François Sterchele, 23 ans, ne remerciera jamais assez son équipier Izzet Akgül. En plantant neuf buts pour une première saison en D1, le Belgo-Turc a démontré qu'il était possible de digérer le fossé existant entre les divisions inférieures et l'élite. Si Akgül, 23 ans, n'avait pas percé, rien ne dit que les dirigeants carolos auraient donné aussi tôt sa chance au buteur venu d'Oud-Heverlee. Et si Akgül n'avait pas du faire l'impasse sur le début de saison, à cause d'un coude fracturé qui a dû être plâtré après plusieurs chutes dessus, Sterchele aurait dû patienter sur le banc des réservistes...
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François Sterchele, 23 ans, ne remerciera jamais assez son équipier Izzet Akgül. En plantant neuf buts pour une première saison en D1, le Belgo-Turc a démontré qu'il était possible de digérer le fossé existant entre les divisions inférieures et l'élite. Si Akgül, 23 ans, n'avait pas percé, rien ne dit que les dirigeants carolos auraient donné aussi tôt sa chance au buteur venu d'Oud-Heverlee. Et si Akgül n'avait pas du faire l'impasse sur le début de saison, à cause d'un coude fracturé qui a dû être plâtré après plusieurs chutes dessus, Sterchele aurait dû patienter sur le banc des réservistes... Bref, pour la deuxième saison d'affilée, Charleroi a tenté le coup des divisions inférieures pour meubler sa ligne d'attaque. A l'époque du président Jean-Paul Spaute, cette politique avait déjà porté ses fruits, en conduisant au pied des terrils des garçons comme Rudy Moury, Eric Van Meir, Jean-Jacques Missé Missé, Dante Brogno ou Frank Defays. C'est désormais Raymond Mommens qui a repris le flambeau du recrutement et ça marche. Un an après être arrivé sur la pointe des pieds sportivement parlant - car un procès avec son ancien employeur namurois faisait alors grand bruit - Akgül est devenu le symbole de l'attaque carolorégienne après avoir inscrit neuf buts et donné trois assists en 23 rencontres. Et cette année, c'est Sterchele la terreur d'Oud-Heverlee (21 buts en championnat et huit lors du tour final) et l'ancien canonnier de La Calamine (24 réalisations) qui a rejoint le Pays de Charleroi. Pour suivre les traces de son prédécesseur. Ce qu'il est en train de faire puisqu'il a inscrit son premier but en championnat face au Brussels. " Du même côté que moi la saison passée ", ajoute Akgül. Izzet Akgül : J'avais joué en D1 en Suisse et puis après cela, j'avais arrêté le football avant de reprendre à Namur. Cela n'a pas été facile lorsque je suis arrivé à Charleroi mais au fur et à mesure, on s'y habitue. François Sterchele : Le rythme, la vitesse d'exécution constituent les plus grands changements. Dès le premier entraînement, quand vous décrochez pour prendre le ballon, vous n'avez pas encore fait votre contrôle que vous devez déjà penser où vous allez la mettre. Mais physiquement, je me sentais bien. J'avais fini le championnat très tard avec Oud-Heverlee et je n'avais pas trop perdu. Akgül : On se dit que c'est une première marche : on est arrivé en D1 mais le plus important, c'est d'y rester. Travailler et se donner, pas à 100 %, mais à 200 % pour faire carrière en première division. Et pas rien qu'ici en Belgique. Chacun rêve d'aller le plus loin possible. Sterchele : Certains joueurs ont fait une saison en D1. Ils se croyaient arrivés mais l'année d'après, on les retrouvait en D3 ou en Promotion. Rien n'est acquis. Akgül : Pour moi, il n'y a pas d'âge pour débuter en D1. Si on prend le cas de Frank Defays, il a été transféré à Charleroi à 25 ans. Si on a la chance d'y arriver plus jeune, tant mieux. Quand j'ai eu la proposition de Charleroi, je me suis dit que c'était le moment ou jamais. Sterchele : Moi, avant 23 ans, je n'étais pas prêt. Il y a quatre ans, j'évoluais encore en Provinciales. Puis je suis monté en Promotion et enfin en D3. Tout le petit chemin que j'ai fait m'a permis de progresser et enfin d'arriver ici. A Oud-Heverlee, j'avais signé pour deux ans mais je m'étais dit que si j'arrivais à m'imposer à Louvain, dans un environnement flamand, je pouvais rêver à un destin plus élevé. Akgül : Du caractère ! C'est ce qui fait qu'aujourd'hui on est là. J'ai vu beaucoup de gens avec du talent qui n'ont pas réussi. Il y a d'autres joueurs qui auraient pu être là, à notre place mais qui n'avaient pas notre force. Quand j'ai