Les joueurs de Mouscron avaient imaginé une action symbolique pour leur montée sur le terrain contre le Standard, vendredi. Histoire de montrer à leur direction tout le mal qu'ils pensent de ses mensonges, ils ont envisagé de marquer contre leur camp. Ou de se présenter avec un gros nez rouge. Ils se sont abstenus et ils ont eu raison : au Canonnier, les clowns sont dans les bureaux, pas dans le vestiaire ou dans le bureau des entraîneurs.
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Les joueurs de Mouscron avaient imaginé une action symbolique pour leur montée sur le terrain contre le Standard, vendredi. Histoire de montrer à leur direction tout le mal qu'ils pensent de ses mensonges, ils ont envisagé de marquer contre leur camp. Ou de se présenter avec un gros nez rouge. Ils se sont abstenus et ils ont eu raison : au Canonnier, les clowns sont dans les bureaux, pas dans le vestiaire ou dans le bureau des entraîneurs. Un collaborateur du club nous livre des anecdotes savoureuses. " Mardi après-midi, nous avons croisé Benoît Roul, qui est quand même notre directeur administratif. Il nous a dit que tout allait bien. Vers 17 heures, je lis sur internet que l'Excel a perdu sa licence et que le dépôt de bilan est presque inévitable. " Notre homme a la rage. La semaine passée, l'assemblée générale de la dernière chance s'est tenue avec un Philippe Dufermont à Hong-Kong pour son business et relié au Hainaut par vidéoconférence. " Il dit qu'il est souvent présent ici ?", explique l'employé dégoûté. " S'il est venu dix fois, je lui offre ma médaille. " La fameuse assemblée générale qui a débouché sur le pourvoi en appel avait un autre absent de marque : Edward Vandaele. L'avocat de l'Excelsior... Puisqu'on est dans le surréaliste : " Jean-Pierre Dufermont, qui dirige le club au jour le jour, n'y connaît rien. Un jour, le quatrième arbitre lève son panneau électronique avec le chiffre 14. Dufermont se lève et hurle : -Honteux ! Il n'y a jamais 14 minutes d'arrêts de jeu ! OK mais on a encore le droit de faire des remplacements... " Et celle-ci pour la route. " L'Excel a porté plainte contre Olivier De Grox, l'homme qui avait promis de sauver le club mais n'a finalement pas mis un euro : c'est bien. Mais il aurait fallu se renseigner plus tôt. En quelques clics, n'importe quel réviseur d'entreprises peut avoir le pédigrée de ce type. Il y en a un qui me l'a montré. Il faut quelques secondes pour voir que De Grox a notamment une faillite personnelle sur le dos. Ici, on l'a vu comme un Messie, sans prendre le moindre renseignement. Il est venu dans les bureaux et on lui a tout offert sur un plateau : les contrats des joueurs, les contrats du personnel, tous les chiffres de l'Excel. " Il n'y a plus de coach au Canonnier. Estimant qu'il ne pouvait plus travailler dans un club où " le football n'est plus le protagoniste principal ", Miroslav Djukic a claqué la porte. A raison. Même si les joueurs sont partagés. Mamadou Diakité dit qu'il y a eu beaucoup de larmes quand Djukic a annoncé sa décision. Matthieu Assou-Ekotto raisonne autrement : " C'est le rat qui quitte le navire avant le naufrage. " Et il y va, le Français. Il prend le pli d'un Daan Van Gijseghem qui a lâché, après le nul face aux Rouches : " Si le club continue, j'espère que ce sera avec des gens sérieux. " Assou-Ekotto : " Les gros problèmes ont commencé en décembre 2008 et ça commence à être vraiment lourd. Maintenant, on voit le gouffre tout près. Dans le vestiaire, ça parle chômage, il y en a qui se renseignent sur les formalités administratives. Les salaires sont toujours payés, c'est déjà ça, mais on comprend maintenant que la direction a dû faire un choix : payer ses joueurs ou payer l'ONSS et les autres trucs officiels. On nous a menti sur toute la ligne. La saison passée, ils nous disaient : -Tenez, voilà votre salaire, mettez-le bien de côté parce qu'on ne sait rien pour la suite. Cette saison, il n'y avait plus ce discours-là et tout le monde pensait que ça allait bien se passer. " La communication est un gros point noir de l'Excel. Après l'assemblée générale à la vie à la mort, on envoie un porte-parole face aux médias, pas un dirigeant. Gil Vandenbrouck, quand même membre de l'AG, a osé faire une petite déclaration : il a vite été rappelé à l'ordre. Dans la même veine : le directeur technique Amedeo Carboni a été écarté par Philippe