Acquis lors du mercato d'hiver au Tout Puissant Mazembé de Lubumbashi, Patou Kabangu (26 ans) et Bedi Mbenza (27 ans) ont connu des fortunes diverses jusqu'ici. Le premier a déjà défrayé la chronique sportive grâce à l'un ou l'autre but précieux. Comme celui qui a ouvert la voie d'une plantureuse victoire à Gand (1-4) la semaine passée. L'autre a dû se contenter d'un temps de jeu nettement plus limité, même s'il a toujours été introduit sur le terrain à des moments-clés, pour geler le ballon en fin de match notamment.

Après une demi-saison placée essentiellement sous le signe de l'adaptation, tout porte à croire que le duo gagnera en importance lors de la saison à venir. Le plus jeune, capable de se tirer d'affaire sur tout le front de l'attaque, constitue un atout des plus précieux, vu sa polyvalence. Quant à l'aîné, d'un calme olympien balle au pied, il devrait faire figure de solution de rechange en cas de départ de Lucas Biglia.

Que vous inspirent vos premiers mois à Anderlecht ?

Patou Kabangu : l'objectif, pour Bedi et moi, est de décrocher un contrat de longue durée après une période d'essai étalée jusqu'à fin avril. D'après les échos qui nous sont parvenus, nous sommes sur la bonne voie. Personnellement, je ne suis pas mécontent de mon sort. J'ai eu l'occasion de disputer quelques bribes de match et d'inscrire trois buts. Pour des débuts, j'aurais tort de me plaindre.

Bedi Mbenza : J'ai eu moins de temps de jeu que Patou mais je pense avoir pu me montrer, malgré tout, dans ces circonstances. La concurrence est rude dans la ligne médiane, d'autant que Lucas Biglia et Sacha Kljestan sont pour ainsi dire increvables ( il rit). Et derrière eux, il y a encore la concurrence de Lukas Marecek, qui connaît la musique pour être au club depuis plus longtemps que moi. Dès lors, j'essaie de me tirer d'affaire lors de chacune de mes apparitions.

Votre premier contact avec le Sporting remonte à l'automne passé quand le Tout Puissant Mazembé avait fait un stage d'une semaine à Neerpede. Quelle avait été votre impression ?

Kabangu : J'avais été impressionné par les infrastructures. A Lubumbashi, nous étions choyés également mais, d'un endroit à l'autre, la qualité des terrains est incomparable. Je m'étais immédiatement fait la réflexion qu'il n'y avait pas moyen de mal jouer sur des pelouses pareilles.

Mbenza : Indépendamment de la beauté du centre, j'avais été subjugué par le niveau d'ensemble des joueurs. Non seulement de l'effectif professionnel mais aussi des espoirs et des équipes d'âge. Nous avions d'ailleurs été battus 1-0 par les doublures lors d'un match amical.

Kabangu : Il n'avait toutefois duré que 25 minutes. Après le but d'ouverture, le referee s'empressa de siffler la fin du match. On n'a pas pu rétablir l'égalité à la marque dans ces conditions ( il rit).

Mbenza : Je ne crois pas qu'on y serait arrivé. L'opposition était vraiment très forte. Au Congo, Anderlecht survolerait les débats.

Michael Ballack et le Kaiser

La direction a jeté son dévolu sur vous après ce séjour à Bruxelles. Aviez-vous le sentiment d'avoir frappé les esprits ?

Kabangu : Je n'ai pas l'impression qu'on ait marqué des points sur cette partie-là. La vérité, c'est que le club nous pistait depuis longtemps. Il y avait même un émissaire à Abu Dhabi, fin 2010, lorsque nous avons atteint la finale du Championnat du Monde des Clubs face à l'Inter Milan.

Mbenza : C'est là que les yeux se seront sans doute ouverts. J'avais en effet eu la chance d'inscrire un but contre les Mexicains de Pachuca en quarts de finale, tandis que Patou avait marqué contre les Brésiliens de Porto Alegre en demi-finales.

Longtemps, on a cru que votre coéquipier Trésor Mputu rallierait Anderlecht, où il avait déjà débarqué en 2006 au côté de Mbokani. Pourquoi vous et non lui ?

Kabangu : C'est à lui et non à nous qu'il faudrait poser la question.

