Le voilà, à 21 ans, intégré dans le panthéon du Standard. Deux boulettes lui suffiront peut-être pour sortir du cercle des chouchous des supporters. Mais pour le moment, il est A-DO-RÉ. En deux matches, davantage qu'en plusieurs arrêts dans la froideur de matches anonymes à Zulte Waregem ou à Westerlo, Sinan Bolat a marqué les esprits. Des Gantois et des Anderlechtois en premier lieu. Lui qui sauva les siens en arrêtant, déjà dans les arrêts de jeu, le penalty de Bryan Ruiz, conduisant les Liégeois aux test-matches. Des Néerlandais ensuite. Lui qui dégouta l'AZ lors du match aller mais qui en remit une couche en marquant un but improbable sur le dernier coup franc du match. De toute la Turquie enfin. Elle qui l'avait découvert lors d'un match amical au mois de juin. Ce grand gardien chauve venant d'un pays, proche de l'Allemagne. Elle qui l'avait déjà choisi comme nouvelle cible en le plaçant en Une du quotidien Hurriyet pour un possible transfert à Fenerbahçe. Elle qui ne se doutait pas que quelques heures plus tard, il ferait le tour des sites de téléchargement grâce à son but miraculeux. Elle qui s'est empressé de dépêcher un journaliste du Zaman et de l'Agence de presse Cylhan à la conférence de presse du lendemain.
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Le voilà, à 21 ans, intégré dans le panthéon du Standard. Deux boulettes lui suffiront peut-être pour sortir du cercle des chouchous des supporters. Mais pour le moment, il est A-DO-RÉ. En deux matches, davantage qu'en plusieurs arrêts dans la froideur de matches anonymes à Zulte Waregem ou à Westerlo, Sinan Bolat a marqué les esprits. Des Gantois et des Anderlechtois en premier lieu. Lui qui sauva les siens en arrêtant, déjà dans les arrêts de jeu, le penalty de Bryan Ruiz, conduisant les Liégeois aux test-matches. Des Néerlandais ensuite. Lui qui dégouta l'AZ lors du match aller mais qui en remit une couche en marquant un but improbable sur le dernier coup franc du match. De toute la Turquie enfin. Elle qui l'avait découvert lors d'un match amical au mois de juin. Ce grand gardien chauve venant d'un pays, proche de l'Allemagne. Elle qui l'avait déjà choisi comme nouvelle cible en le plaçant en Une du quotidien Hurriyet pour un possible transfert à Fenerbahçe. Elle qui ne se doutait pas que quelques heures plus tard, il ferait le tour des sites de téléchargement grâce à son but miraculeux. Elle qui s'est empressé de dépêcher un journaliste du Zaman et de l'Agence de presse Cylhan à la conférence de presse du lendemain. " L'engouement médiatique est beaucoup plus fort que celui qui avait suivi le penalty de Gand ", dit son manager Kismet Eris. Quinze médias différents étaient présents à sa conférence de presse. Le comité d'organisation du Soulier d'Or l'a même contacté pour se rendre à Twente où évolue Ruiz et rejouer le penalty. Pourtant, depuis son penalty à Gand, de l'eau avait coulé sous les ponts. Les critiques s'étaient même abattues sur lui après les rencontres à l'Olympiacos et à Arsenal. Après son exploit contre l'AZ, Laszlo Bölöni ne manqua d'ailleurs pas de le rappeler : " Dans sa très courte carrière, il a déjà fait des choses exceptionnelles mais je ne peux pas oublier qu'il n'a que 21 ans. Et pour l'instant, il n'est pas encore un gardien de but. D'ici deux à trois ans peut-être. Quand il aura stabilisé son jeu et qu'il aura commis suffisamment d'erreurs pour devenir un gardien de but. Après ce but, je l'ai félicité, embrassé mais cela n'empêche que dès demain, on va travailler ses sorties aériennes face au ballon pour ne plus faire la même erreur que face à l'Olympiacos. " Bolat ne parle pas français, même s'il suit des cours privés, auxquels il ne prend part qu'épisodiquement. Il s'exprime en flamand et en turc. Cela lui vient de son éducation, de sa jeunesse à Zonhoven et de sa formation à Genk. Pourtant, c'est au Standard qu'il est né ! Car, de Genk, il ne conserve que des souvenirs amers. " On l'a sali et blessé ", explique son manager, Eris. " Genk, pour lui, c'est fini. Certes, il est Limbourgeois mais n'a-t-on pas tendance à dire que le Standard est le plus grand club du Limbourg ? Il est Standardman à 100 % car ce club l'a adopté. On lui a fait confiance. Quand nous avons négocié son transfert, les dirigeants liégeois ont dit - S'il est le plus