Peut-on parler dès lors parler de déclin?
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Peut-on parler dès lors parler de déclin?C'est la première question que nous avons posée à deux piliers des Bafana Bafana: le gardien Hans Vonk et le défenseur central Pierre Issa. Hans Vonk: Je n'ai pas l'impression que nous sommes soudain devenus moins performants. Qualitativement, le noyau actuel n'est sûrement pas moins costaud que celui qui avait terminé chaque fois sur le podium lors des trois éditions antérieures de la Coupe d'Afrique des Nations. Pour moi, c'est surtout la concurrence qui s'est singulièrement accrue. Plusieurs nations qui ne faisaient que de la figuration ont pris du galon. Je songe au Burkina Faso, notamment, qui nous a causé pas mal de problèmes dès notre entrée en matière dans cette CAN puisque ses joueurs nous ont contraints à un nul blanc. Je citerai aussi le Mali, qui s'est éveillé aux plus hautes ambitions au cours de cette épreuve comme nous avons malheureusement pu le vérifier à nos dépens. Enfin, comment oublier le Sénégal, qui s'appuie actuellement sur une génération exceptionnelle, très proche des ténors que sont le Cameroun et le Nigeria. A mes yeux, ce n'est donc pas tant l'Afrique du Sud qui a reculé mais, plutôt, quelques autres qui ont progressé. Pierre Issa: Je me demande d'ailleurs si nous pourrons aisément remonter la pente. Car d'un point de vue morphologique, nous ne jouons manifestement pas dans la même pièce que le Cameroun, le Sénégal et le Nigeria. Leurs représentants combinent tout bonnement des qualités techniques et physiques que nous ne possédons pas. Sous cet angle-là, les joueurs d'Afrique australe (Zimbabwéens, Zambiens ou Sud-Africains) sont nettement moins bien bâtis que leurs homologues d'Afrique centrale. Or, la puissance athlétique n'est pas un vain mot en football. Evidemment, cette absence de répondant n'avait pas empêché l'Afrique du Sud de se concocter un joli palmarès depuis 1996. Mais au moment d'organiser la CAN sur son sol, elle possédait l'avantage de mélanger la technique africaine -perceptible chez son meilleur joueur, Doctor Khumalo- à la rigueur européenne, puisque les blancs de l'équipe, comme Eric Tinkler, Mark Williams et Neil Tovey jouaient en Europe. Les autres équipes ne pouvaient pas tous en dire autant.RéalismeHans Vonk: En l'espace d'une demi-douzaine d'années, la situation a changé du tout au tout. Aujourd'hui, parmi les nations de pointe africaines, nous sommes les seuls à nous appuyer encore sur quelques joueurs actifs au pays. Ce n'est nullement le cas des internationaux camerounais, sénégalais et nigérians qui tous évoluent à l'étranger et principalement en Europe. Il en résulte une maîtrise à tous les niveaux. Lors de mes débuts avec les Bafana Bafana, en 1998, je m'étais fait plus d'une fois la réflexion que le football de nos adversaires africains était naïf. Mais ce jugement n'est plus du tout de mise. On n'a jamais aussi peu marqué que lors de cette CAN 2002. C'est dire si le réalisme a pris le pas sur l'offensive à tout crin. Même le Cameroun sort la calculette de nos jours alors que jadis, avec Roger Milla, le jeu déployé par les Lions Indomptables était une ode au football offensif. Pierre Issa: Un tout autre facteur susceptible d'expliquer notre rentrée dans le rang, c'est l'identité des clubs dont les "étrangers", chez nous, défendent les couleurs. Hormis Quinton Fortune, qui joue à Manchester United, et Benni Mc Carthy, au FC Porto, la plupart évoluent dans des cercles modestes, comme Hans à Heerenveen, Shaun Bartlett et Mark Fish à Charlton Athletic ou moi-même à Watford. Ce n'est pas comparable au Real Madrid, où joue le Camerounais Geremi ou à Arsenal, employeur du Nigérian Nwankwo Kanu. Il faut oser dire que nous sommes bons mais pas vraiment supers. L'ennui, c'est qu'en Afrique du Sud, on n'aime pas les losers, les perdants. Il a suffi que nos rugbymen, les fameux Springboks, perdent un peu de la superbe ces dernières années au profit des Australiens et des All Blacks, pour que nos fans vibrent tant et plus pour les Bafana Bafana. Hans Vonk: Dans un groupe avec l'Espagne, le Paraguay et la Slovénie, nous devrions être en mesure de viser la deuxième place derrière l'Espagne. Les deux autres constituent un peu la bouteille à l'encre: seul le gardien de but paraguayen Jose-Luis Chilavert n'est pas un