Pour Justine Henin, la saison 2001 est loin d'être terminée. Victorieuse à Gold Coast et à Canberra en début d'année, puis à Rosmalen au milieu de l'été, Justine Henin a également disputé trois autres finales cette saison, à Wimbledon, à Hawaï et, tout récemment, à Filderstadt où elle n'a rien pu faire pour s'opposer à la puissance d'une Lindsay Davenport particulièrement efficace au service.
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Pour Justine Henin, la saison 2001 est loin d'être terminée. Victorieuse à Gold Coast et à Canberra en début d'année, puis à Rosmalen au milieu de l'été, Justine Henin a également disputé trois autres finales cette saison, à Wimbledon, à Hawaï et, tout récemment, à Filderstadt où elle n'a rien pu faire pour s'opposer à la puissance d'une Lindsay Davenport particulièrement efficace au service.Après Berlin, ce sera la phase finale de la Fed Cup à Madrid où la Belgique entretiendra les rêves les plus fous puisqu'elle figurera ni plus ni moins au rang des favorites! Ce sera le dernier rendez-vous officiel d'une joueuse qui reçut récemment le Mérite sportif francophone. Officieusement, deux exhibitions sont encore prévues. Après quoi, il sera déjà temps de préparer l'Open d'Australie...Justine, vous avez reçu récemment le premier Mérite sportif décerné par la Communauté française. Quel effet cette récompense vous a-t-elle fait?Même si elle était attendue et même si on a tendance à banaliser les trophées en général, je dois avouer qu'elle m'a fait plaisir. C'en est toujours un de voir que vos efforts sont appréciés et reconnus. Parvenir au plus haut niveau d'un sport aussi compétitif que le tennis ne se fait pas sans sacrifices. J'ai pu le faire grâce au soutien des gens qui me sont proches et je tiens ici à les en remercier. Ce genre de soirées est très important parce qu'elles valorisent les sportifs. Chaque mois qui passe, je suis davantage vue comme une ambassadrice du sport belge. Cela me fait plaisir parce que je m'efforce de remplir ce rôle et je le fais avec joie. Je veux être un modèle pour les jeunes. Je les invite à se défoncer pour leur sport et veux être la démonstration vivante qu'il faut toujours essayer d'aller au bout de ses rêves. Il ne faut jamais hésiter à se surpasser et à repousser toujours plus loin ses limites.Première mondiale?Ce Mérite francophone constitue-t-il un avant-goût pour le Mérite national qui aura lieu au mois de décembre?Je ne sais pas et je n'y pense pas encore. Il y a beaucoup de sportifs en Belgique qui s'illustrent sur la scène internationale de nos jours. Les gens me voient comme une favorite mais c'est quand-même toujours difficile de départager les candidats et candidates. Kim et moi avons fait toutes les deux une saison exceptionnelle. Je crois qu'il n'y a aucun intérêt à injecter une quelconque concurrence entre nous pour un trophée. Moi je pense d'abord à mes tournois. Les récompenses, ce sera pour plus tard.Votre objectif resterait inchangé.C'est vrai. Je ferai tout ce qui est en mes moyens pour devenir un jour numéro une mondiale. Il me reste encore beaucoup de travail pour y arriver, j'en suis consciente. Mais cela ne me fait pas peur. J'ai tout l'avenir devant moi et je suis persuadée qu'en continuant à faire tous les efforts nécessaires et qu'en étant animée par une grande rage de vaincre, j'y arriverai. Je dois particulièrement travailler mon service. C'est lui qui peut m'aider à grappiller les places manquantes au classement. Je le travaille beaucoup même si en fin de saison, on a plutôt tendance à ralentir les cadences.Si nous vous demandons de citer une difficulté parmi d'autre dans la carrière d'une joueuse professionnelle...L'agencement de l'agenda. Une année représente tellement de tennis qu'il faut bien réfléchir avant d'établir un programme. Normalement, je n'aurais pas pu être