" J'étais au Soulier d'Ebène quand quelqu'un me pria de lire un sms : Jules Bocande est décédé à Metz à l'âge de 53 ans... Il a eu un accident vasco-cérébral et a rendu son dernier souffle à Metz, après une opération. C'est Pierre Migisha qui annonça finalement la nouvelle au public réuni pour féliciter Dieumerci Mbokani, le nouveau Soulier d'Ebène. Moi, je n'aurais pas pu le faire car ma tristesse était trop grande. Jules fut un de mes joueurs préférés...

" J'étais au Soulier d'Ebène quand quelqu'un me pria de lire un sms : Jules Bocande est décédé à Metz à l'âge de 53 ans... Il a eu un accident vasco-cérébral et a rendu son dernier souffle à Metz, après une opération. C'est Pierre Migisha qui annonça finalement la nouvelle au public réuni pour féliciter Dieumerci Mbokani, le nouveau Soulier d'Ebène. Moi, je n'aurais pas pu le faire car ma tristesse était trop grande. Jules fut un de mes joueurs préférés, un surdoué comme on en voit de temps en temps en D1 belge, mais de plus en plus exceptionnellement... Né le 25 novembre 1958, cet attaquant sénégalais s'était fait un nom dans son pays (surtout à Casa Sport) et débarqua en Europe par la petite porte. Un homme d'affaires le fit venir chez ses amis de l'US Tournai, en D3. Après une adaptation difficile, il cassa la baraque, ce qui n'échappa pas à l'attention d' Yves Baré, le coach de Seraing qui, en 1982, accédait pour la première fois en D1. Les Métallos cherchaient un successeur de poids, plus athlétique que l'excellent Percy Rojas reparti au Pérou. Il fut question du grand Ndingi Bokila d'Harelbeke, trop cher. C'est Jules que Baré voulait vraiment. Anderlecht et Gand étaient sur la balle mais Bocande fut séduit par le discours de Baré. Comme Seraing ne trouvait pas le rythme de l'élite, j'y ai été nommé coach au c£ur de l'automne 1982. Les néo-promus étaient derniers et... Jules ne jouait pas. Il y avait de la marge entre la D1 et Tournai où, comme cet artiste me le raconta un jour, il lui arrivait de dormir tard le matin pour épargner le prix d'un petit-déjeuner. C'était du Jules tout craché qui savait exagérer avec humour, que ce soit sur le terrain ou dans la vie de tous les jours. Je me suis tout de suite rendu compte que nous avions un attaquant exceptionnel, le Drogba des années 80. Jules avait tout : le coffre, l'audace, le talent, une accélération d'avion à réaction. J'ai opté pour un 4-3-3 super offensif : Kerremans ; Luyckx, Grosjean, Rupcic, Gorez ; Bertelsen, Cremasco, Bernardi ; Claesen, Bocande, Oblitas. Cette attaque sortait du lot par sa complémentarité, sa classe, sa diversité. Plus mûr, Oblitas soutenait le duo Claesen-Bocande, le petit qui passe partout et le grand qui en impose. Côté séduction, nous avions deux play-boys : Bocande et Kerremans. Jules avait un côté cigale : quand il quitta Seraing en faillite en 1984 (pour Metz puis le PSG, Nice, Lens, Alost), on retrouva des dizaines de paires de chaussures dans son appartement situé près du Carré, le quartier chaud de Liège. Il était exceptionnel. " PIERRE BILIC