A Kazan, on est conscient depuis plusieurs mois d'avoir commis une erreur monstrueuse en ouvrant largement et aveuglément le portefeuille, en août 2004, pour arracher Cédric Roussel à Genk. A part le club limbourgeois, les agents du joueur et l'un ou l'autre intermédiaire russe, personne n'a jamais eu à se féliciter de ce transfert surprenant. Il restait ensuite à assumer et à trouver la moins mauvaise solution pour chacun û en sachant que le joueur et les Russes perdraient de toute façon des plumes dans l'aventure û dans les grandes discussions devant mener au déménagement de Roussel vers un cadre de vie moins hostile. Nous tentons de détailler les clés de cette affaire dont le cours s'est accéléré le week-end dernier, pour finalement aboutir à un accord : une location d'un an et demi avec option d'achat.
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A Kazan, on est conscient depuis plusieurs mois d'avoir commis une erreur monstrueuse en ouvrant largement et aveuglément le portefeuille, en août 2004, pour arracher Cédric Roussel à Genk. A part le club limbourgeois, les agents du joueur et l'un ou l'autre intermédiaire russe, personne n'a jamais eu à se féliciter de ce transfert surprenant. Il restait ensuite à assumer et à trouver la moins mauvaise solution pour chacun û en sachant que le joueur et les Russes perdraient de toute façon des plumes dans l'aventure û dans les grandes discussions devant mener au déménagement de Roussel vers un cadre de vie moins hostile. Nous tentons de détailler les clés de cette affaire dont le cours s'est accéléré le week-end dernier, pour finalement aboutir à un accord : une location d'un an et demi avec option d'achat. Nenad Petrovic, un des deux agents de Cédric Roussel, n'est pas près d'oublier les jours fous qu'il vient de passer. Jeudi dernier, il discuta durant trois heures avec le top du Standard ( Luciano D'Onofrio, Michel Preud'homme et Pierre François) ainsi qu'avec Maître Jean-Louis Dupont, le conseil du joueur. Cette conversation avait deux buts : affiner les termes de l'accord censé lier Roussel au club liégeois (" Un salaire aux normes belges, comparable à celui que Roussel touchait à Genk et donc à mille lieues de ce qu'il gagnait en Russie ", reconnaît Petrovic), mais aussi obtenir une dernière offre claire et nette du Standard vis-à-vis de Rubin Kazan. Deux solutions furent envisagées : location ou transfert définitif. Roussel préférait un transfert définitif, histoire de ne plus conserver de lien avec Kazan. Mais une location (un an et demi, ou deux ans et demi, avec option d'achat) n'était pas non plus vue d'un mauvais £il par Petrovic. " Cela permettrait à Cédric de conserver une certaine sécurité si le Standard ne levait pas l'option ", dit-il. " Il pourrait toujours, après l'échéance de sa location, être assuré de toucher son salaire à Kazan jusqu'au terme de son contrat là-bas, fin d'année 2007 ". Vendredi, Petrovic prit l'avion pour Belek, en Turquie, où Kazan était en stage ; leur nouvelle saison débutera en mars. " Je ne joue plus avec le téléphone et le fax : la seule façon de faire avancer les choses, c'est d'aller emm... les Russes sur place tous les deux jours... J'étais le messager de la haute direction du Standard. Un messager impatient de revenir en Belgique porteur d'une bonne nouvelle ". Même si les points de vue des deux clubs paraissaient plus proches que jamais au moment où Petrovic se mit à table avec le coach-manager Kurban Berdyev, rien ne fut simple. La somme proposée par le Standard, que ce soit pour un transfert ou une location, était encore assez éloignée du montant déboursé par les Russes en août dernier (1,25 million). Entre-temps, Kazan avait aussi rétribué royalement son géant belge. Samedi, Petrovic discuta pendant six heures avec Berdyev. Le lendemain, il y eut une nouvelle discussion interminable. Et un nouveau rendez-vous eut lieu lundi matin avec, cette fois, un accord en bonne et due forme entre les deux clubs. " Nous jouions au poker mais je ne savais pas qui avait les bonnes cartes ", explique l'agent. " Berdyev ne voulait rien lâcher, et de mon côté, je devais lui faire comprendre une fois pour toutes que la proposition du Standard ne serait pas revue à la hausse d'un seul euro. J'ai saisi son embarras : c'est lui qui a géré le transfert et il doit faire passer la pilule à son président. Il devait dire à son boss : -Voilà, j'ai fait le con, tu as claqué un pognon dingue pour Roussel, et tu vas maintenant en perdre une bonne partie. Berdyev a tout essayé pour que je fasse gonfler l'offre du Standard. Il m'a sorti des arguments du style : -OK, puisque ça ne s'arrange pas, Roussel revient chez nous et il va complètement craquer après un mois parce qu'on va le