Frankie Vercauteren (53 ans) a repris du poil de la bête, le Racing Genk aussi. L'homme a zappé la fin douloureuse de son expérience de coach des Diables Rouges, l'équipe oublie progressivement son premier tour calamiteux. Vercauteren est en poste depuis décembre et fait le point.
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Frankie Vercauteren (53 ans) a repris du poil de la bête, le Racing Genk aussi. L'homme a zappé la fin douloureuse de son expérience de coach des Diables Rouges, l'équipe oublie progressivement son premier tour calamiteux. Vercauteren est en poste depuis décembre et fait le point. Frankie Vercauteren : Je me suis retrouvé face à deux problèmes. Les joueurs n'étaient pas habitués au jeu que je leur demandais de jouer et avaient du mal avec l'animation que je voulais mettre en place. Et surtout, ils manquaient méchamment de ressort. Dès qu'il y avait un contrecoup, ils étaient incapables de se remettre dans une spirale positive, comme si l'élastique était cassé. Ils abandonnaient vite. Et certains n'étaient pas du tout en forme. Mais quand on voit notre rendement depuis quelques semaines, on comprend facilement que le plus gros problème était dans les têtes. Les résultats sont différents alors que le groupe est le même : on n'y a ajouté que Samuel Yeboah. Je prends l'exemple le plus frappant : Daniel Tözser. Il a doublé ou même triplé son volume de jeu. Parce qu'il ne se croyait pas capable d'avoir un tel rendement ou parce qu'on ne lui avait jamais demandé d'en faire autant ? Mes joueurs étaient habitués à avoir une possession importante du ballon, à multiplier les passes, en arrière si nécessaire. Mais ce n'est pas en jouant comme ça qu'on a le plus de chances de gagner un match. Tu peux avoir le ballon pendant 60 % du temps et être battu. Je vise un football plus direct, plus rapide vers l'avant (sans pour autant demander des longs ballons), avec des joueurs qui se déplacent plus. Faire dix passes, c'est prendre dix fois le risque de perdre la balle. Le 4-3-3 est aussi le système que j'ai en tête. Mais je n'ai pas les hommes pour le pratiquer. Il y a notamment des manques sur les flancs, alors j'ai opté pour le 4-4-2 et ça pourrait continuer comme ça. Je n'étais pas inquiet parce que nous n'avons jamais été balayés. Nous avons été battus au Germinal Beerschot mais nous n'étions pas moins bons que l'adversaire et l'exclusion d'Eric Matoukou nous a coûté très cher. Et nous avons posé pas mal de problèmes à La Gantoise... Non, j'ai vu un déclic dans tous les matches précédents, sauf en Coupe contre Roulers. L'échec le plus douloureux : un très mauvais résultat et la manière n'y était pas du tout. Roulers a deux occasions et marque deux fois par un gars qui ne joue jamais. Même Dennis van Wijk était surpris que cet El Gaaouiri ait su mettre des ballons au fond ! Enfin bon, je ne suis pas sûr que mon groupe aurait été prêt pour continuer en Coupe et réussir sa fin de championnat car la Coupe coûte pas mal d'énergie et de concentration. Je vois que même Anderlecht n'a pas su combiner les deux compétitions. Mais toutes les autres fois, je constatais que la confiance revenait, aussi bien aux entraînements que dans les matches. Tout le bloc progressait. La victoire à Charleroi n'a été qu'une première récompense. Ce soir-là, les joueurs ont dû se dire : -Ce que le coach nous demande finit quand même par nous rapporter quelque chose. C'est important de gagner quand tu les fais courir et transpirer tous les jours. Et de ce point de vue-là, je n'ai jamais été déçu. Parfois, je devais même les freiner. Non. Au contraire. Ils étaient plutôt fatalistes : -C'est comme ça. Il y avait du laisser-aller, plus de réactions. Bien sûr. Et ça se voit dans tous nos matches. Contre le Club Bruges, c'était frappant. D'accord, ce n'était pas le tout grand Bruges, mais ce que nous avons réussi, il fallait quand même le faire. Il y a encore du boulot : nous laissons encore trop d'occasions à l'adversaire et il nous en faut trop pour marquer. Il faut améliorer tout cela si on veut repositionner Genk juste derrière les équipes du top. Parce qu'on ne peut de toute façon pas nous mettre sur le même pied que les meilleurs. Nous devons progresser aussi dans la communication : j'ai surtout des joueurs gentils, qui parlent peu. Et dans la flexibilité parce qu'ils ont des problèmes dès que je leur demande de jouer différemment. Il y a toujours un manque d'équilibre dans mon groupe. Par exemple, j'ai beaucoup de monde dans l'entrejeu et dans l'axe mais pas beaucoup d'explosivité sur les flancs. En défense, je n'ai que cinq hommes pour quatre places, ça manque un peu de force et de puissance, et ça combine insuffisamment jeu offensif et jeu défensif. Sur la gauche de l'entrejeu, je dois mettre un droitier, Fabien Camus ou Kevin De Bruyne. Et devant, je n'ai pas un vrai pivot à qui on pourrait tout balancer quand ça va mal. Le résultat, c'est que je sais très peu faire varier notre jeu : tout le monde sait comme Genk va jouer et c'est difficile de surprendre l'adversaire. J'ai essayé mais je comprends la direction. Elle a décidé de ne pas recruter à court terme, des joueurs qui ne seraient venus ici que pour cinq mois. Des gars pareils n'auraient pas pu nous aider directement et ils n'auraient de toute façon plus été ici la saison