" Le petit Cancellara " a bien grandi. Merci pour lui. À 26 ans, il a surtout prouvé qu'il n'avait pas (totalement) usurpé ce prestigieux sobriquet, parfois plus encombrant que réellement flatteur, dont l'affublaient ses premiers entraîneurs au Luxembourg. Pour son premier printemps flandrien, Bob Jungels s'est mué en chef de meute du Wolfpack de Patrick Lefevere : 16e au Nieuwsblad, vainqueur à Kuurne, 5e à Harelbeke, 3e à Travers la Flandre et 16e au Ronde, excusez du peu !

La différence entre Jungels et les autres, c'est que le Luxo n'a jamais eu besoin d'être cité parmi les favoris pour repartir vainqueur.

Comme Alberto Bettiol ou Mathieu van der Poel, Bob Jungels aura marqué le printemps des classiques de sa spontanéité. De son appétit aussi. Pas franchement habitué à digérer le pavé depuis son passage chez les professionnels, le garçon s'est rappelé ses jeunes années en même temps qu'il confirmait cette extraordinaire polyvalence.

Celle d'un coureur incapable de faire des choix, qui rêve de devenir coûte que coûte ce champion éclectique que le cyclisme moderne s'est arrêté de produire en même temps qu'il se mondialisait. Un homme capable de briller sur tous les terrains. De mars à octobre. Sans distinctions apparentes entre courses d'un jour et courses par étapes.

Plus facile à dire qu'à faire, mais en bonne voie de matérialisation tout de même. Jungels assume jusqu'ici ce menu plantureux sans flancher. Six classiques et un Paris-Nice en 36 jours n'ont pas encore repu cet avaleur de souffrance, malgré un premier signal de détresse envoyé sur les routes de son tout premier Tour des Flandres début avril.

" Depuis le Tour de Colombie, j'ai presté à un haut niveau en oubliant peut-être de me préserver dans certaines épreuves ", dira-t-il épuisé à l'arrivée. " J'ai fini par craquer au Paterbeg à 14 km du but. Comme si mon corps m'avait dit : on en reste-là. "

Coureur tout terrain

Le repos aura pourtant été de courte durée. Parti dans la foulée pour un stage en altitude dans la Sierra Nevada, histoire de transformer en trois semaines ce corps meurtri aux courbes de Flandrien en format filiforme taillé pour la haute montagne, Bob Jungels prendra le 11 mai prochain le départ du 102e Giro d'Italie ( voir encadré).

L'homme n'a visiblement pas peur de l'écoeurement. Peut-être par ce qu'il se sait taillé d'un autre bois que les autres. Sa victoire en solitaire à Kuurne en atteste. Un succès acquis au nez et à la barbe des favoris après un démarrage en solitaire à 18 kilomètres de l'arrivée. Pareil à son succès sur Liège-Bastogne-Liège dix mois plutôt, le vent de face en plus.

Deux exploits qui situent aujourd'hui un peu plus le pedigree de génie de celui qu'on ne considérait à tort que comme un modeste coureur de " Grand Tour " il y a un an. Bob Jungels est, en fait, bien plus que cela. 11e du Tour 2018, 6e et 8e du Giro 2016 et 2017, il a prouvé qu'il avait les moyens de ses drôles d'ambitions.

Pas tout à fait surprenant pour un gamin qui a poussé dans l'ombre des années fastes des frères Schleck, au sein de la structure de l'équipe continentale Léopard-Trek, appelée à devenir le vivier de talents de la structure RadioShack avant de lui succéder.

Plus étonnant aussi, au vu de ses premiers états de service sur le vélo. C'est qu'à 18 ans, Bob Jungels mesure 1,89 m pour 72 kg. Un beau bébé qu'on nourrit alors à l'effort solitaire. Et un physique plus naturellement dessiné pour prendre le vent de mars qu'à faire la nique à ces grimpeurs malingres sur l'asphalte surchauffé d'ordinaire réservée aux juillettistes.

Grand Tour...

