Agé de 25 ans, StephenLaybutt est physiquement impressionnant. Grand, costaud et malgré tout rapide, il tacle énergiquement à la manière britannique. Il possède aussi une frappe de mule des deux pieds.
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Agé de 25 ans, StephenLaybutt est physiquement impressionnant. Grand, costaud et malgré tout rapide, il tacle énergiquement à la manière britannique. Il possède aussi une frappe de mule des deux pieds. En dehors du terrain, pourtant, il est d'un naturel gentil, voire timide, parfois nostalgique de son Australie natale et non dénué d'un certain sens de l'humour. " Pour l'instant, tout va bien ", sourit-il. " J'ai été bien accueilli et je suis mentalement mieux armé que lors de ma première expérience européenne, à Feyenoord, pour m'imposer loin de chez moi. Le seul problème est que je vis encore à l'hôtel. Je n'ai pas encore trouvé l'appartement qui me convient. Je cherche du côté de Bruges, car on y parle davantage l'anglais qu'à Mouscron, mais l'entraîneur habite aussi dans ce coin-là. Je ne sais pas si c'est une bonne idée d'aller le fréquenter d'aussi près ". Et d'éclater de rire. Le nouvel arrière gauche de l'Excelsior est originaire de Wollongong, au sud de Sydney. " Un endroit merveilleux, en bord de mer, avec une plage qui s'étend sur des kilomètres et des vagues à faire rêver tous les surfeurs. J'ai commencé le football à l'âge de cinq ans. J'ai suivi mon frère aîné, qui en a 30 aujourd'hui et s'est orienté vers le rugby, et cela m'a plu. Dans ma jeunesse, j'ai un peu tâté de tous les sports possibles et imaginables, comme tous les Australiens qui se respectent : australianrulesfootball, rugby, cricket, natation, athlétisme. J'étais assez douépour les courses de haies. Mais le football à l'européenne est le sport qui m'attirait le plus. Et je n'étais pas maladroit. A 16 ans, j'ai d'ailleurs été repéré par des émissaires de la fédération, qui m'ont proposé de rejoindre l'Institut National des Sports à Canberra. Une sorte de centre de formation à l'australienne, puisque bon an mal an, il n'y a que 18 à 20 heureux élus qui peuvent y combiner les études et la pratique sportive quotidienne. La plupart des internationaux actuels sont passés par là. Des joueurs comme JosipSkoko et MarkViduka ont investi les lieux juste avant moi. Personnellement, j'avais notamment HaydenFoxe (Portsmouth) et LucasNeill (Blackburn) comme compagnons. En fait, à ce moment-là, j'étais attaquant. Vous imaginez le style : fonceur, solide de la tête, à la britannique. Mais, pendant mon séjour à Canberra, j'ai été victime d'une sale fracture de la jambe. Je n'ai pas pu jouer pendant 12 mois. Mais, à 17 ans, on ne laisse pas tomber les bras aussi facilement. J'ai bûché comme un fou. Pendant tout ce temps, je suis resté à Canberra, mais uniquement pour poursuivre mes études. C'était assez frustrant. J'ai dû observer mes camarades depuis le bord du terrain. Lorsque j'étais guéri, il m'a encore fallu 12 autres mois pour retrouver la condition. Mais, suite à cette blessure, je me suis reconverti comme défenseur. Mon coach a estimé que je pouvais être plus utile à l'équipe à cette place-là. Cela ne m'a pas mal réussi, puisque je suis devenu international à partir de ce moment. J'ai été appelé pour la première fois en û18 ans. J'adorais jouer au football. Contrairement à ce que l'on pense, ce sport est extrêmement populaire au niveau des jeunes en Australie. Après, c'est une autre histoire. Pour devenir professionnel, il vaut mieux émigrer ". Ce qu'a fait Stephen Laybutt. Sa première expérience à l'étranger l'a mené au Japon, dans le club de Bellmare Hiratsuka, situé près de Yokohama. Etonnant, car les clubs de la J-League recrutent habituellement des footballeurs en fin de carrière, à la recherche d'un dernier contrat lucratif. Or, il n'avait que 22 ans. " J'avais joué au pays du Soleil Levant avec l'équipe nationale Espoirs ", raconte-t-il. " A cette occasion, j'avais mis l'une des stars locales sous l'éteignoir. C'est ainsi que j'ai été repéré. Au niveau footballistique, j'ai vécu une belle expérience. Le jeu était très technique. Mais ce n'est pas facile de se débrouiller dans ce pays. Il est très difficile de communiquer, car peu de Japonais parlent l'anglais. Et l'idiome local n'est pas le plus aisé à apprendre ". Néanmoins, Stephen Laybutt serait volontiers resté au Japon, mais il n'avait qu'un contrat d'un an, qui n'a pas été prolongé. Il est donc rentré en Australie, où il évolua avec les Brisbane Strikers. Entre-temps, il était également devenu international A. " J'ai aussi joué une dizaine ou une quinzaine de matches en équipe A. Mon meilleur souvenir ? Sans doute le premier but que j'ai inscrit pour mon pays. C'était lors d'un match amical en Hongrie. J'avais évolué aux côtés de véritables stars comme MarkViduka, HarryKewell et PaulOkon. J'ai noué de solides liens d'amitié avec CraigMoore, un défenseur des Glasgow Rangers que j'apprécie énormément. J'ai aussi participé aux Jeux Olympiques de Sydney, en 2000. Une