" Il y a un Autrichien qui trouve que la Sambre est plus séduisante que le beau Danube bleu. C'est une question de goût, de couleur et de musique personnelle. Bobby Böhmer est arrivé au Sporting de Charleroi en 1970 et je le range, sans hésiter, parmi les plus grands talents étrangers ayant jamais évolué en Belgique. Elégant, ce superbe technicien orchestrait le jeu de son équipe à la Enzo Scifo. A l'occasion, entre deux petits ponts, il savait quand même mettre le pied, le bougre. ...

" Il y a un Autrichien qui trouve que la Sambre est plus séduisante que le beau Danube bleu. C'est une question de goût, de couleur et de musique personnelle. Bobby Böhmer est arrivé au Sporting de Charleroi en 1970 et je le range, sans hésiter, parmi les plus grands talents étrangers ayant jamais évolué en Belgique. Elégant, ce superbe technicien orchestrait le jeu de son équipe à la Enzo Scifo. A l'occasion, entre deux petits ponts, il savait quand même mettre le pied, le bougre. Il n'était pas évident de limiter le rendement de l'aristo-carolo. Il fut question de lui au RWDM et à Anderlecht. Molenbeek se méfia de la réputation de bambocheur de ce grand milieu de terrain offensif. Anderlecht avait entendu parler de son côté play-boy et préféra engager Attila Ladinszky. A l'époque, on ne savait pas que le Hongrois avait le gosier en pente et craquait pour tous les sourires féminins. Attila et Bobby : mêmes combats. Böhmer avait commencé jeune : espoir du foot autrichien (ex-Admira Wacker et First Vienna), il quitte son père, autoritaire, pour vivre avec une prostituée (Böhmer en a parlé dans le livre de Pierre Danvoye : Royal Charleroi Sporting Club : 100 ans). Ce n'est déjà pas banal. Harry Aurednik, éphémère coach autrichien des Zèbres en rêvait et l'a obtenu. Böhmer a enrichi le jeu des Zèbres et ce saltimbanque fut le compagnon de sorties d'Aurednik. Bobby a complété l'apport du fameux 3 B : Jean Boulet, Claude Bissot et Georget Bertoncello. Successeur d'Aurednik et incapable - disait-on - de prononcer correctement le vrai prénom de Böhmer ( Gerhard), Tony Antonneau lui trouva un sobriquet qui lui colla à la peau : Bobby. Il se disputa avec tous ses coaches, ou presque, dont Ward Volkaert. L'artiste autrichien lui reprocha de protéger quelques joueurs. La sanction fut sévère ; Böhmer fut privé de la finale de la Coupe de Belgique 78 (perdue 2-0 contre Beveren). Cette année-là, il quitta les Zèbres pour les Dogues. Ce fut un fameux événement à Charleroi. Avec le recul, et même s'il a marqué l'histoire du Mambourg, on garde aussi le souvenir d'une carrière gâchée. Böhmer détenait assez de talent pour évoluer au top belge et même plus haut. Après sa carrière, il est resté à Charleroi et a tenté sans grand succès sa chance dans l'horeca. Bobby ne nourrit aucun regret, au contraire, car il a offert du bonheur aux autres et s'est bien amusé. Je suppose que le Mozart du football carolo aura les larmes aux yeux avant le coup d'envoi d'Autriche-Belgique. A Vienne, on considère toujours que Bobby aurait pu devenir un des plus grands joueurs autrichiens de tous les temps. " PIERRE BILIC