Le " Pierre Richard des surfaces ", on en est bien loin. C'était au temps des grossières occasions loupées, d'un style un peu pataud, nonchalant, agaçant. C'était au temps de son séjour en France, où Emmanuel Adebayor débarqua à 15 ans pour rejoindre le centre de formation de Metz et y signer son premier contrat pro à 18 ans. Deux saisons plus tard, il rejoignait l'AS Monaco, période Deschamps, et une concurrence de taille : Fernando Morientes, Dado Prso.
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Le " Pierre Richard des surfaces ", on en est bien loin. C'était au temps des grossières occasions loupées, d'un style un peu pataud, nonchalant, agaçant. C'était au temps de son séjour en France, où Emmanuel Adebayor débarqua à 15 ans pour rejoindre le centre de formation de Metz et y signer son premier contrat pro à 18 ans. Deux saisons plus tard, il rejoignait l'AS Monaco, période Deschamps, et une concurrence de taille : Fernando Morientes, Dado Prso. Aujourd'hui, Adebayor pèse lourd ; au propre comme au figuré. 85 kilos de muscles pour 1,90m (il en pesait 78 à Monaco) et une valeur marchande estimée à 40 millions d'euros. Un montant dont on a cru un moment que l'AC Milan s'acquitterait. " C'est le seul joueur qui nous intéresse. S'il ne vient pas, personne ne viendra ", parole d' Adriano Galliani, vice-président du club lombard, en juin dernier. Ronaldinho et Andriy Shevchenko joueront donc les seconds couteaux... Du côté du Barça, on était aussi sur la balle. Son directeur sportif, Txiki Begiristain, n'en démordait pas : " C'est l'un des meilleurs joueurs du monde à l'heure actuelle. On le veut. " Séduit par deux monstres du foot européen, difficile de résister à la tentation pour ce joueur, passé du statut de promesse à celui de star internationale en seulement un an. La direction londonienne avait toutefois plafonné haut. Et Arsène Wenger en avait marre de voir ses meilleurs éléments s'en aller année après année ( Patrick Vieira en 2006, Thierry Henry en 2007, Alexander Hleb en 2008). Le French Teacher dérogeait pour une fois à sa règle qui veut qu'on ne retienne pas un joueur contre son gré. " Même contre un Boeing rempli de dollars, il ne partira pas ", avait-il claironné. " Je ne l'échangerai contre personne. A son poste, c'est le meilleur joueur du championnat anglais. " Le 18 août, la saga autour de son transfert prenait fin : Adebayor prolongeait son contrat jusqu'en 2012 et s'assurait un salaire hebdomadaire de 100.000 euros. " Il a fait un effort en restant chez les Gunners ", osera même souligner Wenger. Soit. Le décor est planté. Aux côtés de Samuel Eto'o ou de Didier Drogba, le Togolais fait indiscutablement figure de poids lourd du foot africain. Avec la jeunesse pour lui. Car à seulement 24 ans, Adebayor peut voir venir. Efficace de la tête, bon dribleur, techniquement doué, fort dans les petits espaces et désormais buteur, on peut difficilement éviter le rapprochement avec NwankwoKanu, son idole de toujours : look similaire, mêmes armes, la puissance en moins et les blessures en " plus " pour le Nigérian. 2007-2008 l'aura définitivement consacré ; lui qui vivait depuis son arrivée à Arsenal en janvier 2006, dans l'ombre des exploits d'Henry et de Robin Van Persie, du début de campagne. 24 buts plus tard, dont 12 inscrits entre décembre et début février, le placent définitivement tout en haut de l'affiche de la production anglaise. Chez lui aussi, Sheyi (son deuxième prénom) est un king. Preuve par sa maison construite à deux pas des ghettos de Lomé : 25 chambres, jacuzzi, sauna, piscine et pour couronner le tout, une réplique d'un mètre cinquante de la statue de la liberté figée en plein milieu de la pelouse. Preuve de l'extravagance du bonhomme, car Adebayor, c'est aussi ça : un look bling-bling, façon mac tantôt rappeur gangsta, sans oublier, en bon fan de tuning, les grosses jantes qui brillent et la sono qui va avec pour ses multiples 4X4. Ce côté bad boy, Adebayor ne l'a pas inventé. Dans un entretien au Sun, fin 2006, il revenait sur sa vie au Togo : " Je serais probablement devenu un gangster si je n'avais pas été footballeur pro. La plupart de mes amis de jeunesse le sont. Ils zonent toute la journée dans Lomé, ils picolent, fument de l'herbe et commettent des crimes. C'est comme ça dans certains coins d'Afrique... " Cette jeunesse l'a façonné. Un tempérament de feu et une grande gueule l'ont parfois fait dévier comme à la Coupe d'Afrique de 2006 en Egypte où il en viendra presque aux mains avec son coach de l'époque Stephen Keshi dans le car de la sélection. " Adebayor est une pleureuse ", déclarera l'ex-défenseur anderlechtois après que son joueur ait (d'après Keshi) refusé de s'aligner face au Congo. Très jeune déjà, l'attaquant se faisait remarquer du côté de Metz. Son indiscipline le privera même de Coupe Gambardella, haut lieu du football français chez les jeunes. L'an dernier, il fut partie prenante d'un des instantanés les plus cocasses de Premier League. Lors d'un match à Tottenham, une bagarre éclata en plein match avec son coéquipier Nicklas Bendtner. Avec à la sortie, un nez en sang pour son partenaire d'infortune. En 2006, ce caractère explosif le conduira à aller au clash avec sa fédération lors de la dernière Coupe du Monde. En cause, une sempiternelle histoire de primes non versées. Adebayor, porte-parole de sa sélection à 22 ans, menaçait alors de boycotter le troisième match face à la France. Cette rébellion s'avéra... payante puisque les joueurs se partageront au final 110.000 euros contre les 30.000, un temps prévus. " Je dis toujours ce que je pense et je me considère comme un leader. Depuis la mort de mon père, c'est moi le chef de famille. " Qui oserait dire le contraire... Cette saison, le buteur d'Arsenal doit encore reconquérir le c£ur de ses fans. Son désir ostentatoire de partir durant l'été lui vaut aujourd'hui les sifflets de l'Emirates Stadium. Parions que quelques goals remettront tout dans l'ordre. " Adebayour the new Kanu, Adebayor's got a big bamboo " sur l'air d' I got u babe version UB 4O sera alors à nouveau entonné... par thomas bricmont - photo: belga