Avant le fameux St-Trond - La Louvière (1-3) du 29 octobre 2005 et donc bien avant que les présidents de St-Trond et du Lierse n'entreprennent des actions en justice, celle-ci était renseignée sur de possibles fraudes dans notre championnat. En septembre 2005, Karl Dhont a communiqué à la justice une liste de matches qui avaient fait l'objet de mises élevées en Asie. Selon lui, des mises anormalement élevées trahissent avec certitude qu'il se passe des choses louches. Cela s'est produit tellement souvent qu'il ne l'a plus supporté.
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Avant le fameux St-Trond - La Louvière (1-3) du 29 octobre 2005 et donc bien avant que les présidents de St-Trond et du Lierse n'entreprennent des actions en justice, celle-ci était renseignée sur de possibles fraudes dans notre championnat. En septembre 2005, Karl Dhont a communiqué à la justice une liste de matches qui avaient fait l'objet de mises élevées en Asie. Selon lui, des mises anormalement élevées trahissent avec certitude qu'il se passe des choses louches. Cela s'est produit tellement souvent qu'il ne l'a plus supporté. Dhont, un Flandrien de 36 ans, a été un des fondateurs de Mr. Bookmaker en 1997. Cette société de paris sportifs en ligne s'appelle désormais Unibet. Il y a fait la connaissance de Roland Duchâtelet, l'actuel président de St-Trond qui a rejoint le conseil d'administration peu après la fondation de la société. Duchâtelet a balancé ses informations en pâture au public en novembre dernier. " La fraude sportive a toujours existé mais 1998 a été une année charnière suite au boom du marché du jeu ", commente Dhont. " L'Asie a toujours parié sur le foot européen mais internet a permis de miser de grosses sommes. Jusqu'en 1998, on ne pouvait jouer que sur de grandes compétitions : la Série A, la Liga, la Bundesliga, la Premier League et la Ligue des Champions. La France s'y est ajoutée, puis les D2 et D3 anglaises, le championnat d'Ecosse et le reste. Depuis décembre, on peut même parier sur des pays comme la Pologne et la Hongrie. Pour de petits montants, mais quand même supérieurs à ce que toute l'Europe réunie miserait sur un tel championnat ". Le championnat de Belgique, comme celui de Finlande et d'Autriche, n'est proposé en Asie que depuis la saison 2003-2004. Dhont : " A la fin de cette saison-là, j'ai relevé les premiers matches douteux en Belgique avec Mons- Club Bruges (0-9), comme en Autriche. Depuis, la situation a empiré. Panorama a provoqué un tel émoi auprès des bookmakers asiatiques qu'on ne peut plus miser de grosses sommes sur le championnat de Belgique. Il reste présent dans l'offre mais les mises possibles sont plus basses, comme les gains potentiels, donc ". En avisant la justice, Dhont n'en était pas à son coup d'essai. A deux reprises déjà, il a contribué à mettre à nu un grand scandale, chaque fois en Italie, où il a déménagé en mai 1998, quittant Londres où il était bookmaker. Pendant sept ans, il a été directeur de la SNAI, la Loterie italienne, une entreprise qui avait un budget hebdomadaire de 25 millions d'euros sur le football. Le premier scandale a éclaté en 2000, en Coupe d'Italie, durant la phase de poules disputée par les petites équipes. " L'Atalanta Bergame avait assuré sa victoire dans son groupe et disputait son dernier match contre Pistoiese, déjà éliminé. Quelqu'un a misé 1.000 euros sur un nul 1-1, un autre 2.000 euros sur un nul au repos et après 90 minutes. Les cours n'ont cessé de tomber et nous avons compris que c'était arrangé. Il s'agissait de beaucoup d'argent : le 1-1 était coté à huit. Cela veut dire qu'une mise gagnante de 1.000 euros vous en rapporte 8.000 ". Le lendemain matin, Dhont s'est rendu au bureau qui devait verser le montant le plus élevé. " Tous les parieurs avaient été filmés : presque tous les joueurs de Pistoiese étaient passés. Des titulaires, des réservistes, le père de l'un, la copine de l'autre... A Bergame, des joueurs