Combien de courses a-t-il déjà gagné dans sa carrière ? Axel Merckx doit réfléchir : " Pas beaucoup. En tout cas, je ne suis pas un gagneur. On l'a vu aujourd'hui, je ne suis que troisième ! " Il rit. A 32 ans, Axel Merckx est heureux, comme son père Eddy. Tout le monde a le sourire dans le camp belge, même lorsque Axel revient à l'hôtel de la délégation avec un sérieux retard. Il devait d'abord se rendre au contrôle antidopage, ensuite il tenait à passer au village olympique pour saluer les autres athlètes belges. " Nous formons une équipe. Ils m'attendaient avec le champagne ".
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Combien de courses a-t-il déjà gagné dans sa carrière ? Axel Merckx doit réfléchir : " Pas beaucoup. En tout cas, je ne suis pas un gagneur. On l'a vu aujourd'hui, je ne suis que troisième ! " Il rit. A 32 ans, Axel Merckx est heureux, comme son père Eddy. Tout le monde a le sourire dans le camp belge, même lorsque Axel revient à l'hôtel de la délégation avec un sérieux retard. Il devait d'abord se rendre au contrôle antidopage, ensuite il tenait à passer au village olympique pour saluer les autres athlètes belges. " Nous formons une équipe. Ils m'attendaient avec le champagne ". Cette médaille de bronze est celle de Merckx, de la Belgique mais pour le coach national José De Cauwer, elle vaut de l'or. Avant la course, De Cauwer avait imaginé un autre scénario avec Peter Van Petegem dans le rôle principal. Le championnat d'Europe espoirs, disputé sur le même circuit athénien l'an dernier, lui avait donné une idée. Les nombreux virages, la bataille avant d'arriver vers l'unique montée du parcours, c'était à ses yeux du tout cuit pour Van Petegem, qui inscrivit les Jeux à son agenda. Avec quelques outsiders à ses côtés, des attaquants qui pouvaient démarrer, tels Philippe Gilbert et Axel Merckx. " Axel a le drive pour attaquer. Il l'a encore démontré à San Sebastian ", rappelait De Cauwer avant la course quand la température grimpait jusqu'à atteindre 37 degrés. Quelle sensation bizarre de découvrir les boulevards de la capitale grecque complètement vides. Malgré la chaleur étouffante, de nombreux rangs de spectateurs se pressent au départ et à l'arrivée. Pour une fois, les habitants ne doivent pas débourser un demi-mois de salaire pour voir une épreuve. La compétition cycliste olympique a gagné en valeur, confirme De Cauwer : " C'est la troisième fois que les pros peuvent participer. A Atlanta, on en rigolait encore mais je revois la déception de Johan Museeuw après la course en Géorgie, ne se trouvant pas sur le podium ". Juste avant le départ, les regards de Merckx père et fils se sont croisés. Eddy û commentateur pour la TV û vit qu'Axel avait l'air nerveux : " C'est bon signe ". Après un tour, tout le monde a peur quand le Suédois Magnus Backstedt franchit la ligne avec 30 secondes d'avance sur le peloton. La course est longue de 224 bornes soit 17 boucles de 13,2 km, ce qui doit inciter les coureurs à épargner leurs forces. Derrière Backstedt, on ne chasse pas. Le peloton se promène sur toute la largeur du parcours, sachant que la chaleur éliminera les prétendants à petit feu. Axel Merckx, comme Van Petegem, reste calmement calé dans le peloton. La seule chose qui occupe Axel, c'est la chaleur suffocante. Il y a pire endroit pour suivre une course cycliste qu'au pied de l'Acropole. Le symbole de la prospérité de la Grèce antique et le centre de la vie intellectuelle de l'époque voit défiler la ribambelle de coureurs. Le monument le plus touristique de la Grèce se trouve au km 11 du parcours. Près du Parthénon, seule une poignée de touristes. Une légère brise apporte un peu de fraîcheur mais le manque de