fort, il jouera. Vu ses capacités, je savais qu'il jouerait. On sentait que le Standard croyait en lui, contrairement à Genk. Là-bas, il était troisième gardien mais il n'était certainement pas jugé sur ses qualités. On l'a rejeté simplement parce qu'il ne voulait pas y resigner un contrat. Pourquoi ? On avait sorti cette histoire de BMW. Un joueur qui veut casser son contrat à cause d'une voiture non obtenue n'aurait pas manqué d'aller dans le bureau des dirigeants du Standard demander une augmentation après le penalty arrêté à Gand. Il ne l'a pas fait. Ce n'est pas son genre. Ils sont où aujourd'hui ceux qui l'ont sali à Genk ?" Même si Genk est le club de sa région, il n'oubliera donc jamais que c'est la formation liégeoise qui lui a permis de s'exprimer au plus haut niveau. De plus, c'est là qu'il s'est fait un nom. Grâce à deux exploits retentissants. Si le gardien équatorien, Aragon Espinoza n'avait pas bonne presse, il n'en était pas de même au sein du noyau. Par sa gentillesse, il avait acquis beaucoup d'estime dans le groupe. " Spino était particulièrement bien accepté ", explique l'entraîneur des gardiens, Jean-François Lecomte. " C'était un leader dans le groupe. " Or, Bolat l'a évincé sans un mouvement d'humeur de la part de ses partenaires. " C'est par ses miracles qu'il s'est fait apprécier dans le groupe ", continue Lecomte. " C'est donc normal que le groupe attende toujours des miracles de lui et se pose des questions à partir du moment où il commet des erreurs. A 21 ans, il ne faut cependant pas attendre de lui qu'il devienne de suite un leader. "" S'il est bien dans le groupe, c'est parce que c'est quelqu'un d'attachant ", dit Eris, " Son apport a contribué aux succès obtenus. On peut compter sur lui et cela facilite l'intégration. "Espinoza lui-même a toujours montré beaucoup d'estime pour celui qui l'avait évincé. A Genk, Bolat entretenait déjà de bonnes relations avec ses concurrents. " Cela s'est toujours magnifiquement bien passé entre-nous ", explique Logan Bailly, actuel titulaire au Borussia Moenchengladbach, " Je ne me rappelle pas m'être disputé une seule fois avec Sinan. C'est quelqu'un d'extrêmement calme dans le vestiaire. Par contre dès qu'il monte sur le terrain, il se transforme. Il va l'ouvrir, il n'hésite pas à gueuler sur ses équipiers pour les maintenir éveillés. Il a véritablement une double personnalité : patron sur le terrain, timide en dehors. " Pour beaucoup, Bolat est sans doute le meilleur gardien de notre championnat. Pourtant, il n'est pas encore arrivé à maturité. " C'est logique qu'avec six matches européens dans les jambes, il connaisse encore des périodes délicates ", affirme Lecomte. " Ce n'est pas moi qui ai formé Bolat. J'ai hérité d'un produit quasiment fini et une grosse partie de mon travail réside dans le psychologique. Il lui manque juste du temps de jeu, une succession de matches pour acquérir de la maturité. Il sait qu'il commet des petites erreurs dues à sa fougue et sa jeunesse. C'est lui qui, souvent, les mentionne. C'est la preuve qu'il revoit le fil des matches dans sa tête. Je n'ai pas envie de lui enlever cette fougue parce que j'ai essayé avec Espinoza et c'est à partir du moment où il est devenu plus sobre et efficace qu'il a perdu sa place de titulaire. Ce n'est donc pas à moi d'insister auprès de Bolat mais à lui de s'en rendre compte petit à petit. "" Tout ce que je peux dire, c'est qu'il n'a qu'un seul défaut : un manque d'expérience ", ajoute Bailly. " Et c'est logique puisqu'il n'est titulaire que depuis six mois. Pour le reste, c'est un gars techniquement hyper-complet, tout en sobriété. Son jeu au pied, que ce soit du droit ou du gauche, est aussi un modèle du genre. Et surtout, il n'a pas peur de sortir dans les 16 mètres. Comme on dit, c'est un gars qui en a.... "Son principal formateur, Guy Maertens, l'entraîneur des gardiens de Genk, connaît parfaitement bien son joueur : " Il est explosif malgré sa grande taille. Mais il fait la différence également sur le plan mental. Il sait précisément ce dont il est capable et ce qu'il ne sait pas faire. Il y a six mois, je me demandais comment il allait réagir face à la pression et il a directement montré qu'il savait y faire face. " " Il a été critiqué mais revenir comme il le fait et sortir un match comme celui