Frédéric Pierre: "Ma déception est immense. Car tout portait vraiment à croire que je retournerais à Molenbeek, quatre ans après l'avoir quitté. Le Standard, par l'entremise de son manager, Luciano D'Onofrio, s'était montré bon prince en mettant ma tête à prix pour une quinzaine de millions à peine. Un montant nullement exagéré, on en conviendra, par les temps qui courent, pour un attaquant expérimenté comme moi. Les Coalisés ne voulaient toutefois pas consentir pareil débours. Par le passé, ils avaient effectivement obtenu le concours de Laurent Fassotte pour six millions, alors que le prix de départ était semblable au mien. Ils partaient probablement du principe que l'histoire se répéterait et qu'ils allaient obtenir mes services sur des bases similaires. Mais le club liégeois se montra intraitable en la matière, tandis que les dirigeants du RWDM n'entendaient pas franchir la barre des dix millions.
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Frédéric Pierre: "Ma déception est immense. Car tout portait vraiment à croire que je retournerais à Molenbeek, quatre ans après l'avoir quitté. Le Standard, par l'entremise de son manager, Luciano D'Onofrio, s'était montré bon prince en mettant ma tête à prix pour une quinzaine de millions à peine. Un montant nullement exagéré, on en conviendra, par les temps qui courent, pour un attaquant expérimenté comme moi. Les Coalisés ne voulaient toutefois pas consentir pareil débours. Par le passé, ils avaient effectivement obtenu le concours de Laurent Fassotte pour six millions, alors que le prix de départ était semblable au mien. Ils partaient probablement du principe que l'histoire se répéterait et qu'ils allaient obtenir mes services sur des bases similaires. Mais le club liégeois se montra intraitable en la matière, tandis que les dirigeants du RWDM n'entendaient pas franchir la barre des dix millions. Mardi passé, pourtant, j'ai très longtemps eu le sentiment qu'un terrain d'entente serait trouvé. Car les Rouches proposèrent à leurs homologues molenbeekois de payer la somme requise en deux tranches : sept millions cette année et huit l'été prochain. Ce n'était pas la mer à boire puisqu'en cas de réussite, de ma part, au stade Edmond Machtens, ils auraient alors eu la possibilité de me revendre à des conditions autrement plus avantageuses. Malheureusement, ils n'ont rien voulu entendre. Et, dans la mesure où, entre-temps, ils se sont assurés les services de deux autres attaquants, Ivica Jarakovic et Bernard Allou, il faut bien que je me rende à l'évidence. Je peux faire mon deuil d'un transfert à la rue Malis. Pourtant, dieu sait si j'y tenais par-dessus tout. La preuve : j'avais baissé mes prétentions financières d'un tiers par rapport à mon contrat actuel". "Anthuenis m'a à la bonne""Jusqu'ici, ma carrière était toujours allée crescendo. Après le Racing Jet, j'étais passé tour à tour au Germinal Ekeren, puis au RWDM avant d'aboutir à l'Excelsior Mouscron, au Standard et Anderlecht, sur base locative, ces derniers mois. Avec le recul, je me dis que j'ai doublement joué de malchance au Sporting. D'une part, je n'étais pas qualifié pour les matches de la Ligue des Champions, en raison de ma participation, en tout début de campagne, à la Coupe Intertoto avec le Standard. Vu l'épopée héroïque des Mauve et Blanc dans cette compétition, il tombe sous le sens que le staff technique ait accordé sa priorité à tous ceux qui se distinguaient sur la scène européenne. C'est pourquoi je n'ai pas eu voix au chapitre au même titre qu'un Aruna Dindane, par exemple. D'autre part, en dépit de la demande expresse de la direction anderlechtoise, les Rouches n'ont pas voulu assortir mon passage dans la capitale d'une option d'achat. Par là même, le Sporting ne savait pas à quoi s'en tenir avec moi en fin de saison. Et ses priorités, à ce moment-là, ne concernaient pas un flanc droit de ma trempe, comme bien l'on pense, mais des avants de pointe susceptibles de relayer Jan Koller