Mbenza : Chacun a ses motivations. Trésor a toujours été la grande vedette au Tout Puissant. Cela suffit peut-être à son bonheur.

Vous étiez des stars aussi ?

Mbenza : Le Championnat du Monde des Clubs a boosté la popularité de tous les joueurs. Dans ces conditions, il était parfois compliqué de circuler incognito en ville. Le gardien titulaire, Robert Kidiaba, avait fait installer des vitres teintées sur sa voiture pour ne pas être reconnu. Comme il se fait quand même rapidement repérer, il change régulièrement de véhicule. Moi, je n'ai jamais eu affaire à de véritables débordements. Même si je faisais partie des chouchous des 100 %, le noyau dur des fans du TPM. Patou, lui, c'était une autre dimension. Son mariage avec Hortense a d'ailleurs été retransmis sur une chaîne de télé locale ( il rit). Il a toujours été un monument là-bas. On le surnommait même CapitaineCrochet en raison de son dribble dévastateur.

Kabangu : Ou encore le Kaiser. Les références à l'Allemagne sont légion chez nous. Bedi, c'est Michael Ballack. Et Zola Matumona a été rebaptisé Rum, la version abrégée de Karl-Heinz Rummenigge.

Queue de castor

Du statut de vedette au TPM au relatif anonymat de vos débuts à Anderlecht : la transition n'est-elle pas abrupte ?

Mbenza : L'anonymat ne dure qu'un temps. A partir du moment où on fait partie des cadres, la notoriété suit automatiquement. Je n'en suis pas encore à ce stade-là mais Patou, lui, ne passe pas inaperçu avec ses cheveux peroxydés.

Kabangu : C'est un héritage de ma période kinoise. Dans la capitale, on appelle ça une coiffure en queue de castor. C'est typique à Kinshasa mais nettement moins commun à Lubumbashi, qui est une ville plus sérieuse.

Hormis Anderlecht, avez-vous jamais eu d'autres propositions ?

Kabangu : Nos deux victoires en Ligue des Champions d'Afrique en 2009 contre les Nigérians du FC Heartland et l'année suivante face à l'Espérance Sportive de Tunis avaient éveillé l'intérêt pour moi. Toulouse, Rennes et Auxerre s'étaient mis sur les rangs. Mais le président du club, Moïse Katumbi, m'avait suggéré de patienter.

Mbenza : Patou a toujours été l'un de ses favoris.

Kabangu : Il a toujours eu un faible pour Anderlecht aussi. A mon avis, il avait de la suite dans les idées ( il rit).

Mbenza : En ce qui me concerne, j'ai été à deux doigts de signer à El Merriekh, au Soudan. Il s'agissait là d'une vieille connaissance du TPM dans les compétitions interclubs africaines et je n'étais pas opposé à ce défi. Mais le président m'en a dissuadé aussi. Finalement, je me suis rallié à son opinion. Et je ne m'en plains pas.

Quelle aura été l'importance d'un autre ancien joueur du TPM, Mbokani, pour vous ?

Kabangu : Au départ, c'est lui qui nous a encouragés à saisir cette chance. Son message était d'ailleurs le même pour tous les joueurs. Il nous a clairement fait comprendre qu'Anderlecht était un point de chute idéal pour un Africain. Même s'il en a bavé parfois lui-même.

Mbenza : Son expérience nous est évidemment profitable. Car tout est nouveau pour nous : le climat, la nourriture, la charge de travail aux entraînements. Il est passé par là et nous sert de guide.

Sans congés depuis trois ans

Dieu était encore adolescent au moment d'aboutir au Sporting. Vous aviez déjà 26 et 27 ans à votre arrivée. N'est-ce pas tard pour franchir ce pas ?

Kabangu : Je suis originaire de Mbuji-Mayi dans le Kasaï Oriental. J'ai accompli un long chemin avant d'arriver au Tout Puissant. Ma carrière aurait peut-être subi un coup d'accélérateur si j'avais fait toutes mes classes là-bas. Mais je n'ai pas de regret par rapport à ce passé.

Mbenza : Le plus important, ce n'est pas l'âge mais le vécu. Nous avons quand même eu la chance, Patou et moi, d'évoluer dans le plus grand club du Congo et même d'Afrique, vu nos deux victoires en Ligue des Champions. C'est un bagage peu banal, même si nous sommes conscients de repartir de zéro ici.

La différence est à ce point énorme ?

