Il s'appelle Bakary Saré mais est mieux connu de tous sous le surnom de Bouba. Un sobriquet qu'il doit à ses grands-parents maternels avec qui il a vécu jadis à Abidjan avant de faire le saut vers Bruxelles. Sa jeunesse, il l'a passée dans le quartier populaire du Biafra, non loin du terrain du FC Bibo. Il était dès lors normal que ses premiers pas de footballeur le conduisent au sein de ce qui allait devenir un jour la filiale ivoirienne d'Anderlecht. C'est là qu'il fut repéré par l'ancien manager, Serge Trimpont.
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Il s'appelle Bakary Saré mais est mieux connu de tous sous le surnom de Bouba. Un sobriquet qu'il doit à ses grands-parents maternels avec qui il a vécu jadis à Abidjan avant de faire le saut vers Bruxelles. Sa jeunesse, il l'a passée dans le quartier populaire du Biafra, non loin du terrain du FC Bibo. Il était dès lors normal que ses premiers pas de footballeur le conduisent au sein de ce qui allait devenir un jour la filiale ivoirienne d'Anderlecht. C'est là qu'il fut repéré par l'ancien manager, Serge Trimpont. " Parmi les dizaines de jeunes qui jouent au ballon rond sur place, j'ai eu à un moment donné l'attention attirée par un adolescent, guère plus haut que trois pommes, qui avait une facilité de geste absolument déconcertante ", se rappelle Trimpont. " J'ai été subjugué, notamment, par son aisance à balancer de longues transversales vers ses partenaires. Non seulement de son bon pied, le droit, mais du gauche également. Il m'a définitivement conquis après avoir expédié à 30 mètres une balle du revers, d'une manière qu'un certain Ahmed Hassan n'aurait sûrement pas désavouée. A cet instant précis, j'en étais certain : celui-là était promis à un avenir aussi prometteur qu'un autre garçon que j'avais découvert au même endroit : Cheikh Tioté, qui a fait son chemin aussi, depuis lors. " Si la dynamo actuelle du FC Twente dut patienter jusqu'à l'âge de 18 ans avant de passer dans les rangs du RSCA, son homme de confiance était d'avis qu'il ne fallait pas attendre cette limite avec son autre protégé. A raison, car lors d'un séjour dans la capitale ivoirienne en 2005, nous avions pu analyser les aptitudes d'un joueur, qui venait alors tout juste de fêter son 15e anniversaire. Ses pairs ne l'appelaient toutefois plus Boubamais Vieira, qui évoluait encore à Arsenal et qui était son idole. " Chaque fois que les Londoniens jouaient, j'étais devant la télé et je n'avais d'yeux que pour lui ", se souvient Bouba. L'été suivant, un an après son pote Tioté, Bouba-Vieira débarque à son tour au Parc Astrid. D'emblée, il est conquis par les aires de jeu superbes qui le changent du bac à sable sur lequel il avait toujours évolué jusque-là. Le nouveau venu est sous le charme des loges, aussi, autre artifice qu'il n'avait jamais vu auparavant. " En pénétrant dans l'une d'entre elles, Serge m'a dit : - Tu vois cette pelouse ? Dans six mois, tu la fouleras avec l'équipe première. " En définitive, il aura dû attendre un peu plus d'une année, lisez la Supercoupe 2007, pour goûter à cet honneur. Une consécration qui aurait d'ailleurs bien pu ne jamais se produire : à peine arrivé au stade Constant Vanden Stock, il prit, à l'instigation de son manager, la tangente vers le PSV Eindhoven. " Frankie Vercauteren était alors entraîneur et, à mon grand étonnement, il avait aligné Bouba au stopper alors qu'il avait toujours occupé le poste de milieu défensif ", observe Trimpont. " Interrogé par mes soins, le coach me fit remarquer que c'était ce rôle-là ou rien d'autre, vu que le joueur manquait singulièrement d'endurance. Désolé, mais pour avoir suivi