Les alentours de l'aéroport de Porto ne sont qu'un chantier. L'image est symbolique du nettoyage entamé par le Portugal en prévision de l'EURO 2004, auréolé de prestige, ne serait-ce que pour faire taire les remarques perfides de l'Espagne, qui n'a toujours pas digéré d'avoir été privée de l'organisation. Soutenu par les pouvoirs publics, le Portugal veut faire ses preuves. Le cahier des charges est respecté à la lettre.
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Les alentours de l'aéroport de Porto ne sont qu'un chantier. L'image est symbolique du nettoyage entamé par le Portugal en prévision de l'EURO 2004, auréolé de prestige, ne serait-ce que pour faire taire les remarques perfides de l'Espagne, qui n'a toujours pas digéré d'avoir été privée de l'organisation. Soutenu par les pouvoirs publics, le Portugal veut faire ses preuves. Le cahier des charges est respecté à la lettre.Le Portugal vit au rythme du football. "Nous avons deux religions: notre foi et le football", explique Gilberto Parca Madail, l'affable président de la fédération portugaise de football. "Les gens vont à la messe le dimanche matin puis au football". Les Portugais ont placé l'amour du football au centre de leur campagne de candidature. Madail, charnière capitale du comité d'organisation, est heureux qu'un pays relativement petit (neuf millions d'âmes) puisse organiser un tel tournoi: "De tels événements vont trop souvent à de grandes nations. La Belgique et les Pays-Bas ont rompu cette tradition mais je ne suis pas partisan de candidatures couplées. L'Ecosse, par exemple, doit être parfaitement capable d'organiser seule un EURO. Il suffit d'opérer de bons choix et de passer des conventions solides". Le soutien des pouvoirs publics était capital. Le gouvernement a renforcé le poids de la candidature portugaise en annonçant le vote d'une loi spéciale qui garantit des avantages fiscaux aux fédérations, aux délégations, aux joueurs et à l'UEFA. Tous les revenus sont exempts d'impôt jusqu'à six mois après l'événénement. Les pouvoirs publics assument également un quart des investissements en matière de construction et de rénovation des dix stades, le reste étant à charge des autorités locales et des clubs concernés.Dont coût: 500 millions d'euros!Ces garanties sont d'autant plus précieuses que le coût total est passé de 300 à 500 millions d'euros. 10% du montant est consacré aux stades. Madail: "Ce tournoi nous permet de moderniser le football portugais. Je suis convaincu qu'un meilleur confort est une arme importante pour attirer les spectateurs au stade. Beaucoup de jeunes filles assistent aux matches. Les mères de familles aussi. Or, nous sortons d'une époque où les femmes conduisaient leur mari au stade et patientaient deux heures dans la voiture. Le lifting des stades vient à point nommé. Car on voit trop de matches à la télévision. En ma qualité d'économiste, je sais que la surenchère fait baisser les prix -soit l'assistance, dans ce cas. Mais bientôt, les droits TV suivront le même chemin. D'ici trois ans, disons". En attendant, Gilberto Parca Madail veut améliorer le produit football: "Toute fédération doit poursuivre le même objectif: mettre à profit un tournoi de cette envergure pour élever le niveau de son football. J'ai appris que la Belgique attribue les bénéfices de l'EURO aux jeunes. Nous allons faire de même. Nous allons notamment injecter de l'argent dans la formation de bons entraîneurs de jeunes, car c'est la base. Mais il faut changer la mentalité des dirigeants. Elle est identique partout: on pense trop peu en termes d'avenir. C'est le dernier résultat qui détermine la gestion d'un club. Toutefois, les choses bougent. Boavista est un club d'avant-garde en la matière. Il mise sur les jeunes depuis quelques années. Dix jeunes joueurs du club sont déjà en équipe fanion". Le Portugal doit tirer profit de l'expérience en d'autres domaines. Madail: "Un tel tournoi constitue un défi à tous points de vues. Ne serait-ce qu'au niveau de la technologie. Nous la maîtrisons, nous allons l'utiliser et reculer nos limites. Un an avant le début de l'EURO, nous voulons organiser une répétition générale. Il s'agira d'un