Mbenza : Pour nous juger pleinement, il faudra attendre la saison prochaine. En réalité, nous n'avons plus eu droit à des congés depuis trois ans. Compétition régionale au Katanga, compétition nationale, Ligue des Champions d'Afrique : nous étions sur le pont toute l'année.

Kabangu : Et on a repris par un travail foncier lors du stage avec Anderlecht en janvier. Dans ces conditions, nous étions parfois exténués. Comme Bedi, je crois qu'il faudra attendre la campagne à venir pour être fixés sur nos possibilités réelles. On a enchaîné compétitions sur compétitions. Et trop, c'est trop.

Mbenza : On a tout de même une chance : les déplacements sont courts ici. Au pays, on était constamment en retraite.

Pourquoi avoir quitté le meilleur club du continent ?

Mbenza : Le besoin de vivre autre chose. Si Anderlecht ne s'était pas concrétisé, j'aurais été ailleurs : au Soudan, comme l'opportunité s'était présentée, voire ailleurs, en Afrique du Sud par exemple. Avec le TPM, j'avais le sentiment d'avoir tout vécu. On dominait souvent outrageusement l'adversaire. Ce n'était plus le Tout Puissant Mazembé mais le Trop Puissant Mazembé.

Kabangu : Il n'y a pas qu'au Congo qu'on gagne des matches par 5 à 0. Anderlecht a fait la même chose face au Standard cette saison ( il rit).

Mbenza : Certains matches étaient parfois disproportionnés. Mais le derby contre Saint-Eloi Lupopo était toujours musclé. Sans parler des confrontations avec les équipes kinoises, Motema Pembe ou le Vita Club. Ce n'était jamais gagné d'avance.

Gillet, le plus africain

Que pensez-vous du football belge ?

Mbenza : Il n'y a vraiment pas de matches faciles ici. A domicile, tout le monde vend chèrement sa peau, même les soi-disant petits clubs. C'est très disputé.

Kabangu : Très compliqué aussi. Au Congo, quand tu passes ton opposant direct, la voie est libre. Ici, il faut tenir compte d'une double couverture au minimum. On en a toujours plein les pieds.

Quel est votre meilleur souvenir jusqu'à présent ?

Mbenza : La rencontre Anderlecht-Genk de début février. Patou avait remplacé Guillaume Gillet en fin de rencontre et à quelques instants du coup de sifflet final, j'avais été appelé à prendre la place de Milan Jovanovic. Comme Mbokani avait débuté le match, nous étions trois anciens joueurs du Tout Puissant Mazembé sur le terrain.

Kabangu : Ce n'était plus le Tout Puissant Mazembé mais le Tout Puissant Anderlecht ( il rit). A choisir, mon moment le plus exaltant aura été mon tout premier but face au Cercle. Il n'aura pas porté à conséquence puisque nous l'avions emporté par 4-0. De ce point de vue-là, mon but égalisateur à Saint-Trond, sur le 2-2, fut plus important. Mais ce premier but était un tournant pour moi. J'y voyais la preuve que je pouvais être déterminant ici aussi.

Indépendamment de Dieu, qui sont vos potes au Sporting ?

Mbenza : On a des affinités avec tous. La manière dont nous avons été accueillis est fantastique. Comme si on avait toujours joué ici.

Kabangu : Le plus africain des Belges, c'est Guillaume Gillet. Il a le rythme dans le sang.

Si vous n'aviez pas été footballeurs, qu'auriez-vous fait ?

Kabangu : Je ne me suis jamais posé la question. Le football, c'est ma vie. J'ai d'ailleurs ouvert un centre afin d'aider les jeunes. Qui sait, peut-être y aura-t-il un jour un système de passerelle entre mon école et le Sporting. Mais je ne suis pas le seul sur la balle : Roger Lukaku vise la même chose avec le FC Rojolu qu'il dirige à Kinshasa. C'est bien pour le jeune talent kinois.

Mbenza : Je n'ai pas d'école à mon nom. Mais je peux peut-être faire école en servant de modèle aux jeunes d'origine congolaise qui jouent en formations d'âge à Anderlecht. C'est fou comme ils sont nombreux en tout cas. Au total, il doit bien y en avoir une soixantaine. Jusqu'à présent, le talent congolais avait toujours été importé. L'étape suivante, c'est que des jeunes du cru se réalisent en équipe-fanion. Je pense que Nathan Kabasele et Ziguy Badibanga sont sur la bonne voie. Mais il y en a d'autres. Ceux-là, je veux les aider.

