Michel D'Hooghe nous reçoit dans son cabinet, situé le long d'un des plus beaux canaux de Bruges. Il fêtera ses 70 ans à la fin de l'année mais il est toujours très occupé. " J'ai quitté l'hôpital à l'âge de 65 ans mais j'aime trop la médecine pour la laisser tomber complètement. Je n'ai conservé que 10 % de mes patients mais il est important que je puisse encore examiner un genou de temps en temps. Cela m'oblige à continuer à suivre de près l'évolution de la science et dans la fonction que j'occupe à la FIFA, c'est indispensable. "
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Michel D'Hooghe nous reçoit dans son cabinet, situé le long d'un des plus beaux canaux de Bruges. Il fêtera ses 70 ans à la fin de l'année mais il est toujours très occupé. " J'ai quitté l'hôpital à l'âge de 65 ans mais j'aime trop la médecine pour la laisser tomber complètement. Je n'ai conservé que 10 % de mes patients mais il est important que je puisse encore examiner un genou de temps en temps. Cela m'oblige à continuer à suivre de près l'évolution de la science et dans la fonction que j'occupe à la FIFA, c'est indispensable. " D'Hooghe est membre du Comité Exécutif (ExCo) de la fédération internationale depuis 1998. Il y a quelques mois, il a été secoué par le tsunami d'accusations de corruption qui a secoué la FIFA au cours des dernières années mais entre-temps, il a été totalement blanchi. " Cette affaire m'a profondément affecté ", dit-il. " Même si ces accusations se sont avérées non fondées, elles ont beaucoup nui à ma réputation. Warren Buffett, le gourou de la Bourse, a dit un jour à ses collaborateurs : " Nous pouvons tout perdre, sauf notre réputation. " MichelD'Hooghe : Il y a plusieurs années, in tempore non suspecto, j'avais dit à l'ExCo que si l'un d'entre nous était corrompu, nous l'étions tous : l'image de toute la FIFA serait salie. J'ai toujours été de ceux qui placent l'intégrité avant tout. Ceux qui ne l'ont pas fait sont responsables de ce qui s'est passé. Dès lors, je suis fâché car je n'ai rien fait de mal. On a parlé d'infractions prima facie, de choses qui devaient être éclaircies. Quand ils m'ont vu arriver sans avocat, ils sont devenus tout blancs. Pourquoi aurais-je eu besoin d'un avocat ? Je n'avais rien à cacher et je n'avais pas à me défendre. Les faits étaient suffisamment éloquents. Tout est là, dans ces dix pages. Tout a été vérifié. L'affaire Koloskov est due au fait que j'ai refusé d'aller en Russie, justement pour ne pas être mis dans l'ouate. En 27 ans de présence à la FIFA, j'ai refusé toutes les invitations des pays candidats à l'organisation d'une Coupe du monde. Je suis probablement le seul. Vous savez comment ça va... Vous arrivez et vous êtes reçu comme l'Empereur d'Espagne. Je n'ai pas besoin de cela. Lors de l'attribution d'une Coupe du monde, je vote uniquement en fonction du rapport technique. J'ai bien été contacté par Viacheslav Koloskov, un ami que j'ai côtoyé pendant 20 ans à l'ExCo. Il m'a dit qu'il allait quitter la FIFA et qu'il voulait me rendre visite à Bruges. Je suis allé manger avec lui. Il ne m'a même pas demandé de voter pour la Russie. Il savait que je soutiendrais la candidature belgo-hollandaise. En partant, sur le parking, il m'a remis un paquet. Je regrette de devoir dire cela mais j'aurais mieux fait de ne pas l'accepter. Je pensais que c'était une photo. En fait, c'était une peinture affreuse. Elle est dans mon grenier. Pieter a eu une brillante carrière de chirurgien à Roulers mais il n'était jamais chez lui avant 23 heures. Il a fait deux ans de spécialisation à Amsterdam et son ancien patron cherchait un assistant pour une opération à la cheville au Qatar. Par la suite, on lui a demandé de venir procéder à une autre opération de la cheville pendant les vacances puis on lui a proposé de travailler là-bas. La première invitation est venue du Docteur Popovic, ex-médecin du Standard, qui était à l'époque chef des services médicaux à Doha. Pieter est parti là-bas avec son épouse. Le projet médical était fantastique et il pouvait rentrer chez lui chaque soir à 18 heures. Par la suite, il a visité le Qatar avec ses enfants. Mon épouse et