inconnu pour moi et la Slovénie est l'invité-surprise. Mais il faudra quand même s'en méfier, car une équipe qui a réussi à barrer la route de la Roumanie, lors des playoffs, doit avoir du répondant. Pierre Issa: Contrairement à Hans, je ne fais pas de fixation sur le deuxième tour car, lors d'une phase finale, que ce soit à la CAN ou à la Coupe du Monde, tout dépend très souvent de peu de choses. Personnellement, je serais toutefois déçu si nous ne parvenions pas à remporter un premier succès. En France, pour nos débuts à ce niveau, nous avions réalisé deux nuls contre le Danemark (1-1) et l'Arabie Saoudite (2-2) et concédé une défaite, d'emblée, contre la France (3-0). Ce match-là, surtout, me reste en travers de la gorge car devant mon public, à Marseille, j'avais eu le triste privilège d'inscrire deux own-goals. En ce qui me concerne, je serais déjà heureux si cette mésaventure ne m'arrivait plus (il rit). Hans Vonk: Franchement, au moment-même, je me suis demandé quelle mouche avait bien pu piquer Pierre sur ces deux phases. Il aurait voulu le faire exprès qu'il ne s'y serait pas pris autrement (il rit). Mais je lui ai pardonné depuis très longtemps. Sans quoi nous ne ferions pas chambre commune... PasseportsHans Vonk: Par la bande. Dès que la participation de l'Afrique du Sud à la Coupe du Monde 1998 fut assurée, la fédération se mit en quête de joueurs susceptibles d'étoffer les cadres. Je reçus un coup de fil d'un journaliste, Mark Gleeson, qui avait découvert, en feuilletant le numéro spécial du magazine Voetbal International, que j'étais né à Alberton, dans la grande banlieue de Johannesbourg. Dans la mesure où il n'y avait pas de perspective pour moi en sélection néerlandaise, j'ai accepté de me mettre à la disposition des Bafana Bafana dont je suis le portier titulaire depuis lors. Pierre Issa: Je n'ai pas attendu qu'on vienne me chercher, je suis allé moi-même aux nouvelles (il rit). Durant l'été 1997, je passais mes vacances en Afrique du Sud où mes parents s'étaient installés en 75 après avoir fui la guerre au Liban cette année-là. Malgré mes trois passeports -libanais, français et sud-africain-, je me suis toujours senti sud-africain. J'ai quand même vécu 11 ans là-bas avant d'aboutir en France et d'y entamer ma carrière footballistique à Dunkerque, au beau milieu des années 90. Profitant d'un retour au pays, je suis allé frapper à la porte du sélectionneur de l'époque, Clive Barker et, après un test, celui-ci m'a immédiatement déclaré bon pour le service. Depuis, je joue dans l'axe central de la défense au côté de Mark Fish. Hans Vonk: Si je vis cette épreuve sur place, ce sera non pas comme keeper titulaire mais plutôt comme entraîneur des gardiens, dans la mesure où j'aurai 40 ans à ce moment. Cette tâche ne serait en tout cas pas pour me déplaire. Feyenoord m'a déjà approché pour une fonction du même type sitôt ma carrière terminée, dans la filiale du club rotterdamois à Pretoria, Supersport United. Et je n'y suis pas opposé. D'ici là, je compte encore rester joueur pro cinq ou six ans. Et pendant ce temps, le football sud-africain va bouger. D'autant plus que divers grands clubs étrangers sont en train d'y mettre des structures en place. L'Ajax a d'ailleurs donné l'exemple en créant Ajax Cape Town il y a quelques années. Et Manchester United a suivi le mouvement lui aussi. Ce ne peut être que bénéfique pour le foot là-bas. Pierre Issa: J'aurai 34 ans en 2010. Avec un brin de chance, je serai donc toujours là, à ce moment-là, faisant figure d'ancien à la tête de la nouvelle vague. Car, en profondeur, le football sud-africain est très riche avec les Sibusiso Zuma, Jacob Lekgetho, Syabonga Nomvete et autre Aaron Mokoena. Ce qui me frappe toujours, c'est le nombre incalculable de jeunes qui se défoulent, balle au pied, dans la rue. De ce point de vue, l'Afrique gagne du terrain sur l'Europe. Ma seule réserve, je le répète, concerne l'aspect physique car dans une grande majorité, les Sud-africains noirs manquent de gabarit. A moins que nos rugbymen -le plus souvent des Blancs- ne changent d'orientation! Dans ce cas, le Cameroun et le Nigeria n'auraient qu'à bien se tenir (il rit). Bruno Govers, envoyé spécial au Mali,"L'Afrique du Sud n'a pas reculé. C'est la concurrence qui a progressé""Physiquement, nous ne jouons pas dans la même pièce que le Cameroun, le Nigeria et le Sénégal"