dégoûter : trois entraînements individuels par jour s'il le faut, pas de matches. Et il devra arrêter le foot. Je lui ai alors expliqué que mon joueur était aussi défendu par Jean-Louis Dupont, qui n'était pas n'importe qui dans le monde du football. Plaider la juste cause sportive pour casser le contrat de Roussel, cela a toujours été une des possibilités que nous avons envisagées. J'ai conseillé à Berdyev de ne pas essayer de jouer au plus malin avec un gars comme Dupont ". Durant ces négociations au finish, Petrovic a bien pris soin de ne pas entretenir le contact avec son joueur. " Il est ingérable dans ce genre de situations ". Coup de fil chez les parents de Cédric, le jeudi 6 janvier. C'est l'Epiphanie, mais aussi le jour où le héros de la maison fête son 27e anniversaire. " Cédric va arriver pour manger sa galette ", lance Madame Roussel. Pour le clan, le retour au pays est pour ainsi dire une chose acquise. " Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis contente que tout s'arrange ", nous confie la mère de Cédric. " Le Standard, on en rêvait depuis que nos deux fils y avaient passé deux saisons, chez les jeunes, de 1992 à 1994. J'espère que Cédric a retenu la leçon, qu'il ne s'embarquera plus jamais pour des destinations aussi hasardeuses. Et pourtant, je lui avais bien dit de refuser, en août. Je savais que ce n'était pas un environnement pour lui. Il m'avait répondu : -Je pars trois ans là-bas, puis on verra. Pour la toute première fois, il ne m'a pas écoutée. Cédric est transfiguré depuis la mi-novembre, depuis qu'il est rentré en Belgique. Mais, depuis quelques jours, je le vois à nouveau se poser les pires questions. Il a la permission de Kazan jusqu'au 20 janvier pour qu'un arrangement soit trouvé avec un nouveau club. Après cette date, il devra retourner s'entraîner avec les Russes si son transfert n'a pas été réglé. Il commence à décompter les jours et ça le mine complètement ". Son frère Geoffrey, qui fit toutes ses classes avec Cédric jusqu'au noyau de Première à La Gantoise, tient un discours fort semblable : " Il revit depuis son retour. J'étais tous les jours en contact avec lui quand il était en Russie. Surtout par webcam et je lisais toute sa tristesse dans son regard. Il déconnait à l'occasion devant son ordinateur, mais je voyais bien que ce n'était pas naturel. Une semaine après son départ, j'avais compris qu'il ne ferait pas de vieux os là-bas. Mes parents et moi, nous ne savons même pas à quoi ressemblait son environnement russe : il n'a pas voulu que nous allions sur place pour ne pas nous abattre encore un peu plus. Il était revenu quelques jours en Belgique au mois de septembre : il en a bavé quand il a dû reprendre la route pour Zaventem et n'avait qu'une phrase à la bouche : -Je vais tout faire pour changer de club dès novembre. Aujourd'hui, il regrette son expérience russe, mais il a vécu quelque chose de très différent et c'est bon aussi pour l'épanouissement d'un homme. Il pourra dire : -Vivre dans la Russie profonde, je l'ai fait ! Le Standard est en fait un club qu'il aurait voulu ne jamais quitter. Nous nous plaisions vraiment bien chez les jeunes là-bas. Mais nous appartenions toujours à La Louvière et nous avions dû retourner au Tivoli après deux ans parce que les Loups montaient de D3 en D2 et nous considéraient comme des paris sur l'avenir ". En été 2003, on avait été étonné que le Standard transfère en même temps Sambegou Bangoura et Alexandros Kaklamanos, deux attaquants aux profils semblables. Dominique D'Onofrio nous avait alors confié que ces joueurs pouvaient être complémentaires. Vraiment ? Ils l'ont en tout cas rarement démontré. Aujourd'hui, le Standard envisage un duo Bangoura-Roussel : à nouveau deux joueurs qui se ressemblent. " Bangoura et Kaklamanos avaient montré de très bonnes choses en préparation puis en début de saison ", affirme D'Onofrio. " Ensuite, ils ont été bloqués par des pépins physiques et par les arrivées d' Emile Mpenza et d' Aliyu Datti en fin de période des transferts. Mais ils pouvaient être très bons ensemble ". Transparent la saison dernière, Bangoura a explosé au cours du mois de décembre 2004. L'arrivée d'un attaquant comme Roussel ne risque-t-elle pas de lui porter un coup fatal ? " Il faut poser le problème autrement ", poursuit le coach. " C'est peut-être la présence de Roussel à l'entraînement qui a permis à Bangoura de retrouver son meilleur niveau. Il y a des joueurs qui gèrent très bien une concurrence soudainement relevée ". Mais DD a clairement manifesté son intention de pratiquer en 4-3-3 au deuxième tour, en remplacement du 4-4-2 fréquemment utilisé durant la première moitié de la saison. Dans ce cas, il semble impossible d'aligner Bangoura et Roussel