prochaine. Je suis bien d'accord avec mes dirigeants : des transferts pareils, c'est de l'argent jeté par les fenêtres. Il fallait simplement espérer des opportunités. J'ai cru qu'il y en aurait à Liverpool, grâce à la collaboration entre les deux clubs. Mais ce que Liverpool voulait bien nous donner, je n'en avais pas besoin. Et ce que j'avais envie d'avoir, Liverpool ne voulait pas lâcher ! Pour le moment, elle ne se manifeste pas du tout ! (Il rigole). C'est plus un échange qu'un transfert. Les directions de Genk et de Charleroi ont eu l'idée de s'échanger Moussa Koïta et Orlando. Koïta ne jouait pas non plus chez nous. Il se retrouve à Charleroi jusqu'en fin de saison dans un nouvel environnement, avec une nouvelle motivation. Idem pour Orlando à Genk. Ils vont peut-être se relancer. Les deux joueurs et les deux clubs seront peut-être gagnants en fin de championnat. Ou perdants... Moi, j'espère simplement qu'Orlando m'apportera plus que Koïta. Il est arrivé avec des atouts que je recherchais : du poids, de la taille, du volume. Il peut jouer à plusieurs postes, dans plusieurs systèmes, et il peut être bon dos au but. Camus sort un peu du trou. Je l'ai relancé à Charleroi : ce n'était pas une décision innocente, je comptais sur une motivation particulière dans ce stade qu'il connaît bien. Il a raté son match là-bas mais ça n'empêche qu'il revient dans le parcours. Toth a un gros problème : la concurrence. Avec David Hubert, Anele et lui, j'ai trois vrais médians défensifs alors que je n'en aligne souvent qu'un seul. Et Hubert me donne satisfaction. Barda doit aussi vivre avec la concurrence. Depuis que je suis là, Genk n'aligne plus que deux attaquants au lieu de trois avec l'ancien coach, et Yeboah est arrivé entre-temps ! Il sait ce qu'il a chez nous. J'ai cru comprendre qu'il avait un contrat relativement intéressant... En fait, pas un seul joueur ne souhaitait vraiment s'en aller en janvier. Je comprends : ils sont très gâtés ici et savent qu'ils le seront sans doute beaucoup moins ailleurs. Non. J'ai seulement évolué. Quand les expériences s'enchaînent, on voit certaines choses autrement. Mais globalement, ma manière de travailler, mon approche, mes entraînements sont encore les mêmes. C'est une fausse impression. Le stress, je l'ai toujours et je l'aurai toujours : tant mieux parce que j'en ai besoin pour bien travailler. Mais je ne suis pas d'accord quand on dit que j'étais particulièrement stressé à la fin de mon séjour à Anderlecht. Je ne me sentais plus bien dans mon entourage, c'est différent. Trop de théories, ce n'est pas bon. Trop peu, non plus : bull-shit ! Il faut trouver le juste milieu, et en arrivant ici, j'ai compris que je ne devais pas gonfler la tête de mes joueurs avec plein de discours. J'ai fait du team building mais à petites doses. Ces exercices-là sont surtout conseillés quand tu entraînes la même équipe depuis longtemps car tes joueurs connaissent exactement ta façon de travailler et il faut les surprendre en déplaçant leurs limites mentales. Je ne suis pas allé... assez loin. Le team building s'impose de plus en plus partout. Sauf en Belgique, malheureusement. Chaque staff devrait avoir un coach mental comme il a un entraîneur principal, des adjoints, un coach physique, un préparateur des gardiens, etc. Mais ce n'est pas encore entré dans les habitudes. Chez nous, quand un type parle de psychologie, on pense qu'il est malade ! Pourtant, toutes les équipes ont besoin de ça. Même les gosses. Quand j'entraînais des gamins à Malines, j'avais déjà un coach mental. Non, mais j'en veux un derrière la porte... On en discute pour la saison prochaine. Le type ne doit pas être au club tous les jours, il ne faut pas charger la tête des joueurs, mais il faut qu'il soit disponible en cas de souci. C'est comme ça dans tous les grands clubs. En Belgique, je sais qu'il y en a un à Zulte Waregem et au Cercle, mais ailleurs ? Je suis persuadé que des joueurs prennent eux-mêmes l'initiative d'aller voir quelqu'un. Mais ils ne s'en vantent pas. Parce que " ce n'est pas bien " ! Je n'ai signé que pour six mois, à ma demande. Et le club a voulu une option. Je ne voulais pas m'engager pour trop longtemps, je souhaitais d'abord prendre la température : je vois à quoi ressemble le club et le Racing me découvre. Je n'ai pas besoin d'un contrat en béton et d'un fauteuil. Ou alors, un contrat bétonné sur cinq ans... (Il rigole). Je suis arrivé à un stade de ma carrière où je dis : -Si ça ne me plaît pas, je m'en vais. Un jour, j'ai voulu quitter Anderlecht de moi-même, on m'a demandé de ne pas le faire et je suis revenu sur ma décision. Je dirais que ça m'a servi de leçon. Et quand l'idée m'est venue de quitter l'équipe nationale, je n'ai plus hésité. C'est encore plus important de chercher une bonne équipe ! Plus urgent aussi parce tout va très vite : depuis que les résultats de Genk ne sont plus bons, il y a moins de monde dans le stade et les sponsors grognent. C'est dangereux dans la vie d'un club. Bien sûr. Même si je suis persuadé qu'on connaît déjà cinq qualifiés : Anderlecht, Bruges, La Gantoise, le Standard et Zulte Waregem. Ce n'est pas parce que tu as beaucoup d'argent que tu travailles bien. Il faut encore le dépenser convenablement. Et je ne vise pas seulement Genk quand je dis ça. par pierre danvoye