En une semaine, le vieux stade Olympique du Kiel aura exhalé quelques effluves du passé glorieux. Celui où les grands événements se pressaient dans ce coin de la métropole anversoise. Car après avoir sorti le tapis rouge pour recevoir les Diables dans leur quête d'une septième participation d'affilée à la Coupe du Monde, c'est au tour du club local de réinvestir l'Europe. Cette fois-ci, ce n'est plus les travailleurs de Saint-Marin mais les professionnels de l'Olympique Marseille qui viendront égayer les nuits anversoises. Cela faisait 26 ans que le Kiel n'avait plus respiré l'ambiance enivrante et fiévreuse des joutes européennes. C'était encore au temps du Beerschot qui, depuis lors, a rendu son matricule 13 pour endosser celui du Germinal Ekeren (3.530) avec lequel il a fusionné en 1999. A l'époque, il s'agissait plutôt d'une absorption. Le Beerschot croulait sous les dettes et pataugeait en D3. Le Germinal Ekeren cherchait quant à lui un lieu plus adéquat pour disputer ses rencontres et une visibilité plus grande pour poursuivre ses rêves.
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En une semaine, le vieux stade Olympique du Kiel aura exhalé quelques effluves du passé glorieux. Celui où les grands événements se pressaient dans ce coin de la métropole anversoise. Car après avoir sorti le tapis rouge pour recevoir les Diables dans leur quête d'une septième participation d'affilée à la Coupe du Monde, c'est au tour du club local de réinvestir l'Europe. Cette fois-ci, ce n'est plus les travailleurs de Saint-Marin mais les professionnels de l'Olympique Marseille qui viendront égayer les nuits anversoises. Cela faisait 26 ans que le Kiel n'avait plus respiré l'ambiance enivrante et fiévreuse des joutes européennes. C'était encore au temps du Beerschot qui, depuis lors, a rendu son matricule 13 pour endosser celui du Germinal Ekeren (3.530) avec lequel il a fusionné en 1999. A l'époque, il s'agissait plutôt d'une absorption. Le Beerschot croulait sous les dettes et pataugeait en D3. Le Germinal Ekeren cherchait quant à lui un lieu plus adéquat pour disputer ses rencontres et une visibilité plus grande pour poursuivre ses rêves. Et c'est ainsi que naquit le Germinal Beerschot Antwerpen. Il s'agissait alors du mariage d'un club provincial (Ekeren) qui sous la houlette d'un président ambitieux, Jos Verhaegen, avait gravi les échelons, passant du stade coquet avec buvette et saucisses à toute saison à l'ambiance plus feutrée des business seats, avec un ex-géant du football belge qui avait accumulé pas moins de sept titres. " Cela ne fut pas facile au début ", explique Jos Verhaegen, " Mais depuis deux ans, on peut dire que l'on a réussi cette fusion. En ce moment, la balance entre les composantes du Beerschot et celles d'Ekeren est en équilibre. On a apporté un morceau d'Ekeren (comme la direction) au Beerschot ". Pourtant, au départ, ce ne fut pas évident. Anvers pensait déjà avoir trouvé un club capable de briguer chaque année le titre. L'arrogance, si souvent décriée, des Anversois allait les pousser à commettre quelques folies. A l'ombre du légendaire géant Silvius Brabo, on fêtait au champagne, dans le château de Brasschaat, la naissance du nouveau club. L'argent coulait à flot. Les contrats des joueurs flambaient à mesure que les caisses se vidaient. C'est à cette époque également que naquit l'accord de collaboration avec les Néerlandais de l'Ajax. " Ce fut une erreur énorme car ils n'avaient pas la même vision que nous mais il ne faut pas oublier une chose : l'Ajax a rempli ses obligations financières ". Mais si le cercle néerlandais ne cessait de renflouer les caisses, il en profitait également en acquérant les jeunes promesses du GBA, comme Jelle Van Damme, Tom De Mul ou Thomas Vermaelen. En mars 2003, Jos Verhaegen sifflait la fin de la cour de récréation. Finies les années folles, place à l'austérité financière. Avec son frère Albert et René Snelders, avec qui il a monté une société de construction baptisée Versnel, il rachetait les parts détenues par les Ajacides (72,5 %). Le tout pour un euro symbolique. Et d'appliquer une nouvelle politique basée sur son credo préféré - On ne dépense pas 100 euros quand on n'en a que 99. " Aujourd'hui, nous sommes un club financièrement sain. Nous ne sommes pas riches mais au moins, on est sain ", ajoute-t-il. Le Germinal Beerschot, dont l'appellation officielle a perdu le toponyme