A la faveur de sa toute première participation à une phase finale de la Coupe du Monde, le Ghana a fait fort en étant le seul pays africain à s'extirper des matches de poule. Une belle performance, car les Black Stars auront dû composer avec l'Italie, la Tchéquie et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis pour accéder aux huitièmes de finale. Tout avait pourtant mal débuté pour eux, face à la Squadra, qui ne s'était pas fait prier pour exploiter deux bévues : une absence totale de marquage sur le but d'ouverture d' Andrea Pirlo et une passe en retrait pour le moins mal calibrée de Sammy Kuffour dont avait profité Vincenzo Iaquinta pour sceller le score à 2-0.
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A la faveur de sa toute première participation à une phase finale de la Coupe du Monde, le Ghana a fait fort en étant le seul pays africain à s'extirper des matches de poule. Une belle performance, car les Black Stars auront dû composer avec l'Italie, la Tchéquie et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis pour accéder aux huitièmes de finale. Tout avait pourtant mal débuté pour eux, face à la Squadra, qui ne s'était pas fait prier pour exploiter deux bévues : une absence totale de marquage sur le but d'ouverture d' Andrea Pirlo et une passe en retrait pour le moins mal calibrée de Sammy Kuffour dont avait profité Vincenzo Iaquinta pour sceller le score à 2-0. Les Black Stars se reprirent de sublime façon face à Pavel Nedved et les siens, dans une rencontre où ils jouaient déjà leur va-tout. Sans un Petr Cech des grands jours, la marque aurait pu prendre des proportions beaucoup plus importantes que le 2-0 qui sanctionna en définitive la partie. Enfin, devant les Etats-Unis, les troupes du coach Ratomir Dujkovic se contentèrent de contrôler gentiment les opérations pour obtenir une victoire et une qualification amplement méritées. Avec, comme cerise sur le gâteau, le pur bonheur de rencontrer le Brésil, hier, à Dortmund. Nouveau venu, au plus haut niveau, sur la scène du football planétaire, le Ghana ne manquait pourtant pas de références, jusqu'ici. Quadruple vainqueur de la Coupe d'Afrique des Nations en 1963, 65, 78 et 82, et finaliste de l'épreuve en 1968, 70 et 92, ce pays, situé à l'ouest du continent noir, compte exactement le même nombre de succès dans cette épreuve que le Cameroun. Seule l'Egypte, vainqueur de cette compétition sur ses terres, l'hiver passé, a fait mieux, en obtenant son cinquième sacre. Ces dernières années, c'est surtout au plan des jeunes que le Ghana a singulièrement défrayé la chronique sportive. Ses -17 ont remporté les Championnats du Monde de leur catégorie, en 1991, en Italie, avec dans leur effectif quelques noms aux consonances familières pour les férus de ballon rond chez nous : Nii Lamptey Odartey, Isaac Asare et Yaw Preko, tous actifs à Anderlecht à cette époque. Une autre génération s'imposa, dans le cadre du même événement, en 1995, en Equateur. Ses meilleurs s'appelaient alors Stephen Appiah et Matthew Amoah, devenues des valeurs sûres des Black Stars depuis. En 2001, pour les besoins du Mondial des -20, en Argentine, d'autres éléments, finalistes de l'épreuve contre les locaux, emmenés par un certain Javier Saviola, allaient pointer le bout du nez et opérer la jonction avec la Première : Ali Sulley Muntari, Razak Pimpong, Derek Boateng, John Pantsil et Michael Essien qui sont tous là et bien là aujourd'hui. " Ces 15 dernières années, aucune nation africaine a fait mieux que nous à l'échelon de ses jeunes ", observe Cecil Jones Attuquayefio, ancien international, titré comme nul autre avec les classes d'âge de son pays et, du haut de ses 65 ans, considéré comme le vieux sage et la référence suprême au Ghana. " Le problème, en ce qui nous concerne, a longtemps été la continuité des résultats au sommet de la pyramide. De fait, ce n'était pas tellement une question de talent qui se posait mais, plutôt, de taille. Il y a un club, au pays, qui répond au nom de Mysterious Dwarfs, les Nains Mystérieux. A un moment donné, on aurait vraiment cru que tous nos internationaux en étaient issus, tant ils étaient fluets. La Belgique en a eu un aperçu avec Isaac Asare, un garçon extrêmement doué mais qui aura malheureusement manqué d'arguments physiques pour s'imposer. Et, ce qui vaut pour lui était d'application aussi à d'autres garçons qui ont essayé de se faire un nom sous vos latitudes, comme Prince Polley par exemple. Heureusement, les générations ultérieures n'ont plus présenté ce handicap. Notre équipe A actuelle, composée de la plupart des joueurs présents en Argentine pour le Mondial des moins 20, il y a cinq ans, ne dénombre qu'un seul élément n'ayant pas 175 centimètres sous la toise : Razak Pimpong. Les autres sont à la fois bien élancés ou très solidement campés sur leurs jambes, comme Michael Essien. Ils ne sont plus emportés comme des fétus de paille ". Avec une moyenne d'âge de 25 ans à peine, le