La 23e phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations s'est donc soldée, dimanche passé, par la victoire du Cameroun sur le Sénégal.
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La 23e phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations s'est donc soldée, dimanche passé, par la victoire du Cameroun sur le Sénégal.Si la présence des Lions Indomptables, vainqueurs de l'épreuve en 2000, et champions olympiques la même année à Sydney, ne constituait pas vraiment une surprise, celle des Lions de la Teranga apparaissait sans doute beaucoup plus surprenante. C'est que depuis la création de la CAN en 1957, les Sénégalais avaient tenu rarement le haut du pavé dans cette compétition. La preuve: en vertu de leurs prestations au cours des éditions précédentes, ils n'avaient en tout et pour tout glané que 29 maigres petits points, fruits de 8 victoires et 5 nuls pour 11 défaites. Un total qui les situait à la 12e place au classement de tous les temps de cette épreuve, derrière l'Egypte (110), le Ghana (101), le Nigeria (89), le Cameroun (84), la Côte d'Ivoire (76), la Zambie (66), l'Algérie (65), le Congo-Kinshasa (55), le Maroc (51), la Tunisie (38) et l'Afrique du Sud (37). Avec leurs quatre succès finals, leurs cinq places de finaliste, ainsi que leurs 11 présences dans le dernier carré en 18 participations, les Pharaons, éliminés par le Cameroun en quarts de finale, demeurent toujours leaders aux points. Mais leur avance s'amenuise de phase finale en phase finale par rapport aux nations qui ne sont autres que leurs poursuivants immédiats: le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. Trois pays d'Afrique noire qui, au cours des 20 dernières années, totalisent six succès (Ghana 82, Nigeria 94, Cameroun 84, 88, 2000, 2002) et six places de finaliste (Ghana 92, Nigeria 84, 88, 90 et 2000, Cameroun 86). Excusez du peu. Sans oublier que, dans la même période, deux autres triomphes furent l'apanage d'une formation qui n'appartenait pas au Maghreb: la Côte d'Ivoire en 92 et l'Afrique du Sud en 96.Le Black Power aura été, plus que jamais, une réalité pendant la défunte CAN puisque le Cameroun, le Sénégal, le Mali et le Nigeria formaient le plateau des demi-finales. En quarts, la présence des équipes négro-africaines était plus marquée encore puisque seule l'Egypte faisait figure d'exception. Comment expliquer cette domination des équipes du coeur du continent noir par rapport à celles du nord de l'Afrique? A y regarder de plus près, elle découle tout simplement de la proportion d'éléments qui évoluent en Europe. Chez les Lions Indomptables du Cameroun, du gardien Alioum Boukar (Samsunspor) à l'attaquant Samuel Eto'o (Majorque), tous les joueurs, sans exception, évoluent ailleurs que dans leur pays d'origine. Et la plupart d'entre eux, même, dans des championnats relevés comme Geremi en Espagne (Real Madrid), Patrick Mboma en Italie (Parme) ou encore Marc-Vivien Foe en France (Lyon). Si leurs homologues de la Teranga se sont soudain éveillés aux plus hautes ambitions, ces derniers mois (avec une première qualification pour la phase finale de la Coupe du Monde à la clé), c'est dû aussi, justement, à la présence massive, chez eux, de footballeurs actifs en Europe et, plus précisément, des "Sénefs", lisez les Sénégalais de France. Parmi les 22 joueurs retenus, 19 militent effectivement dans l'Hexagone, seuls le keeper Oumar Diallo (Kourigba, Maroc), l'arrière Pape Malick Diop (Neuchâtel Xamax, Suisse) et l'attaquant Pape Thiaw (Lausanne Sports, Suisse) font exception à la règle. Chez les deux autres demi-finalistes, la tendance est exactement la même: un noyau complet de Nigérians évolue à l'étranger et deux Maliens seulement, Abdoulaye Diakité et Daouda Diakité, jouent dans leur propre pays, mais plus pour longtemps, sans doute. Il est symptomatique de constater que les éliminés en quarts de finale étaient quasi toujours des équipes mixtes, autrement dit des teams formés de joueurs évoluant au pays ou à l'étranger. C'était le cas de l'Egypte où Tarek El Saïd (Anderlecht) ou Ahmed Hossam (Ajax) étaient alignés aux côtés de Hazem Emam (Zamalek) ou de Khaled Bibo (El Ahly). Et il en allait de même au Congo-Kinshasa où le Malinois Jean-Paul Boeka-Lisasi ou le Lokerenois Singa Manzangala avaient pour partenaires Kisombe Mundaba (TP Mazembe Lubumbashi) ou Bukasa Kasono (Vita Club Kinshasa). Chez les éliminés du premier tour, par contre, on trouvait bon nombre de formations où le nombre de joueurs évoluant au pays était plus important que ceux actifs à l'étranger. Comme en Zambie ou... en Tunisie. Voilà qui est de bon augure pour les Diables Rouges! Bruno Govers