contre AZ démontre toute sa force de caractère. C'est le signe d'un grand ! ", affirme Lecomte. Jacky Munaron, qui l'a entraîné quelques mois en Espoirs, ne tarit pas d'éloges à son égard : " Que ce soit sur le plan technique ou physique, il ne manque pas de qualités. Son timing, son explosivité, sa détente sont au point. Comme sa façon de capter un ballon à terre ou en l'air. Ses relances au pied ou à la main sont un modèle. Par contre, il doit travailler les centres qui viennent du flanc. Il n'éprouve aucune difficulté dans tout ce qui arrive face à lui mais on ne peut pas dire la même chose quand cela vient latéralement. " " Il a le défaut de ses qualités ", ajoute Lecomte. " J'ai rarement vu quelqu'un qui captait autant de ballons. Il part toujours dans l'idée de capter le ballon à deux mains là où un autre gardien le boxerait des poings. Or, à certains moments, on ne sait pas capter le ballon. Quand un garçon comme Kristof Van Hout boxe le ballon, celui-ci est repoussé très loin. Ce qui n'est pas toujours le cas avec Bolat puisque, lui, essaye d'abord de s'en emparer. Mais s'il était parfait à 21 ans, il n'aurait plus cette fougue. " Cette fougue, parlons-en. C'est ce qui le rapproche le plus de Bailly, dont on l'a longtemps comparé. " C'est clair qu'il est dans la lignée de Logan ", analyse Munaron. " Du moins au niveau du style de jeu car ils sont plus éloignés au niveau de la personnalité. Bailly est plus exubérant, Bolat plus en retrait. Il fait moins d'esbroufe. Vu son âge, il montre quand même beaucoup d'aplomb. Il coache beaucoup. Comme Bailly. "" Quand il est arrivé au Standard, j'ai cru que j'avais affaire à un copié-collé de Bailly ", corrobore Lecomte. " Ce n'est qu'après qu'on voit les différences. "Ses récents exploits ont attiré l'attention des grands clubs européens. Le premier à montrer un réel intérêt est le Fenerbahçe. Lors d'un entretien avec son manager, Kismet Eris, pas moins de 10 médias turcs se sont manifestés sur la question. " C'est normal qu'il attire du monde. Un jeune joueur qui dispute la Ligue des Champions, c'est une cible recherchée. " Pourtant le manager est très clair : " Il a 10 % de chances de réussir en Turquie. Je ne doute pas de ses qualités mais je sais que la vie est difficile là-bas pour un jeune footballeur. Ce serait stupide de partir alors que son écolage n'est pas encore terminé. Ce n'est pas parce qu'on réussit une bonne rédaction en cinquième secondaire qu'on est mûr pour l'université ! " D'autant plus que le poste de N°1 ne lui est pas du tout assuré puisque c'est actuellement Volkan Demirel (qui traverse une passe difficile) qui garde les cages de Fenerbahçe. " On le veut pour mettre la pression sur Demirel et éventuellement pour prendre sa place ", explique Murat Dogan, journaliste à Zaman. Le plan de carrière est bien établi : deux ans au Standard, un passage en Angleterre et la Turquie vers 28-29 ans. Voilà le rêve de Bolat. Eris : " On sait qu'un gardien joue jusqu'à 35 ans. Il n'a que 21 ans et tout l'avenir devant lui. Dites-moi où il sera mieux qu'au Standard ? Il y a beaucoup de gardiens qui rêveraient d'être titulaire à 21 ans. "Pourtant, tout le monde sait que le discours du jour n'est pas nécessairement celui du lendemain. L'entourage a même laissé la porte ouverte à des discussions avec certains clubs en cas d'offres alléchantes. " Soyons clairs : il y a une chance sur 100 pour qu'il aille à Fenerbahçe ", ajoute Eris. " Et pour qu'il parte du Standard avant deux ans, il faudrait que le club le mette à la porte. Le bien du garçon passe par le Standard auquel il doit beaucoup. Il n'est pas trop fort pour le Standard et il n'est pas arrivé à un stade où il s'ennuie à Liège. "" Il a toujours eu un plan de carrière bien précis même si son départ pour le Standard l'a surpris ", explique Maertens. " Je crois qu'il pensait d'abord percer à Genk mais les circonstances en ont décidé autrement. Et il est particulièrement bien aidé et bien entouré par son manager et sa famille. Il ne flambera pas, croyez-moi. "Du côté de la direction liégeoise, on ne souhaite pas non plus évoquer le départ de Bolat qui ne fait clairement pas partie des joueurs dont on juge le cycle liégeois terminé... par stéphane vande veldeIl y a une chance sur 100 pour qu'il parte à Fenerbahçe. (son agent)