Il suffit de jeter un coup d'£il outre-Rhin pour réaliser qu'aucune situation n'est jamais aussi désespérée qu'elle n'y paraît. Le Borussia Dortmund ployait sous une dette de plusieurs millions, son management avait commis des erreurs, plus rien n'allait. Ces dernières années, le Borussia avait connu tous les malheurs possibles. " Le club se trouvait dans l'antichambre du pathologiste. Nous étions à quelques millimètres du gouffre ", raconte le directeur général, Hans-Joachim Watzke, nommé en 2005. Dortmund avait une dette de 120 millions d'euros. Une transformation radicale l'a assaini et, en cette fin 2010, il est le fier leader de la Bundesliga.
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Il suffit de jeter un coup d'£il outre-Rhin pour réaliser qu'aucune situation n'est jamais aussi désespérée qu'elle n'y paraît. Le Borussia Dortmund ployait sous une dette de plusieurs millions, son management avait commis des erreurs, plus rien n'allait. Ces dernières années, le Borussia avait connu tous les malheurs possibles. " Le club se trouvait dans l'antichambre du pathologiste. Nous étions à quelques millimètres du gouffre ", raconte le directeur général, Hans-Joachim Watzke, nommé en 2005. Dortmund avait une dette de 120 millions d'euros. Une transformation radicale l'a assaini et, en cette fin 2010, il est le fier leader de la Bundesliga. Le Ballspielverein Borussia Dortmund (BVB) a actuellement recours aux jeunes talents qu'il est contraint d'utiliser. Avec une moyenne d'âge dépassant à peine les 23 ans, l'entraîneur, Jürgen Klopp, dirige de loin la plus jeune phalange d'Allemagne. L'éclosion de l'ailier gauche Kevin Grosskreutz (22 ans), du médian Mario Götze (18), de l'arrière gauche Marcel Schmelzer (22), du médian offensif Shinji Kagawa (21) et du médian défensif Sven Bender (20) - en plus de celle, plus ancienne, du régisseur Nuri Sahin (22 ans) et des défenseurs axiaux Neven Subotic et Mats Hummels, tous deux âgés de 21 ans - a insufflé un élan nouveau à l'Allemagne footballistique. De plus, cette jeune formation obtient des résultats. Après un revers 0-2 contre le Bayer Leverkusen lors de la première journée, seul Hoffenheim (1-1) est parvenu à prendre des points au BVB. En novembre, cette ascension a été récompensée par la sélection de quatre talents en équipe nationale, lors du match amical contre la Suède (0-0) : Götze, Schmelzer, Hummels et Grosskreutz. Schwarz-Gelb ist wieder eine Marke (traduction : les Jaune et Noir sont redevenus une marque de référence). Voilà un des nombreux superlatifs qu'on entend outre-Rhin. Lors de son embauche, en été 2008, Klopp (43 ans) avait promis que le sextuple champion d'Allemagne jouerait un Vollgasfussball (" un foot pied au plancher "). Son jeu inspiré reçoit de nombreux compliments. " Dortmund évolue actuellement dans un autre championnat ", remarque Franz Beckenbauer. " Klopp est en route pour l'Olympe. Tout mon respect ! " Les jeunes prospèrent, au point qu'on ne regrette pas l'indisponibilité des routiniers, Sebastian Kehl et PatrickOwomoyela, blessés, tandis que Dedé, un monument du club, doit se satisfaire d'un rôle de réserviste. L'équipe ne semble connaître aucun frein. Sahin est le cerveau d'un BVB plutôt intuitif. Par sa vision du jeu, le médian turc constitue une véritable ancre. Depuis son retour, en 2008, après une saison à Feyenoord, sous la direction de Bert van Marwijk, son ancien coach au BVB, Sahin se mue en contrôleur. " Je suis très satisfait de mon évolution. En l'espace de deux saisons, j'ai acquis un certain statut. Je ne suis plus très éloigné du niveau de Bastian Schweinsteiger. " L'arrivée de Klopp, ex-joueur vedette de 2e Bundesliga avec Mainz (352 matches dans cette division, un record ; plus 52 buts), ex-coach de ce club et ex-analyste de ZDF, a radicalement changé l'ambiance d'un club âgé de 101 ans. Le 17 octobre, Dortmund s'est emparé de la tête du championnat pour la première fois depuis son dernier titre, qui remonte à 2002, soit 3.087 jours. Les romantiques sont au septième ciel. Ils accueillent le football offensif du Borussia, son leadership et son avance de 17 unités sur le Bayern comme une bénédiction pour le football. Le mérite de cette révolution revient largement à Klopp, scientifique du sport passionné et émotionnel qui est à la fois une figure paternelle et un copain pour ses joueurs. Il vient de reconduire son contrat jusqu'en juin 2014. " Klopp travaille sept jours sur sept. Il est un chef précis et attentif ", analyse le quotidien autrichien Kleine Zeitung. " Pendant le match, il danse sur la ligne comme une poupée Duracell mais après le coup de sifflet final, il redevient un homme comme ses joueurs et il va boire une bière avec eux. " " A Mainz, je sautais sur les grillages après un succès ", confie Klopp. " J'ai cessé ça. A Dortmund, je suis reparti à zéro. Je n'avais aucun lien direct avec le club, même si j'avais le sentiment que nous nous convenions. Notre objectif était d'arriver à hauteur du HSV et du Werder Brême en deux ou trois ans. J'ai sciemment évité de parler de classement : voyez comme il peut être capricieux ! Pour moi, évoluer, progresser, cela signifie se donner le temps de travailler. Nous y sommes parvenus. "Dortmund a mené à bien son assainissement. Certes, sa dette s'élève