Lorsque l'Union belge lui a demandé de dresser une liste de tous les footballeurs formés par le Club Bruges qui évoluent à Bruges et ailleurs parmi l'élite, Hans Galjé, coordinateur des jeunes depuis 1994, a été frappé. Cette liste était impressionnante. Si Björn Deconinck n'avait pas rompu de lui-même son contrat à Mons, on compterait 26 anciens Brugeois sur les terrains belges et néerlandais de D1, soit l'équivalent d'un noyau complet, gardiens, défenseurs, médians et attaquants. Le Club est ainsi le meilleur formateur de Belgique. Récemment, les Espoirs nationaux se sont produits en Irlande et la moitié de l'équipe avait des racines bleues et noires. Quel est donc le secret du Club ?
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Lorsque l'Union belge lui a demandé de dresser une liste de tous les footballeurs formés par le Club Bruges qui évoluent à Bruges et ailleurs parmi l'élite, Hans Galjé, coordinateur des jeunes depuis 1994, a été frappé. Cette liste était impressionnante. Si Björn Deconinck n'avait pas rompu de lui-même son contrat à Mons, on compterait 26 anciens Brugeois sur les terrains belges et néerlandais de D1, soit l'équivalent d'un noyau complet, gardiens, défenseurs, médians et attaquants. Le Club est ainsi le meilleur formateur de Belgique. Récemment, les Espoirs nationaux se sont produits en Irlande et la moitié de l'équipe avait des racines bleues et noires. Quel est donc le secret du Club ? Galjé : " Nous travaillons bien, tout simplement. Autant de succès ne peut pas relever du hasard ". Galjé : " Mon prédécesseur donnait cours ou était directeur d'école. Il filait au Club une fois son travail terminé. Dans ces conditions, il pouvait s'occuper des affaires courantes mais il lui était difficile de fixer des objectifs et d'en assurer le suivi. Or, il faut une vision. On ne peut en vouloir à ces gens, qui manquaient de temps. Le talent ne manquait pas. Quand j'ai débuté, nous avions une excellente levée de Minimes, où on retrouvait Hans Cornelis, Kevin Roelandts, Dieter VanTornhout... Nous avons commencé à travailler avec ces talents-là ". " J'ai été jeté dans la fosse aux lions. J'avais certes vu comment l'Ajax travaillait quand j'y étais gardien mais je n'y ai pas été formé. J'avais vu, entendu et lu beaucoup de choses mais je connaissais à peine la différence entre les régionaux et les provinciaux, des choses de ce genre. En concertation avec Hugo Broos, qui était alors l'entraîneur principal, nous avons formé les jeunes en 4-4-2. l'objectif était de préparer les meilleurs à l'équipe fanion. Il fallait donc adapter notre style de jeu à celle-ci. Pendant des années, nous avons donc prôné le 4-4-2. Nous avons tout couché sur papier, pour que ce soit clair pour tous, joueurs, coaches, scouts. Qu'attend-on du numéro 6, du 10, en possession du ballon, en perte. Nous utilisons une numérotation fixe comme l'Ajax. Progressivement, nous avons obtenu une ligne de conduite nette. Nous voulons développer un football offensif soigné à partir de l'arrière. Actions individuelles, transversales... En perte de balle, il faut jouer le plus haut possible. Cela a pris du temps mais je peux maintenant dire que nous avons un excellent staff, qui est sur la même ligne tactique. Au bout d'un temps, j'ai dû moi-même changer. Je suis originaire des Pays-Bas, je voulais transmettre cette philosophie sans tenir compte de la mentalité belge. " " Outre les Nationaux, nous avions des Provinciaux et des Régionaux. J'ai supprimé progressivement ces deux catégories, les trouvant dépourvues de sens. Un moment donné, une équipe de Minimes a été championne Provinciale. Des seize gamins, un seul me paraissait apte à tenter sa chance un an en Nationaux mais la saison suivante, il avait disparu. Nous n'avons plus qu'une équipe par catégorie de 11 à 19 ans. En revanche, la base est plus large chez les petits, soit deux équipes par tranche d'âge. Les - 8 ans jouent à cinq contre cinq, les - 9 ans et les - 10 ans à huit contre huit. Nous avons également une école de football le samedi matin. Les enfants de cinq à huit ans s'y entraînent. Nous repérons nos talents grâce à cette école et à notre scouting. La sélection subit une évaluation annuelle. Les entraîneurs ont déjà rentré un rapport dans lequel ils effectuent des pronostics sur la valeur de leur noyau. C'est plutôt destiné au scouting. Si nous décelons une carence quelque part, nous pouvons chercher d'autres joueurs. L'évaluation la plus sérieuse de nos jeunes a lieu pendant la trêve hivernale. Nous effectuons ensuite le tri fin mars, début avril. Nous ne mettons pas le couteau sur la gorge des jeunes. Avant d'en renvoyer un, nous devons être sûrs d'avoir un meilleur élément. Les jeunes qui accusent un