présente à Namur pour la remise du Mérite sportif. J'y suis allée parce que je m'étais blessée à Hawaï et avais dû renoncer au tournoi de Leipzig... Mon retour de Hawaï a aussi duré 48 heures pour atteindre Bruxelles National où j'ai, en prime, perdu mes bagages! C'était en pleine période de crise suite aux attentats qui ont touché New York et Washington. Je m'attendais à des contrôles beaucoup plus sévères aux douanes or je les ai trouvés plutôt limités. Il n'y avait rien de plus qu'auparavant. J'ai vraiment été étonnée qu'il n'y ai pas un impact plus important en matière de sécurité. Nous avons voyagé quasiment plus facilement que d'habitude. C'était un peu surprenant.A Hawaï pendant les attentatsAu moment des attentats, vous vous trouviez à Hawaï. Quelle fut l'atmosphère sur place?Ils ont failli annuler le tournoi et je crois que cela aurait été une décision logique. Au lieu de cela, ils ont annulé une seule journée. Tout le monde a été retourné et abattu. Il était sept heures et demie du matin quand le manager de l'hôtel dans lequel je me trouvais a réveillé tout le monde. Aussitôt, j'ai allumé la télévision mais quand on est réveillé comme cela, on ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. J'ai vu qu'un avion avait frappé l'une des tours mais on ne connaissait pas les détails. Une fois qu'on a compris, chacun est resté branché sur les télévisions américaines toute la journée. Nous avons tout de suite reçu un message dans notre chambre comme quoi le tournoi était annulé pour la journée avec une possibilité d'annulation totale. Les matches ont repris le lendemain avec toute une série de cérémonies à la mémoire des victimes.Au retour d'Hawaï, qu'avez-vous fait?Je me suis d'abord reposée parce que je venais de vivre six semaines aux Etats-Unis très éprouvantes. A chaque fois que je rentre d'un aussi long séjour à l'étranger, j'ai toujours besoin de quelques jours pour récupérer. D'autant que les étés aux Etats-Unis sont plutôt caniculaires. A Hawaï, la finale s'est disputée par 40 degrés à l'ombre et 86% d'humidité! Et par dessus le marché, la rencontre se disputait à midi et demi. C'était de la folie furieuse et complètement stupide! Aussi bien Sandrine Testud que moi étions malades. Moi un peu plus qu'elle, apparemment, et j'ai préféré jeter l'éponge pour ne pas compromettre la fin de la saison d'autant qu'il s'agissait d'un petit tournoi. Ni elle ni moi n'aurions pu terminer le match. J'ai été victime d'une insolation qui s'est accompagnée de légères contractures musculaires.Manque de fraîcheurVous venez de disputer la finale à Filderstadt, la sixième d'une année au cours de laquelle vous avez ajouté trois titres à votre palmarès (Gold Coast, Canberra et Rosmalen). Que vous a-t-il manqué contre Davenport?Un peu de fraîcheur physique. Sur la route de la finale, j'ai eu quelques matches très difficiles, notamment face à Chanda Rubin et Anke Huber. Or, pour affronter une frappeuse comme Lindsay qui a joué le match presque parfait, il faut être à 100% sinon on n'a aucune chance. De ce fait-là, j'estime m'en être plutôt bien tirée. Je n'ai perdu mon service qu'à une seule reprise dans chacun des deux sets.Bien que la saison 2001 soit encore loin d'être terminée, quel regard portez-vous sur elle?Ce fut une année longue et dure mais très bonne. Si on m'avait dit au début de l'année que je réaliserais tout ce que j'ai fait, je ne l'aurais pas cru.Dans un avenir maintenant très proche, vos deux principaux objectifs vont être le Masters de Munich et la Fed Cup qui se disputera dans la foulée à Madrid. Que pouvez-vous dire à ce sujet?Le Masters sera une découverte pour moi. Je crois que l'ambiance y est un peu particulière et magique parce qu'on y célèbre les joueuses qui se sont le mieux illustrées tout au long de la saison. On retrouve les seize meilleures joueuses