Roger Vanden Stock sourit quand nous déposons un exemplaire de notre spécial championnat 1996-1997 sur la table. " Cela fait longtemps ! " Son bureau, sis au complexe rénové de Neerpede, offre une superbe vue sur les terrains où sont formés les jeunes talents mauves. En 1996, Roger a succédé à son père Constant à la présidence d'Anderlecht. Les temps étaient rudes pour le Sporting, si on lit les pronostics de notre spécial : " Pour la première fois depuis des années, Anderlecht n'entame pas le championnat en favori. Sur papier en tout cas, il n'a pas une équipe impressionnante. "

Vous rappelez-vous qui a été champion lors de votre première année à la présidence ?

Roger Vanden Stock : Le Club Bruges, sans doute ?

Le Lierse !

Ah, la fameuse année du Lierse. Nous n'avions pas une très bonne équipe.

Crasson, Grün, Bosman et De Wilde ont été les premiers joueurs à partir librement, suite à l'arrêt Bosman. Rutjes a arrêté. Oleg Iatchouk, Samuel Johnson, Suad Katana, Tibor Selymes et le tout jeune Alin Stoica ont rejoint Anderlecht.

Ce n'était pas une bonne équipe, donc ! L'héritage était lourd à porter aussi. Je le dis toujours : ces saisons-là, Pär Zetterberg nous a sauvés. Il était le moteur de l'équipe. C'est pour cela que je le soutiendrai toujours et que je l'ai repris. Jamais je n'oublierai ce qu'il a représenté pour nous durant ces difficiles années de transition.

Des 18 présidents d'alors, vous êtes le seul encore en poste, avec Roger Lambrecht.

Anderlecht a eu peu de présidents. Si je veux perpétuer cette tradition, je dois encore rester en poste quatre ou cinq ans.

Est-ce votre intention ?

Je ne veux pas nuire à la tradition. La continuité est un facteur essentiel.

Qu'est-ce qui vous a surpris, en 15 ans de présidence ?

L'évolution du football de haut niveau. Il est devenu plus difficile de représenter quelque chose sur le plan international car d'autres pays ont progressé plus vite. En Belgique, nous devons être champions tous les deux ans en moyenne. Nous y sommes parvenus, avec six titres en 14 saisons. Je me souviens d'avoir pensé, lors de mon intronisation : - Aïe, Anderlecht n'a plus son image d'antan, il a trop peu de vedettes . A ce moment, j'étais heureux d'avoir Zetterberg, un footballeur qui continuait à rayonner l'image du Sporting. Si vous relisez d'anciennes interviews, vous remarquerez que mon objectif était de mettre sur pied un bon centre de formation et que, deux ans après ma nomination, j'ai dit que je préparais déjà ma succession. Le passage d'ASBL à SA est maintenant chose faite. Certaines choses prennent plus de temps que je ne le pensais, comme le centre d'entraînement et l'aménagement du stade ou la construction d'un nouveau stade. Pendant que ces dossiers traînaient, nous avons tenté de rester ancrés en Europe. C'est pour ça que j'ai immédiatement plaidé une réduction du nombre de clubs de D1.

Vous êtes donc satisfait de la formule actuelle.

Non. Ce n'est pas la formule d'Anderlecht mais un compromis. J'ai toujours plaidé en faveur d'un championnat à 14.

Maarten Martens

Vous vivez une superbe campagne européenne mais quand vous êtes devenu président, c'est de la Ligue des Champions que vous rêviez, pas de la Coupe UEFA ou de l'Europa League.

A chaque rencontre d'Europa League, je remercie Monsieur Platini. Il a mis sur pied une belle épreuve, même si notre objectif reste de participer à la Ligue des Champions. Ce n'est pas facile : dans chaque poule, on est confronté à deux clubs qui figurent parmi les 20 plus riches d'Europe. Chaque fois que nous nous qualifions pour cette épreuve, nous jouons donc pour la troisième place de notre poule. Si nous visons quand même la Ligue des Champions, c'est parce que la différence financière avec l'Europa League est conséquente.

