Lors de la dernière journée du groupe d'Amérique du Nord et Centrale le 14 octobre 2009, les Etats-Unis et le Mexique avaient déjà assuré leur qualification tandis que le Costa Rica et le Honduras se disputaient le troisième ticket. Comme le Honduras avait vaincu le Salvador 0-1, le Costa Rica était obligé de vaincre les Etats-Unis pour assurer sa qualification directe. Il menait 0-2, sur deux buts superbes de Bryan Ruiz et il a galvaudé son avantage dans les arrêts de jeu : 2-2.
...

Lors de la dernière journée du groupe d'Amérique du Nord et Centrale le 14 octobre 2009, les Etats-Unis et le Mexique avaient déjà assuré leur qualification tandis que le Costa Rica et le Honduras se disputaient le troisième ticket. Comme le Honduras avait vaincu le Salvador 0-1, le Costa Rica était obligé de vaincre les Etats-Unis pour assurer sa qualification directe. Il menait 0-2, sur deux buts superbes de Bryan Ruiz et il a galvaudé son avantage dans les arrêts de jeu : 2-2. Le Honduras était en extase. Et Víctor Bernárdez, le défenseur hondurien d'Anderlecht, dormait... " Je me trouvais en Belgique. J'ai essayé de suivre le match pendant la nuit mais je me suis assoupi. A quatre heures du matin, on m'a annoncé la nouvelle. Toujours dans les vapes, j'ai raccroché et je me suis rendormi. Je n'ai compris l'ampleur de l'événement que le matin. " Gerson Gómez, journaliste sportif au quotidien hondurien El Heraldo, évoque la qualification : " Jamais le Honduras n'avait célébré ainsi... De joie, des gens ont démoli leur télévision et ont envahi les rues. Ils ont brûlé des poupées du Costa Rica. La fête a duré sept jours. " Le Honduras est situé en Amérique Centrale. Voisin du Guatemala, du Salvador et du Nicaragua, il a fait la une des nouvelles mondiales à deux reprises en 15 ans. En 1998, l'ouragan Mitch a ravagé les Caraïbes. Le Honduras a pleuré la mort de 24.000 personnes et la disparition de 8.000 autres. C'est la plus grande catastrophe de son histoire. Kelvin Coello, journaliste sportif au quotidien Diez, a souffert des suites de l'ouragan. " Ma maison a été balayée, j'ai tout perdu. Aujourd'hui encore, on voit des ponts, des écoles et des routes qui ne sont pas encore réparés. " Víctor Bernárdez a eu plus de chance : " Notre maison a été inondée et nous avons passé une semaine au premier étage mais nous avions suffisamment de nourriture. Nous n'avons manqué de rien. " Bernárdez rit en se rappelant comment l'ouragan a commencé : " Ce jour-là, je jouais avec des copains sur un terrain de foot. D'un coup, le ciel s'est obscurci et un de mes amis a dit : -Bah, ce n'est qu'un nuage qui va passer rapidement. Ce nuage est resté une semaine au-dessus de nos têtes. " Fin juin 2009, le Honduras a une nouvelle fois attiré l'attention du monde. Le président de gauche Manuel Zelaya, qui adhère aux idées d' Hugo Chavez, l'homme fort du Venezuela et de toute l'Amérique latine, a été écarté par l'armée. Cette prise de pouvoir a été catastrophique pour le pays. Le nouveau gouvernement, dirigé par Roberto Micheletti, qui s'est autoproclamé président, n'a pu gagner la confiance de la communauté internationale, au détriment des investissements. Fin novembre 2009, Porfirio Lobo a remporté les nouvelles élections. Il a été accepté par les Etats-Unis mais pas par les pays d'Amérique latine, qui continuent à exiger le retour de Zelaya. L'instabilité politique constitue un drame pour un pays dont six des huit millions d'habitants vit dans la misère. Gerson Gómez est formel : " Le pays est en pleine crise politique et économique. " Dans ce contexte, il ne faut pas sous-estimer la qualification de l'équipe pour le Mondial, selon Víctor Bernárdez : " Ainsi, chacun a pu se rallier derrière le même drapeau. " Kelvin Coello abonde dans son sens : " La qualification a rassemblé le pays. C'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Elle nous aide à oublier tous nos problèmes. "Le Honduras est un mélange de cultures. Les Mestizos, issus des colons espagnols et de la population indienne locale, représentent 85 % de la population. Il y a différentes ethnies indiennes, Tolupanes, Lencas, Pech,... Elles constituent 7 % de la population. Les Blancs, Arabes et Européens représentent aussi 7 % et enfin, 1 % est Noir. Il suffit de jeter un coup d'£il sur la photo de los Catrachos, comme on appelle l'équipe nationale du Honduras, pour se rendre compte que les proportions y sont complètement différentes. La sélection s'appuie sur les joueurs noirs. Les Noirs du Honduras sont généralement des Garífunas, des descendants des esclaves déportés d'Afrique en Amérique à partir de