Le palmarès du Mondial du contre-la-montre junior trompe rarement. Quand Bob Jungels y inscrit son nom en 2010, le Luxembourgeois succède ainsi à Fabian Cancellara (1998,1999), Marcel Kittel (2005,2006), Michal Kwitakowski (2008) ou Luke Durbridge (2009).

Le Polonais excepté, pas franchement des profils du genre à jouer les cabris en haute montagne. Deux ans plus tard, il confirme en s'adjugeant Paris-Roubaix Espoirs 2012 devant un certain Yves Lampaert, aujourd'hui coéquipier de Jungels chez Deceuninck - Quick Step.

Suffisant pour s'offrir un passe-droit pour la gloire. À seulement 20 ans, néo-professionnel chez RadioShack-Leopard, il est sélectionné pour venir épauler Cancellara dans sa quête d'un troisième bouquet à Roubaix.

Le test est une réussite absolue : le Suisse triomphe à Roubaix et Jungels rallie l'arrivée à une honorable 84e place, à 14 minutes de son leader. De quoi taper dans l'oeil de celui qu'on appelle Mr Paris-Roubaix. Un certain Patrick Lefevere.

Mieux que personne, Lefevere connaît la recette pour briller sur les courses d'un jour, mais accepte de laisser grandir son poulain selon son propre calendrier. Étrangement convaincu qu'il peut jouer un rôle en vue sur un Grand Tour, Jungels obtient de son nouveau patron de bénéficier d'une protection rapprochée sur chaque course par étapes à laquelle il prend part.

Le temps de s'aguerrir et de comprendre que dans le cyclisme selon Lefevere, un coureur de Tour n'aura jamais l'aura (et l'immunité) d'un chasseur de classiques.

...ou courses d'un jour ?

Son couronnement surprise sur la Doyenne en 2018 apparaît dès lors comme une révélation. Le quart d'heure qu'il concède à Geraint Thomas sur les routes de l'Hexagone en juillet de la même année comme une deuxième. Bob Jungels n'est pas l'homme d'un seul lièvre. Ses qualités intrinsèques doivent le pousser à élargir son registre.

Tom Steels, directeur sportif de Deceuninck - Quick Step, le lui confirmera à l'automne validant son envie d'aller manger du pavé en guise de préparation au Giro 2019. Une drôle d'idée sur papier, mais du Jungels dans le texte.

" Il est encore trop tôt pour juger de la pertinence d'un tel programme ", déclarait, amusé Patrick Lefevere, au soir du succès de Jungels à Kuurne début mars. " Mais c'est un fait que Bob pèse quelques kilos de trop pour pouvoir se mesurer aux purs coureurs des circuits plus longs. "

Jungels a choisi de faire l'impasse sur Liège, convaincu sur le fil par les bienfaits d'un stage en altitude pour retaper son corps en vue du Giro, mais Patrick Lefevere ne s'en est jamais caché, il ne pense pas avoir la science de la course suffisante pour faire d'un bon grimpeur un potentiel vainqueur de Grand Tour. Et il ne croit pas plus en Jungels qu'il ne voyait en Richard Virenque, Dan Martin ou Julian Alaphilippe un futur Chris Froome.

À l'inverse d'autres managers (cf. Marc Madiot à la FDJ, son meilleur ennemi), Lefevere ne sera jamais obnubilé par les Tours. La gloriole d'un podium en juillet, il laisse ça aux autres. Naïvement, on pensait que la deuxième place d' Enric Mas sur la Vuelta en septembre dernier permettrait à l'Espagnol de revendiquer une équipe forte autour de lui pour le prochain Tour de France, mais Lefevere n'a pas consenti le moindre effort cet hiver pour renforcer son équipe dès que la route s'élève.

Et vu que ses sponsors ne l'y obligent pas, il y a peu de chances de le voir changer son fusil d'épaule dans les prochaines années.

Pas encore la pancarte

Comme Martin ou Alaphilippe, voire Virenque, arrivé en Belgique avec l'étiquette de futurs candidats aux podiums estivaux, Bob Jungels est en train de réussir sa mue. De grimpeur moyen à collectionneur de (semi-) classiques. Il devait probablement s'en douter en liant sa destinée à celle de Patrick Lefevere en septembre 2015. Sans doute savait-il même déjà que pour devenir un grand champion, il aurait besoin d'en revenir à ses premières amours.