Quelles sont vos aspirations en cette fin de saison ?

Kabangu : Gagner le titre, évidemment. Avec la perspective de disputer la Ligue des Champions, mais en Europe cette fois.

Mbenza : Et de rencontrer Barcelone. Ce serait le top. Mais avant d'en arriver là, il faut émerger en championnat. Pas facile, mais j'y crois. On y arrivera tous ensemble.

PAR BRUNO GOVERS

" Au Congo, quand tu passes ton opposant direct, la voie est libre. Ici, il faut tenir compte d'une double couverture. " (Patou Kabangu)

" On a tapé dans l'£il lors du Championnat du Monde des Clubs. "

(Patou Kabangu)

Acquis lors du mercato d'hiver au Tout Puissant Mazembé de Lubumbashi, Patou Kabangu (26 ans) et Bedi Mbenza (27 ans) ont connu des fortunes diverses jusqu'ici. Le premier a déjà défrayé la chronique sportive grâce à l'un ou l'autre but précieux. Comme celui qui a ouvert la voie d'une plantureuse victoire à Gand (1-4) la semaine passée. L'autre a dû se contenter d'un temps de jeu nettement plus limité, même s'il a toujours été introduit sur le terrain à des moments-clés, pour geler le ballon en fin de match notamment. Après une demi-saison placée essentiellement sous le signe de l'adaptation, tout porte à croire que le duo gagnera en importance lors de la saison à venir. Le plus jeune, capable de se tirer d'affaire sur tout le front de l'attaque, constitue un atout des plus précieux, vu sa polyvalence. Quant à l'aîné, d'un calme olympien balle au pied, il devrait faire figure de solution de rechange en cas de départ de Lucas Biglia. Patou Kabangu : l'objectif, pour Bedi et moi, est de décrocher un contrat de longue durée après une période d'essai étalée jusqu'à fin avril. D'après les échos qui nous sont parvenus, nous sommes sur la bonne voie. Personnellement, je ne suis pas mécontent de mon sort. J'ai eu l'occasion de disputer quelques bribes de match et d'inscrire trois buts. Pour des débuts, j'aurais tort de me plaindre. Bedi Mbenza : J'ai eu moins de temps de jeu que Patou mais je pense avoir pu me montrer, malgré tout, dans ces circonstances. La concurrence est rude dans la ligne médiane, d'autant que Lucas Biglia et Sacha Kljestan sont pour ainsi dire increvables ( il rit). Et derrière eux, il y a encore la concurrence de Lukas Marecek, qui connaît la musique pour être au club depuis plus longtemps que moi. Dès lors, j'essaie de me tirer d'affaire lors de chacune de mes apparitions. Kabangu : J'avais été impressionné par les infrastructures. A Lubumbashi, nous étions choyés également mais, d'un endroit à l'autre, la qualité des terrains est incomparable. Je m'étais immédiatement fait la réflexion qu'il n'y avait pas moyen de mal jouer sur des pelouses pareilles. Mbenza : Indépendamment de la beauté du centre, j'avais été subjugué par le niveau d'ensemble des joueurs. Non seulement de l'effectif professionnel mais aussi des espoirs et des équipes d'âge. Nous avions d'ailleurs été battus 1-0 par les doublures lors d'un match amical. Kabangu : Il n'avait toutefois duré que 25 minutes. Après le but d'ouverture, le referee s'empressa de siffler la fin du match. On n'a pas pu rétablir l'égalité à la marque dans ces conditions ( il rit). Mbenza : Je ne crois pas qu'on y serait arrivé. L'opposition était vraiment très forte. Au Congo, Anderlecht survolerait les débats. Kabangu : Je n'ai pas l'impression qu'on ait marqué des points sur cette partie-là. La vérité, c'est que le club nous pistait depuis longtemps. Il y avait même un émissaire à Abu Dhabi, fin 2010, lorsque nous avons atteint la finale du Championnat du Monde des Clubs face à l'Inter Milan. Mbenza : C'est là que les yeux se seront sans doute ouverts. J'avais en effet eu la chance d'inscrire un but contre les Mexicains de Pachuca en quarts de finale, tandis que Patou avait marqué contre les Brésiliens de Porto Alegre en demi-finales. Kabangu : C'est à lui et non à nous