d'abord, puis son alter ego TomaszRadzinski. De la sorte, je n'avais d'autre issue que de reprendre le chemin de Sclessin, la mort dans l'âme. Ma consolation fut de ne jamais avoir vraiment démérité au RSCA. J'y ai inscrit un but en l'espace de cinq matches seulement, pour les raisons que l'on sait. Et je n'ai jamais failli qu'une seule fois à ma mission: contre Alost, à domicile. Ce jour-là, j'étais passé à côté de mon match. A l'heure des adieux, je me souviens que le coach, Aimé Anthuenis, se disait désolé pour moi. Il m'avait eu sous ses ordres, jadis, au Veltwijkpark, et s'était érigé en mon plus fervent partisan à l'heure de ma venue au Parc Astrid. Confus, il m'avoua que les événements s'étaient quelque peu ligués contre moi, à Bruxelles, mais que mon talent ne pouvait être mis en cause. Il ajouta aussi que c'est avec plaisir qu'il me retrouverait peut-être ailleurs, un jour, sous d'autres cieux. Et je le crois, car cet homme-là m'avait manifestement à la bonne". "Le RWDM constitue un souvenir inoubliable""Bien sûr, j'aurais pu recommencer, cette saison, avec une feuille blanche au Standard dans la mesure où Tomislav Ivic, la cause de tous mes maux, avait cédé le relais à MichelPreud'homme. Mais le public liégeois avait cultivé une telle aversion envers ma personne, que mon crédit était épuisé complètement à Sclessin. Dans ces conditions, mon seul mot d'ordre était de partir. Et le RWDM, malgré son statut précaire, me semblait réellement la destination idéale. Molenbeek reste un souvenir inoubliable pour moi. Je me rappelle que je ne savais trop à quoi m'en tenir, en 95, quand son homme fort, Johan Vermeersch, déboursa douze millions lors de la toute dernière journée de la période des transferts, pour mes services. Moi-même, je n'avais qu'un désir à ce moment : quitter les Sang et Or dont le coach, Herman Helleputte, m'avait en grippe. Pour moi, la transition fut grande, d'une campagne à l'autre, avec René Vandereycken. Compte tenu de nos caractères bien trempés, nous étions faits pour nous entendre. Il ne s'embarrassait jamais de fioritures avec moi. Aligné le plus souvent à la pointe de l'attaque, au côté de Dirk Lehman, ma seule mission était d'enquiquiner le plus possible l'arrière-garde adverse, tant en position offensive que défensive. Il m'a chaudement félicité, un jour, après un match contre le Club Brugeois. Car en coupant judicieusement les angles, j'avais fait en sorte que Pascal Renier et Dirk Medved ne s'autorisent pas la moindre incursion. Et cette application suffisait amplement à son bonheur". "Je rebondirai ailleurs""Une deuxième expérience à Molenbeek était, aussi, susceptible de me relancer complètement. A 27 ans, je me situe sans conteste à une période-clé. Elle est d'autant plus cruciale que la Coupe du Monde se profile à l'horizon. Et je nourris des aspirations sur ce plan. Le 4-4-2 cher à Robert Waseige est d'ailleurs un système qui me convient à merveille. Ce n'est probablement pas un hasard si, au même titre qu'à Molenbeek, je me suis exprimé le mieux au sein de la même disposition prônée par Hugo Broos à Mouscron. C'est pourquoi, malgré mon inactivité forcée à l'heure actuelle, je ne suis pas prêt à accepter n'importe quoi. D'autres clubs m'ont fait un appel du pied, en Belgique. Mais qu'irais-je faire chez eux si leur seule motivation consiste à bétonner à outrance? Je préfère, dans ce cas, prendre mon mal en patience et attendre une toute bonne opportunité. Dans cette optique, je sais gré au Standard de m'avoir autorisé à m'entraîner avec le noyau B et à disputer les matches de Réserve. Je me fais fort de rebondir ailleurs. Si je le voulais, je pourrais d'ailleurs trouver de l'embauche en Turquie. Mais, à mon âge, l'ambition l'emporte toujours sur l'argent. Et c'est la raison pour laquelle je veux, avant tout, relever un défi sportif. Qui sait, une belle opportunité s'offrira peut-être à moi en Angleterre? J'ai toujours été un fan du football britannique".Bruno Govers