Antwerpen, entame donc sa troisième saison de reconstruction. Le club a quitté ses habits de gala pour enfiler son bleu de travail. " Nous voulons essayer de construire un club qui représente Anvers. Nous voulons grandir pas à pas et viser le top-5 à terme. Notre budget a été revu à la hausse. Aujourd'hui, il est de l'ordre de 6,5 millions d'euros. Mais nous devons veiller à garder une certaine retenue. Car la crédibilité de la direction joue beaucoup pour attirer des sponsors ", commente Jos Verhaegen qui a repris, au mois d'août, le fauteuil de président qu'il avait laissé à Marc Van Beek, aujourd'hui à la pension. Et il semble que l'arrivée de la Coupe d'Europe ait renforcé cette crédibilité. Sans sponsors pour la compétition continentale puisque les deux soutiens actuels du Germinal Beerschot, Sun Telecom et Garcia Jeans n'ont un contrat que pour le championnat et la Coupe, le club a réussi à attirer un gros morceau pour les deux rencontres contre Marseille : le Port d'Anvers. Celui-ci se faisait tirer l'oreille depuis plusieurs années mais ne voulait pas favoriser une des deux équipes d'Anvers. L'Antwerp végétant en D2, le choix s'est porté naturellement sur les coalisés. " La Coupe d'Europe rend la discussion plus facile ", ajoute Verhaegen. " Mais certains secteurs ne sont et ne seront jamais intéressés par le football ". Le nouveau jeune manager commercial, Steven Van Beethoven, 36 ans, abonde dans le même sens. " Pour s'inscrire dans la durée comme un tout grand club, nous avons besoin d'argent. A court terme, nous pouvons devenir un chouette petit club du subtop, une équipe qui de temps à autre remporte un prix. Nous devons nous structurer à tous les niveaux : sportif, commercial, marketing. Et nous devons nous demander si le stade est adapté à la pratique du football. A long terme, si on devient un grand club, tout coulera de source et on parlera d'un nouveau projet de stade, un Dôme où sera organisé d'autres activités que le football car nous ne saurons pas agrandir le Kiel. Cependant, il faut d'abord remplir les 12.200 places disponibles. Ce qui n'est pas souvent le cas. Pour le match d'adieu de Marc Degryse, il restait encore 300 tickets et pour la demi-finale de Coupe contre Lokeren 1.000. Cette saison, nous avons vendu 6.000 abonnements, business seats compris. C'est un record pour le club mais ce n'est pas encore suffisant ". Avant de rêver à un grand stade, il faut fidéliser un public. " Il viendra si on réalise de bons résultats ", clame Verhaegen, " On a reçu de nombreuses demandes pour Marseille. Et pour que cet élan persiste, il faut de la stabilité dans les résultats. Genk peut compter sur 18.000 personnes chaque semaine car il a gagné la Coupe et remporté le championnat à deux reprises ". Pour répondre à ces critères, Verhaegen a choisi, au début du processus de renouveau, de confier le destin sportif à un entraîneur inconnu de l'élite, Marc Brys. " Comme tout le monde, il a des qualités et des défauts mais la somme des premières est largement supérieure ", explique Verhaegen. Depuis lors, fort de résultats corrects (7e et une Coupe de Belgique), l'Anversois pure souche (il est né à quelques mètres du Kiel) a conservé la confiance de son président. Comme lui, il privilégie le travail à la parole (ce qui n'est pas très anversois) en infligeant des heures d'entraînement à son groupe. " C'est sans conteste le club de D1 qui s'entraîne le plus dur ", lâche le docteur du club Chris Goossens. " On dit souvent cela de moi ", corrige Brys. " Mais il y a plein de choses à faire lors des entraînements. Je prends donc le temps. Et quand tu ne disposes pas des meilleurs éléments de Belgique, tu dois trouver une autre parade pour gagner des rencontres. Si c'est moi qui décide, il faut que les joueurs soient d'accord pour travailler autant. Le plus important, c'est qu'il y ait une bonne communication entre moi et eux ". Pour aller de l'avant, les Rats ont décidé de miser sur les éléments jeunes issus de la région. Kris De Wree, Pieterjan Monteyne, Wim De Decker, Kurt Van Dooren répondent tous à ce critère. Arrivés incognito des divisions inférieures, ils se sont imposés dans le onze de base. A leurs côtés, les jeunes du club ont fait leur apparition. Asubonteng Prince, Agyeman Dickson, Bram Verbist, et Mohammed Messoudi (tous belges) doivent confirmer. " Ils ont tout pour réussir : ils sont talentueux et jeunes. Ils