R ené Vandereycken a autant de plans sur sa planche de travail que les architectes qui, à Ground Zero, s'affairent afin que New York érige une Tour de la Liberté là où cette ville a été défigurée le 11 septembre 2001. Le nouveau coach fédéral travaille beaucoup, cherche, teste et développe ses idées.
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R ené Vandereycken a autant de plans sur sa planche de travail que les architectes qui, à Ground Zero, s'affairent afin que New York érige une Tour de la Liberté là où cette ville a été défigurée le 11 septembre 2001. Le nouveau coach fédéral travaille beaucoup, cherche, teste et développe ses idées. A Sittard, les doutes de la presse faisaient penser aux hésitations de ceux qui ne croient pas dans des inventeurs qui bousculent un peu trop les habitudes. Pourtant, René Vandereycken avance méthodiquement, sans se retourner. Au Luxembourg, le 1er mars dernier, la rencontre avait été arrêtée après une heure de jeu en raison d'une importante chute de neige. On avait retenu le résultat (0-2), l'occupation du terrain (3-5-2), l'apport de beaucoup de jeunes et une bonne ambiance de travail. Il en fut de même le 11 mai à Sittard contre l'Arabie Saoudite qui prendra part à la phase finale de la Coupe du Monde. Le rajeunissement des cadres est désormais une évidence avec neuf nouveaux visages dans l'effectif : Steven Defour, Nicolas Lombaerts, Tom Caluwe, Stijn Stijnen, Wim De Decker, Nathan D'Haemers, Pieter Collen, Michaël Cordier, Brian Vandenbussche. Empruntée avant le repos, l'équipe nationale a trouvé son rythme en deuxième mi-temps. Même si l'adversaire n'était pas dans un grand jour (fatigue de la préparation), les atouts belges furent intéressants : mobilité, recherche dans le jeu court, deux beaux buts, vitesse d'exécution. Il y eut des carences aussi comme un manque de taille à l'attaque, une défense qui a parfois paré au plus pressé. Mais, de toute évidence, les progrès passent plus facilement par des succès. Et René Vandereycken tient sa deuxième victoire. Ce 1-2 n'entrera pas dans la légende du football mais c'est quand même du bon semis. En Hollande, Vandereycken a découvert des atouts techniques ( Thomas Vermaelen, Kevin Vandenbergh, Thomas Buffel, Caluwe, Karel Geraerts, Anthony Vanden Borre, Defour...) soutenus par des anciens comme Bart Goor, Timmy Simons et Philipe Léonard. Stijnen célébra aussi de bons débuts devant les filets des Diables Rouges. Tout ne fut pas parfait mais, comme le coach national le soulignait, les erreurs sont permises pour le moment si elles découlent de bonnes intentions. A ce jeu-là, on retiendra le potentiel de Defour même si le jeune stratège de Genk décrocha parfois trop profondément dans le jeu, ce qui eut pour effet d'isoler Vandenbergh en pointe. La deuxième mi-temps de Vanden Borre fut intéressante. On affirme souvent que l'Anderlechtois est difficile à freiner dans son désir d'aller de l'avant et complique le travail de récupération du ballon. Ce fut le cas à Sittard. En première mi-temps, ses passes furent mal calibrées mais il redressa le tir par la suite et ses raids en profondeur ont fait mal. Vandereycken sait qu'il devra muscler défensivement et offensivement son équipe lors de certains débats. Ce sera déjà le cas en Slovaquie samedi prochain avec le retour, entre autres, de Daniel Van Buyten et de Luigi Pieroni dans le groupe. La semaine passée, il fut beaucoup question dans un autre contexte, de Vincent Kompany et de Philippe Léonard. Ces deux joueurs sont de plus en plus cités sur le marché des transferts. Kompany a-t-il déjà lié son sort à celui de Lyon ? Léonard quittera-t-il le Standard, où il est en fin de contrat, pour Anderlecht ou un club anglais ? L'Anderlechtois ne cachait pas sa joie d'avoir retrouvé sa place dans le noyau des Diables Rouges. Il n'a pas été repris contre l'Arabie Saoudite mais était évidemment présent à Sittard. Kompany ne roulait pas du tout des mécaniques. Avant ce petit voyage, il avait fait le point sur sa condition physique et ses intentions pour l'avenir. " Il me manque évidemment du temps de jeu ", dit-il. " C'est normal après une absence aussi longue. J'ai repris les entraînements collectifs avec l'équipe nationale. Il y avait trois mois et demi que cela ne m'était plus arrivé. Je reste prudent. Mardi passé, j'ai encore couru 11 km. Je progresse, je n'éprouve pas d'appréhension mais il faut rester prudent, faire preuve d'un peu de retenue afin d'éviter la moindre erreur. On fait le point avec le coach et les médecins jour après jour. Je m'amuse et le corps suit. Je suis redevenu footballeur : quel bonheur. Je suis ravi d'être là. L'envie est énorme mais il ne faut rien précipiter. Si je ne joue pas une seule minute des trois matches amicaux des Diables Rouges, ce ne sera grave. L'essentiel passe par un travail sans la moindre réticence entre ces rencontres. Mais si le coach estime avoir besoin de moi, je répondrai à son invitation. Au bout du compte, l'essentiel est d'être prêt pour la reprise après les vacances, d'entamer la prochaine saison à 100 %, en pleine possession de tous mes moyens. Dans ma tête, j'attends déjà ce premier entraînement. C'est surtout à cela que je pense. A la limite, ces épreuves m'ont fait du bien. Si je continue comme cela, je serai plus fort qu'avant. Il n'est jamais évident d'être blessé deux fois et de subir une opération délicate à l'épaule. Cela m'a permis de prendre du recul, de réfléchir. Je ne me suis jamais