de l'Atalanta avaient parié. Nous avons contacté un maresciallo de la corruption à Rome, qui a enquêté ". Les joueurs impliqués ont été condamnés à des amendes et à des suspensions sportives mais ont été acquittés en appel pour vice de procédure. " Il ne s'agissait que d'un match, il n'y avait pas de mafia là-dessous. Les joueurs s'étaient réunis pour convenir de la fraude. Le problème est identique partout : les gens sont trop cupides. Sinon, nous n'aurions rien remarqué. C'est l'erreur classique du parieur : il n'est jamais satisfait, il exagère toujours ". Selon Dhont, la mafia italienne est derrière le deuxième scandale, en 2004. C'est l'affaire Bettarini, du nom de Stefano Bettarini, un joueur de la Sampdoria. " C'était un système de fraude sportive à grande échelle impliquant des joueurs et des managers qui communiquaient notamment par SMS ce que leur équipe allait faire ce jour-là. Ils avaient trois ou quatre matches par semaine sur lesquels ils pariaient tous. Grâce à notre énorme banque de données, c'est devenu manifeste. Nous avons mis notre bon vieux maréchal romain sur la piste. On a mis les joueurs sur écoute et mis à nu un système dix fois plus gigantesque que nous ne le pensions. Des joueurs, des managers et des présidents arrangeaient des matches sur lesquels on pariait massivement à la SNAI comme chez ses concurrents, mais aussi en Asie, grâce à des Italiens connaissant les sites asiatiques. Rien que durant la saison 2003-2004, 20 ou 30 matches étaient concernés, souvent en D2 ". Le système s'est écroulé selon le schéma classique. Comment cela fonctionne- t-il ? " Bettarini dit à son meilleur ami : - Ce week-end, la Sampdoria va gagner, Cesena et Piacenza vont faire match nul. Joue. Le gars le fait et gagne. Il le raconte à son frère, à son oncle, etc. Ils jouent aussi. A la longue, le réseau devient trop grand et tout le monde est au courant. Je ne serais pas surpris que ça ait fonctionné comme ça en Belgique. Les footballeurs sont loin d'être de parfaits criminels : ils ont une grande gueule, ils ne savent pas se taire et ils claquent leur argent. Mardulier qui joue au casino de Breda, c'est typique ". Cette fois, les fraudeurs ne s'en sont pas tirés. Ils ont écopé de lourdes sanctions, synonymes de plus d'une fin de carrière. Un joueur de Modène a été suspendu à vie. On n'a étudié que les faits de la saison 2003-2004 mais Dhont pense que la fraude date de plus longtemps. Karl Dhont : Cela commence toujours par une fraude sportive. Elles sont fréquentes en Italie, surtout en fin de saison. Avant, les gens ne savaient pas utiliser ce genre d'informations en misant 20.000 euros sur un site internet. Maintenant bien. Si on a un match Fiorentina- Empoli, que la Fiorentina doit gagner pour être européenne alors qu'Empoli n'a plus rien à perdre ni à gagner, le cours sera tellement bas que vous ne pourrez gagner que 10 à 12 % de votre mise. Les parieurs européens ne s'intéressent pas à ça mais les Asiatiques oui : ils modifient le handicap. Un exemple : la Fiorentina doit s'imposer par deux buts d'écart au moins. Si les mises affluent, l'écart se monte à trois buts. Car la Fiorentina va évidemment gagner, la seule question est de savoir par combien de buts d'écart. Ainsi, on peut continuer à jouer. L'avantage est qu'on a le loisir de proposer le match, l'inconvénient pour les bookmakers est que si quelqu'un connaît le résultat à l'avance, il peut jouer autant de fois qu'il le veut. J'ai vécu un exemple de fraude sportive : Reggina-Milan, le 17 juin 2001. La Reggina devait gagner pour se maintenir, Milan était déjà champion. Un agent de joueurs m'a téléphoné et m'a dit : -Tu ne me croiras jamais mais Milan va perdre et Shevchenko va marquer un goal afin d'être sûr d'être couronné meilleur buteur. Je lui ai ri au nez puis le match a eu lieu : 0-1 par Shevchenko, 1-1 puis 2-1 à la 94' ! La Reggina était sauvée. J'en suis tombé de ma chaise. Le même jour, la Fiorentina a