Les supporters d'Eupen ont fait pour la dernière fois la fête à leurs joueurs, jeudi dernier, à l'issue du match à Denderleeuw. Une nouvelle défaite, la troisième consécutive, les privait pourtant de l'accession à la D1. Une victoire ne leur aurait de toute façon servi à rien puisque, dans le même temps, Heusden-Zolder s'était imposé à Zulte-Waregem.
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Les supporters d'Eupen ont fait pour la dernière fois la fête à leurs joueurs, jeudi dernier, à l'issue du match à Denderleeuw. Une nouvelle défaite, la troisième consécutive, les privait pourtant de l'accession à la D1. Une victoire ne leur aurait de toute façon servi à rien puisque, dans le même temps, Heusden-Zolder s'était imposé à Zulte-Waregem. " Nous nous y attendions mais nous aurions aimé terminer le tour final sur une note positive ", soulignait Thierry Habets tandis que Claudy Chauveheid espérait qu'on retiendrait de la saison d'Eupen autre chose que ces trois derniers matches au cours desquels son équipe n'avait pas été capable d'inscrire le moindre but. " Pour moi, le tournant de ce tour final, c'est ce but encaissé à Heusden-Zolder à dix minutes du terme ", dit Thierry Habets. " Si nous avions pu ramener un point de là, nous n'aurions pas dû faire le jeu et nous découvrir. Un tour final est très difficile à gérer, surtout pour des gens qui travaillent pendant la journée et doivent se rendre au match. D'autant que nous avions déjà laissé pas mal d'énergie dans un championnat au cours duquel la plupart de nos victoires avaient été acquises à l'arraché. Nous ne nous attendions pas à un telle débauche d'efforts mais nous ne pouvions pas nous y prendre autrement dans la récupération après l'effort. Nous ne devons pas avoir de regrets car nous savons que nous avons fait le maximum jusqu'à la dernière minute. Les dirigeants sont d'ailleurs très vite venus au vestiaire pour nous le dire et cela m'a fait plaisir de voir que, malgré la déception légitime de chacun, notre travail était reconnu même dans la défaite ". Eupen avait-il ou non les moyens sportifs et extrasportifs de rejoindre l'élite ? La question restera posée pendant au moins un an mais elle souligne bien la problématique du choix qui, à un moment ou l'autre d'une carrière, se pose à tout athlète un tant soit peu doué. Thierry Habets est bien placé pour le savoir lui qui, après deux ans de professionnalisme au FC Liégeois, préféra effectuer un pas en arrière sur le plan sportif pour embrasser sa carrière d'enseignant en éducation physique. Aujourd'hui, il est éducateur et préfet de discipline aux Dames de l'Instruction Chrétienne, en plein centre de Liège, où il rencontre chaque jour des jeunes en proie à toutes les tentations d'une vie dans laquelle le sport prend de moins en moins de place. " Nous essayons de leur rendre l'envie de bouger ", explique-t-il. " Ils ont de deux à quatre heures d'éducation physique par semaine mais quand on décompte le temps de s'habiller et se déshabiller, il reste tout au plus une demi-heure. Leur condition physique est alarmante. Il ne faut toutefois pas non plus verser dans l'excès inverse et tout consacrer au sport. J'ai expliqué à ceux qui se sont intéressés à notre parcours que la D1 était quelque chose d'important pour tout footballeur qui se respecte mais qu'il est impératif de poursuivre ses études. Depuis les Minimes, lorsque je jouais à Faimes, le Standard, Liège et Seraing venaient frapper chaque année à ma porte mais mes parents se sont toujours montrés très stricts : pour eux, trois entraînements par semaine, c'était trop ". Il finit par décrocher un contrat professionnel au FC Liège, dont il connut les deux dernières saisons parmi l'élite : " La deuxième saison, j'ai été victime d'une hernie discale et je n'ai pratiquement pas joué. Les clubs ne se bousculaient donc pas au portillon. J'ai pris l'option de signer à Tongres, de chercher un nouvel équilibre dans mon boulot et ma vie familiale. J'y suis arrivé