Quand on analyse le succès des Diables Rouges par le prisme des individualités, trois noms ressortent. Celui de Marc Wilmots, l'architecte belgicain qui a réussi la synthèse des talents ; celui d'Eden Hazard pour des raisons de dispositions évidentes. Et puis, il y a Vincent Kompany qui dépasse, lui, les frontières du football. Kompany, c'est d'abord le prototype du joueur élégant, une gageure pour un défenseur. Mais c'est bien plus que cela : c'est un modèle d'intégration et de syncrétisme. Avec lui s'écrit l'histoire de la deuxième partie du 20e siècle mais également celle des quartiers Nord de Bruxelles. Kompany, c'est aussi la Belgique moderne et parfaite, bilingue (voire quadrilingue suite à ses passages à Hambourg et Manchester City) et multiculturelle. C'est une gueule d'ange, une éducation, une analyse sociétale. Bref, Kompany, cela plaît à la Belgique entière car il transgresse les codes et les frontières. Dans le cadre de la Coupe du Monde, Kompany, c'est aussi le capitaine et symbole de cette génération dorée, un des éléments avec Thomas Vermaelen et Marouane Fellaini à avoir ouvert la voie en Angleterre. Et on a parfois tendance à l'oublier, c'est aussi un joueur, parfois nonchalant et souvent blessé. Vous l'avez compris : Kompany est un formidable sujet d'étude.
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Quand on analyse le succès des Diables Rouges par le prisme des individualités, trois noms ressortent. Celui de Marc Wilmots, l'architecte belgicain qui a réussi la synthèse des talents ; celui d'Eden Hazard pour des raisons de dispositions évidentes. Et puis, il y a Vincent Kompany qui dépasse, lui, les frontières du football. Kompany, c'est d'abord le prototype du joueur élégant, une gageure pour un défenseur. Mais c'est bien plus que cela : c'est un modèle d'intégration et de syncrétisme. Avec lui s'écrit l'histoire de la deuxième partie du 20e siècle mais également celle des quartiers Nord de Bruxelles. Kompany, c'est aussi la Belgique moderne et parfaite, bilingue (voire quadrilingue suite à ses passages à Hambourg et Manchester City) et multiculturelle. C'est une gueule d'ange, une éducation, une analyse sociétale. Bref, Kompany, cela plaît à la Belgique entière car il transgresse les codes et les frontières. Dans le cadre de la Coupe du Monde, Kompany, c'est aussi le capitaine et symbole de cette génération dorée, un des éléments avec Thomas Vermaelen et Marouane Fellaini à avoir ouvert la voie en Angleterre. Et on a parfois tendance à l'oublier, c'est aussi un joueur, parfois nonchalant et souvent blessé. Vous l'avez compris : Kompany est un formidable sujet d'étude. Les statistiques de ces dernières années l'ont prouvé, il y a bien un Manchester City avec (60 % de victoires) et un Manchester City sans Kompany (50 % de victoires). Les Citizens sont beaucoup plus dominateurs et moins fébriles avec lui. Par contre, ces statistiques ne trouvent pas d'écho en équipe nationale. Kompany n'a disputé que six rencontres de la dernière campagne qualificative, ratant au passage les trois derniers matches. En 2013, il a disputé seulement deux des six rencontres qualificatives. Si le débat se focalise davantage sur la forme de Thomas Vermaelen, on peut se poser des questions sur la nonchalance de Kompany ces derniers mois. Moins impérial avec City et beaucoup trop lymphatique avec les Diables lors des dernières sorties amicales, le capitaine est épargné par les critiques. Sans doute parce qu'il fait oublier ses pertes de balle et ses prises de risque par un engagement total (que ce soit aux entraînements ou face à la Suède) et par quelques sauvetages judicieux (il a toujours été bien placé face à la Suède). Pourtant, en lame de fond, le débat pointe le bout de son nez. La presse anglaise fut la première à dégainer en se demandant si Kompany n'était pas plus sobre sous la houlette d'un Roberto Mancini qui, comme tout technicien italien, fait de l'imperméabilité défensive une condition première à une bonne organisation. " Depuis l'arrivée de Manuel Pellegrini, on remarque une prise de risque accrue ", souligne Rory Smith, journaliste au Times. " Et ça a quand même abouti à l'un ou l'autre but adverse. On ne peut pas dire qu'il est moins bon car on voit très bien qu'il est revenu à son niveau du titre 2012 mais il a parfois trop confiance en lui. Or, ce trait de caractère avait eu tendance à disparaître sous Mancini. " Pourtant, les statistiques