Pourtant, l'homme est têtu et n'est pas prêt à abandonner l'idée de devenir le 5e Luxo à remporter un Grand Tour. S'il y parvient un jour, Bob Jungels deviendrait d'un coup l'égal de ses illustres prédécesseurs. S'il y parvient cette saison, il deviendrait tout aussi vite l'un des plus grands coureurs de son époque. Tant passer la même saison et avec un égal succès des chemins terreux des Flandres aux cimes acérées des Dolomites serait un immense exploit.

La différence entre Bob Jungels et les autres, c'est que le coureur du Grand-Duché n'a jamais eu besoin d'être cité parmi les prétendants les plus certains pour repartir avec les honneurs du vainqueur. Le garçon sait se montrer opportuniste quand il le faut. C'était déjà le cas l'an dernier à Liège et ce fut encore le même sketch cet hiver à Kuurne.

À 26 ans, Jungels n'avait sans doute pas encore la pancarte. Celle qui empêche par un exemple un Greg Van Avermaet de se forger un palmarès réellement à la hauteur de son immense talent. Celle aussi que le Luxembourgeois finira inévitablement par porter. Douze mois après avoir créé la sensation pour ce qui n'était jamais que sa troisième participation à la Doyenne, il n'y aurait sans doute aujourd'hui plus personne pour le laisser filer seul dans la côte de la Roche- aux-Faucons...

Un giro taillé sur mesure

On dit du parcours du Giro 2019 qui s'élancera de Bologne le 11 mai prochain qu'il sera un terrain de jeu appréciable pour des " grimpeurs à gros moteur ". Comprendre des grimpeurs aussi capables de faire la différence sur l'effort solitaire. C'est qu'avec ses trois contre-la-montre individuels et vallonnés de respectivement 8,2 km (1re étape), 34,7 km (9e étape) et 15,6 km (21e et dernière étape), on connaît sans doute déjà le profil du futur vainqueur. Les favoris naturels se nomment ainsi Tom Dumoulin, Primoz Roglic, Egan Bernal voire donc Bob Jungels.

" Cela reste un de mes très grands rêves ", concédait ce dernier en présentation de son calendrier musculeux en début de saison. " Sur les podiums des classiques ardennaises, ce sont toujours des gars qui figurent aussi sur ceux des grands tours. Mais, ce sera sans doute le challenge le plus difficile de ma carrière. "

De fait, les 7 arrivées au sommet programmées devraient aussi permettre à des profils plus filiformes comme Simon Yates ou Mikel Landa de faire mordre la poussière au Luxembourgeois. En tout état de cause, l'objectif du grand Bob est clair : faire mieux que sa sixième place de 2016.