Dufermont au début du mois d'octobre mais il n'y a eu aucune communication officielle. Il est toujours renseigné comme DT sur le site officiel de l'Excel. Pour lui envoyer un mail : amedeo.carboni@excelsior.be! L'appel contre le retrait de la licence sera traité ce vendredi par des juristes et réviseurs d'entreprises. Ils pourraient prendre le temps pour rendre leur décision : quelques jours, voire quelques semaines. En théorie, le club ne peut pas y présenter de nouvelles pièces. Mais à l'Union belge (notamment via Jean-Marie Philips, son CEO), on n'exclut pas que de nouveaux documents (comme la preuve que de l'argent frais est entre-temps arrivé) puissent quand même jouer. Un jour ou l'autre, il faudra quand même que la corde casse. L'Excelsior a été menacé une première fois de faillite en décembre 2004 : il fut sauvé in extremis par un prêt de 2 millions de l'intercommunale IEG (grâce à Jean-Pierre Detremmerie, toujours président du club). En avril 2006, la licence fut refusée en première instance : Mouscron l'a obtenue en appel un mois plus tard. En mars dernier, il manquait à nouveau 2 millions pour la licence : Philippe Dufermont a mis sur pied un plan de sauvetage et le précieux papier fut décroché in extremis. Budget total englouti par Dufermont depuis deux ans et demi : plus de 9 millions. Et demain ? Le Canonnier est un puits sans fond. Un nouveau verdict positif ne ferait que retarder l'échéance. Le club a actuellement une dette de 8,3 millions. Dont 845.000 euros (précompte professionnel, TVA et ONSS) sont immédiatement exigibles. Même la diminution du budget par rapport à la saison passée (de 8,5 à 6 millions) n'a pas été suffisante pour que l'Excel soit à nouveau viable. Ses patrons plaident des circonstances atténuantes, des raisons d'y croire : l'IEG leur doit près de 160.000 euros, la Sodraep (société d'assainissement d'eau potable) 120.000 euros. C'est du concret mais c'est si peu par rapport à la dette. Pour le reste, la direction affirme que des sponsors pourraient signer prochainement et qu'un contact existe avec des investisseurs étrangers. On connaît la chanson. Il a déjà été question de repreneurs espagnols, russes, anglais, syriens, iraniens, argentins, australiens, kazakhs,... Aujourd'hui, c'est au Congo qu'on signale l'homme providentiel ! En cas de niet de la commission des licences, Mouscron pourrait porter l'affaire devant le Comité belge d'arbitrage pour le sport. " On a choisi d'aller le plus loin possible ", dit Vandenbrouck. But probable de la man£uvre : faire déclarer illégal le règlement de la commission des licences. Un règlement (édité par les clubs de D1 et D2) qui ne tient pas tout à fait la route. Ivan De Witte, le numéro 1 de la Ligue pro, l'a avoué au journal Le Soir : " Dans l'affaire Mouscron, la commission des licences a accompli consciencieusement son travail en appliquant stricto sensu le règlement. Mais elle s'est elle-même rendu compte que son pouvoir de décision était obsolète et avait ses limites. A tel point qu'elle a proposé de démissionner après avoir accordé, en juin, la licence à l'Excelsior. La commission réalisait que ce feu vert n'était que du bois de rallonge, compte tenu de la situation financière du club. Elle craignait d'être discréditée en cas de krach par l'opinion publique alors qu'elle avait fait son travail. Ses craintes étaient fondées. " En jouant la montre, la direction essaye aussi d'engranger un maximum d'euros. Si le club n'était pas allé en appel, il n'y aurait pas eu de match contre le Standard et la recette (près de 100.000 euros) lui aurait filé sous le nez. De plus, les joueurs se seraient retrouvés libres et gratuits. Par contre, ils seront toujours liés à l'Excel en janvier s'il y a un recours devant le Comité d'arbitrage. Dans ce cas-là, il pourrait y avoir de bonnes opérations de transferts (avec Van Gijseghem et Maxime Lestienne par exemple). Et on regarde toujours du côté de l'Allemagne : si Demba Ba quitte Hoffenheim, Mouscron empochera 20 % de la plus-value sur sa vente, par rapport au montant pour lequel il avait quitté le Canonnier (3 millions). Stuttgart avait mis 12 millions sur la table durant l'été dernier. Le transfert avait capoté mais le carrousel redémarrera dès janvier. par pierre danvoye - photo: reportersPour l'assemblée générale de la dernière chance, le président et l'avocat du club sont absents !