ne montrent pas de baisse de régime. Il a gagné, par exemple, plus de duels aériens (75,5 %) qu'en 2011-2012 (71,4 %) et que la saison passée (65,6 %) ! En conférence de presse, sans le nommer, Wilmots a dit qu'il avait remarqué des chipotages en défense et qu'il préférait que ses défenseurs se concentrent sur leur tâche première, à savoir défendre, ce qui fut respecté contre la Tunisie. Néanmoins, la place de Kompany ne sera jamais mise en doute. Parce qu'intrinsèquement, il s'érige comme le meilleur défenseur du noyau et que beaucoup disent qu'il s'agit de ce type de joueur jamais aussi bon en amical que lors de matches décisifs. " Quand il est à 100 %, physiquement, il est difficile à passer ", explique Sébastien Pocognoli. " Et il a la technique qui lui permet de se sortir du pressing d'un attaquant. " Et aussi parce que Kompany, en plus du talent, est la véritable incarnation de cette équipe. Il en est le leader. Il a suffi de le voir en civil participer activement à la fête quelques minutes après la victoire, à Hampden Park, en Ecosse, pour comprendre que Kompany a un statut à part. Vous connaissez d'autres joueurs, non retenus parce que blessés ou suspendus, qui partagent la vie du groupe ? En Suède, on n'entendait que lui sur le terrain, véritable garant de l'organisation mise en place par Wilmots. Et en dehors du terrain, c'est lui qui régit le groupe. Il fait évidemment partie du conseil des joueurs avec Vermaelen, Jan Vertonghen, Daniel Van Buyten et Axel Witsel. Et lorsqu'il s'agit de finaliser la négociation pour les primes, il n'y a plus que lui et Vertonghen ! " Il est difficile en négociations mais ce qui me marque le plus, c'est son sens du collectif ", remarque le président de la Commission technique, Philippe Collin. " Quand il a négocié les primes, il a insisté pour qu'elles soient pareilles pour les titulaires, les remplaçants et même ceux qui étaient en tribunes. Il n'avait rien à y gagner puisqu'il sera normalement toujours sur le terrain mais c'est sa façon de souder le groupe. " " Il y a des gens à qui tu tends l'oreille quand ils parlent et, lui, en fait partie ", explique le grand absent de la sélection, écarté sur blessure, Christian Benteke. " Certains sont nommés capitaine car il en faut bien un. Lui en est un vrai. Il est convaincant, charismatique, il parle français, néerlandais. Il dégage véritablement quelque chose. " Mais comment Kompany s'est-il imposé comme leader naturel ? D'abord sur des critères sportifs. Il a été sacré champion d'Angleterre à deux reprises, meilleur joueur de Premier League en 2012, a remporté une Cup et fait partie des meilleurs défenseurs du monde. Il fut un des précurseurs de cette génération dorée : un des premiers à partir à l'étranger, à s'imposer en Angleterre et à porter la vareuse d'un grand club après Daniel Van Buyten (qui n'a cependant jamais fait l'unanimité comme Kompany). " Quand tu as un tel palmarès, il n'en faut pas plus pour faire de toi un leader ", dit Pocognoli. Mais il y a aussi des critères de leadership : il s'est imposé très jeune, a vite montré beaucoup de maturité, tant dans les grands matches que dans son discours, et il parle parfaitement les deux langues nationales. Il faisait donc le capitaine parfait. " Son leadership est naturel. Il a cela en lui. Partout où il est passé, il avait de l'importance dans le groupe ", explique Axel Witsel. " Tout le monde a donc trouvé normal qu'il devienne capitaine de cette équipe. De plus, il est légitime. C'est un grand défenseur et en termes de communication, il assume son rôle. Quand les choses ne tournent pas rond, c'est le premier à crier sur les joueurs. Il n'a pas peur de dire les choses en face. " " Il a toujours pris ses responsabilités sur le terrain ", ajoute Pocognoli, " et il a toujours un mot intelligent à dire, que ce soit pour recadrer ou encadrer, mais jamais dans la démesure. Il est très posé et sait dire les bonnes choses au bon moment. On a toujours l'impression qu'il agit pour le bien de l'équipe, ce qui évite toute jalousie. On reçoit toujours ce qu'on mérite et lui, mérite d'être le porte-parole de l'équipe. " Si Vincent Kompany marque autant les esprits, c'est aussi par son intelligence qui tranche dans un monde de footballeurs davantage versés dans le bling-bling que dans la culture. Longtemps, la presse, toute heureuse d'entendre un joueur au discours structuré, a voulu en faire un philosophe, ce qu'il n'est