Marquer l'histoire tient parfois en un changement. Alors, quand les buts de Roman Yaremchuk, Yuya Kubo et Rangelo Janga ont mis ses Buffalos sur du velours face à un Saint-Trond balayé par l'ambiance de la Ghelamco Arena, Yves Vanderhaeghe se pare du costume d'instigateur de records. Pas parce que la belle série de trente points sur 39 qu'il valide avec ce succès rapproche un peu plus ses Gantois des play-offs 1 après un départ raté. Plutôt grâce à un changement, opéré à sept minutes du terme.
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Marquer l'histoire tient parfois en un changement. Alors, quand les buts de Roman Yaremchuk, Yuya Kubo et Rangelo Janga ont mis ses Buffalos sur du velours face à un Saint-Trond balayé par l'ambiance de la Ghelamco Arena, Yves Vanderhaeghe se pare du costume d'instigateur de records. Pas parce que la belle série de trente points sur 39 qu'il valide avec ce succès rapproche un peu plus ses Gantois des play-offs 1 après un départ raté. Plutôt grâce à un changement, opéré à sept minutes du terme. Kubo est rappelé sur le banc, et cède sa place à Nicolas Raskin. L'enfant de Waremme, fils et petit-fils de footballeur, est alors à un peu moins de deux semaines de son dix-septième anniversaire. Né le 23 février 2001, il devient ce 10 février 2018 le premier joueur né au XXIe siècle à fouler une pelouse du championnat belge. Deux ans et deux jours passent. Un délai étonnamment long entre les premières minutes et l'irruption dans le onze de base. Le coach a changé, le maillot aussi. À Sclessin, Michel Preud'homme choisit Raskin pour mettre une muselière aux pieds d' Hans Vanaken, dans un duel face à l'autoritaire leader brugeois qui se termine en nul blanc. Expérience éphémère. Deux montées au jeu et deux soirées sur le banc plus tard, le championnat s'interrompt. C'est donc au tour de Philippe Montanier de mettre la main sur le petit droitier. Titulaire d'emblée, patron immédiat devant la défense, Raskinator semble enfin lancé. Récit d'un décollage plus souvent retardé que celui d'un avion cloué sur le tarmac sous un ciel brumeux. Certains appelleront ça le destin. Comme s'il avait été programmé pour prendre la lumière plus vite que les autres, Nicolas Raskin est aux premières loges d'un événement historique, alors qu'il n'a pas encore soufflé sa sixième bougie. À l'âge où les apparitions publiques se résument généralement aux fancy-fair, il tient compagnie à Lucien D'Onofrio, Michel Daerden, Sergio Conceição, Robert Louis-Dreyfus et Pierre François dans les allées menant à la neuve et flamboyante Académie Robert Louis-Dreyfus. Bientôt présenté comme l'incarnation d'un Standard largement en avance sur la concurrence, prêt à enchaîner deux titres de rang, l'outil est inauguré en grandes pompes le 2 mai 2007. En tant que plus jeune affilié au centre de formation liégeois, Nicolas Raskin a l'honneur de s'installer au premier rang, training Umbro sur les épaules et coussin aux tons pourpres entre les mains. On lui a confié la garde des ciseaux qui aboutissent finalement entre les mains de Michel Daerden, découpeur du ruban symbolique qui envoie le Standard vers le futur. Quelques années plus tard, cet avenir rouche semble devoir se dessiner sans Nicolas. En cette année 2015, les espaces verts de l'Académie prennent des airs de ville pillée. Zinho Vanheusden, Thibaud Verlinden et Adrien Bongiovanni, porte-drapeaux de la très prometteuse génération 99, font leurs valises pour l'étranger. Deux catégories plus bas, Raskin s'en va quant à lui vers la capitale au bout d'un titre conquis en U14. Habitués à sélectionner dans le reste du Royaume les talents les plus prometteurs, les Mauves mettent la main sur un joueur visiblement désireux de changer d'air. Nicolas Raskin est décidément un symbole. Dix ans après avoir incarné la formation rouche devant les photographes, deux printemps après avoir été l'allégorie de la puissance grandissante de Neerpede, il devient au coeur de l'année 2017 l'homme en vue de la nouvelle stratégie gantoise autour des jeunes talents. Avec des caisses renflouées par une campagne exceptionnelle en Ligue des Champions, les Buffalos dégainent à tout va pour renforcer leur politique de jeunes. Les scouts rapportent leurs trouvailles à Manu Ferrera, directeur de la formation, et Michel Louwagie entre en scène avec des offres qui défient toute concurrence. Séduit par les perspectives de temps de jeu chez les U21, et la porte entrouverte du noyau A, Raskin ne tarde pas à prendre la pose avec un maillot gantois floqué du