Le 13 juillet dernier, dans l'anonymat de l'intersaison, sous la chaleur accablante d'Istanbul, les U-20 français ont gagné le championnat du monde de leur catégorie. Presque quinze ans jour pour jour après le sacre planétaire des A, treize saisons après le titre européen gagné en Belgique et aux Pays-Bas, une décennie après le dernier sacre international d'une sélection en Bleue, la coupe des Confédérations 2003. Il était temps. Depuis la finale perdue aux tirs aux but contre l'Italie en 2006 (1-1 ; 4-5), le football de ce côté-ci du Quiévrain, en clubs comme en sélection, connaît une des pires crises de son histoire. Les pitoyables éliminations au premier tour à l'Euro 2008 et au Mondial de 2010 ont rapproché les tricolores du précipice. Sans parler du climat délétère qui entoure la sélection française depuis l'épisode du bus de Knysna et sa grève de l'upper-class en mondiovision. L'Euro 2012 n'aura même pas dissipé le " malentendu " puisque les hommes de Laurent Blanc y auront à peine existé (élimination sans gloire en OE de finale avec deux défaites en quatre matchs). Même l'arrivée de Didier Deschamps, l'homme qui gagne partout où il passe, à la tête des Bleus à l'été 2012 n'a pas endigué le lent et douloureux divorce qui ronge le pays et son équipe...
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Le 13 juillet dernier, dans l'anonymat de l'intersaison, sous la chaleur accablante d'Istanbul, les U-20 français ont gagné le championnat du monde de leur catégorie. Presque quinze ans jour pour jour après le sacre planétaire des A, treize saisons après le titre européen gagné en Belgique et aux Pays-Bas, une décennie après le dernier sacre international d'une sélection en Bleue, la coupe des Confédérations 2003. Il était temps. Depuis la finale perdue aux tirs aux but contre l'Italie en 2006 (1-1 ; 4-5), le football de ce côté-ci du Quiévrain, en clubs comme en sélection, connaît une des pires crises de son histoire. Les pitoyables éliminations au premier tour à l'Euro 2008 et au Mondial de 2010 ont rapproché les tricolores du précipice. Sans parler du climat délétère qui entoure la sélection française depuis l'épisode du bus de Knysna et sa grève de l'upper-class en mondiovision. L'Euro 2012 n'aura même pas dissipé le " malentendu " puisque les hommes de Laurent Blanc y auront à peine existé (élimination sans gloire en OE de finale avec deux défaites en quatre matchs). Même l'arrivée de Didier Deschamps, l'homme qui gagne partout où il passe, à la tête des Bleus à l'été 2012 n'a pas endigué le lent et douloureux divorce qui ronge le pays et son équipe... Depuis sa longue traversée du désert (1960-1975), le football français n'avait plus connu pareil trou d'air. Depuis le milieu des années 70, dans un savant mouvement pendulaire inexplicable, la sélection et les clubs ont alternativement appartenu au gotha européen, voire mondial. A l'AS Saint-Étienne et à Bastia (brillants en Europe) avaient succédé les Bleus de Platini (1980/1986). Sur les brisées de l'affrontement entre Bordeaux et Marseille, les clubs ont ensuite pris le relais à la fin des années 80 (14 demies dans les trois coupes d'Europe entre 1988 et 1997 pour six finales) avant que Zidane et son orchestre ne signent une décade de haute voltige : demi-finale et victoire à l'Euro (96, 2000), coupe du monde et finale (98, 2006) plus deux coupes des Confédérations en cadeau...bonus (2001,03). Ce " partage " presque équitable des richesses, entre secteur privé et fonction publique, a parfaitement fonctionné pendant trente ans. Ce n'est plus la même salade depuis cette défaite contre la Nazionale italienne à l'été 2006. La sélection croupit aujourd'hui à la vingt-quatrième place du ranking FIFA et les clubs -deuxièmes à l'indice UEFA au moment de l'entrée en vigueur de l'arrêt Bosman, sixièmes désormais - peinent à écoper. Depuis sept ans, le PSG, l'OM et Bordeaux n'ont atteint qu'une fois les quarts de finale de la Ligue des Champions et Lyon une fois les demies. Même punition en Ligue Europa (ou dans l'ex Coupe de l'UEFA), où seuls les deux premiers nommés ont figuré - une fois - parmi les huit derniers survivants, en 2009. Paris et Marseille s'étaient fait sortir sans coup férir par le Dynamo Kiev et le Shakhtar Donetsk ; comme un symbole. Ce long déclin - une obsession bien française, pas seulement footballistique - qui dure depuis sept ans prendra-t-il fin un jour ? Y a-t-il quelques raisons d'espérer ? C'est ce que semble penser Gérard Houllier, l'ancien coach de Liverpool et des Bleus, ex-DTN de la fédération française et actuel responsable aux New York Red Bulls : " Le football français connaît quelques difficultés