et, maintenant, je ne voudrais plus rien changer. Sportivement, j'ai connu des moments difficiles comme ces descentes avec Tongres et Visé ainsi qu'un championnat où nous avons lutté pour ne pas descendre avec Eisden mais j'ai aussi connu deux fois la montée de D3 en D2 avec Visé et ce tour final, qui restera sans doute un des plus grands moments de ma carrière ". Habets ne cache pas qu'un retour en D1, huit ans après l'avoir quittée (privé de son stade, Liège disputait alors certains de ses matches à Eupen) lui aurait fait plaisir, même s'il aurait fallu trouver des compromis avec la direction afin que les joueurs puissent conserver leur emploi tout en s'entraînant suffisamment. Mais il ne pense pas que la chance d'Eupen ne repassera pas une nouvelle fois la saison prochaine. " Le club a gagné pas mal de choses dans ce tour final : de l'argent et de la renommée. Tout le monde sait désormais qu'Eupen existe et a d'autres ambitions que faire de la figuration. Nous sommes désormais en congé jusqu'au 15 juillet mais nous repartirons avec la certitude que nous pouvons faire aussi bien. Attention tout de même à deux choses : premièrement, il n'est jamais facile de relancer la mécanique après un échec sur le fil. Deuxièmement, nos adversaires vont désormais nous attendre au tournant, nous laisser faire le jeu alors que tout le monde a bien vu que ce n'est pas notre point fort. Ce sera moins facile que cette saison mais nous avons tout de même montré pendant 40 matches que nous avions de belles possibilités par rapport à nos adversaires et je ne vois donc pas de raison d'avoir peur ". Thierry Habets espère avant tout qu'Eupen conservera ce caractère convivial, cette ambiance bon enfant qui a fait en partie, sa force. " Il y aura déjà inévitablement plus de pression de l'extérieur et j'espère que la direction jouera à nouveau aussi bien son rôle qu'elle vient de le faire : jamais nous n'avons ressenti la moindre obligation, ce qui nous a permis de jouer libérés. J'ai évolué à Visé où tout le monde était crispé, avait peur de faire une mauvaise passe. Ici, ce ne fut jamais le cas ". Malgré son expérience et ses qualités offensives, Thierry Habets n'a jamais revendiqué de rôle de leader. On le lui a même parfois reproché. Mais à Eupen, il semble s'affirmer davantage. S'est-il découvert une personnalité différente au cours de cette saison remarquable ? " Je n'ai jamais aimé que le jeu soit uniquement axé sur moi, comme c'était parfois le cas à Visé. Ici, nous jouons à trois devant et les responsabilités sont partagées, j'ai donc davantage de liberté pour aller de l'avant ou pour me libérer du marquage en décrochant. Cela m'a aussi permis d'être moins souvent blessé puisque je n'ai manqué que trois matches cette saison, en décembre ". A l'heure où Eupen cherche un médian offensif, on peut se demander si Marc Chauveheid ou Thierry Habets ne pourraient pas occuper cette fonction, le club pouvant alors aligner de concert Gdowski, Chauveheid (ou Habets) et Maréchal en pointe. " Nous l'avons fait occasionnellement, comme contre Waregem mais les changements occasionnels posent évidemment des problèmes de repères ", dit Habets. " D'autant que nous étions en fin de cycle et que j'étais trop fatigué pour donner l'impulsion. Personnellement, je préférerais rester devant mais, si l'entraîneur pense que ma meilleure place se situe désormais dans l'entrejeu, j'y redescendrai sans rechigner ". Quelle que soit la place où il évoluera la saison prochaine, Habets restera un joueur précieux sur l'échiquier eupenois. A 32 ans, il semble encore pouvoir concilier pendant quelques années son métier, sa vie de famille et sa joie de jouer au football. Par la suite, il aimerait s'adonner à la préparation physique des sportifs de haut niveau. Eupen pourrait toujours ainsi faire appel à ses connaissances, lui qui avait consacré son mémoire à cet aspect du sport.. Patrice Sintzen" Eupen existe et a d'autres ambitions que de faire de la figuration " (Thierry Habets)