En voyant ce que Genk vient de vivre en Ligue des Champions, souhaitez-vous la même chose à Anderlecht la saison prochaine ?

Je ne vais pas faire le procès de Genk mais il ne s'attendait pas à être champion et l'équipe alignée en Ligue des Champions était plus faible que celle qui avait été sacrée championne.

Vous attendiez-vous à être en tête tout en réussissant votre campagne européenne ?

Nous sommes quelque peu surpris. Il ne faut pas jubiler trop vite. L'AZ figure parmi l'élite néerlandaise, dans un championnat plus relevé que le nôtre. Mais nous n'avons jamais redouté les formations néerlandaises.

C'est pour cela que vous étiez un si fervent partisan de la Bénéligue !

Absolument ! J'ai soutenu ce projet qui a failli aboutir dans les années 1996 et 1997. Le véto d'un seul grand club néerlandais, Feyenoord, a fait capoter ce projet. Anderlecht et le PSV le soutenaient, l'Ajax a hésité avant d'accepter. En Belgique, tout le monde était d'accord même le Standard.

Défendriez-vous encore cette idée aujourd'hui si elle revenait sur la table ?

Je pense que le moment est passé.

Avez-vous encore des ambitions européennes ?

Beaucoup. Si Braga atteint la finale, pourquoi n'en serions-nous pas capables ? Anderlecht est plus fort que Braga.

Anderlecht est-il capable de remporter l'Europa League ?

Si vous m'aviez posé la question en début de saison, j'aurais répondu jamais. Maintenant, notre équipe compte des individus qui peuvent nous mener au sommet de l'Europa League.

Quels joueurs vous ont-ils surpris ?

Mbokani étonne tout le monde. Monaco et Wolfsburg l'avaient classé...

Comme Anderlecht...

Non. Il voulait jouer en équipe fanion mais l'entraîneur de l'époque voyait les choses autrement. Nous avons tenté de lui offrir un nouveau contrat mais en décembre de sa dernière année, il avait déjà signé au Standard. Nous avons mis tout en £uvre pour le récupérer cette fois.

Mbokani n'était pas facile, plus jeune.

Il ne l'est toujours pas ! Mais j'ai toujours admiré ses qualités : sa vitesse, sa touche de balle, son sens du but, sa détente. Il possède toutes les qualités requises pour un avant. Mbokani a-t-il des manquements ? Peut-être de constance. Il choisit ses matches.

Vous affrontez régulièrement des joueurs qui ont été formés ou qui ont émergé ici mais qui font le beau temps ailleurs. Mujangi-Bia, Batshuayi... Vous privilégiez toujours une certaine éthique interne, même à l'égard de grands talents.

L'éthique est importante. Anderlecht a toujours eu un code moral. Nous n'acceptons pas ni ne faisons certaines choses.

Qu'est-ce qui est permis ou ne l'est pas ?

Je ne fais pas aux autres ce que je ne voudrais pas qu'ils me fassent.

Il n'y a pas que Mbokani et Mujangi-Bia. Des tas de joueurs belges de D1 ont été formés à Neerpede.

Etre suffisamment bon pour la D1 n'est pas toujours assez pour Anderlecht. Il faut avoir l'ambition de devenir international, de jouer en Coupe d'Europe sous notre maillot.

Maarten Martens est un joueur-clef de l'AZ mais il n'était pas assez bon ici.

Là, nous éprouvons des regrets et nous allons essayer d'éviter ce genre de choses à l'avenir mais je suis sûr que d'autres joueurs de qualité nous quitteront encore. Il faut opérer des choix et parfois, ils sont erronés.

Avez-vous envisagé de racheter Dries Mertens ?

