Antonio Conte gesticule, court et éructe. Sans doute aussi insulte-t-il cet arbitre qui n'a pas daigné siffler la faute de main du défenseur danois de la Genoa, Andreas Granqvist en fin de match. La Juventus vient de perdre deux points (1-1) et en veut à la terre entière. Qui le lui rend bien depuis le Calciopoli. Sur les réseaux sociaux, le comportement de Conte, qui revient quand même de quatre mois de suspension pour complicité de tricherie, est montré du doigt.
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Antonio Conte gesticule, court et éructe. Sans doute aussi insulte-t-il cet arbitre qui n'a pas daigné siffler la faute de main du défenseur danois de la Genoa, Andreas Granqvist en fin de match. La Juventus vient de perdre deux points (1-1) et en veut à la terre entière. Qui le lui rend bien depuis le Calciopoli. Sur les réseaux sociaux, le comportement de Conte, qui revient quand même de quatre mois de suspension pour complicité de tricherie, est montré du doigt. " Cette histoire a fait resurgir les vieux démons du club ", explique Alessandro Grandesso, journaliste au Corriere della Sera. " Heureusement, les gens sont assez intelligents pour savoir que les faits reprochés à Conte datent d'une époque où il n'était pas encore entraîneur des Bianconeri. " Cette suspension, on la voyait davantage comme un frein, en début de saison. Car, Conte, c'était bien plus qu'un entraîneur. " Il a la maîtrise totale de la situation tant tactique que technique ", explique Thierry Cros, correspondant à Rome pour Zone Mixte.fr et RMC. " Comme il connaît parfaitement la maison, il a su trouver un équilibre entre l'héritage du passé et une image plus moderne. " Comment les champions en titre allaient-ils continuer sur leur lancée en championnat et réussir leur entrée en Ligue des Champions, sans l'architecte de leur dernier sacre ? Même les dirigeants semblaient alors embarrassés. Pourtant, jamais il ne fut question de se passer de Conte. Jamais non plus, son absence n'a semblé handicaper la Vieille Dame. " Au niveau des résultats, elle n'a eu aucune incidence " explique Cros. " Au contraire, cela a renforcé la motivation et la hargne de cette équipe, touchée par un sentiment de victimisation, et resserré les liens entre les joueurs et les supporters. " Même sans son guide, la Juventus a donc continué sa marche en avant. Aujourd'hui, largement favorite pour se succéder à elle-même, cette formation paraît plus mature à celle sacrée championne d'Italie et invaincue (ce qu'aucune autre équipe italienne n'avait réussi à faire dans un championnat à 20 équipes !) la saison dernière. A tel point que l'Italie entière tend à comparer cette Juventus aux grandes formations de son histoire : celles de Giovanni Trapattoni (1976-86 et 1991-94), Marcello Lippi (1994-1999 et 2001-2004) et Fabio Capello (2004-06). Les supporters adhèrent d'autant plus à cette formation qu'elle comporte beaucoup d'Italiens. Dans le onze de base, il y a souvent au moins sept joueurs transalpins. Claudio Marchisio est un enfant de la Juve et le remplaçant, Paolo De Ceglie est un autre produit du club. L'équipe actuelle ressemble à s'y méprendre à son entraîneur. Rigueur et engagement en sont les maîtres-mots. Avec des guerriers comme Arturo Vidal, Marchisio ou Stephan Lichtsteiner. Et surtout avec une défense-muraille. Quand le trio défensif composé de Giorgio Chiellini, Andrea Barzagli et Leonardo Bonucci est aligné, rien ne passe. D'autant plus que depuis l'arrivée de Conte, Gianluigi Buffon connaît une seconde jeunesse. Avec 18 buts encaissés, la Juventus a la meilleure défense de Serie A, et ce pour la deuxième année d'affilée. La renaissance de la Juventus doit également beaucoup au génie de la politique des transferts. Giuseppe Marotta, le directeur sportif a non seulement déniché Conte mais il a eu le nez particulièrement fin en matière de joueurs. Sans bourse délier. L'année passée, les Bianconeri avaient réalisé le coup de maître en transférant un Andrea Pirlo délaissé par le Milan AC. Même s'il a connu un début de saison plus délicat, sans doute à cause de la fatigue de l'Euro, Pirlo reste génial lors de certaines rencontres. Avec cinq buts et neuf assists, il est devenu le vrai inspirateur de cette équipe. Autres coups fumants de l'été 2011, Vidal et Lichsteiner sont désormais des valeurs sûres. Cette saison, la Juventus a réalisé un autre hold-up, en attirant gratuitement le jeune Français de Manchester United, Paul Pogba. Celui-ci, 19 ans, a éclaté dans un rôle de médian défensif détonateur (5 buts). Autres bonnes pioches : Kwadwo Asamoah (ex-Udinese) censé arpenter le flanc gauche, et, dans une moindre mesure, Mauricio Isla (ex-Udinese) qui n'a pas réussi à prendre le dessus sur Lichtsteiner mais qui demeure une réelle plus-value. Néanmoins, cette politique réfléchie et peu coûteuse a ses limites. La Juventus ne dispose toujours pas d'un tout grand attaquant. A tel point que la ligne d'attaque du 3-5-2 ne cesse d'évoluer au fil des rencontres. Conte n'a toujours pas trouvé le duo idéal et modifie sa composition au gré de l'état de forme de ses attaquants. En janvier, c'est Alessandro Matri (6 buts) qui a cassé la baraque pour laisser la place contre Naples au duo Mirko Vucinic-Sébastien Giovinco. Quant au meilleur buteur de la saison, Fabio Quagliarella (7 buts), sa méforme récente le cantonne au banc. Pour le moment, Conte tire la quintessence de ses attaquants mais ni Vucinic (6 buts), ni Giovinco (7 buts), davantage des soutiens d'attaque, n'ont le profil d'un numéro neuf. Quant à Matri et Quagliarella, ils n'ont pas la stature d'un David Trézéguet. La Juve a bien tenté de remédier à cela en courtisant Robin Van Persie cet été mais elle n'a pas pu s'aligner sur les clubs anglais. Le nom de Didier Drogba a circulé cet hiver mais c'est finalement un Nicolas Anelka, vieillissant et peu affûté, qui a débarqué. En attendant, les médians marquent et cela suffit au bonheur de Conte.PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Pirlo reste génial comme en attestent ses statistiques : 5 buts et 9 assists. "