mondiales de l'année. C'est un plateau extraordinaire avec uniquement des matches difficiles. Le Masters arrive très tôt dans ma carrière. Je ne pensais pas que cela aurait été pour cette année mais maintenant que j'y suis, je vais en profiter comme s'il s'agissait avant tout d'une récompense. Je serai très relax même si mon objectif sera d'y aller le plus loin possible. Mais on sait aussi que cela dépendra beaucoup du tirage au sort. Celui-ci est toujours très important, on l'a vu à l'US Open mais je crois qu'il l'est encore davantage pour une compétition comme le Masters.Et les soeurs Williams?Croyez-vous pouvoir gagner?Difficile à dire. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que dans ma tête, je sais que je peux battre n'importe qui. Je joue pour cela et avec cela toujours bien présent à l'esprit. Reste qu'il y a des filles qui sont toujours de plus en plus fortes. On sait, par exemple, que les soeurs Williams sont quasiment intouchables en fin de saison. Le tournoi se déroulant cette année en Europe, les choses seront peut-être légèrement différentes. Le public peut changer les données, mais il faudra aller chercher les trois ou quatre meilleures pour s'imposer.Et la Fed Cup?J'adore représenter mon pays. A Madrid, nous serons en bonne position pour rêver un peu à une victoire finale. Le gros problème, mais il sera le même pour tout le monde, sera de devoir s'acclimater à une autre surface en quelques jours à peine. Le problème sera d'autant plus énorme qu'il faudra s'adapter à la terre battue. Et sur ce revêtement-là, aussi bien Kim que moi, nous nous débrouillons plutôt bien. Nous sommes tout de même demi-finaliste et finaliste à Roland Garros. Si on avait la chance de devoir affronter les Etats-Unis en finale, il vaudrait mieux pour nous que cela se fasse sur terre battue plutôt que sur un revêtement rapide comme celui qui sera utilisé au Masters par exemple.Beaucoup de rumeurs circulent quant à une non participation des soeurs Williams. Que savez-vous de votre côté?Toutes les Américaines ne voient pas de gaieté de coeur de voyager en Europe après les attentats du 11 septembre. Elles ont un peu peur. Ceci dit, et pour en revenir aux Williams, il faudra juger sur pièces parce qu'avec elles, il est toujours extrêmement hasardeux de prévoir quoi que ce soit. Je pense que le Masters constitue quand même un de leurs objectifs prioritaires. Et à partir du moment où elles sont présentes à Munich, pourquoi ne pas les voir à Madrid?Faire plaisir au publicEt le 14 novembre, vous participerez à une exhibition avec Kim Clijsters au Sportpaleis d'Anvers. Pourquoi cette initiative?Parce qu'il s'agira de remercier le public belge. On nous dit toujours que nous avons fait vibrer la Belgique entière mais il ne faut pas oublier que les spectateurs nous le rendent bien. Ce sera un bel hommage en même temps qu'une occasion en or de jouer en Belgique, ce qui n'arrive pas souvent.Avez-vous accepté spontanément?Bien sûr. J'ai entendu dire que l'exhibition se disputera à guichets fermés. Tout le monde, j'en suis sûre, sera content d'être là. L'ambiance générale sera à la décontraction. Il n'y aura aucune pression et le résultat importera peu.L'année se terminera ensuite par une autre exhibition, le "Women Tennis Trophy", programmée les 15 et 16 décembre à Ciney. Il y aura vous-même, Amélie Mauresmo, Nathalie Tauziat et Silvia Farina. Un sentiment particulier?Je suis très contente parce qu'elle se déroulera pratiquement chez moi. Je suis fort attachée à ma région et pourrai retourner dormir chez moi entre les matches et cela, ce sera nouveau. Le plateau sera très relevé et constituera une belle occasion pour nous de jouer des rencontres avant de nous envoler pour l'Australie. Vu que je m'entends très bien avec ces trois joueuses, il y aura une ambiance du tonnerre!Florient Etienne