mais ça devrait s'arranger peu à peu. Depuis deux ou trois ans, la Direction technique nationale a repensé la formation à l'image de ce qu'ont fait les Allemands et les Espagnols. On revient ainsi à nos fondamentaux, des joueurs moins athlétiques, plus vifs et techniques. Les résultats des U-20 et des U-19(finalistes de l'Euro le mois dernier) vont dans ce sens. En outre, je veux croire que les rachats du PSG, de Monaco et de Lens par de grosses puissances vont dynamiser de nouveau le championnat et la faire exister à l'échelle européenne. " Philippe Montanier, le nouveau T1 de Rennes, qui vient de passer deux ans sur le banc de la Real Sociedad, au pays des champions du monde, se veut également optimiste. " Peut-être qu'on est resté trop longtemps sous l'influence de France 98 avec comme point d'ancrage essentiel, une grosse assise défensive et une paire de demis défensifs pour endiguer les attaques adverses. Depuis 2008 et l'avènement de l'Espagne et du Barça, le regard des techniciens a changé. On joue bien pour gagner. Ce n'est pas toujours suffisant, il n'y a qu'à voir l'Allemagne mais la Mannschaft tourne autour. L'équipe de France doit s'adapter aux contingences. " Sur une planète en perpétuelle mutation, où les marchandises et l'argent circulent sans frontières, les footballeurs ne dérogent pas à la règle. Depuis l'arrêt Bosman, il y a deux sortes de pays au royaume du ballon rond, les nations importatrices et, à l'inverse, celles qui exportent. Les premières, minoritaires, disposent de clubs puissants, performants à l'international mais souffrent de l'afflux de joueurs étrangers vis-à-vis de leur sélection. C'est le cas de l'Angleterre comme cela a été longtemps celui de l'Espagne. Aujourd'hui, la Roja et ses clubs dominent le monde avec les Allemands. Dans le public (les tournois internationaux) comme dans le privé (les coupes d'Europe). Une rareté historique. De l'autre côté, il y a les exportatrices - ultra-majoritaires - qui voient s'envoler de plus en plus jeunes leurs talents domestiques, partis s'aguerrir dans des ligues plus huppées. Un mal pour un bien puisqu'ils en reviennent plus performants pour leur équipe nationale. La France de 98 ou la Belgique d'aujourd'hui peuvent en attester. Dans ce monde multipolaire, le football français se situe entre deux eaux, au milieu de nulle part. Depuis le rachat du PSG par les Qatariens de QSI en juin 2011, la Ligue 1 est redevenue attractive. Les stars se pressent dans la capitale (Ibrahimovic, Cavani, Pastore, ThiagoMotta, ThiagoSilva, Beckham...). Monaco a aussi changé de casaque, celle d'un Russe, Dimitri Rybovlev. La société du Rocher fait aussi chauffer l'American express. Falcao, Moutinho, Rodriguez, Carvalho, Toulalan, Abidal (et ce n'est pas fini) qui débarquent chez un promu hexagonal ? Tout simplement inconcevable il y a encore deux ans. Lens (en L2) a également changé de proprio cet été : Hafif Mamadov est un homme d'affaires azerbaïdjanais (gaz, pétrole, immobilier) qui délègue le business au quotidien du club de l'Artois à l'ancien président historique, Gervais Martel. La Ligue professionnelle (LFP) se frotte les mains et commence à vendre les droits télévisuels de la Ligue 1 à l'export. Ce qui constitue une vraie gageure, rapport au spectacle. D'autres bastions devraient suivre : Lille et Marseille sont à vendre, Nantes, Bordeaux, Strasbourg (en National, troisième niveau) pourraient l'être si l'offre est alléchante. " C'est sûrement ce qui pourrait arriver de mieux à nôtre championnat que de grosses sociétés investissent dans nôtre championnat, comme cela se passe de l'autre côté de la Manche. On serait meilleurs à l'international et les gros clubs pourraient conserver les meilleurs jeunes français. Ça rejaillirait sur l'équipe nationale. Il n'y a que des avantages ", s'emballe Loïc Féry, président du FC Lorient et homme d'affaires à... Londres.En attendant de régner sur l'Europe, la Ligue 1 doit pour l'essentiel (hors Paris et Monaco) faire face à des trésoreries exsangues. Du coup, ici comme ailleurs, on vend à tout va aux marchés florissants ou émergents. En Angleterre (toujours), en Russie, en Turquie et en Allemagne, le nouvel eldorado. Les Français continuent de produire et de vendre de jeunes - et moins jeunes - pépites (2es toutes catégories à l'export derrière le Brésil) mais celles-ci ont perdu quelque peu de leur éclat ces dernières années. " Pendant longtemps on a été en avance en matière de formation. Puis les autres, principalement les Allemands et les Espagnols, nous ont copié, rattrapé et dépassé. Il a fallu nous remettre en question, ce qu'on a fait. Aujourd'hui, notre politique commence à porter