela s'est totalement retourné contre moi. La récolte de points fut misérable pendant les quatre derniers matches. J'ai été indiqué du doigt, pas la haute direction. Cela n'allait plus. J'étais entraîneur et je ne retrouvais pas dans cette confusion. Cette expérience s'est terminée tristement, je le concède, mais j'ai pu retrouver l'argent investi pour mes parts. Je n'ai pas perdu d'argent à Charleroi. Il en a été de même en ce qui concerne le restaurant que j'ai eu à La Louvière. Ce n'était pas le mien, c'était celui de mon frère, Pino. Je voulais lui permettre d'avoir un beau boulot. Pino était heureux, cela lui plaisait et le resto a bien fonctionné. Mais c'est très lourd et après un temps, Pino m'a dit : -Cela ne va plus, je ne tiens pas le coup. Moi, je n'étais pas souvent là et il fallait trancher. J'avais acheté le fonds de commerce. Je l'ai remis et j'ai récupéré ma mise jusqu'au dernier cent. Une page était tournée mais ce n'était pas du tout un désastre financier, loin de là. " Plus récemment, Scifo s'est installé sur le plateau de Waterloo, à deux pas de la célèbre Butte du Lion. Comme ce fut le cas à Charleroi, les politiciens ont déroulé le tapis rouge. Scifo, c'est de la notoriété garantie sur facture. Les Japonais qui visitent la plaine où Napoléon perdit sa dernière bataille connaissent Enzo Scifo. Tout ce coin touristique sera modernisé, rafraîchi. Cet effort a probablement incité l'ancien Soulier d'Or à s'investir dans la reprise d'un hôtel, le 1815. La valeur du bâtiment a déjà triplé. Dans quelques années, compte tenu de la montée du prix de l'immobilier, spécialement dans le Brabant wallon, la mise de Scifo sera multipliée par dix. " J'avais un associé ", précise Scifo. " A un moment, nous n'avons plus partagé la même façon de voir les choses. La séparation était inévitable. Cela s'est terminé devant la justice et j'ai racheté ses parts. Tout en restant propriétaire du bâtiment, j'ai cédé l'exploitation du restaurant. J'ai gardé l'hôtel et je suis reparti tout seul. Après m'être remis de la disparition de Pino, j'ai travaillé tous les jours dans mon hôtel. J'ai été voir les entreprises de la région, j'ai démarché, j'ai fait de la pub, j'ai modernisé les chambres qui sont des bijoux. J'étais à fond dans mon défi en sachant que le football resurgirait tôt ou tard dans ma vie. En un an, j'ai redressé cette affaire. Mon hôtel affiche désormais un taux d'occupation de 80 %. Nous gagnons de l'argent et j'ai pu engager du personnel : c'est un très grand sujet de fierté. Cet hôtel est une garantie, une poire pour la soif. Maintenant, les gens peuvent raconter ce que bon leur semble. Une chose est sûre : ma famille passera toujours avant tout. C'est pour elle que je me bats. Ma femme a compris mes choix et est extraordinaire. Sans sa compréhension, tout aurait été mille fois plus dur. Tout ce que j'ai vécu m'a renforcé, c'est évident. Je suis plus fort, plus décidé à réussir ma carrière d'entraîneur ". lpar pierre bilic et daniel devos