moi n'étions même pas au courant. Un jour, il était assis à la même place que vous et il a dit : Papa, je pense que nous allons quitter la Belgique. Je suis tombé à la renverse. Nous n'étions pas du tout contents car c'était comme si nous perdions nos trois petits-enfants. C'est la vérité, rien que la vérité. Les enquêteurs en ont conclu qu'on n'avait rien à me reprocher. Oui, c'est évident puisque j'en fais partie. Je mentirais en prétendant que cela ne me perturbe pas. Je suis l'un de ceux qui a le plus insisté pour qu'on mette en place une commission d'éthique afin qu'on n'en arrive plus à des situations telles celle que l'on a connue avec Jack Warner. J'ai l'impression que, sur ce plan, la FIFA est sur le bon chemin. Tout est contrôlé, il y a deux commissions d'éthique différentes, un audit interne et un audit externe. Je pense qu'en ce moment, tout est parfaitement contrôlé mais je regrette que des fautes aient été commises par le passé. Il y avait vraisemblablement des gens qui, en matière d'éthique et de morale, n'avaient pas les mêmes valeurs que nous mais ils ont été punis. On peut donc dire que la FIFA a pris les mesures nécessaires mais je ne peux pas nier que le comportement indigne de nombreux membres a terni la réputation de la FIFA. Il a raison lorsqu'il dit que ce n'est pas lui mais les confédérations qui ont élu ces gens-là. Je n'ai pas été choisi par la Belgique mais par l'UEFA, comme d'autres l'ont été par la CONCACAF ou la CONMEBOL. Blatter n'a rien à voir avec cela mais on lui met tout sur le dos et ce n'est pas toujours justifié. Je ne suis ni l'adversaire, ni l'ami de Blatter. Je tente d'évaluer honnêtement son travail. Et, le plus important : je vous mets au défi de trouver un point sur lequel on peut dire qu'il a été corrompu. Plusieurs choses jouent contre lui : il y a quatre ans, à Paris, lors du congrès de l'UEFA, il a dit que c'était son dernier mandat. De plus, il a 79 ans, ce n'est plus un jeune premier. Premièrement, et Van Praag a raison lorsqu'il dit cela, il dirige une organisation qui, en Europe, passe pour corrompue. Ses points forts, c'est de manier parfaitement plusieurs langues. Huit, je pense. Deuxièmement, il sait mener des réunions. Diriger la FIFA, ce n'est pas simple. Nous trois, si nous discutons des principes éthiques et moraux, nous pensons plus ou moins la même chose. Même au niveau de l'Europe, les points de vue sont sensiblement les mêmes. Mais à la FIFA, c'est complètement différent. Il y a des gens du monde entier. En réunion, je suis parfois assis à côté d'un représentant de la Papouasie-Nouvelle Guinée. Un type charmant, rien à dire, mais quand je parle avec lui, je remarque que nous ne raisonnons pas de la même façon. Et Blatter parvient à former un consensus. J'ajoute à cela sa formidable connaissance du football. S'il se passe quelque chose à Aruba, il le sait. Enfin, il s'engage sans compter. Il dit toujours : Ma femme a 111 ans. Sa femme, c'est la FIFA. Blatter ne vit que pour la FIFA. Ah, j'oubliais : en 2002, en Corée, la FIFA était virtuellement en faillite. C'est sous la direction de Blatter qu'on a redressé la situation financière. Aujourd'hui, la FIFA est prospère. Ce n'est pas vrai. Il est le plus haut responsable d'une organisation à laquelle les médias de certains pays européens, surtout les anglais, ont collé une étiquette de corrompue. Vous voulez tous démolir Blatter mais je ne hurlerai pas avec les loups. Il y a quelques semaines, le congrès de la confédération africaine a appelé ses membres à voter pour Blatter. Sur ce continent, on le vénère. Certaines parties du globe ne partagent pas du tout le point de vue de l'Europe. Les présidents des 54 fédérations africaines sont-ils tous corrompus ? Ils ont été remplacés par d'autres. En Asie aussi, de nombreux pays soutiennent Blatter. Ne croyez pas que toute l'Asie sera derrière le Prince Ali de Jordanie. Là, je suis d'accord. Je trouve qu'il serait bon pour le football que, comme l'a proposé Van Praag, Blatter devienne une sorte de président d'honneur qui continue à développer des projets sociaux. Il ne serait dès lors pas poussé vers la sortie mais ce serait à des gens