senti aussi serein dans ma tête, aussi décidé, sûr de mes choix, des accents que je veux donner à ma carrière ". " Mentalement, j'ai évolué. Ce fut long, pas évident à vivre mais on peut, et on doit, aussi trouver le chemin du progrès dans l'adversité. Je suis certain que cette traversée du désert sera utile et intéressante dans mon parcours. Je suis à l'heure du choix. Je ne sais pas encore ce qui m'attend : serai-je encore à Anderlecht la saison prochaine ? Je ne sais pas, c'est possible, mais je ne veux en tout cas pas donner de faux espoirs aux supporters. Il y a quelque temps, j'avais déclaré que je resterais et je suis resté. Aujourd'hui, je ne peux plus le certifier. On verra mais je crois surtout qu'il serait bon et temps pour moi de franchir un cap ". Lyon est sur les rangs depuis des mois. Le président Jean-MichelAulas est sous le charme de Vincent. Un passage par ce club ne lui permettrait-il pas de progresser avant de faire le bond vers les géants d'Espagne, d'Italie ou d'Angleterre ? Sa valeur financière ne serait que bonifiée. Le crash italien est cependant à prendre au sérieux. Quand des ténors d'un championnat de cette taille sont entraînés dans un immense scandale, cela a des répercussions à l'échelle de tout un continent. L'argent circulera moins, sera forcément plus rare même si l'Espagne et l'Angleterre donnent le ton. Si l'économie est globalisée, il en va de même pour le football. L'économie de ce sport peut-elle exploser comme la bulle de la Bourse, d'internet ou de l'immobilier ? Le risque est minime mais il existe et cela doit faire réfléchir Kompany et Anderlecht. Autres problèmes : les matches truqués en D1 et l'absence de la Belgique en Allemagne ne feront pas monter la cote de Kompany. Sa longue blessure n'a-t-elle pas incité les ténors à attendre ? " Je n'attendrai plus une éternité avant de prendre ma décision ", réplique Vincent Kompany. " C'est une question de semaines, peut-être de jours. J'espère que tout se déroulera dans la fluidité et suffisamment tôt afin que je puisse préparer calmement ma prochaine saison. Pour le moment, je me concentre sur l'équipe nationale. Je suppose que tout se décantera très vite après le match du 24 mai contre la Turquie, à Genk. Non, je n'ai pas signé à Lyon mais ce club cadre bien avec mes ambitions. D'autres clubs sont intéressés aussi mais je peux comprendre que des clubs comme Barcelone et d'autres hésitent à dépenser des sommes folles pour un joueur qui a été blessé durant cinq mois.... J'estime sincèrement que l'heure de découvrir un autre cadre de travail a sonné. Il est temps de vivre autre chose, de quitter Anderlecht. Attendre encore un peu ne serait pas intéressant pour mon évolution en tant que footballeur. Je dois franchir des étapes, me frotter à d'autres difficultés. Je suis prêt pour cela. Je suis ambitieux et je veux aller le plus loin possible. Je sais que j'ai les capacités nécessaires pour atteindre le top ". Une star va donc quitter prochainement la D1 belge. Kompany n'aime pas les qualifications pompeuses : " Moi, une vedette ? C'est exagéré ". Pour le remplacer, Anderlecht cherche des solutions un peu partout et serait prêt à renégocier avec le Standard pour acquérir les services d' Oguchi Onyewu. Certains penseraient aussi à Joao Carlos de Lokeren et à Jelle Van Damme du Werder Brême. Un autre nom a surgi dans la presse : Philippe Léonard. Le Standardman a réussi une énorme saison dans son club. Fin technicien, compétiteur, dur dans les duels, ce battant est en fin de contrat à Sclessin. Il a reçu une proposition de prolongation de deux ans. La somme avancée ne lui convient pas du tout. Le joueur est en attente, analysera une autre offre des Rouches s'il y en a une, entend voir si le noyau bougera beaucoup ou pas, veut en savoir plus sur la composition du staff technique, etc. Jacky Munaron a appris en équipe nationale que Léonard était libre comme l'air. L'entraîneur des gardiens de but de l'équipe nationale a informé Frankie Vercauteren. Ce dernier a demandé à Munaron de poser la question de confiance : Léonard est-il intéressé par un transfert à Anderlecht ? Le Liégeois les attire car il est libre de contrat, gaucher, polyvalent, peut jouer au back, au stopper ou même dans la ligne médiane. Sans nouvelles à propos des intentions du Standard, Léonard ne pouvait répondre que :- oui. à la question posée par Vercauteren. Il imite un autre gaucher du Standard qui avait émigré à Anderlecht au milieu des années 70 : Jean Thissen. Mais entre l'intérêt mauve transmis à Léonard par Munaron et des négociations menant à un contrat, il y a de la marge. Anderlecht a d'ailleurs démenti tout contact en l'absence d' Herman Van Holsbeeck qui était en Amérique latine la semaine passée. C'est de bonne guerre. Publiera-t-on jamais les bans d'un mariage entre Léonard et Anderlecht ? Il y a plus qu'un flirt entre eux et ces affaires se terminent parfois par un mariage. Vercauteren a les alliances : Van Holbeek n'a plus qu'à donner sa bénédiction. Mais là aussi il faudra aller vite : Bolton veille au grain. Léonard a toujours rêvé de la Premier League. Son nouvel agent n'est autre que celui de Thierry Henry et de Dennis Bergkamp... Affaire à suivre après Slovaquie-Belgique et Belgique-Turquie. Avant cela, Vandereycken aura terminé ses photos du football belge. Il ne restera plus qu'à les développer avant de se lancer dans la campagne de qualification de l'Euro 2008. PIERRE BILIC, ENVOYÉ SPÉCIAL À SITTARD