sa progression pendant trois ans et l'avoir vu jouer parfois toute une après-midi sans le moindre signe d'essoufflement, je ne partageais pas cette opinion. Et je ne me suis pas privé de le signaler en haut lieu. Herman Van Holsbeeck m'a dit que ce n'était qu'un essai et que Bouba allait retrouver sous peu sa place de prédilection. Mais au test suivant, ce fut du pareil au même. Et pour des motifs similaires car Vercauteren n'en démordait pas : -Ton joueur n'a pas de moteur, répétait-il sans cesse. Dans la mesure où rien n'était encore signé, Trimpont décide d'emmener son protégé là où on veut bien lui offrir une chance au sein de l'entrejeu. Et le PSV Eindhoven répond à ce critère. Pour l'agent, l'offre est d'autant plus alléchante que l'un de ses anciens pupilles y évolue avec succès : Arouna Koné qui, après avoir milité au Lierse en 2002-03 puis à Roda JC Kerkrade de 2003 à 2005, a craché subitement le feu au côté de Jan Vennegoor of Hesselink et Jefferson Farfan. Au bout de trois semaines, le directeur sportif des Rouge et Blanc, Stan Valckx, est conquis. Un contrat est même élaboré en bonne et due forme. Mais il ne sera en définitive jamais paraphé. " Sportivement, j'étais bien ", souligne Bouba. " Mais les à-côté ne répondaient pas à mon attente. J'avais été logé dans une famille d'accueil néerlandaise et je ne m'y sentais pas chez moi. Il y avait d'abord la barrière de la langue. De plus, je ne supportais pas la nourriture. A Bruxelles, il n'y avait pas eu le moindre problème à ce niveau. Je ne m'y étais pas senti dépaysé par rapport à ce que j'avais connu à Abidjan. Après quelques jours, j'en avais marre de leur broodje-kroket ( il rit). Un jour, j'ai téléphoné à Serge pour qu'il vienne me rechercher. A une heure du matin, j'ai pris mes cliques et mes claques et je suis retourné avec lui à Ganshoren. " Entre-temps, c'est le branle-bas de combat à Anderlecht où la plupart des dirigeants, Van Holsbeeck en tête, déplorent amèrement le départ du joueur. Le manager du RSCA fait d'ailleurs pression sur Trimpont pour que rien ne soit signé aux Pays-Bas. Trimpont flaire alors la bonne occase et se dit disposé à ramener Bouba à condition que le club tienne l'un ou l'autre engagement vis-à-vis du joueur. Comme celui de le positionner dans l'entrejeu uniquement. Un accord verbal est finalement conclu sur cette base, entre les deux parties, dans le bureau du manager du RSCA, qui promet de mettre tout en £uvre pour que le joueur soit aligné dans la ligne médiane. Dans un premier temps, Bouba est incorporé en Réserves, à sa place favorite. Quand le besoin s'en fait sentir, il est appelé également à épauler ses compagnons d'âge. Comme lors du réputé tournoi de Viareggio où il tape dans l'£il des recruteurs de la Fiorentina. Mais ses performances restent sans suite. Au niveau de l'équipe-fanion, du moins, où Vercauteren lui chicane toujours autant ses qualités. Comme il l'avait fait au préalable avec d'autres éléments comme Tioté, Roland Lamah ou Vadis Odidja, tous partis parce qu'ils ne recevaient pas leur chance. De fait, Bouba aura dû attendre la venue au pouvoir d' Ariel Jacobs, en novembre 2007, pour que sa situation évolue de manière favorable. Trois mois plus tard, sorti quasiment de nulle part, notre homme était titularisé pour la première fois lors du déplacement européen au Bayern Munich. " A ce jour, c'est toujours mon plus beau souvenir ", observe-t-il. " D'autant que je ne m'y attendais pas du tout. En principe, Jan Polak aurait joué s'il ne s'était pas blessé lors du dernier entraînement. Du coup, le coach décida de me lancer dans le bain à l'Allianz Arena. Ce n'était peut-être pas