plus jeunes de prendre leurs responsabilités. C'est exact. Je le trouve parfait. Courageux, aussi. Il a une vision et a fait une belle proposition à Blatter. Il ne veut pas le démolir mais l'honorer. Blatter le mérite mais, pour la FIFA, il est temps de tourner la page. Je pense qu'en ce moment, malgré son excellente vision des choses, Van Praag n'a aucune chance face à Blatter. Une élection implique toujours des surprises mais si vous me demandez qui sera élu président, je réponds Blatter. Et haut la main. J'ai dit dès le départ que, pour des raisons médicales, on ne pouvait pas jouer l'été au Qatar. C'est absurde. On a objecté que, dans les stades, la température serait de 21 degrés mais une Coupe du monde ne se limite pas à 64 matches. C'est 32 délégations, 500 collaborateurs de la FIFA, 18.500 journalistes au Brésil et bien plus de fans encore qui, eux, devront voyager sous des températures de 45 à 47 degrés. Une Coupe du monde au Qatar en été, c'est des problèmes assurés. La commission technique avançait des éléments positifs et négatifs pour chaque candidature. A une exception : celle de la Belgique et des Pays-Bas. Là, il n'y avait que du positif. Au Qatar, le problème de la chaleur a effectivement été soulevé. Un des points forts de la candidature belgo-hollandaise, c'était justement la proximité. L'argument principal des Qataris, était que le monde arabe avait pris beaucoup d'importance mais qu'aucune Coupe du monde n'y avait jamais été organisée. A quand notre tour, disaient-ils. Pour une fois, nous allons devoir interrompre notre championnat en novembre. Dans l'hémisphère sud, ils sont confrontés à ce problème tous les quatre ans. Croyez-vous que cela ennuie les pays d'Amérique du Sud de disputer une Coupe du monde en novembre ? Non hein ! Si on ne veut jouer qu'en juin ou en juillet, on élimine bon nombre de pays candidats à l'organisation. Est-ce démocratique ? A la veille de la décision de la FIFA, j'ai reçu un appel de la Pro League qui m'a demandé si je me rendais bien compte des conséquences d'une Coupe du monde en novembre. Hé, les gars, vous voulez que vos joueurs reviennent comme des loques à cause de la chaleur ? Je comprends les difficultés des organisateurs des championnats mais cela ne me semble pas insurmontable. Nous avons encore sept ans pour nous y préparer. De plus, les clubs seront fortement dédommagés sur le plan financier : le montant versé par joueur cédé aux équipes nationales est bien plus élevé que par le passé. La FIFA fait tout ce qu'elle peut pour raccourcir la Coupe du monde. Si on programme trois matches de plus le premier jour, on tiendra sur 28 jours. Oui mais ça ne doit pas devenir une habitude. Je ne prends pas la défense des gens qui ont voté pour le Qatar mais je comprends qu'on tente d'y exporter le football. Vous dites que le Qatar n'est pas plus grand que le Limbourg mais voyez ce qui se passe actuellement en sport. Il y a quelques semaines, j'ai rendu visite à mon fils et j'ai assisté au championnat du monde de gymnastique. Juste avant, il y avait eu la Coupe du monde de handball, je sais qu'ils vont organiser les championnats du monde d'athlétisme, ils ont une course cyclistes par étapes, un tournoi de tennis international et un Grand Prix motos : ce n'est pas un pays attardé en matière de sport. J'ai vécu neuf coupes du monde et, les neuf fois, j'ai entendu des appels au boycott. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Ou c'est l'homophobie, ou c'est la situation sociale, comme au Brésil. Ou il fait trop chaud... Je suis d'ailleurs un farouche adversaire du boycott des manifestations sportives pour raisons politiques. Il est sans doute exact que les droits des homosexuels ne sont pas respectés en Russie mais est-ce une raison pour, des années à l'avance, supprimer la Coupe du monde ? Je ne suis pas d'accord et Jacques Rogge ne l'a jamais été non plus. Le sport et la politique doivent rester deux choses à part. PAR FRANÇOIS COLIN ET JACQUES SYS" A la FIFA, j'étais l'un de ceux qui ont le plus insisté pour mettre en place une Commission d'Ethique. " " Vous voulez tous démolir Sepp Blatter mais je ne hurlerai pas avec les loups. "