obtenu un contrat en D1, je savais que je devais modifier mon rythme de vie et mettre fin à certaines choses comme les sorties. En D3, tu as quatre entraînements sur la semaine. Tu es libre le samedi, le lundi et tu n'as rien à faire le mercredi. Tu dois donc adapter ton comportement à la D1. Sterchele : Depuis deux ans, il y a deux joueurs qui ont motivé ceux qui évoluent plus bas : c'est Izzet et Luigi Pieroni. Ils ont montré que l'on pouvait percer en D1. Cela a donné de l'espoir à toute une série de gens. Akgül venait de D3. Il empilait les buts et a réussi à s'imposer. En plus, à Charleroi, j'ai remarqué que l'entraîneur faisait tourner son noyau et je me suis dit que c'était le bon choix. Sterchele : Certains joueurs bourrés de talent ne veulent pas monter plus haut parce que cela les arrange bien de rester en D2 ou D3. Akgül : Moi, mon rêve, c'était de réussir en D1. Je ne voulais donc pas trouver un autre travail. Sterchele : Je suis trop fainéant pour travailler à l'usine ou à la chaîne. C'est pour cette raison que je me suis tourné à 100 % vers le football. Akgül : J'ai vécu une belle saison l'année passée. Mais pour moi, ce n'est pas encore fini. Tous les jours, je dois encore apprendre des plus anciens présents dans le noyau. Rien n'est encore fait. Demain, si cela tombe, je pourrais redescendre bien bas. Cela fait deux mois que je me suis fait opérer du coude et que je ne fais plus rien avec le groupe mais je sais que dès ma reprise, je me défoncerai à 200 % pour prouver à l'entraîneur que je mérite ma place. J'avais trouvé mon rythme en D1. Je ne vais pas dire que je l'ai perdu mais je dois recommencer à travailler. Car je veux essayer de faire mieux. Sterchele : Moi, j'ai été directement mis dans le bain grâce à la blessure d'Izzet, il ne faut pas se voiler la face. S'il avait été en forme, j'aurais été sur le banc. Beaucoup de personnes me parlent du coup de barre mais je me sens bien. Et je pense que l'entraîneur est assez malin pour sentir quand je l'aurai et pour me mettre au repos à ce moment-là. Sterchele : On va dire que j'ai, à 70 %, le niveau. Pour moi, je n'ai pas encore attraper 100 % le niveau de la D1. Je dois encore apprendre toute une série de choses, comme des petits placements dans le rectangle. Il s'agit de petits détails mais quand je regarde mes prestations sur cassette, je me dis que j'aurais dû faire cela ou cela. Sterchele : Je suis rentré au jeu alors que c'était déjà 1-0 contre le GBA. Je n'étais pas trop stressé, j'évoluais flanc droit et je n'ai pas eu trop de ballons à négocier. Je me souviens également d'un tacle un peu trop poussé (il rit) Akgül : Belle carte jaune ! Sterchele : Par contre, je n'ai pas eu trop de problèmes avec les défenseurs car j'étais posté sur le flanc droit. Et quand j'ai joué comme seul attaquant, je n'ai pas été surpris par leur rugosité. Il y en a des pires en D3. Akgül : Lors de mes premiers matches, je suis rentré cinq minutes. Mais c'est contre Mouscron que j'ai vraiment eu mes premières sensations. Et là, j'ai quand même senti le poids des défenseurs. Et encore, maintenant, je le sens. Akgül : J'attendais la chance de rentrer sur le terrain plus longtemps que cinq minutes. Contre Ostende, j'avais eu une grosse occasion et la balle est passée à dix centimètres du poteau. Pour un centre-avant, quand cela ne rentre pas, on se pose mille questions. Un jour ou l'autre, ça finit au fond des filets. Le plus dur, c'est de mettre le premier. Après, les portes s'ouvrent plus facilement. Sterchele : Moi aussi, ça m'a soulagé de marquer. Si on est buteur dans l'âme, tôt ou tard, on va y arriver mais c'est la première réalisation qui donne confiance. Sterchele : Je n'aime pas le terme successeur. Je ne suis pas là pour succéder à quelqu'un. Mais j'aimerais suivre ses traces. Et si je pouvais réaliser la saison qu'il a faite, je signe à deux mains. Je pense pourtant qu'on est complètement différent. Et c'est pour cette raison qu'on est parfaitement complémentaire. Je le vois plus dans l'axe et moi, tournant autour. Lors du premier match amical, on a peut-être évolué dix minutes ensemble et on s'est trouvé facilement. Akgül : C'est vrai que l'on n'a pas le même style de jeu. Lui, il aime bien plus avoir le ballon dans les pieds. Moi, je suis quelqu'un qui préfère rentrer dans les 30 mètres et jouer avec ma force. Je