ensemble. " Ça, c'est certain ", confirme-t-il. " Mais on ne peut pas non plus faire reposer toute la pression sur les épaules de Bangoura. Il peut aussi se blesser. Un club comme le Standard doit avoir des alternatives. Sans Roussel, je n'avais que trois attaquants spécifiques : Bangoura, Mémé Tchité et le jeune Serhiy Kovalenko. C'était trop peu. En tout cas, j'imagine très bien un 4-3-3 avec un de ces deux joueurs devant et des ailiers comme Milan Rapaic et Sergio Conceiçao pour expédier des caviars vers leur tête. Nous avons commencé à travailler activement le 4-3-3 dès notre stage d'hiver au Portugal, et dans le match d'entraînement que nous avons gagné 4-5 contre Louletano, nos cinq buts sont venus des flancs. C'est prometteur ". Bref, Roussel est le type d'attaquant qui enchante l'entraîneur des Rouches. " Il est relativement complet sur le plan du foot, mais il a aussi montré de grandes qualités humaines durant le mois où il s'est entraîné avec nous. Il a tout d'un gentleman ". Alors que les points de vue du Standard et de Kazan se rapprochaient, on apprit avec surprise que l'attaquant partait effectuer un test en D2 italienne les 29 et 30 décembre. " Cédric s'est montré très positif et très disponible, mais on sentait clairement que Perugia n'était pas sa priorité ", avoue Adriano Polenta, le team manager du club. " Il avait les idées ailleurs. Ses agents nous avaient remis des cassettes et nous savions donc plus ou moins ce qu'il valait. Nous cherchions à en savoir plus sur sa forme physique. Le premier jour, il a participé à un entraînement. Le lendemain, il a joué un petit match contre une équipe de jeunes. Il s'est bien débrouillé mais l'opposition était assez faible ". Perugia dispose déjà de sept attaquants dans son noyau (dont Fabrizio Ravanelli et le fils Kadhafi) mais n'a pas de centre-avant typique. " Nous sommes clairement à la recherche d'un puncheur, d'un déménageur ", poursuit Polenta. " Roussel répond au profil. Après ses deux journées chez nous, nous étions rassurés sur son état physique et nous savions qu'il pouvait combler ce vide dans notre noyau. Mais quand nous avons appris qu'il fallait débourser 750.000 euros pour le transfert, nous avons renoncé. Perugia est actuellement incapable de mettre une somme pareille sur la table ". Le transfert de Roussel en Série B aurait pu passer par un arrangement financier entre Perugia et la Fiorentina, qui emploie cette saison le médian nigérian Chris Obodo, révélé par le club de Pérouse au cours des deux dernières saisons, en D1. Les Florentins ont déjà la copropriété de l'Africain et souhaitent l'acquérir à 100 %. Si le deal se réalise, le trésorier de Perugia pourra dormir tranquille. Et si la transaction s'était faite avant le Nouvel An, il est probable que ce club n'aurait pas lésiné face aux 750.000 euros réclamés par les Russes pour le Belge. Il fut aussi question d'un échange impliquant Cédric Roussel et Zeljko Kalac, le gardien australien de Perugia qui intéressait Kazan. Mais les obstacles à cette transaction étaient multiples. Kalac est courtisé par plusieurs clubs du Calcio et n'avait pas du tout l'intention d'aller s'enterrer au Tatarstan. Et à partir du moment où les deux clubs exigeaient chacun une grosse enveloppe en plus du joueur qu'ils auraient cédé, il n'y avait aucune chance de parvenir à un accord. L'histoire retiendra que Roussel fut le premier joueur belge du championnat russe et les statisticiens que son expérience y fut tout sauf une réussite. Ses chiffres en trois mois au bout du monde : 375 minutes jouées, 1 but, 1 assist. Un parcours difficile à l'image de la saison de Rubin Kazan qui a dû employer la bagatelle de 28 joueurs pour terminer péniblement dixième sur 16 avec seulement cinq points de plus que le premier relégué. En additionnant les salaires (35.000 euros nets par mois ?) et les primes (10.000 euros par victoire ?) versés à Roussel, les généreux avantages en nature qui lui ont été alloués (il reçut une petite liasse de billets d'avion Kazan-Francfort-Bruxelles et Bruxelles-Francfort-Kazan, il fit ses courses chez Ikea Kazan pour l'aménagement de son appartement avec un chèque en blanc offert par ses dirigeants !) ainsi que sa perte de valeur sur le marché des transferts (par rapport à l'investissement de départ), on doit tourner autour des 800.000 euros. 800.000 euros pour un seul ballon expédié au fond des filets, c'est peut-être le but le plus cher de toute l'histoire du championnat russe ! " Il est clair que cette expérience leur a coûté un avion ", ironise Nenad Petrovic. Pierre DanvoyeLa seule façon de FAIRE AVANCER LES CHOSES, c'était d' emm... les Russes tous les deux jours Leur coach a menacé de faire craquer et de DÉGOûTER ROUSSEL S'IL REVENAIT À KAZAN