Nous nous sommes informés mais nous ne payons pas plus de 3,5 millions pour un joueur. Ruiz devait en coûter cinq, Mertens et De Bruyne de six à sept. Stop.

Verser six millions pour un joueur formé ici serait bizarre, non ?

Nous avons des jeunes que nous jugeons très bons mais qui partiront peut-être. Nous ne pouvons pas offrir de contrat à un jeune de moins de seize ans et son premier contrat ne peut excéder deux ans. Si nous trouvons qu'un jeune est vraiment très bon, nous ferons tout pour qu'il joue ici.

Luciano D'Onofrio

Avec Mbokani et Jovanovic, vous avez opté pour des éléments chevronnés qui jouaient à l'étranger. Avez-vous longuement hésité ?

Non car ils sont d'une qualité exceptionnelle. Normalement, transférer de tels talents chevronnés est impossible. Le salaire de Jova est élevé mais il rehausse le niveau de toute l'équipe.

Encore fallait-il être sûr qu'il soit encore motivé.

Je peux vous assurer que c'était le cas après son passage à Liverpool. On ne peut être certain qu'il conservera toujours sa soif de jouer mais pour le moment, c'est le cas.

Le suiviez-vous depuis longtemps ?

J'ai toujours eu un bon contact avec lui. J'ai apprécié son comportement dans nos matches difficiles. Quand nous sommes allés au Qatar, il s'y trouvait, par hasard, pour sa revalidation. Il n'était pas encore convaincu qu'Anderlecht lui conviendrait car il croyait toujours devenir l'attaquant numéro un de Liverpool.

Avez-vous eu recours à Luciano D'Onofrio pour le convaincre ?

Non.

Restez-vous en contact avec Luciano ?

Oui, mais je n'en dirai pas plus. Il connaît le football et il aurait pu apporter quelque chose à Anderlecht. J'ai le sentiment qu'il a été trop longtemps l'Ennemi et que le courant n'est pas passé avec les gens ici.

Il ne fera donc plus rien pour Anderlecht ?

Qui sait. Pour le moment, il n'y a rien.

Le considériez-vous comme un ami ?

Qui est un ami ? On peut compter ses vrais amis sur les doigts d'une main. Il n'en fait pas partie. Je m'entends bien avec lui parce que je considère qu'il s'y connaît en football et ces personnes m'ont toujours attiré.

Vous évoquez souvent votre succession. Quand commencerez-vous à vous en occuper ?

Ce thème me préoccupe. Je suis en train d'assurer l'avenir pour le jour où je ne serai plus là. Nous sommes une SA mais je peux toujours décider qui me succède car je possède toujours la majorité des parts.

Savez-vous qui vous succédera ?

J'ai mon idée mais je ne vous en dirai rien maintenant.

Avez-vous fixé un délai ?

Je ne démissionnerai pas demain mais je vais déléguer davantage. Si cela marche, je déléguerai à celui qui pourrait me succéder.

Anderlecht est une SA et on peut donc acheter ses actions. Imaginez qu'un riche Russe débarque et dise : " Puisque je ne peux pas acheter Monaco, donnez-moi Anderlecht. "

Je m'attends à ce que de tels personnages se présentent dans les années à venir.

Y réfléchirez-vous sérieusement ?

Jamais.

Que voulez-vous absolument atteindre encore ?

Un nouveau stade ou une arène rénovée.

La tendance est plutôt à l'ajout d'un anneau au stade existant.

En effet. Avec une capacité de 30.000 places.

Oseriez-vous encore fixer un délai ?

Non. Tout est programmé pour 2013, voire 2014 mais cela peut prendre une année de plus. Anderlecht est prêt à investir entre 40 et 50 millions d'euros pour ériger ce troisième anneau mais il n'en a pas l'autorisation. Si nous avons le permis demain, nous commençons immédiatement. Ce n'est pas l'argent mais le permis de bâtir qui pose problème. C'est typiquement belge. Il y a six ans, nous avons joué au NEC et j'ai admiré le stade. Ce soir-là, j'ai dit à feu Jeu Sprengers, l'ex-président de la fédé orange : " C'est déjà le cinquième ou le sixième stade bâti chez vous en quelques années. " Il m'a répondu : " Non, le 19e. "

Devez-vous faire placer de nouveaux parcmètres pour éviter une amende à vos supporters pendant les matches ?