terrasses rend l'endroit peu prisé. A mi-course, le peloton se réveille. Après la rue Akademia, les coureurs prennent un virage serré à gauche, puis grimpent la rue Kanari vers la montée du mont Lycabetus. A partir de cette colline, le point culminant d'Athènes avec ses 180m, la vue sur la ville jusqu'à la mer est magnifique, de préférence au coucher du soleil. Aucun coureur ne songe à cela en pourchassant Backstedt qui n'a plus que 20 mètres d'avance. Quelques tours après, Marc Wauters et Wim Vansevenant s'arrêtent et prennent le chemin en sens inverse. Ils ont assez aidé leurs compatriotes jusque-là et prennent place sur le bord de la route pour distribuer boissons et nourriture aux trois Belges encore en lice. " Vansevenant s'est montré le lieutenant parfait durant la course ", insistera Merckx après l'épreuve. De Cauwer tient lui aussi à remercier ces hommes de l'ombre : " Les autres coureurs apprécient grandement quand quelqu'un les approvisionne. Ils veulent leur rendre la pareille, cela décuple leur sens du don de soi. Wim fut d'une valeur inestimable dans la course d'équipe ". La bataille fait rage pour les médailles. Six coureurs se sont échappés, on démarre derrière aussi. Avec encore un demi-tour à effectuer, le regroupement a lieu sous l'impulsion de Paolo Bettini. Seul le Portugais Sergio Paulinho s'accroche, même s'il sait qu'il sera battu plus tard. Au même moment, dans la caravane qui suit la course, José De Cauwer est furieux. Il possède la télé dans la voiture, mais la TV grecque vient de passer de l'épreuve cycliste au beach-volley et au kayak ! Il ne sait plus donner d'instructions dans les oreillettes des coureurs puisqu'il n'a pas l'image de la course. Dans ce chaos, il peut juste espérer que ses hommes seront assez malins pour s'entendre et faire les bons choix. " La seule chose à laquelle je pensais était : deux hommes devant, personne des nôtres dans cette échappée et donc plus de trente candidats à la médaille de bronze. Si elle tombe dans votre escarcelle, vous devez tout simplement être heureux. Vous avez gagné le gros lot à ce moment-là ". Robert Van de Walle jure aussi, le long de la route. En tant que chef de délégation, il veut être auprès de ses sportifs. Il montre soudain son oreille, il semble que le speaker vient d'annoncer qu'Axel a lancé la contre-offensive. Axel avouera qu'il se sentait les jambes pour partir avec les meilleurs : " Alors qu'au début de la course, j'avais franchement du mal ". Quand Bettini s'envole, Merckx s'adresse à son leader Van Petegem et lui demande s'il doit aller boucher le trou pour que le Flandrien conserve toutes ses chances. Van Petegem lui dit que non. " A ce moment, j'ai su que si je démarrais, j'avais ma chance ". Sous les applaudissements polis du président du CIO Jacques Rogge et du directeur de l'UCI Hein Verbruggen, Merckx franchira la ligne huit secondes après Bettini avec un large sourire et un doigt levé au ciel, juste devant Erik Zabel. Des cinq Espagnols, dont trois étaient ouvertement candidats à la médaille d'or, seul Alejandro Valverde termine la course. Bien qu'il se situe deux marches plus bas que l'Italien, Merckx dépasse d'une demi tête Bettini sur le podium. Il salue sa femme Judy qui le congratule depuis la tribune. Elle fut parmi les personnes qui poussèrent Axel à participer aux Jeux. " Cet hiver, je ne pensais même pas venir à Athènes. C'est un rêve qui se réalise et auquel je n'aurais même pas songé ". Lors de la conférence de presse, quelqu'un lui demande ses plans pour le futur. " Mon futur ?", dit Merckx avec un grincement. " De la bière belge et des frites ! " Geert Foutre" De Cauwer avait écrit le scénario POUR VAN PETEGEM, ce fut Merckx "