Plus éclectique que le Luxo, tu meurs !, GETTY IMAGES
Plus éclectique que le Luxo, tu meurs ! © GETTY IMAGES
" Le petit Cancellara " a bien grandi. Merci pour lui. À 26 ans, il a surtout prouvé qu'il n'avait pas (totalement) usurpé ce prestigieux sobriquet, parfois plus encombrant que réellement flatteur, dont l'affublaient ses premiers entraîneurs au Luxembourg. Pour son premier printemps flandrien, Bob Jungels s'est mué en chef de meute du Wolfpack de Patrick Lefevere : 16e au Nieuwsblad, vainqueur à Kuurne, 5e à Harelbeke, 3e à Travers la Flandre et 16e au Ronde, excusez du peu ! Comme Alberto Bettiol ou Mathieu van der Poel, Bob Jungels aura marqué le printemps des classiques de sa spontanéité. De son appétit aussi. Pas franchement habitué à digérer le pavé depuis son passage chez les professionnels, le garçon s'est rappelé ses jeunes années en même temps qu'il confirmait cette extraordinaire polyvalence. Celle d'un coureur incapable de faire des choix, qui rêve de devenir coûte que coûte ce champion éclectique que le cyclisme moderne s'est arrêté de produire en même temps qu'il se mondialisait. Un homme capable de briller sur tous les terrains. De mars à octobre. Sans distinctions apparentes entre courses d'un jour et courses par étapes. Plus facile à dire qu'à faire, mais en bonne voie de matérialisation tout de même. Jungels assume jusqu'ici ce menu plantureux sans flancher. Six classiques et un Paris-Nice en 36 jours n'ont pas encore repu cet avaleur de souffrance, malgré un premier signal de détresse envoyé sur les routes de son tout premier Tour des Flandres début avril. " Depuis le Tour de Colombie, j'ai presté à un haut niveau en oubliant peut-être de me préserver dans certaines épreuves ", dira-t-il épuisé à l'arrivée. " J'ai fini par craquer au Paterbeg à 14 km du but. Comme si mon corps m'avait dit : on en reste-là. " Le repos aura pourtant été de courte durée. Parti dans la foulée pour un stage en altitude dans la Sierra Nevada, histoire de transformer en trois semaines ce corps meurtri aux courbes de Flandrien en format filiforme taillé pour la haute montagne, Bob Jungels prendra le 11 mai prochain le départ du 102e Giro d'Italie ( voir encadré). L'homme n'a visiblement pas peur de l'écoeurement. Peut-être par ce qu'il se sait taillé d'un autre bois que les autres. Sa victoire en solitaire à Kuurne en atteste. Un succès acquis au nez et à la barbe des favoris après un démarrage en solitaire à 18 kilomètres de l'arrivée. Pareil à son succès sur Liège-Bastogne-Liège dix mois plutôt, le vent de face en plus. Deux exploits qui situent aujourd'hui un peu plus le pedigree de génie de celui qu'on ne considérait à tort que comme un modeste coureur de " Grand Tour " il y a un an. Bob Jungels est, en fait, bien plus que cela. 11e du Tour 2018, 6e et 8e du Giro 2016 et 2017, il a prouvé qu'il avait les moyens de ses drôles d'ambitions. Pas tout à fait surprenant pour un gamin qui a poussé dans l'ombre des années fastes des frères Schleck, au sein de la structure de l'équipe continentale Léopard-Trek, appelée à devenir le vivier de talents de la structure RadioShack avant de lui succéder. Plus étonnant aussi, au vu de ses premiers états de service sur le vélo. C'est qu'à 18 ans, Bob Jungels mesure 1,89 m pour 72 kg. Un beau bébé qu'on nourrit alors à l'effort solitaire. Et un physique plus naturellement dessiné pour prendre le vent de mars qu'à faire la nique à ces grimpeurs malingres sur l'asphalte surchauffé d'ordinaire réservée aux juillettistes. Le palmarès du Mondial du contre-la-montre junior trompe rarement. Quand Bob Jungels y inscrit son nom en 2010, le Luxembourgeois succède ainsi à Fabian Cancellara (1998,1999), Marcel Kittel (2005,2006), Michal Kwitakowski (2008) ou Luke Durbridge (2009). Le Polonais excepté, pas franchement des profils du genre à jouer les cabris en haute montagne. Deux ans plus tard, il confirme en s'adjugeant Paris-Roubaix Espoirs 2012 devant un certain Yves Lampaert, aujourd'hui coéquipier de Jungels chez Deceuninck - Quick Step. Suffisant pour s'offrir un passe-droit pour la gloire. À seulement 20 ans, néo-professionnel chez RadioShack-Leopard, il est sélectionné pour venir épauler Cancellara dans sa quête d'un troisième bouquet à Roubaix. Le test est une réussite absolue : le Suisse triomphe à Roubaix et Jungels rallie l'arrivée