Christophe Colomb au 15e siècle. On raconte que deux navires ont fait naufrage au 17e et que les survivants se sont implantés sur l'île San Vicente, proche de la côte hondurienne. Ils y ont fondé une communauté africaine qui s'est répandue sur la côte des Caraïbes. Víctor Bernárdez est un Garífuna. " Toute ma famille est Noire. Ma grand-mère et ma mère s'expriment même en garífuna. J'ai entendu cette langue toute ma vie mais je ne la parle malheureusement pas. Quelques footballeurs de l'équipe nationale la maîtrisent et l'utilisent entre eux. Désormais, les Garífunas sont respectés au Honduras mais il n'en a pas toujours été ainsi. Nous avons dû parcourir un long chemin et un Garífuna doit toujours se battre davantage pour arriver à quelque chose. Moi aussi. Presque tous les Honduriens qui jouent en Europe sont des Garífunas : Wilson Palacios à Tottenham, David Suazo à Genoa, Edgar Alvarez à Bari. Tous ont dû se battre un peu plus que les autres. Cela les a endurcis et ils ont plus de caractère. L'équipe nationale est composée de différentes ethnies : les Garífunas, les Indiens, les Mestizos ... mais nous nous entendons bien. Notre unité est un de nos atouts. " Le nombre de joueurs noirs n'est pas la seule singularité de l'équipe nationale. Le sélectionneur, Reinaldo Rueda, se distingue aussi. Il est... Colombien mais depuis qu'il a qualifié le Honduras pour le Mondial, plus personne ne lui en tient rigueur. Kelvin Coello : " Les gens l'aiment. On lui a d'ailleurs proposé la nationalité hondurienne. Je dois dire que ces derniers mois, il est devenu plus arrogant à l'égard des journalistes. " Rueda (53 ans), né à Cali, est considéré comme un professeur en Amérique latine. Il possède un diplôme universitaire en éducation physique auquel il a adjoint un Masters à l'université de Cologne. Entraîneur, il a fait impression en 2003 en conduisant les Colombiens de -20 ans à la troisième place du Mondial. Ordre et discipline sont ses leitmotive. Víctor Bernárdez : " Il a réussi à changer la mentalité de l'équipe nationale. Avant, le Honduras jouait toujours bien mais il ne parvenait pas à se qualifier. Nous nous laissions emporter par l'enthousiasme du public, nous étions trop émotionnels. Nous avons appris à nous contrôler et à prendre le match en mains. "Durant les éliminatoires, Rueda a opté pour le 4-4-2 à domicile et un 4-5-1 un peu plus prudent en déplacement, avec David Suazo à l'avant-centre. Le Garífuna de 30 ans est une des étoiles de l'équipe. Il est sous contrat à l'Inter, qui l'a loué à Genoa lors du mercato d'hiver la saison écoulée. Une blessure à la cuisse l'a privé de l'ultime phase du championnat italien mais au Mondial, La Pantera Nera (la Panthère noire) comme on l'appelle en Italie, sera présente. Au Honduras, Suazo a un autre surnom : El Rey (le Roi). Gerson Gómez : " Il est vraiment le chouchou du public. Les autres piliers de l'équipe sont Amado Guevara, le capitaine, qui compte plus de 130 caps, Wilson Palacios, le meilleur footballeur hondurien du moment, et Carlos Pavón, le meilleur buteur de tous les temps. " Ce joueur est un phénomène : âgé de 36 ans déjà, il continue à marquer. Il a inscrit sept buts durant les qualifications, devançant ses compagnons d'attaque Carlo Costly (6 buts) et Suazo (4). " L'équipe est une bonne alliance de jeunesse et d'expérience. Cet équilibre est une des clefs de notre succès ", affirme Víctor Bernárdez. Sera-ce suffisant dans une poule qui comporte la Suisse, le Chili et l'Espagne, championne d'Europe en titre ? Bernárdez : " Nous savons ce que vaut l'Espagne. Notre premier match, contre le Chili, nous éclairera déjà sur la suite. Nous l'avons déjà affronté deux ou trois fois, avec succès, même si ça ne veut rien dire. "Il y a 28 ans, en Espagne, nul ne pariait un franc sur les chances du Honduras mais los Catrachos ne s'étaient pas mal tirés d''affaire (éliminé au premier tout de justesse). Qui sait. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine : au Honduras, chaque écran TV, pour autant qu'il n'ait pas été démoli, montrera les images du Mondial. Le football est la plus grande passion des Honduriens, affirme Gerson Gómez. " C'est presque un style de vie. Beaucoup de gens considèrent aussi le football comme le moyen d'échapper à la pauvreté. Tout le monde rêve d'avoir un fils qui joue bien. " Víctor Bernárdez opine : " Au Honduras, le football est le moyen d'être quelqu'un. Comme moi avant, tous les gosses rêvent de faire carrière en football. " par steve van herpe - photos: reportersUn Garífuna doit se battre davantage pour arriver. Ce fut mon cas aussi. (Víctor Bernárdez)