C'est tout Bruxelles qui a un problème de parking. Il y en aura un de mille places sous le nouveau stade. Entretemps, il est difficile de convaincre les gens de laisser leur véhicule sur un grand parking. J'ai vraiment dû insister auprès d'amis pour qu'ils se parquent à l'hôpital Erasme et empruntent le métro pour venir !

Ariël Jacobs

Combien d'entraîneurs avez-vous usés depuis que vous êtes président ?

Un tous les trois ans, je crois.

Pourquoi Ariel Jacobs est-il toujours ici ?

Pourquoi changer d'entraîneur s'il travaille bien, obtient les résultats souhaités et si nos rapports sont bons ? J'ai toujours été partisan d'un entraîneur au long terme. Pour moi, Ariel Jacobs peut encore rester vingt ans. Mais la pression de l'extérieur est parfois si forte...

Cette pression peut-elle influencer votre gestion ?

Non. L'année dernière, il y avait une forte pression mais nous n'avons pas changé d'entraîneur.

Pourquoi le conservez-vous plus longtemps que les autres ?

Il a la même vision que moi. Je veux dire que quand nous avons un problème et que nous lui demandons comment le résoudre, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Cela n'a pas toujours été le cas dans le passé, avec d'autres entraîneurs. A mes yeux, Jacobs a l'approche qu'il faut.

On lui reproche pourtant de ne pas toujours jouer de manière dominante. N'est-il pas trop prudent pour Anderlecht ?

On peut parfois lui reprocher son cynisme et les déclarations à double sens qu'il destine à la presse mais c'est l'indice d'une forte personnalité.

Quand deviendra-t-il directeur technique ?

Soit on travaille comme en Angleterre, avec un entraîneur qui est le patron du club, soit comme en Belgique, avec un entraîneur responsable de l'équipe fanion. Chez nous, la gestion des transferts et des contrats fait partie des tâches du directeur général. Je n'ai pas besoin d'un entraîneur-manager car en Belgique, la direction reste proche du niveau de décision. Cela changera peut-être à l'avenir.

Parlez-vous souvent avec l'entraîneur ?

Au moins une fois par semaine. Il est libre de faire son travail, pour autant qu'il reste fidèle au style d'Anderlecht. Ces dernières années, il y a eu des problèmes. Nous tendions vers un football athlétique mais nous avons retrouvé notre marque de fabrique. Nous devons avant tout développer un beau football. De préférence en obtenant des résultats.

Vous avez été champions à plusieurs reprises mais les supporters n'étaient pas contents du spectacle offert. Depuis combien de temps n'aviez-vous plus apprécié un tel jeu de votre équipe ?

Cela remonte sans doute à l'époque d'Aimé Anthuenis, avec Radzinski et Köller. On n'avait plus vu un tel football depuis six ou sept ans.

Pouvez-vous imaginer ne pas être champion avec ce football-ci ?

Si nous pouvons préserver notre noyau, nous pouvons être champions.

Vous y êtes obligés si vous voulez être directement qualifiés pour la Ligue des Champions !

C'est notamment pour cela que nous avons consenti pareil effort pendant la période des transferts. Nous avons fait opérer Biglia pour qu'il soit prêt pour les play-offs et en janvier, nous n'avons laissé partir aucun pilier. Nous avons vraiment tout mis en £uvre pour être champions cette année.

Et si vous n'êtes pas champions et que vous ratez la Ligue des Champions ?