Ghana présente la sélection la plus juvénile de tous les pays engagés à la Coupe du Monde. Son accession au deuxième tour n'était pas vraiment programmée, entendu que l'Italie et la Tchéquie possédaient des formations autrement plus expérimentées et rompues à ce genre de compétition. Les Black Stars avaient encore tout à découvrir à ce niveau. D'ailleurs, en guise de répétition au Mondial, la sélection, privée il est vrai de Michael Essien, blessé, s'était royalement plantée lors de la CAN égyptienne en ce début d'année. Vaincue par le Nigeria (1-0), elle avait surtout déçu contre le Zimbabwe (défaite 2-1) malgré un sursaut d'orgueil, lors du deuxième match, contre le Sénégal (succès 1-0). Du coup, les Ghanéens avaient été éliminés dès le premier tour de l'épreuve au détriment des Super Eagles et des Lions de la Téranga. " Nous avons une équipe en devenir ", Attuquayefio. " La Coupe du Monde est une étape importante, certes, mais, pour nous, l'essentiel consistera à être fin prêt dans deux ans, lorsque le Ghana organisera la phase finale de la CAN. Les joueurs seront en pleine force de l'âge à ce moment-là et ils atteindront carrément leur plénitude en 2010, lorsque le Mondial sera disputé en Afrique du Sud. Cette année-là, il faudra composer avec les Black Stars, c'est sûr ". Surprise à l'hôtel Maritim de Würzburg, où séjourne la délégation ghanéenne : la présence de notre ancien collègue à Sport/Foot Magazine, Mick Michels. Depuis sa retraite, l'homme £uvre de plus belle pour le compte de l'UEFA et de la FIFA. Il a été tout particulièrement branché sur le continent africain ces derniers mois comme responsable de presse. Au mois de septembre 2005, c'est lui qui avait été dépêché à Abidjan dans le cadre de l'importantissime match de qualification pour la phase finale de la Coupe du Monde entre la Côte d'Ivoire et le Cameroun. Une joute que les Eléphants avaient perdue 2-3 sur leurs terres avant de retourner la situation in extremis au Soudan (1-3) tandis que les Lions Indomptables étaient contraints à un nul (2-2) chez eux contre l'Egypte. S'il l'avait voulu, Mick aurait encore pu, cette fois, faire office d'accompagnateur pour les Ivoiriens. Mais il laissa cette mission au responsable du service de presse de l'Union Belge, Nicolas Cornu, préférant s'occuper d'un autre invité surprise : les Black Stars. " Compte tenu des événements, j'ai manifestement fait le bon choix ", sourit-il. " J'avais entendu dire beaucoup de bien de cette équipe et j'avoue qu'elle m'a franchement épaté par moments. Contre l'Italie déjà, elle avait fait figure honorable avant de surprendre agréablement tout le monde face à la Tchéquie. De tous les représentants africains à ce Mondial, les Ghanéens ont été les meilleurs. Non pas parce qu'ils sont les seuls à avoir accédé aux huitièmes de finale mais tout simplement en raison de leur équilibre dans chaque secteur. La Côte d'Ivoire, que je connais plutôt bien, est richement pourvue, elle aussi. Mais, à l'analyse, on remarque qu'elle est dépendante de l'état de forme de Didier Drogba. Quand l'attaquant de Chelsea tousse, tous les Eléphants sont malades. Ce facteur-là n'est pas perceptible chez les Black Stars. Ou bien, dans une moindre mesure. Ici, quand Stephen Appiah est mis sous l'éteignoir, c'est Michaël Essien qui prend la relève. Aussi simple que cela. Et quand Asamoah Gyan est en panne de munitions devant, c'est Ali Sulley Muntari qui se charge de faire la différence. Ces deux-là n'ont peut-être pas la réputation d'un Drogba mais ils gagnent à être connus ". Suspendus tous deux pour abus de cartes jaunes contre les Etats-Unis, ils laissèrent à leurs compères Matthew Amoah et Razak Pimpong l'occasion de s'exprimer lors du troisième match de poule décisif. Une opportunité qui échut aussi, en cours de partie, à une autre vieille connaissance du football belge : Eric Addo, ancien joueur du Club Bruges de 1996 à 99 et sociétaire, depuis cette date, du PSV Eindhoven, hormis deux années passées à Roda JC Kerkrade de 2002 à 2004. Longtemps en délicatesse avec son genou, le Soulier d'Ebène 1998 a retrouvé tout son allant dans l'intervalle. Durant la défunte campagne, il fut, ainsi, titularisé à une vingtaine de reprises en championnat et participa avec le PSV à six rencontres de Ligue des Champions. Absent à la CAN 2006, il a été repêché par Ratomir Dujkovic pour les besoins du Mondial et, est-il besoin de le préciser, savoure particulièrement l'événement. " J'ai bénéficié de temps de jeu au cours de toutes les rencontres disputées jusqu'ici ", nous dit-il après la qualification historique contre les States. " A présent, affronter le Brésil, c'est ni plus ni moins le rêve. J'ai eu pas mal de pépins physiques depuis que j'ai quitté la Belgique. Par moments, j'ai même songé à tout plaquer. Mais je suis heureux d'avoir persévéré. Car défier Ronaldinho et les siens, cela vaut bien toutes les souffrances que j'ai endurées pendant ma carrière ". BRUNO GOVERS