encore à 60 millions d'euros et le club n'est pas propriétaire de son stade mais durant les cinq dernières années, il a évacué des dizaines de millions de dettes. A partir de 2004, quand les patrons d'alors, le président Gerd Niebaum et le directeur technique Michael Meier, ont confirmé les problèmes financiers, il a fallu procéder à une purge radicale. Avant cette date-clef, le BVB s'était lancé à la poursuite du Bayern, sortant un plan après l'autre. A la fin des années 90, le club a enrôlé des stars onéreuses comme le Tchèque Jan Koller (venu d'Anderlecht pour 15 millions d'euros) ou les Brésiliens Amoroso et Ewerthon. La Ruhr semblait être le témoin d'un bel avènement, dans le plus grand stade d'Allemagne, avec 80.000 places. En 2000, Dortmund avait été le premier club allemand à s'aventurer en Bourse, ce qui lui avait rapporté 130 millions mais le projet, risqué, s'est soldé par un fiasco. Certes, le BVB a été sacré champion en 2002 et il a disputé, cette année-là, la finale de la Coupe UEFA contre Feyenoord (défaite 2-3) mais le Borussia avait besoin des rentrées de la Ligue des Champions pour assurer son train de vie. Or, il a raté le coche en 2002 comme en 2003. Hans-Joachim Watzke a été embauché en février 2005 pour déblayer les décombres. Durant la période la plus sombre du club, il a concentré ses efforts sur le sauvetage du club. Nul n'évoquait plus les années de gloire de la décennie précédente, quand Dortmund avait remporté deux titres, en 1995 et en 1996, ainsi que la Ligue des Champions en 1997. " Deux jours après mon embauche, j'ai dû annoncer que la dette du club s'élevait à 120 millions d'euros. Grâce à un solide plan, nous avons obtenu le soutien des créditeurs. Notre nouvelle stratégie, celle du bon sens économique, les a convaincus. Dans le cas contraire, j'aurais été le curateur du BVB... "Le club n'a consacré que 5,4 millions aux transferts Ces problèmes ont relégué Dortmund en marge de la Bundesliga. Les vedettes s'en sont allées et van Marwijk, qui a entraîné le club de 2004 à décembre 2006, a dû se contenter d'éléments moyens de l' Eredivisie, comme Ebi Smolarek, MatthewAmoah et Cedric van der Gun. Même l'assistance du Signal Iduna Park, ainsi baptisé depuis décembre 2005, a chuté. Entre 2000 et 2008, le club a usé six entraîneurs. Suite à cette cure d'assainissement, il a fallu des années au Borussia pour pouvoir relever la tête. Son changement de cap lui a fourni une équipe au prix dérisoire. L'été dernier, le club n'a consacré que 5,4 millions aux transferts. Outre le Polonais Robert Lewandowski (Lech Poznan), qui a coûté 4,5 millions, le Japonais Kagawa (Cerezo Osaka, 350.000 euros) est une réussite. Les supporters soutiennent le concept - surtout lorsque l'équipe gagne - mais la percée massive de talents formés par le club a renforcé l'identité du BVB. Ainsi, Grosskreutz n'hésite-t-il pas à raconter qu'il y a peu, il était parmi les supporters fanatiques de la tribune Sud. Le directeur général, Watzke : " Nous avons tiré les leçons du passé. Il n'y aura plus de transferts dépassant les cinq millions. Le club a à nouveau de solides fondations et nous ne sommes plus obligés de vendre des joueurs. L'équipe actuelle a un avenir. Notre gardien, Roman Weidenfeller, n'a que 30 ans et il est le titulaire le plus âgé. Le noyau de 22 joueurs a coûté 37 millions, un prix très bas comparé aux budgets des autres clubs de Bundesliga. La valeur de notre groupe vient d'être évaluée à 120 millions. " L'actuel leader devrait occuper la huitième ou la neuvième place du classement si on tenait compte de son budget. C'est sans doute la parfaite condition des joueurs qui lui vaut le plus d'admiration. Durant son match contre Schalke 04, remporté 3-1, les onze joueurs ont parcouru 122 kilomètres. Les initiés en attribuent le mérite au préparateur physique, Oliver Barlett, spécialisé dans l'athlétisme. Il soumet les joueurs du BVB à des programmes personnalisés de course, de musculation et de condition. Il mesure notamment les caractéristiques de sprint des joueurs grâce à des systèmes de cellules photo-électriques utilisés en athlétisme... et en rugby. " C'est comme si nous avions un joueur de plus sur le terrain ", constate Barlett. " Les tests révèlent qu'aucun adversaire ne court plus que Dortmund. Récemment, Klopp me confiait encore n'avoir jamais vu d'aussi bons tests de lactate. "L'entraîneur préfère présenter les choses aussi simplement que possible, d'un clin d'£il. Il prône un football passionné mais discipliné. Celui qui ne convient pas au 4-2-3-1 maison a un problème. Le BVB veut des joueurs dynamiques, jeunes et bons coureurs. Par leur abattage et leur pression, les trois médians offensifs doivent soutenir l'avant, Lucas Barrios. Résultat : avec 37 buts, le Borussia est l'équipe la plus productive de Bundesliga. Klopp : " J'exige un engagement extrême. Tout le monde, dans le stade, veut voir des duels et surtout des buts. Un de mes objectifs est de refaire du football une fête au Westfalenstadion. Je veux que les spectateurs pensent, après un match gagné 2-1 : -Waouaw, quel match ! " PAR VINCENT OKKER" Le noyau de 22 joueurs coûtait 37 millions. Sa valeur est maintenant évaluée à 120 millions " Hans-Joachim Watzke" Les tests révèlent qu'aucun adversaire ne court plus que Dortmund. "