qu'il faudrait poser la question. Mbenza : Chacun a ses motivations. Trésor a toujours été la grande vedette au Tout Puissant. Cela suffit peut-être à son bonheur. Mbenza : Le Championnat du Monde des Clubs a boosté la popularité de tous les joueurs. Dans ces conditions, il était parfois compliqué de circuler incognito en ville. Le gardien titulaire, Robert Kidiaba, avait fait installer des vitres teintées sur sa voiture pour ne pas être reconnu. Comme il se fait quand même rapidement repérer, il change régulièrement de véhicule. Moi, je n'ai jamais eu affaire à de véritables débordements. Même si je faisais partie des chouchous des 100 %, le noyau dur des fans du TPM. Patou, lui, c'était une autre dimension. Son mariage avec Hortense a d'ailleurs été retransmis sur une chaîne de télé locale ( il rit). Il a toujours été un monument là-bas. On le surnommait même CapitaineCrochet en raison de son dribble dévastateur. Kabangu : Ou encore le Kaiser. Les références à l'Allemagne sont légion chez nous. Bedi, c'est Michael Ballack. Et Zola Matumona a été rebaptisé Rum, la version abrégée de Karl-Heinz Rummenigge. Mbenza : L'anonymat ne dure qu'un temps. A partir du moment où on fait partie des cadres, la notoriété suit automatiquement. Je n'en suis pas encore à ce stade-là mais Patou, lui, ne passe pas inaperçu avec ses cheveux peroxydés. Kabangu : C'est un héritage de ma période kinoise. Dans la capitale, on appelle ça une coiffure en queue de castor. C'est typique à Kinshasa mais nettement moins commun à Lubumbashi, qui est une ville plus sérieuse. Kabangu : Nos deux victoires en Ligue des Champions d'Afrique en 2009 contre les Nigérians du FC Heartland et l'année suivante face à l'Espérance Sportive de Tunis avaient éveillé l'intérêt pour moi. Toulouse, Rennes et Auxerre s'étaient mis sur les rangs. Mais le président du club, Moïse Katumbi, m'avait suggéré de patienter. Mbenza : Patou a toujours été l'un de ses favoris. Kabangu : Il a toujours eu un faible pour Anderlecht aussi. A mon avis, il avait de la suite dans les idées ( il rit). Mbenza : En ce qui me concerne, j'ai été à deux doigts de signer à El Merriekh, au Soudan. Il s'agissait là d'une vieille connaissance du TPM dans les compétitions interclubs africaines et je n'étais pas opposé à ce défi. Mais le président m'en a dissuadé aussi. Finalement, je me suis rallié à son opinion. Et je ne m'en plains pas. Kabangu : Au départ, c'est lui qui nous a encouragés à saisir cette chance. Son message était d'ailleurs le même pour tous les joueurs. Il nous a clairement fait comprendre qu'Anderlecht était un point de chute idéal pour un Africain. Même s'il en a bavé parfois lui-même. Mbenza : Son expérience nous est évidemment profitable. Car tout est nouveau pour nous : le climat, la nourriture, la charge de travail aux entraînements. Il est passé par là et nous sert de guide. Kabangu : Je suis originaire de Mbuji-Mayi dans le Kasaï Oriental. J'ai accompli un long chemin avant d'arriver au Tout Puissant. Ma carrière aurait peut-être subi un coup d'accélérateur si j'avais fait toutes mes classes là-bas. Mais je n'ai pas de regret par rapport à ce passé. Mbenza : Le plus important, ce n'est pas l'âge mais le vécu. Nous avons quand même eu la chance, Patou et moi, d'évoluer dans le plus grand club du Congo et même d'Afrique, vu nos deux victoires en Ligue des Champions. C'est un bagage peu banal, même si nous sommes conscients de repartir de zéro ici. Mbenza : Pour nous juger pleinement, il faudra attendre la saison prochaine. En réalité, nous n'avons plus eu droit à des congés depuis trois ans. Compétition régionale au Katanga, compétition nationale, Ligue des Champions d'Afrique : nous étions sur le pont toute l'année. Kabangu : Et on a repris par un travail foncier lors du stage avec Anderlecht en janvier. Dans ces conditions, nous étions parfois exténués. Comme