doivent encore progresser car ils n'ont pas atteint leur maximum. Je compte toutefois les intégrer de plus en plus aux titulaires ", analyse Brys. Mais la formation des jeunes ne garantit pas nécessairement un avenir aux Mauves. " Prenez le cas de Moussa Dembele, parti à Willem II ! ", clame Verhaegen, " Il avait 17 ans et un contrat d'un an. Soit on le lâchait maintenant, soit il partait dans un an gratuitement car il n'a pas voulu prolonger. Or, on aurait bien voulu le garder ". Et puis, il y a des habitudes que l'on n'oublie pas. Après avoir estampillé les succès de feu le Germinal Ekeren du sceau des anciens - souvenez-vous de Jos Daerden et Simon Tahamata - Jos Verhaegen a décidé de continuer à relancer certains talents perdus en cours de route. Après Jurgen Cavens et Karel Snoeckx, ce sont cette fois-ci le Nigérian Tosin Dosunmu, qui ne jouait plus à l'Austria Vienne, et l'ancien joueur de l'Antwerp, Jonas De Roeck qui espèrent rebondir. " La valeur de ces gars-là n'a jamais été remise en cause. Maintenant, ils doivent saisir la deuxième chance qu'on leur offre. Comme l'a fait Carl Hoefkens qui a retrouvé l'équipe nationale. Cela dépend de la mentalité affichée par le joueur ". Finie donc la folie exotique qui avait attiré de nombreux Brésiliens la saison passée. " Aller au Brésil fut une grave erreur. Et c'est de notre faute ", analyse placidement Jos Verhaegen, " Cela nous servira dans le futur et on ne répétera pas cette aventure une seconde fois ". Et ce même si l'attaquant Josemar Gil vient de rejoindre son compatriote Luciano. Dans cette construction, la Coupe d'Europe arrive comme un premier grand pas. " C'est naturellement important pour tous les jeunes car ils vont pouvoir emmagasiner de l'expérience ", dit Marc Brys. " Ce serait encore mieux si on parvenait à passer le premier tour. On se retrouverait alors dans les poules. Mais ce sera très difficile. D'autant plus que cette rencontre arrive encore un peu tôt. Nous avons acheté trois bons joueurs, Gil, Pius N'diefi et Marc Hendrikx à la fin du mercato. Et il faut qu'ils s'adaptent au système. Ce qui ne se fait pas en un jour. J'ai encore pu le remarquer à l'entraînement. On manque d'automatismes et de communication. C'est certain que l'on a perdu du temps en n'ayant pas le noyau complet le 27 juin lors de la reprise ". Entre-temps, le Germinal Beerschot a pris un mauvais départ, ne comptant qu'une victoire en quatre journées. " Pourtant, je suis persuadé que l'on possède en qualité une meilleure formation que la saison passée. Malgré les départs de Carl Hoefkens et de Daniel Cruz ", s'enthousiasme le président. Et ce à quoi Brys répond : " Il y a beaucoup de talent dans ce groupe. Peut-être même plus que l'année dernière, même s'il est encore un peu tôt pour l'affirmer ". Face à Marseille, les Rats ne partiront pourtant pas battus d'avance. Comme l'a dit le bourgmestre de la ville, Patrick Janssens, il ne s'agit que d'un affrontement entre deux villes portuaires et le plus grand port, c'est Anvers qui l'a. Et puis, une fois les lampions de la fête éteints, il sera encore temps de rêver à un seul grand club, ce qui passerait avec une fusion avec l'Antwerp, aujourd'hui en D2. " Je pense qu'à terme, Anvers ne pourra pas compter deux grands clubs. C'est une grande ville au niveau belge mais 400.000 habitants ne peuvent pas se partager deux formations. Aucune entité de cette taille ne peut avoir deux clubs ambitieux. Deux équipes oui. Mais pas deux équipes qui visent le top. C'est impossible ", conclut Verhaegen. Si le Germinal Beerschot disputera sa première rencontre européenne depuis la fusion survenue en 1999, tant le Germinal Ekeren que le Beerschot ont déjà participé à quatre reprises chacun au rendez-vous continental. Le Germinal a débuté en 1991 en Coupe de l'UEFA face au Celtic Glasgow avant de rééditer le coup en UEFA en 1996 (Casino Graz) et en 1998 (Sarajevo, Servette Genève) et en Coupe des Coupes en 1997 (Etoile Rouge et Stuttgart). Le Beerschot n'a plus évolué sur la scène européenne depuis 1979, lorsqu'il fut éliminé par Rijeka en Coupe des Coupes. Auparavant, les Mauves avaient participé à la Coupe des Villes de foires (1968 contre DWS Amsterdam), à la Coupe des Coupes (1971 contre Famagouste et Dinamo Berlin) et à la Coupe de l'UEFA (1973 contre Vitoria Setubal). Stéphane Vande Velde " Nous ne sommes pas riches mais NOUS SOMMES SAINS " (Jos Verhaegen)