concédé contre Naples les deux buts les plus ridicules de l'histoire du football. Naples a quand même été rétrogradé mais la Fiorentina avait tenu parole. Tellement de matches étaient arrangés ce jour-là qu'il est connu comme un dimanche noir à la SNAI. Ce scandale était le signe annonciateur de ce qui allait arriver ici. Les dirigeants des clubs belges se défendent en disant que Ye n'a quand même jamais atteint l'étage de la direction. Ce n'était pas le but. Il ne devait pas corrompre de dirigeants. L'essentiel pour lui était d'être présent aux réceptions, d'être vu en compagnie de dirigeants, reconnu par les joueurs. Il y a un café, à Gand, qui est toujours rempli de footballeurs de La Gantoise, d'Anderlecht, de Waregem, du Cercle. A Bruges, le dimanche soir, à un certain endroit, vous vous asseyez entre les joueurs du Club et ceux du Cercle. Je sais aussi où sortent les footballeurs de Courtrai. Ce n'est pas un hasard. Si je veux corrompre des joueurs, je commence par aller dans ce café gantois. Vous voyez tel joueur parler à tel autre. C'est comme ça que ça commence. N'oubliez pas que les footballeurs d'équipes différentes se connaissent beaucoup mieux que le public le pense. Cette saison, selon la rumeur, Bratislava aurait vendu son match à Porto. J'ai aussi entendu que Milan aurait volontairement perdu contre le Celta, quand le Club Bruges et l'Ajax étaient dans le même groupe. En tout cas, Milan a perdu son dernier match trois années de suite : contre le Deportivo, Dortmund et le Celta. Chaque fois, il était assuré de la première place et il jouait à domicile. C'est à cause du système de poules : à la fin, trop d'équipes jouent pour rien. Trois ans de suite ? J'ai de sérieux doutes. D'ailleurs, les fraudes sportives sont légion en Espagne aussi. Osasuna, l'Athletic Bilbao, Santander, Alavés et la Real Sociedad : quand les formations basques ne sont plus concernées, elles se tiennent toutes depuis les années 70. Si Bilbao doit gagner son dernier match et affronte la Real Sociedad qui n'a pas besoin de points, Bilbao gagnera. Tout le monde le sait, y compris les gros parieurs professionnels. On ne parle que du 8-0 d'Allianssi mais ça a commencé avant. Mieux même : ce fut la fin d'un trafic qui durait depuis des mois. C'était si grave, avec Allianssi mais aussi Lahti et Kuopio, que des bookmakers n'acceptaient plus de paris sur les matches finlandais, des mois avant l'affaire Allianssi. En Asie, j'en suis certain. Par Ye. Je ne serais pas surpris que ce soient les mêmes acteurs qu'en Belgique. C'était une corruption organisée à très grande échelle, identique à ce qui s'est passé en Belgique, avec plusieurs équipes, dans un mauvais championnat, avec des joueurs mal payés et des clubs en difficulté. A la fin, ce n'était plus subtil. Il y avait un match chaque semaine. Jusqu'à Allianssi, le pompon. Quand vous vendez un match, vous ne vous y prenez quand même pas comme ça ? Qui se passe volontairement de son gardien titulaire ? NDLA : le portier numéro 1 d'Allianssi avait été envoyé à La Louvière pour y passer un test le jour du fameux 8-0. Ils ont exagéré, en pensant frapper un grand coup. Au plus de buts, au plus d'argent gagné. Tout est sorti. Ils ont été bêtes. Au lieu de faire quelque chose de profitable une fois de temps en temps, ils ont organisé un 7-0 ou 8-0 chaque semaine. C'est l'appât du gain, la facilité, l'imbécillité aussi. Ye fait partie de la mafia chinoise, on me l'a raconté à Singapour. Il a mal travaillé pour un représentant d'un de ces cartels. C'était de la boucherie. Je pense que oui. J'espère pour Ye qu'il est toujours en vie. J'ai demandé à des contacts à Singapour comment ces cartels fonctionnent. Ils en parlent mais si un journaliste ou la police les interroge, ils ne savent plus rien. Les bookmakers asiatiques préfèrent fermer leur bureau qu'avoir des problèmes avec cette mafia. La semaine prochaine : la Grèce et les qualifications de la Coupe UEFA. JAN HAUSPIE