Verviers reçoit Visé. La dernière rencontre de D3 en 2015 oppose deux clubs au bord de gouffres financier et sportif. Le vainqueur gagne son ticket pour les barrages du fond de la classe. Yannick Ferrera s'assied en tribune. Encore T1 à Saint-Trond, il cherche à renforcer son STVV fraîchement promu en JPL. Yohan Boli est dans le viseur. Pour cause, l'attaquant français vient d'inscrire 23 buts en 20 rencontres. Malgré la défaite (1-3), Ferrera en a vu assez. Boli rallie le Stayen dans les semaines qui suivent. Un petit miracle.
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Verviers reçoit Visé. La dernière rencontre de D3 en 2015 oppose deux clubs au bord de gouffres financier et sportif. Le vainqueur gagne son ticket pour les barrages du fond de la classe. Yannick Ferrera s'assied en tribune. Encore T1 à Saint-Trond, il cherche à renforcer son STVV fraîchement promu en JPL. Yohan Boli est dans le viseur. Pour cause, l'attaquant français vient d'inscrire 23 buts en 20 rencontres. Malgré la défaite (1-3), Ferrera en a vu assez. Boli rallie le Stayen dans les semaines qui suivent. Un petit miracle. Natif d'Arras, dans le Nord de la France, Yohan Boli porte les couleurs du RC Lens jusqu'à ses 14 ans. Un club où son père Roger est une véritable légende. Il y brigue notamment le titre de meilleur buteur du championnat français en 1994. L'affinité du père avec Wagneau Eloi se retranscrit sur et en dehors des prés. L'international haïtien passé par La Louvière et Roulers devient le parrain du plus jeune des frères Boli, Charles, qui évolue actuellement pour la réserve Sang et Or. Kévin, l'aîné, passe lui par Mouscron de 2013 à 2015. Pas conservé au Racing, Yohan ronge son frein à Avion et Sedan. Avant de franchir la ligne Maginot en 2013. Lui aussi du côté de Roulers, pour évoluer sur le flanc gauche. " Il s'est adapté facilement. Quand vous avez des qualités, c'est toujours plus facile ", analyse Jean-François Mbuba, son pendant à droite. " Comme Roulers n'est pas trop loin de Lens, il avait souvent sa famille auprès de lui. " Mais Boli déchante vite. Pas qualifié en début de saison, Wim De Corte met du temps avant de coucher son nom sur la feuille de match. Et alors qu'il débute plusieurs rencontres d'affilée, il est déjà relégué sur le banc. " Le coach disait que j'étais le meilleur joueur de l'équipe ", assure pourtant l'intéressé. " Avant de me faire rentrer, il me disait toujours : " Fais l'action ! " Mais je ne comprenais pas pourquoi je ne jouais pas directement... Au moins, ça m'a permis d'apprendre. " Mi-saison, Roulers lui demande de libérer l'appartement mis à sa disposition au profit de la famille Camozzato. Boli part vivre chez son frère à Lille mais estime que sa carte essence individuelle n'est pas suffisante pour ses trajets. L'attaquant demande à emprunter directement celle du club. " On ne m'a pas précisé quand je devais la rendre ", plaide Boli. " Je l'ai ensuite prêtée à des coéquipiers ou à mon frère. Je faisais ça naïvement... Mais je n'ai jamais eu de rappels de mes dirigeants. " Début avril 2014, ces derniers le convoquent à la fin d'un entraînement. Les excès de leur offensif de 20 ans grimpent à environ 2000 euros. Le board de Roulers pense que Boli monnaie les cartes essence. Ce qu'il nie catégoriquement. Appelé à la rescousse, papa Roger rapplique deux heures plus tard et propose un retrait sur salaire. En vain. Le club dit vouloir " faire un exemple ". Pour Mbuba, pas de doute : " Je pense que c'était surtout un prétexte pour lui dire : Tu fais tes bagages et au revoir. " Quoi qu'il en soit, les Boli engagent des poursuites avant de finalement y renoncer, à l'instar de l'année de salaire restant de leur protégé. " J'ai vite demandé à ma mère d'arrêter, je ne voulais pas de problème ", confesse le placardisé. " Je n'avais qu'une envie, c'était de retrouver les terrains. " Il s'entraîne seul pendant deux semaines, avant la rupture de son contrat. Les essais non concluants se succèdent alors pour Boli. De l'Antwerp à Telstar, aux Pays-Bas, en passant par la D2 turque. S'il reprend avec la réserve mouscronnoise grâce à son frère, son père évoque la possibilité d'un match test avec le RCS Verviers. En D3 donc. D'abord réticent, Boli fils dispute la fameuse rencontre en tant que... milieu défensif. Les Verviétois le veulent, lui préfère tempérer. Il signe finalement le dernier jour du mercato, faute de mieux. Le deal est clair : le club n'a pas d'argent donc ne lui verse aucun salaire. Il reçoit tout de même, à sa demande, une aide au loyer en janvier 2015. " La saison d'avant, il était pro. Il l'est resté avec nous ", affirme Alberto Carlos Emilio, chez qui il s'installe quelque temps. " On voyait la détermination dans son regard, il savait réellement ce qu'il voulait. Même en amateur, il vivait pro. " Replacé en 9, Boli frappe fort. Même si Verviers termine la saison avant-dernier. " On attendait qu'il marque, qu'il fasse un assist ", poursuit Carlos Emilio. " Il avait la confiance de tout le monde, du staff, des joueurs, des dirigeants. Yohan aurait pu aller autre part, mais je pense qu'il a aussi voulu prouver à son père qu'il pouvait se débrouiller tout seul. Il était en compétition avec lui. " Dès qu'il score, Boli fils sonne Boli père pour lui dire qu'il le rattrape au compteur. Au mental. Mbuba : " Passer de la D2 à la D3 dans un club qui joue le maintien, il faut avoir une grosse force de caractère pour savoir rebondir et ensuite signer en D1. " Fan de Didier Drogba mais surtout de son cousin Yannick, Yohan Boli voue un culte à la famille. " Ils ont toujours été là pour m'épauler. Sans eux, je ne serais pas là, même si je n'ai encore rien fait. " Juste passer du statut d'inconnu du troisième échelon à celui de buteur de Pro League. A la force de ses coups de tête. Comme tonton... PAR NICOLAS TAIANA - PHOTO BELGAIMAGE