numéro 23, entouré de Louwagie et de son agent, Mogi Bayat. Anderlecht reçoit 500.000 euros en échange d'un joueur qui ne faisait pas l'unanimité dans la capitale. On raconte alors qu' Herman Van Holsbeeck est bien plus convaincu par son talent que Jean Kindermans. À Anderlecht, où René Weiler a détourné le regard des Purple Talents et où on ne lui propose qu'une éventuelle promotion en U19, Raskin quitte le navire en même temps que d'autres promesses de la génération 2001, comme Andy Koshi ou Evangelios Patoulidis. Le Standard, qui tente une première approche lors de cette année 2017, ne laisse pas le Waremmien indifférent, mais difficile pour lui d'y voir clair dans un club où le coach n'a pas encore été désigné, Ricardo Sa Pinto n'arrivant que très tard à l'intersaison. Bruno Venanzi, désireux de ramener les enfants égarés de la formation liégeoise vers Sclessin, ne lâche pas le morceau, et revient à la charge dans les premiers jours de l'année 2019, voyant que Raskin n'entre pas dans les plans de Jess Thorup. Encore une fois, le milieu de terrain est l'invité involontaire d'un moment d'histoire. Son passage de la Ghelamco Arena à Sclessin est considéré comme le premier deal de Mogi Bayat suite à sa sortie de détention dans le cadre du Footbelgate. Des négociations durant lesquelles l'agent aurait fait gonfler sa commission en diminuant les prétentions salariales de son poulain. À Liège, Nicolas Raskin se heurte pour la première fois aux limites de son talent. Ou plutôt, il se rend compte qu'il ne lui suffira pas pour faire décoller sa carrière. La prise de conscience prend du temps, pour celui qui s'était hissé presque sans effort jusqu'au noyau A de La Gantoise, devenant rapidement l'un des chouchous d'un Hein Vanhaezebrouck qui posait d'énormes attentes sur ses épaules. " C'est un pitbull, aussi bien capable de récupérer le ballon que de distribuer le jeu ", explique l'ancien coach des Buffalos dans sa chronique pour le Nieuwsblad. " Je pense que Gand aura encore des regrets de l'avoir laissé partir. " Au cours des premiers mois, le petit format ne trouve pas vraiment grâce aux yeux de son coach, et son attitude irrite certains de ses plus anciens partenaires. Conscient de son talent, Nico aime fanfaronner et sa mentalité désinvolte s'avère rapidement incompatible avec le professionnalisme d'un Sébastien Pocognoli, avec qui la relation fait parfois des étincelles. Au départ du capitaine pour l'Union, Raskin sera pourtant l'un de ceux à lui envoyer des remerciements, pour lui avoir ouvert les yeux. Le déclic semble s'être produit au passage en 2020. Peut-être parce qu'il s'attendait à commencer le match du 21 décembre 2019 au Freethiel, quand Samuel Bastien et Selim Amallah manquent à l'appel du triangle axial, mais que Preud'homme lui a finalement préféré l'expérience de Réginal Goreux. Lancé par sa titularisation contre Bruges en février, Raskin a profité du confinement pour continuer sa montée en puissance. Elle s'est produite là où la province de Liège tutoie le Brabant et le Namurois, sous les ordres d'un Thibaut Lallemand qu'il a connu au sein des équipes d'âge de la sélection. " Avec son ami Antoine Colassin, ils ont travaillé comme des malades ", explique le préparateur, heureux de voir la forme physique affichée par Nico depuis la reprise. " Depuis le début de cette année, je dois dire que c'est un autre gars. Sa mentalité a complètement changé. Quand il était en U16, c'était le premier à râler à l'échauffement parce qu'on ajoutait une répétition ou un exercice et aujourd'hui, il en réclame toujours plus. On doit même le freiner. " Confronté au plafond de son talent, au sein d'un groupe où les qualités sont loin d'être son exclusivité, Raskin semble avoir compris que la poursuite de son éclosion passait par la métamorphose, de l'adolescent doué vers l'athlète de haut niveau. De quoi voir le bout du tunnel, après ce long passage à vide entre ses premières minutes chez les pros et ses débuts au coup d'envoi d'un match. Thibaut Lallemand en est persuadé : " Sans son changement de mentalité, il n'en serait pas là. " Là, c'est devant la défense du Standard, où il s'est installé pour prendre le relais d'un Gojko Cimirot à court de forme pour la reprise du championnat. Nicolas Raskin y a affiché un registre complet, puissant à la récupération et clairvoyant avec le ballon. Un cocktail que Sclessin attendait depuis le départ de Razvan Marin. Les échelons vers le sommet sont encore nombreux, mais le Waremmien semble enfin avoir compris comment les gravir.