quand même pas. Interrogé sur tout, tant sur des thèmes sur lesquels il est légitime (le rôle social du sport, le racisme, etc) que sur d'autres qu'il ne maîtrise pas plus qu'un citoyen lambda (la politique, la culture), Kompany a compris les dérives auxquelles cela pouvait conduire et a décidé de maîtriser davantage sa communication (il ne donne plus beaucoup d'interviews individuelles à la presse belge). Mais ses premières années ont permis de démontrer une certaine intelligence pondérée. Pas étonnant donc qu'à 28 ans, il la mette à profit pour déjà avancer sa reconversion. Là aussi, il paraît bien loin des stéréotypes des footballeurs qui n'envisagent leur après-carrière qu'à quelques encablures de la fin, une fois la trentaine largement entamée, ou qui n'investissent que dans des secteurs bien particuliers comme l'immobilier. Kompany a déjà tissé un réseau bien réfléchi. Non seulement, il investit mais il cible aussi ses secteurs, sans mettre tous ses oeufs dans le même panier. Il investit dans des activités lucratives immédiatement (comme sa société de limousines de luxe en Angleterre) mais également celles qui vont lui permettre de renforcer ses réseaux. Comme des activités caritatives dans lesquelles il peut capitaliser sur son nom pour faire bouger les choses (comme SOS Villages d'enfants) mais aussi dans sa ville (comme le BX Brussels). Ces deux activités cadrent bien avec sa personnalité de patron-décideur et d'homme d'action. Elles polissent également l'image d'un joueur qui n'a pas oublié ses racines et qui s'investit dans des nobles causes plutôt que dans des yachts de luxe. Son investissement au BX Brussels est peut-être le plus parlant. Cela lui permet d'amener toute sa famille dans son sillage puisque c'est sa soeur la présidente du club, d'être fidèle à ses idées puisqu'il a toujours clamé haut et fort qu'il voulait faire quelque chose pour la formation des jeunes de quartiers plus défavorisés à Bruxelles, tout en ajoutant une touche très personnelle, par la communication ou le design, qui ont déjà permis de créer une certaine hype autour du BX Brussels alors que le club a quand même végété en Promotion cette année et qu'il se produira en P1 brabançonne la saison prochaine ! Cela ne signifie pas que Kompany ait une vision désintéressée du business. Que du contraire. Sa société de limousines de luxe le démontre. Signe de sa puissance, son nom est devenu une marque, comme le nom de son bar ouvert sur les Grands-Places de Bruxelles et d'Anvers (" Good Kompany ") et le logo (un grand K) en témoignent. " Il a un côté caméléon ", explique le sociologue, Jean-Michel Dewaele, " il investit dans un club social dans des quartiers difficiles mais il ouvre aussi un café branché sur la Grand-Place. Il parvient remarquablement à s'adresser à des publics différents. " Autre signe de son talent de businessman : sa société de production Bonka Circus. Avec celle-ci, il a usé de ses connexions et de sa puissance grandissante au sein de l'Union Belge (notamment auprès du président de la Commission technique, Philippe Collin, qui a comme beau-fils le propre agent de Kompany, Jacques Lichstenstein)pour l'imposer comme société réalisatrice des " Diables au coeur ". La RTBF a dépensé 600.000 euros pour cette série et la VRT près d'1 million d'euros. Néanmoins, certains Diables Rouges n'ont appris que récemment que Kompany était actionnaire de cette société et trouvent malsain qu'on ne les ait pas mis au courant. Cette affaire peut-elle affaiblir Kompany ? Sans doute pas même s'il est clair qu'il bénéficie d'un passe-droit. Lorsqu'on avait soulevé le problème il y a un an et qu'on se demandait si tous les joueurs ne risquaient pas de venir avec leurs exigences, dans la foulée de celle de Kompany, un membre de l'Union Belge nous avait déclaré : " Ce qui a été accordé à Kompany ne le sera pas nécessairement aux autres. Nous ne sommes pas fous : nous n'allons pas casser les carreaux de nos fenêtres ! " PAR STÉPHANE VANDE VELDE - IMAGES: BELGAIMAGE" Ce qui a été accordé à Kompany ne le sera pas nécessairement aux autres. Nous n'allons pas casser les carreaux de nos fenêtres ! " Un membre de l'Union Belge " Il investit dans un club social mais aussi dans un café branché. Il parvient remarquablement à s'adresser à des publics différents " Jean-Michel Dewaele, sociologue " On reçoit toujours ce qu'on mérite et lui, mérite d'être le porte-parole de l'équipe " Sébastien Pocognoli