Bedi, je crois qu'il faudra attendre la campagne à venir pour être fixés sur nos possibilités réelles. On a enchaîné compétitions sur compétitions. Et trop, c'est trop. Mbenza : On a tout de même une chance : les déplacements sont courts ici. Au pays, on était constamment en retraite. Mbenza : Le besoin de vivre autre chose. Si Anderlecht ne s'était pas concrétisé, j'aurais été ailleurs : au Soudan, comme l'opportunité s'était présentée, voire ailleurs, en Afrique du Sud par exemple. Avec le TPM, j'avais le sentiment d'avoir tout vécu. On dominait souvent outrageusement l'adversaire. Ce n'était plus le Tout Puissant Mazembé mais le Trop Puissant Mazembé. Kabangu : Il n'y a pas qu'au Congo qu'on gagne des matches par 5 à 0. Anderlecht a fait la même chose face au Standard cette saison ( il rit). Mbenza : Certains matches étaient parfois disproportionnés. Mais le derby contre Saint-Eloi Lupopo était toujours musclé. Sans parler des confrontations avec les équipes kinoises, Motema Pembe ou le Vita Club. Ce n'était jamais gagné d'avance. Mbenza : Il n'y a vraiment pas de matches faciles ici. A domicile, tout le monde vend chèrement sa peau, même les soi-disant petits clubs. C'est très disputé. Kabangu : Très compliqué aussi. Au Congo, quand tu passes ton opposant direct, la voie est libre. Ici, il faut tenir compte d'une double couverture au minimum. On en a toujours plein les pieds. Mbenza : La rencontre Anderlecht-Genk de début février. Patou avait remplacé Guillaume Gillet en fin de rencontre et à quelques instants du coup de sifflet final, j'avais été appelé à prendre la place de Milan Jovanovic. Comme Mbokani avait débuté le match, nous étions trois anciens joueurs du Tout Puissant Mazembé sur le terrain. Kabangu : Ce n'était plus le Tout Puissant Mazembé mais le Tout Puissant Anderlecht ( il rit). A choisir, mon moment le plus exaltant aura été mon tout premier but face au Cercle. Il n'aura pas porté à conséquence puisque nous l'avions emporté par 4-0. De ce point de vue-là, mon but égalisateur à Saint-Trond, sur le 2-2, fut plus important. Mais ce premier but était un tournant pour moi. J'y voyais la preuve que je pouvais être déterminant ici aussi. Mbenza : On a des affinités avec tous. La manière dont nous avons été accueillis est fantastique. Comme si on avait toujours joué ici. Kabangu : Le plus africain des Belges, c'est Guillaume Gillet. Il a le rythme dans le sang. Kabangu : Je ne me suis jamais posé la question. Le football, c'est ma vie. J'ai d'ailleurs ouvert un centre afin d'aider les jeunes. Qui sait, peut-être y aura-t-il un jour un système de passerelle entre mon école et le Sporting. Mais je ne suis pas le seul sur la balle : Roger Lukaku vise la même chose avec le FC Rojolu qu'il dirige à Kinshasa. C'est bien pour le jeune talent kinois. Mbenza : Je n'ai pas d'école à mon nom. Mais je peux peut-être faire école en servant de modèle aux jeunes d'origine congolaise qui jouent en formations d'âge à Anderlecht. C'est fou comme ils sont nombreux en tout cas. Au total, il doit bien y en avoir une soixantaine. Jusqu'à présent, le talent congolais avait toujours été importé. L'étape suivante, c'est que des jeunes du cru se réalisent en équipe-fanion. Je pense que Nathan Kabasele et Ziguy Badibanga sont sur la bonne voie. Mais il y en a d'autres. Ceux-là, je veux les aider. Kabangu : Gagner le titre, évidemment. Avec la perspective de disputer la Ligue des Champions, mais en Europe cette fois. Mbenza : Et de rencontrer Barcelone. Ce serait le top. Mais avant d'en arriver là, il faut émerger en championnat. Pas facile, mais j'y crois. On y arrivera tous ensemble. PAR BRUNO GOVERS " Au Congo, quand tu passes ton opposant direct, la voie est libre. Ici, il faut tenir compte d'une double couverture. " (Patou Kabangu) " On a tapé dans l'£il lors du Championnat du Monde des Clubs. "(Patou Kabangu)