Dimanche aux petites heures (4 h du matin chez nous), le GP d'Australie donnera le coup d'envoi d'une saison de Formule 1 présentant deux visages. L'un, sportif, est prometteur, à la mesure d'un championnat 2005 rendu indécis par l'entrée en vigueur de nouvelles règles du jeu. L'autre, politico-financier, n'amuse guère les passionnés qui sont pris de vertige à la lecture de certains chiffres.
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Dimanche aux petites heures (4 h du matin chez nous), le GP d'Australie donnera le coup d'envoi d'une saison de Formule 1 présentant deux visages. L'un, sportif, est prometteur, à la mesure d'un championnat 2005 rendu indécis par l'entrée en vigueur de nouvelles règles du jeu. L'autre, politico-financier, n'amuse guère les passionnés qui sont pris de vertige à la lecture de certains chiffres. L'avenir de la discipline reine du sport auto se joue pourtant dans un bras de fer sur fond d'intrigues dignes des meilleurs thrillers. Les pessimistes assurent que la F1 est à la veille d'un grand schisme. Les autres font confiance au sens politique des diverses parties... La répartition des gains générés par la F1 û environ 615 millions d'euros par an û est régie jusque fin 2007 par les Accords Concorde qui prévoient que Bernie Ecclestone s'arroge la plus grosse part du gâteau. Ces dernières saisons, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer une distribution plus équitable de ce pactole. Les grands constructeurs (BMW, Daimler Chrysler, Honda, Renault et Toyota) ont pesé de tout leur poids dans le débat et sont allés plus loin en annonçant l'organisation dès 2008 d'une nouvelle compétition parallèle au championnat actuel. Réunis au sein du GPWC (Grand Prix World Championship), ces géants industriels représentent une force terrible. Ils ont rallié à leur cause Minardi dont le patron Paul Stoddart s'est fait le chantre d'une meilleure distribution de l'argent, et Sauber qui pourrait équiper ses monoplaces 2006 d'un bloc BMW. Deux petits teams ont préféré se donner le temps de la réflexion avant de choisir leur camp : Red Bull et Midland (ex-Jordan), nouveaux venus en F1, hésitent en effet à se mettre directement en porte-à-faux vis-à-vis des autorités. Et puis il reste Ferrari. C'est là que l'affaire se corse : la Scuderia, déjà en opposition avec les autres équipes à propos de la limitation des essais privés, a fait bande à part en signant la prolongation des Accords Concorde jusqu'en 2012. Pour se ranger ainsi du côté de Tonton Bernie, les Rouges auraient reçu un pactole effarant (on parle de 120 millions d'euros par an) bienvenu dans la période trouble que traverse l'industrie automobile en Italie. Histoire de maintenir le flou autour de sa position, Ferrari a déclaré " faire partie du GPWC tout en se réservant le droit de prendre des décisions de son côté ". Bref, un bel imbroglio auquel Ecclestone a tenté de mettre fin avec une nouvelle proposition : 50 % des revenus annuels de la F1 seraient partagés entre les écuries qui signeraient la Concorde. Cette initiative n'a reçu jusqu'ici aucune réponse. Loin de cette agitation, les teams ont préparé les premières confrontations d'une saison qui pourrait se résumer à deux questions incontournables : Michael Schumacher décrochera-t-il un huitième titre mondial û ce serait le sixième consécutif û et en corollaire, l'écurie Ferrari poursuivra-t-elle sur sa lancée ? Ces interrogations sont étroitement liées. Si la machine rouge demeure aussi performante, Schumi sera difficile à battre. Nullement rassasié par son incroyable série de victoires (83), l'Allemand affiche une motivation de jeune loup. Ultra rapide et expérimenté, le meneur d'hommes ne laisse paraître qu'une seule faiblesse : il pêche parfois par excès de précipitation quand il se retrouve sous pression. Plus que le pilote, c'est sa monture qui intrigue. En début de campagne, l'écurie transalpine alignera une version intermédiaire de la championne du monde avant de lancer sa nouvelle F2005. Les tests d'avant saison n'ont guère rassuré les tifosi dans la mesure où la 2004M (M pour modificata, modifiée) s'est rarement montrée à la hauteur de ses rivales. Le clan italien garde cependant son calme, se rangeant derrière son chef de file quand il réaffirme que " les essais ne reflètent nullement le potentiel des voitures en conditions de course et qu'il faut attendre le verdict de Melbourne avant de poser le moindre diagnostic ". Le n°2 n'affiche pas la même confiance : " Nous avons perdu l'avance que nous possédions l'an dernier ", estime Rubens Barrichello avant de rappeler que tout pronostic solide est délicat tant la donne est modifiée : " Rien que la règle du même moteur pour deux GP change bien des choses, la fiabilité jouera un rôle prépondérant ". Autre paramètre capital, le comportement des pneus. Confrontés à une situation inédite (un seul train pour les qualifications et la course), Bridgestone et Michelin ont dû repartir d'une feuille blanche. Pour l'heure, la balance semble pencher en faveur du manufacturier français mais on connaît la capacité de réaction de son rival nippon : " Bridgestone est effectivement un peu en recul mais nous a habitués à de spectaculaires redressements ", note encore Michael Schumacher. Lors des essais hivernaux, la Renault R25 a été efficace, reste à voir si elle sera fiable. La remarque vaut aussi pour la McLaren-Mercedes MP4/20 qui s'est régulièrement hissée en haut de la hiérarchie. Le bilan est moins réjouissant chez BAR-Honda où la nouvelle 007, si elle a satisfait le leader Jenson Button, n'a pas convaincu Takuma Sato. Ce n'est pas non plus l'optimisme délirant dans le clan Williams-BMW : Mark Webber et Nick Heidfeld ne sont que rarement parvenus à signer des chronos très convaincants. Et c'est carrément la soupe à la grimace du côté de Toyota, souvent " à la ramasse " et de Sauber dont la nouvelle monoplace déconcerte Jacques Villeneuve et Felipe Massa. Reste Red Bull qui pourrait réserver l'une ou l'autre bonne surprise grâce à un David Coulthard retrouvant une seconde jeunesse, Midland (ex-Jordan) qui aborde une saison de transition et Minardi dont le patron Paul Stoddart annonce ouvertement qu'il alignera en Australie ses voitures 2004 (non conformes au règlement !) avant de lancer sa nouvelle arme qu'il qualifie de révolutionnaire : " L'an dernier, nos F1 2004 étaient quatre secondes au tour moins vite que les autres, je vois mal pourquoi elles joueraient la victoire cette année. 20 concurrents sont indispensables pour qu'un GP soit valablement disputé ". Ce défi n'amuse nullement le président de la FIA qui a fait savoir que les Minardi ne quitteront pas leur stand si elles se présentent en configuration 2004 à Melbourne. Ambiance... Eric Faure