retard de croissance ou de développement physique mais qui savent jouer bénéficient du doute. Les joueurs paient un maximum de 200 euros par an. Ils reçoivent en échange deux paires de chaussures et une volée de vêtements de sport. Nous n'avons pas de budget propre. Je peux difficilement vous citer un budget annuel mais si on tient compte des Espoirs et de leurs contrats, cela doit faire un million d'euros par saison. " " Hormis Gert Verheyen, qui entraîne les Espoirs, aucun ancien joueur n'est employé comme coach des jeunes. Nos entraîneurs sont employés à mi-temps, ils perçoivent une bonne indemnité mais ne gagnent pas des fortunes. Nous ne sommes pas au point de faire appel à d'anciens professionnels. A mes yeux, ce n'est d'ailleurs pas nécessaire car un ancien joueur ne fera pas automatiquement un fantastique entraîneur. Et on ne peut les employer que lorsqu'on peut travailler à temps plein avec les joueurs. C'est plus fréquent aux Pays-Bas, où les clubs ont moins de mal à dispenser des formations de jour. Ils ont des conventions avec les écoles, ce qui permet aux footballeurs de se présenter au club quelques matinées par semaine avant de rejoindre les bancs de l'école. Le soir, ils reviennent pour une autre séance. Ce n'est pas possible ici. L'école de sport de haut niveau de Bruges constitue un progrès, bien que nos meilleurs footballeurs n'y soient pas nécessairement inscrits. Un jeune de Wetteren n'a pas toujours envie de vivre en internat ou de s'astreindre à ces navettes. Généralement, ces écoles rassemblent des jeunes issus de clubs différents et les entraînements sont dispensés par des gens de l'UB qui en déterminent le contenu. Enfin, ces écoles ne proposent pas tous les types d'enseignement. Par contre, notre collaboration est bonne avec l'établissement brugeois car celui qui donne cours là-bas et est responsable de la condition physique des joueurs, Joost De Sender, travaille pour nous depuis plusieurs années. " " Durant toutes ces années, le staff a acquis énormément d'expérience. Nous avons bien développé notre système de scouting et sommes assurés d'accueillir des talents chaque saison, même s'il est de plus en plus difficile de convaincre des jeunes qui habitent loin de se produire pour le Club, généralement à cause de problèmes pratiques de déplacement. La concurrence fait rage alors même que nous sommes dans la région la plus densément peuplée de Flandre. Nos installations pourraient être meilleures. Nous ne pouvons nous plaindre des terrains mais l'état des vestiaires laisse à désirer. Nous n'arrivons pas au même nombre de séances d'entraînement que les Pays-Bas mais le niveau est assez similaire. Quand nous atteignons la norme voulue dans une levée, nous pouvons aller partout, nous faisons bonne impression. Peut-être le bât blesse-t-il au sommet de la pyramide : il n'y a pas de passerelle entre les Espoirs et l'équipe fanion. J'aimerais conclure des conventions de collaboration avec Deinze, Courtrai ou une autre équipe pour les jeunes qui figurent dans le noyau A mais pas parmi les 17 ou 18 meilleurs. Ils pourraient ainsi évoluer un an ou deux à un autre niveau. Nous avons eu des entretiens très sérieux à ce sujet avec Courtrai, il y a peu, et je regrette qu'ils n'aient pas abouti, d'un point de vue purement sportif. Le dernier maillon fait défaut, surtout parce que Bruges est un grand club, qui place la barre très haut. " " En principe, nous travaillons pour que ces jeunes atteignent le noyau A mais j'ignore s'ils pourront devenir des valeurs sûres du Club Bruges. Mes sentiments sont donc mitigés. S'ils parviennent quand même à émerger un cran en dessous, que ce soit en Belgique ou aux Pays-Bas, et de là devenir de bons joueurs de D1, cela prouve que nous sommes capables de bien les former. Mais la qualité du produit final est-elle suffisante ? En embauchant Joost De Sender, nous avons voulu améliorer le travail physique. Nous allons avoir plus souvent recours à la science, donner des conseils de diététique aux parents... Un travail individuel axé sur l'avenir doit être effectué mais nous sommes limités par le facteur temps. Les entraînements ont lieu à 18 heures. Je vois souvent les gosses arriver en courant. Nous n'avons pas le temps de parler d'autre chose. La plupart des joueurs a trois entraînements collectifs par semaine, une séance de course et un match le week-end. Les plus âgés ont un entraînement individuel le vendredi. Là, nous parlons, match compris, de six jours sur sept. Le dimanche, chez eux, ils doivent effectuer une séance de jogging pour récupérer. Nous ne devons pas corriger les normes en fonction des postes mais nous pouvons peaufiner les points où les joueurs n'atteignent pas ces normes ". PETER T'KINT