n'ai quasiment évolué que dans l'axe... Sterchele : ... tandis que moi j'ai déjà joué partout même si, au milieu, je n'aime pas trop. Il y a un rôle défensif que les attaquants n'ont pas trop été habitués à remplir. Pour un buteur, il n'y a qu'une place qui compte : dans l'axe d'où il peut partir à gauche et à droite. Sterchele : Je n'aime pas trop m'en fixer. On se dit que l'on va mettre 20 goals et si on est à 14, on va délirer. Un attaquant est là pour inscrire des buts et on fera le total en fin d'exercice. L'année passée, vers début janvier, j'ai eu une entorse à gauche puis à droite et finalement, j'ai terminé deuxième derrière Kevin Stuckens de Diegem, qui n'a plus joué les trois derniers mois car il avait été viré par son club J'ai essayé de le rattraper mais cela m'a mis une pression inutile. Il fallait inscrire 22 buts pour être sacré meilleur buteur et je suis resté calé à 21. Le comité d'Oud-Heverlee me reprochait de ne plus marquer parce que j'avais déjà signé à Charleroi mais j'ai montré au tour final que je respectais mon contrat. Akgül : J'ai été voir le match amical de Namur contre Mouscron. Je suis resté 40 minutes. J'ai été bien accueilli par certaines personnes mais pas par toutes car je suis encore en procès avec Namur auquel je réclame des indemnités de salaire. Sterchele : Moi, je ne suis pas trop surpris par le bon début de saison d'Oud-Heverlee en D2. Ils veulent monter en D1. Ils ont les infrastructures et la Ville les soutient. Bref, tout pour devenir un club professionnel. S'ils ont perdu des éléments comme Jeroen Simaeys (parti à Saint-Trond) et moi, ils se sont bien renforcés. C'est un club qui a de l'argent et qui sait où il va. C'est Raymond Mommens, à la tête de la cellule de recrutement, qui est à la base des arrivées d' Izzet Akgül et de François Sterchele : " On a commencé à pister Izzet il y a deux ans. Au total, on l'aura vu dix fois. La première fois, j'ai eu l'impression d'un centre-avant typique avec de la vitesse, de la technique, une excellente frappe de balle du pied droit et un bon jeu de tête. Pour moi, il perdait son temps en D3 et j'étais persuadé qu'il pouvait devenir meilleur buteur de D1. Il en a largement le niveau. Et il pourrait percer également sur la scène internationale. Sterchele aussi, je l'ai aperçu il y a deux ans lorsqu'il devint meilleur buteur de Promotion avec La Calamine. Mais à l'époque, c'était encore un peu tôt pour venir chez nous. Lorsqu'il s'est imposé à Oud-Heverlee, on s'est montré rapide sur la balle. On a pris contact avec lui dès le premier tour. Il dispose également d'un énorme potentiel. Il est polyvalent et peut jouer sur les deux flancs. Pour moi, il est encore plus fort techniquement et dans le rectangle qu'Akgül mais celui-ci dépasse Sterchele sur le plan physique. Ils sont parfaitement complémentaires et avec Orlando, à gauche, Charleroi possède trois très grands attaquants ". Charleroi fait donc des divisions inférieures son terrain de chasse de prédilection. Avec 12.000 kilomètres à son compteur en deux mois, Mommens ne ménage pas sa peine : " Mais il faut bien faire attention. Avec Akgül et Sterchele, on a mis le grappin sur les meilleurs éléments des divisions inférieures mais cela ne peut pas constituer une habitude. Ce n'est pas évident de trouver chaque année de tels pions en D2 ou D3. Il n'y en a pas des masses ". Et pourquoi ne pas mener cette politique avec ses propres jeunes ? " Ils disputent le championnat des Réserves, qui ne représente rien en Belgique. Il n'y a aucun enjeu et ce n'est pas l'idéal pour progresser. C'est pour cette raison que l'on décide de prêter nos meilleurs jeunes. Je suis persuadé que Giovanni Cacciatore va plus apprendre en D2 qu'en Réserves. Et si Akgül et Sterchele percent, c'est parce qu'ils avaient déjà des championnats de Promotion et de D3 dans les jambes. Ils étaient plus mûrs que nos jeunes ". Quel est le style de l'autre ? Izzet Akgül : François est un véritable centre avant. Un buteur même s'il se laisse un peu trop tomber ( il rit)François Sterchele : Izzet est un roc. Dès qu'il a une ouverture, il frappe. Il tue. Quelle qualité envies-tu chez lui ? Izzet Akgül : son plat du pied. François Sterchele : sa frappe. Stéphane Vande Velde" On est là parce qu'ON A DU CARACTèRE " (Izzet Akgül) " Il y a PLUS DE BRUTES en D3 qu'en D1 " (François Sterchele)