expérience fabuleuse. Se retrouver là, au village olympique, au milieu de tous ces athlètes de toutes nationalités et de toutes disciplines confondues, c'est extraordinaire. J'en avais rêvé lorsque j'étais jeune. En plus, c'était dans mon pays. Mais notre parcours s'acheva rapidement. Nous ne sommes pas parvenus à nous extraire de notre groupe. Nous avons perdu 0-1 contre l'Italie dans les dernières minutes, devant 90.000 spectateurs. Ensuite, nous avons partagé 2-2 contre le Nigeria. C'était insuffisant. Nous avions une bonne équipe, mais la chance n'était pas avec nous ". Les prestations de Stephen Laybutt sous le maillot des Socceroos ont toutefois attiré l'attention des recruteurs européens. C'est ainsi qu'il aboutit à Feyenoord. " Ce ne fut pas la meilleure période de ma carrière, loin de là. J'ai été victime d'une succession de blessures, je ne jouais pas, j'avais le moral dans les chaussettes et, loin de ma famille, je m'ennuyais à mourir. Je me souviens d'une période très dure, durant laquelle j'ai pris place sur le banc lors de 15 matches d'affilée, sans jouer une seule minute. Puis, je me suis blessé. A peine revenu, je me suis encore blessé. Comme j'étais à court de rythme et que l'équipe tournait parfaitement, je n'avais aucune chance de gagner ma place. J'ai été prêté au RBC Roosendaal, où lors de mon premier match, je me suis fracturé la cheville. C'en était trop pour moi. J'en ai eu marre. C'était l'hiver, il faisait froid, et je me suis senti seul et dépité, comme un misérable. J'avais signé un contrat de trois ans, mais au bout des deux premières saisons, j'ai demandé à pouvoir casser mon contrat. Je voulais rentrer chez moi, j'ai même envisagé d'abandonner le football. Le fait de retrouver mes amis et mes proches m'a requinqué. J'ai repris goût au soccer. Et j'ai même accepté de retenter ma chance en Europe, à l'incitation d' EdiKrncevic, mon manager. J'étais déjà venu à Mouscron en fin de saison dernière, lorsque LorenzoStaelens était encore l'entraîneur. Lorsque GeorgesLeekens a débarqué, il a voulu me revoir à l'£uvre. J'ai disputé plusieurs matches amicaux. A chaque fois, il me répétait que je l'avais convaincu et que mon engagement était imminent, mais j'ai dû attendre plusieurs semaines avant de pouvoir apposer ma signature au bas d'un contrat d'un an, avec option pour deux saisons supplémentaires. J'ai loupé le premier match contre le Standard, mais tout a fini par rentrer dans l'ordre. Je pense que toutes les épreuves que j'ai traversées dans le passé m'ont endurci et que je suis mentalement mieux armé pour réussir sur le Vieux Continent. Je suis plus déterminé qu'avant, davantage disposé à consentir des sacrifices ". Et puis, à quelque chose, malheur est bon : si Stephen Laybutt joue aujourd'hui des deux pieds, c'est précisément à ses multiples blessures qu'il le doit. " Lorsque j'étais jeune, j'étais droitier. Mais j'ai souffert de plusieurs problèmes aux deux chevilles. Lorsque je ne pouvais plus mes servir de mon pied droit comme je le souhaitais, j'ai appris à utiliser mon pied gauche. C'est devenu un atout supplémentaire ". Que Stephen Laybutt compte bien utiliser pour s'imposer. Car il a réappris à se montrer ambitieux. " Mon rêve ? J'en ai deux, en fait. D'abord, jouer en Angleterre. J'en ai eu la possibilité, avant de signer pour Feyenoord, car le club de Middlesbrough était prêt à m'offrir un contrat, mais je n'ai pas obtenu le permis de travail car je n'avais disputé que... 71 % des rencontres de mon équipe nationale alors qu'on exige 75 %. On n'entre pas comme on veut au Royaume-Uni : mon ami Haiden Foxe avait joué 80 % des matches, mais a malgré tout dû attendre six mois avant de pouvoir signer pour West Ham. En Belgique, on est beaucoup plus libéral : tout le monde est le bienvenu. Mon deuxième rêve est de participer à la Coupe du Monde en Allemagne, en 2006. Pour cela, je devrai d'abord reconquérir mon statut d'international, et cela passe par de bonnes prestations sous le maillot de Mouscron. Ma dernière apparition chez les Socceroos remonte à il y a un an et demi. Ensuite, je n'ai pas été repris. C'est normal, puisque je ne jouais plus à Feyenoord. Il faudra aussi que l'Australie se qualifie. Ce qui, une fois de plus, ne sera pas facile : la FIFA, qui avait dans un premier temps envisagé d'offrir une place ferme à l'Océanie, s'est ravisée sous la pression des pays sud-américains. Au terme des éliminatoires, downunder, nous devrons de nouveau nous farcir un barrage. C'est très frustrant, car jusqu'ici, nous avons toujours échoué face à des formations plus rompues aux joutes internationales. Pourtant, nous avons une bonne équipe. D'ailleurs, récemment, nous sommes allés gagner en Angleterre en match amical. Mais, vu les distances, ce n'est pas facile de réunir les joueurs éparpillés aux quatre coins de la planète et d'effectuer une préparation adéquate, pour un seul affrontement, soit-il capital ". " Lorsque je ne pouvais me servir de mon pied droit comme je le souhaitais, j'ai appris à utiliser mon pied gauche "