mini-tournoi regroupant quatre ou six équipes".Pas de fausses notesLes vieilles ruelles romantiques de Porto, situé entre l'océan et les vignobles du Douro, conservent leur sérénité. L'événement est encore lointain, du 12 juin au 4 juillet 2004. La ville, folle de football, se passionne beaucoup plus pour les problèmes du FC Porto, qui du fait d'un passage à vide, a changé d'entraîneur. Le lancement de l'EURO 2004 a eu lieu dans le gigantesque Europarque Congress Centre. L'organisation, financée par les pouvoirs publics, s'est déroulée sans la moindre fausse note. La salle de presse y est tellement vaste qu'on pourrait y disputer un match de football et après le tirage au sort, chaque groupe s'est vu attribuer un espace dans lequel les entraîneurs concernés se sont réunis pour une conférence de presse. Des bus ponctuels ont conduit les délégations et les journalistes à leur hôtel ou à l'aéroport. Le tirage lui-même constitua une réussite: pas de show, mais rehaussé par la présence d' Eusebio. Si cet événement constituait un avant-goût de celui qui se déroulera dans deux ans, nul ne doit se tracasser. D'autant plus que le pays a beaucoup d'atouts: un climat agréable, un peuple amical et simple, des prix abordables. Un hôtel cinq étoiles coûte 100 euros par nuit à Porto. Avec un petit-déjeuner royal. Si la fédération de football doit veiller à une chose, c'est qu'on ne profite pas de l'EURO pour augmenter les prix. Le tirage au sort des différents groupes a duré exactement 23 minutes. Il n'y aura pas de véritables affiches durant la première phase. Tout au plus quelques groupes recèlent-ils un piment spécial. Comme le Groupe 2, qui oppose le Danemark et la Norvège, ou le Groupe 6, où l'Allemagne rencontrera l'Ecosse, désormais entraînée par Berti Vogts, l'ancien sélectionneur de la Mannschaft. Toutefois, la répartition des équipes n'a pas suscité de réactions émotionnelles. Des Belges sans affiches?Le camp belge n'a pas dérogé à cette règle. Les sentiments y étaient mitigés. Les Diables Rouges ne sont pas confrontés à des obstacles insurmontables: la Croatie, la Bulgarie, l'Estonie et Andorre. Mais ces équipes n'attirent pas non plus les foules. Jan Peeters, le président de l'UB, a fait ses comptes avec le trésorier, Germain Landsheere: "Ça ne nous rapportera pas beaucoup d'argent". A Porto, il a donc lancé l'idée de disputer deux des matches de qualification en-dehors de Bruxelles. Bruges, Anvers, Liège et Charleroi sont candidates. A condition toutefois que la Ville de Bruxelles soit d'accord. Son contrat avec la fédération, valable jusqu'en 2007, stipule que tous les matches de l'équipe nationale se jouent dans la capitale. L'avenir nous apprendra si la route des Belges sera vraiment difficile. Robert Waseige, manifestement concentré sur le Mondial, s'est contenté de généralités, expliquant qu'il savait maintenant quelles équipes il devait faire visionner. Il ne peut effectivement en dire davantage. Avant le début des qualifications, il y a la Coupe du Monde. Elle sera décisive pour l'avenir, à plus d'un point de vue. Quel sera le parcours de la Belgique et de la Croatie en Asie? Quelles modifications seront éventuellement apportées? Il est un peu prématuré d'évoquer une revanche du match de Zagreb. Ce qui est certain, c'est que la Bulgarie entamera les qualifications de l'EURO avec une nouvelle équipe, qu'Andorre ne doit pas constituer de problème et qu'il ne faudrait pas sous-estimer la rugueuse Estonie. Karel Vertongen et Jean-Paul Houben, le nouveau secrétaire fédéral, ont immédiatement discuté avec les autres délégations afin d'établir un calendrier. La nomination de Houben a engendré un changement de style. Avec lui, ni glamour ni paillettes, pas de large sourire mais un travail rapide, dans l'ombre, une approche directe. Houben a toujours été un homme qui fait son travail sérieusement sans se prendre lui-même au sérieux. Toutefois, le duo n'a pas eu de succès: on n'établira pas le calendrier à Bruxelles comme ils l'espéraient mais à Zagreb. La Croatie, qui était d'accord avec la Belgique pour discuter des qualifications du Mondial, n'a pas fait de concession cete fois. Jacques Sys, envoyé spécial à Porto.