La Ligue des Champions peut assurer notre avenir. Sans elle, nous devrions effectuer un pas en arrière. Nous ne pourrions effectuer aucun transfert. Si nous sommes qualifiés, nous pouvons conserver nos joueurs si nous le voulons.

Vous parlez de Biglia et de Suarez.

Franchement, je pense qu'ils s'illustrent tellement qu'ils vont partir.

Vous devrez alors veiller à bien les remplacer.

Nous y travaillons déjà mais je n'en dirai pas davantage.

PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ HAMERS

" On peut parfois reprocher à Jacobs son cynisme et ses déclarations à double sens. "

" Sans la Ligue des Champions, nous devrions effectuer un pas en arrière "

Roger Vanden Stock sourit quand nous déposons un exemplaire de notre spécial championnat 1996-1997 sur la table. " Cela fait longtemps ! " Son bureau, sis au complexe rénové de Neerpede, offre une superbe vue sur les terrains où sont formés les jeunes talents mauves. En 1996, Roger a succédé à son père Constant à la présidence d'Anderlecht. Les temps étaient rudes pour le Sporting, si on lit les pronostics de notre spécial : " Pour la première fois depuis des années, Anderlecht n'entame pas le championnat en favori. Sur papier en tout cas, il n'a pas une équipe impressionnante. "Roger Vanden Stock : Le Club Bruges, sans doute ? Ah, la fameuse année du Lierse. Nous n'avions pas une très bonne équipe. Ce n'était pas une bonne équipe, donc ! L'héritage était lourd à porter aussi. Je le dis toujours : ces saisons-là, Pär Zetterberg nous a sauvés. Il était le moteur de l'équipe. C'est pour cela que je le soutiendrai toujours et que je l'ai repris. Jamais je n'oublierai ce qu'il a représenté pour nous durant ces difficiles années de transition. Anderlecht a eu peu de présidents. Si je veux perpétuer cette tradition, je dois encore rester en poste quatre ou cinq ans. Je ne veux pas nuire à la tradition. La continuité est un facteur essentiel. L'évolution du football de haut niveau. Il est devenu plus difficile de représenter quelque chose sur le plan international car d'autres pays ont progressé plus vite. En Belgique, nous devons être champions tous les deux ans en moyenne. Nous y sommes parvenus, avec six titres en 14 saisons. Je me souviens d'avoir pensé, lors de mon intronisation : - Aïe, Anderlecht n'a plus son image d'antan, il a trop peu de vedettes . A ce moment, j'étais heureux d'avoir Zetterberg, un footballeur qui continuait à rayonner l'image du Sporting. Si vous relisez d'anciennes interviews, vous remarquerez que mon objectif était de mettre sur pied un bon centre de formation et que, deux ans après ma nomination, j'ai dit que je préparais déjà ma succession. Le passage d'ASBL à SA est maintenant chose faite. Certaines choses prennent plus de temps que je ne le pensais, comme le centre d'entraînement et l'aménagement du stade ou la construction d'un nouveau stade. Pendant que ces dossiers traînaient, nous avons tenté de rester ancrés en Europe. C'est pour ça que j'ai immédiatement plaidé une réduction du nombre de clubs de D1. Non. Ce n'est pas la formule d'Anderlecht mais un compromis. J'ai toujours plaidé en faveur d'un championnat à 14. A chaque rencontre d'Europa League, je remercie Monsieur Platini. Il a mis sur pied une belle épreuve, même si notre objectif reste de participer à la Ligue des Champions. Ce n'est pas facile : dans chaque poule, on est confronté à deux clubs qui figurent parmi les 20 plus riches d'Europe. Chaque fois que nous nous qualifions pour cette épreuve, nous jouons donc pour la troisième place de notre poule. Si nous visons quand même la Ligue des Champions, c'est parce que la différence financière avec l'Europa League est conséquente. Je ne vais pas faire le procès de Genk