un cadeau, au départ. Mais je ne me suis pas posé trop de questions en montant sur le terrain. On m'avait demandé de rester dans la zone de José Ernesto Sosa et de Mark van Bommel. Quand Franck Ribéry est monté au jeu en deuxième mi-temps, j'ai reçu l'ordre de ne pas le lâcher. Certains auraient peut-être gambergé, pas moi. Pour moi, le Français ou un autre, c'est kif-kif. Les stars, je les reconnais dans les magazines. Sur le terrain, je pars du principe qu'on est tous égaux. D'ailleurs, ça ne m'avait pas trop mal réussi car j'ai joué un bon match, à l'instar de toute l'équipe d'ailleurs qui s'est imposée 1-2. En guise de cadeau, j'ai eu droit aux félicitations de tout le monde. Mais ce qui m'a fait le plus plaisir, c'est le maillot du défenseur brésilien Lucio. J'étais loin de me douter, deux jours plus tôt, que je le ramènerais dans ma valise. " En 2008-09, Bouba a droit à sa première titularisation en championnat. A Mouscron, où il doit remplacer une fois encore Polak, qui s'était blessé une semaine plus tôt au Standard. Suivent alors quelques matches importants, en déplacement, où il jouit à nouveau de la confiance du staff technique : à Bruges, où il est retiré à la mi-temps, à La Gantoise, où il récolte sa première carte rouge et enfin à Charleroi. " Ma meilleure performance ", affirme-t-il. " Sur un terrain en piteux état, il avait fallu s'arracher. J'ai disputé l'intégralité de la rencontre et ce fut le début d'une semaine magique marquée par trois succès de rang contre les Zèbres, La Gantoise et le Standard. "Cette saison, c'est une fois encore grâce à l'indisponibilité du Tchèque que Bouba a réussi à se faire une place au soleil. Depuis, chaque fois que le Sporting a dû opérer avec deux demis défensifs, le jeune Ivoirien a été jeté dans la bataille au côté de Lucas Biglia. Mais quand les Mauves jouent avec un triangle dont la pointe est orientée vers le bas, c'est l'Argentin qui fait invariablement figure de priorité. " J'espère que ce sera bientôt à mon tour ", avoue-t-il. " Je n'aime rien tant qu'assumer seul le rôle de pare-chocs devant la défense. Avec un autre, c'est différent. Tout est alors une question de repères et d'entente. Mais ce n'est pas évident car pas mal de joueurs sont capables d'officier à ce poste-là chez nous : non seulement Polak et Biglia mais également Cheikhou Kouyaté ou Guillaume Gillet. Et aucun d'entre eux ne se ressemble. " Aux dires de Trimpont, Bouba n'est qu'à 60 % de ses moyens. Pourtant, il s'est déjà métamorphosé. " Quand je l'ai connu, c'était un freluquet qui pesait 60 kilos tout mouillé ", plaisante-t-il. " A présent, il fait 189 centimètres et affiche 14 kilos de plus sur la balance. Sur le plan footballistique, il a bien évolué aussi. A ses débuts, il avait une frousse bleue de reprendre un ballon de la tête. A présent, il a pour ainsi dire toujours le dernier mot dans les duels aériens. Il est toutefois capable de s'affranchir encore. A Abidjan, c'était lui qui tirait toujours les coups francs. Il avait une frappe de mule et me faisait songer au jeune Ludo Coeck. Ici, il n'ose pas encore prendre ses responsabilités. Pourtant, il n'est pas moins habile qu'un Mbark Boussoufa dans cette spécialité. " " Le T2, Besnik Hasi, me charrie toujours à ce propos ", remarque Bouba. " Il me parle souvent d'un but sur coup franc qu'il a marqué avec Genk en finale de la Coupe de Belgique. Il est persuadé qu'il me faudra pas mal de temps pour l'égaler sur un tel but. J'ai fait le pari avec lui que je le devancerais à la fin de la saison ( il rit) ". par bruno goversLes stars, je les reconnais dans les magazines mais sur le terrain, on est tous pareils.