à une honorable 84e place, à 14 minutes de son leader. De quoi taper dans l'oeil de celui qu'on appelle Mr Paris-Roubaix. Un certain Patrick Lefevere. Mieux que personne, Lefevere connaît la recette pour briller sur les courses d'un jour, mais accepte de laisser grandir son poulain selon son propre calendrier. Étrangement convaincu qu'il peut jouer un rôle en vue sur un Grand Tour, Jungels obtient de son nouveau patron de bénéficier d'une protection rapprochée sur chaque course par étapes à laquelle il prend part. Le temps de s'aguerrir et de comprendre que dans le cyclisme selon Lefevere, un coureur de Tour n'aura jamais l'aura (et l'immunité) d'un chasseur de classiques. Son couronnement surprise sur la Doyenne en 2018 apparaît dès lors comme une révélation. Le quart d'heure qu'il concède à Geraint Thomas sur les routes de l'Hexagone en juillet de la même année comme une deuxième. Bob Jungels n'est pas l'homme d'un seul lièvre. Ses qualités intrinsèques doivent le pousser à élargir son registre. Tom Steels, directeur sportif de Deceuninck - Quick Step, le lui confirmera à l'automne validant son envie d'aller manger du pavé en guise de préparation au Giro 2019. Une drôle d'idée sur papier, mais du Jungels dans le texte. " Il est encore trop tôt pour juger de la pertinence d'un tel programme ", déclarait, amusé Patrick Lefevere, au soir du succès de Jungels à Kuurne début mars. " Mais c'est un fait que Bob pèse quelques kilos de trop pour pouvoir se mesurer aux purs coureurs des circuits plus longs. " Jungels a choisi de faire l'impasse sur Liège, convaincu sur le fil par les bienfaits d'un stage en altitude pour retaper son corps en vue du Giro, mais Patrick Lefevere ne s'en est jamais caché, il ne pense pas avoir la science de la course suffisante pour faire d'un bon grimpeur un potentiel vainqueur de Grand Tour. Et il ne croit pas plus en Jungels qu'il ne voyait en Richard Virenque, Dan Martin ou Julian Alaphilippe un futur Chris Froome. À l'inverse d'autres managers (cf. Marc Madiot à la FDJ, son meilleur ennemi), Lefevere ne sera jamais obnubilé par les Tours. La gloriole d'un podium en juillet, il laisse ça aux autres. Naïvement, on pensait que la deuxième place d' Enric Mas sur la Vuelta en septembre dernier permettrait à l'Espagnol de revendiquer une équipe forte autour de lui pour le prochain Tour de France, mais Lefevere n'a pas consenti le moindre effort cet hiver pour renforcer son équipe dès que la route s'élève. Et vu que ses sponsors ne l'y obligent pas, il y a peu de chances de le voir changer son fusil d'épaule dans les prochaines années. Comme Martin ou Alaphilippe, voire Virenque, arrivé en Belgique avec l'étiquette de futurs candidats aux podiums estivaux, Bob Jungels est en train de réussir sa mue. De grimpeur moyen à collectionneur de (semi-) classiques. Il devait probablement s'en douter en liant sa destinée à celle de Patrick Lefevere en septembre 2015. Sans doute savait-il même déjà que pour devenir un grand champion, il aurait besoin d'en revenir à ses premières amours. Pourtant, l'homme est têtu et n'est pas prêt à abandonner l'idée de devenir le 5e Luxo à remporter un Grand Tour. S'il y parvient un jour, Bob Jungels deviendrait d'un coup l'égal de ses illustres prédécesseurs. S'il y parvient cette saison, il deviendrait tout aussi vite l'un des plus grands coureurs de son époque. Tant passer la même saison et avec un égal succès des chemins terreux des Flandres aux cimes acérées des Dolomites serait un immense exploit. La différence entre Bob Jungels et les autres, c'est que le coureur du Grand-Duché n'a jamais eu besoin d'être cité parmi les prétendants les plus certains pour repartir avec les honneurs du vainqueur. Le garçon sait se montrer opportuniste quand il le faut. C'était déjà le cas l'an dernier à Liège et ce fut encore le même sketch cet hiver à Kuurne. À 26 ans, Jungels n'avait sans doute pas encore la pancarte. Celle qui empêche par un exemple un Greg Van Avermaet de se forger un palmarès réellement à la hauteur de son immense talent. Celle aussi que le Luxembourgeois finira inévitablement par porter. Douze mois après avoir créé la sensation pour ce qui n'était jamais que sa troisième participation à la Doyenne, il n'y aurait sans doute aujourd'hui plus personne pour le laisser filer seul dans la côte de la Roche- aux-Faucons...