mais il ne s'attendait pas à être champion et l'équipe alignée en Ligue des Champions était plus faible que celle qui avait été sacrée championne. Nous sommes quelque peu surpris. Il ne faut pas jubiler trop vite. L'AZ figure parmi l'élite néerlandaise, dans un championnat plus relevé que le nôtre. Mais nous n'avons jamais redouté les formations néerlandaises. Absolument ! J'ai soutenu ce projet qui a failli aboutir dans les années 1996 et 1997. Le véto d'un seul grand club néerlandais, Feyenoord, a fait capoter ce projet. Anderlecht et le PSV le soutenaient, l'Ajax a hésité avant d'accepter. En Belgique, tout le monde était d'accord même le Standard. Je pense que le moment est passé. Beaucoup. Si Braga atteint la finale, pourquoi n'en serions-nous pas capables ? Anderlecht est plus fort que Braga. Si vous m'aviez posé la question en début de saison, j'aurais répondu jamais. Maintenant, notre équipe compte des individus qui peuvent nous mener au sommet de l'Europa League. Mbokani étonne tout le monde. Monaco et Wolfsburg l'avaient classé... Non. Il voulait jouer en équipe fanion mais l'entraîneur de l'époque voyait les choses autrement. Nous avons tenté de lui offrir un nouveau contrat mais en décembre de sa dernière année, il avait déjà signé au Standard. Nous avons mis tout en £uvre pour le récupérer cette fois. Il ne l'est toujours pas ! Mais j'ai toujours admiré ses qualités : sa vitesse, sa touche de balle, son sens du but, sa détente. Il possède toutes les qualités requises pour un avant. Mbokani a-t-il des manquements ? Peut-être de constance. Il choisit ses matches. L'éthique est importante. Anderlecht a toujours eu un code moral. Nous n'acceptons pas ni ne faisons certaines choses. Je ne fais pas aux autres ce que je ne voudrais pas qu'ils me fassent. Etre suffisamment bon pour la D1 n'est pas toujours assez pour Anderlecht. Il faut avoir l'ambition de devenir international, de jouer en Coupe d'Europe sous notre maillot. Là, nous éprouvons des regrets et nous allons essayer d'éviter ce genre de choses à l'avenir mais je suis sûr que d'autres joueurs de qualité nous quitteront encore. Il faut opérer des choix et parfois, ils sont erronés. Nous nous sommes informés mais nous ne payons pas plus de 3,5 millions pour un joueur. Ruiz devait en coûter cinq, Mertens et De Bruyne de six à sept. Stop. Nous avons des jeunes que nous jugeons très bons mais qui partiront peut-être. Nous ne pouvons pas offrir de contrat à un jeune de moins de seize ans et son premier contrat ne peut excéder deux ans. Si nous trouvons qu'un jeune est vraiment très bon, nous ferons tout pour qu'il joue ici. Non car ils sont d'une qualité exceptionnelle. Normalement, transférer de tels talents chevronnés est impossible. Le salaire de Jova est élevé mais il rehausse le niveau de toute l'équipe. Je peux vous assurer que c'était le cas après son passage à Liverpool. On ne peut être certain qu'il conservera toujours sa soif de jouer mais pour le moment, c'est le cas. J'ai toujours eu un bon contact avec lui. J'ai apprécié son comportement dans nos matches difficiles. Quand nous sommes allés au Qatar, il s'y trouvait, par hasard, pour sa revalidation. Il n'était pas encore convaincu qu'Anderlecht lui conviendrait car il croyait toujours devenir l'attaquant numéro un de Liverpool. Non. Oui, mais je n'en dirai pas plus. Il connaît le football et il aurait pu apporter quelque chose à Anderlecht. J'ai le sentiment qu'il a été trop longtemps l'Ennemi et que le courant n'est pas passé avec les gens ici. Qui sait. Pour le moment, il n'y a rien. Qui est un ami ? On peut compter ses vrais amis sur les doigts d'une main. Il n'en fait pas partie. Je m'entends bien avec lui parce que je considère qu'il s'y connaît