ses fruits. Les générations nées entre 1993 et 1995 (celle des U-20 champions du monde et celle des U-19 vice-champions d'Europe cet été) tiendront en partie les rênes lors de l'Euro 2016 ", assure Gérard Houllier. " Génération 93 ", " Euro 2016 ", voilà les deux grands mots lâchés. Deux raisons de s'exciter un peu partout dans un pays mortifié par l'héritage Domenech (2004/2010). La parenthèse Laurent Blanc (2010/2012) n'a rien changé. La sortie de route à l'Euro de l'an dernier avec son cortège d'embrouilles extra-footballistiques (Menez, Nasri, BenArfa, M'Vila) a prolongé le malaise. Didier Deschamps, qui succède à son coéquipier de France 98 en août 2012, bénéficie alors d'un état de grâce qui ne dure que trois mois. Le temps d'une bonne entame pour les éliminatoires de la Coupe du monde, d'un nul à la fois heureux et mérité en Espagne (1-1) et d'une victoire chanceuse en Italie (2-1) en amical. Puis 2013 arrive et le cauchemar reprend. Une défaite en amical à Paris contre l'Allemagne (1-2) ; puis une deuxième (0-1) toujours au stade de France pour le retour contre la Roja (la deuxième en neuf mois alors que les Bleus n'avaient JAMAIS perdu contre elle en match officiel) ; deux revers ensuite à la file en tournée en Uruguay (0-1) et au Brésil (0-3), qui n'avait plus battu la France depuis 1992. D'où dégringolade au classement FIFA, barrages à prévoir en novembre pour aller au mondial et peu de chances d'y être tête de série lors du tirage au sort. " Vu comme ça, il y a de quoi s'inquiéter ",affirme de son côté ClaudePuel, l'entraîneur de l'OGC Nice. " Mais Didier (Deschamps) a réussi partout où il est passé. A Monaco, à la Juve, à Marseille. Il va finir par trouver la bonne formule. Cela ne fait qu'un an qu'il est là, on doit lui laisser du temps. Il faut aussi que Benzema retrouve le chemin du but, le salut de l'équipe de France passe par lui. Si on ne passe pas les barrages ? On aura deux ans et demi pour préparer l'Euro avec les jeunes et les plus performants des jeunes. " Alors automne cheyenne ou été indien dans les glacis de novembre ? Deschamps réussira-t-il là ou Blanc a échoué ? Difficile à envisager tant que Karim Benzema n'en aura pas fini avec une disette de buts qui dure depuis un an et 1082 minutes. Faut-il lui adjoindre un second attaquant (Olivier Giroud) et renoncer au 4-2-3-1 ? Qui choisir comme médians dans une flopée de bons (à défaut de grands ?) joueurs parmi Cabaye, Matuidi, Mavuba, Pogba, Grenier, Guilavogui, Nasri, Capoue, Gourcuff ? Qui aux côtés de Varane (déjà indiscutable à 20 ans) et sur le flanc gauche de la défense ? " C'est sûr, on a beaucoup moins de certitudes que la Belgique. Le temps joue contre nous mais il y a vraiment de la qualité dans cette équipe. Il faut s'acheter du sursis en passant les barrages. Après au Brésil, on verra bien et on pourra travailler dans la perspective de 2016 ", juge, pour sa part, Philippe Montanier. 2016 ? On y revient sans cesse. Comme si tout le monde en France était persuadé inconsciemment que le Brésil ne peut être (si les Bleus y vont) qu'une épreuve blanche destinée à préparer la compétition continentale à venir. Comme l'Euro 96 avait servi de banc d'essai pour la génération de 98. Qui dit 2016 dit également 1993. L'année de naissance de la génération des U-20, celle des Pogba (Juve), Varane (Real), déjà chez les A mais aussi des Digne (PSG), Umtiti (Lyon), Vion (Porto), Kondogbia (Séville), Thauvin (Lille)... On promet un peu vite monts et merveilles à cette bande de gamins alors qu'un titre, fut-il prestigieux, chez les jeunes n'est en aucun cas une assurance tous risques pour la suite. Des générations d'Argentins, de Portugais ou de Ghanéens peuvent le certifier. " C'est normal qu'on s'enthousiasme. C'est une première chez les U-20, c'est un titre planétaire et ils sont sacrément doués. Ils seront prêts dans trois ans. On jouera chez nous et les deux dernières fois(en 1984 et en 1998), on a gagné. Il y a de quoi être optimiste ", s'enflamme Gérard Houllier. D'ici là, Bordeaux, Lyon auront leur nouveau stade, ce qui est déjà le cas pour Lille et Nice. Ceux de Lens, Toulouse, Marseille seront rénovés, tout comme le Parc et le stade de France. De nouvelles enceintes, donc de nouveaux revenus ; des droits télé exponentiels ; des clubs qui progressent et une formation qui performe : on connaît la chanson... Reste à savoir si ça suffira pour passer de l'enfer (bleu, comme dans un mauvais roman de Phillipe Djian) au bleu horizon... PAR RICO RIZZITELLI À PARIS - PHOTOS: IMAGEGLOBE " La Direction technique nationale a repensé la formation à l'image de ce qu'ont fait les Allemands et les Espagnols. " Gérard Houiller