en football et ces personnes m'ont toujours attiré. Ce thème me préoccupe. Je suis en train d'assurer l'avenir pour le jour où je ne serai plus là. Nous sommes une SA mais je peux toujours décider qui me succède car je possède toujours la majorité des parts. J'ai mon idée mais je ne vous en dirai rien maintenant. Je ne démissionnerai pas demain mais je vais déléguer davantage. Si cela marche, je déléguerai à celui qui pourrait me succéder. Je m'attends à ce que de tels personnages se présentent dans les années à venir. Jamais. Un nouveau stade ou une arène rénovée. En effet. Avec une capacité de 30.000 places. Non. Tout est programmé pour 2013, voire 2014 mais cela peut prendre une année de plus. Anderlecht est prêt à investir entre 40 et 50 millions d'euros pour ériger ce troisième anneau mais il n'en a pas l'autorisation. Si nous avons le permis demain, nous commençons immédiatement. Ce n'est pas l'argent mais le permis de bâtir qui pose problème. C'est typiquement belge. Il y a six ans, nous avons joué au NEC et j'ai admiré le stade. Ce soir-là, j'ai dit à feu Jeu Sprengers, l'ex-président de la fédé orange : " C'est déjà le cinquième ou le sixième stade bâti chez vous en quelques années. " Il m'a répondu : " Non, le 19e. "C'est tout Bruxelles qui a un problème de parking. Il y en aura un de mille places sous le nouveau stade. Entretemps, il est difficile de convaincre les gens de laisser leur véhicule sur un grand parking. J'ai vraiment dû insister auprès d'amis pour qu'ils se parquent à l'hôpital Erasme et empruntent le métro pour venir ! Un tous les trois ans, je crois. Pourquoi changer d'entraîneur s'il travaille bien, obtient les résultats souhaités et si nos rapports sont bons ? J'ai toujours été partisan d'un entraîneur au long terme. Pour moi, Ariel Jacobs peut encore rester vingt ans. Mais la pression de l'extérieur est parfois si forte... Non. L'année dernière, il y avait une forte pression mais nous n'avons pas changé d'entraîneur. Il a la même vision que moi. Je veux dire que quand nous avons un problème et que nous lui demandons comment le résoudre, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Cela n'a pas toujours été le cas dans le passé, avec d'autres entraîneurs. A mes yeux, Jacobs a l'approche qu'il faut. On peut parfois lui reprocher son cynisme et les déclarations à double sens qu'il destine à la presse mais c'est l'indice d'une forte personnalité. Soit on travaille comme en Angleterre, avec un entraîneur qui est le patron du club, soit comme en Belgique, avec un entraîneur responsable de l'équipe fanion. Chez nous, la gestion des transferts et des contrats fait partie des tâches du directeur général. Je n'ai pas besoin d'un entraîneur-manager car en Belgique, la direction reste proche du niveau de décision. Cela changera peut-être à l'avenir. Au moins une fois par semaine. Il est libre de faire son travail, pour autant qu'il reste fidèle au style d'Anderlecht. Ces dernières années, il y a eu des problèmes. Nous tendions vers un football athlétique mais nous avons retrouvé notre marque de fabrique. Nous devons avant tout développer un beau football. De préférence en obtenant des résultats. Cela remonte sans doute à l'époque d'Aimé Anthuenis, avec Radzinski et Köller. On n'avait plus vu un tel football depuis six ou sept ans. Si nous pouvons préserver notre noyau, nous pouvons être champions. C'est notamment pour cela que nous avons consenti pareil effort pendant la période des transferts. Nous avons fait opérer Biglia pour qu'il soit prêt pour les play-offs et en janvier, nous n'avons laissé partir aucun pilier. Nous avons vraiment tout mis en £uvre pour être champions cette année. La Ligue des Champions peut assurer notre avenir. Sans elle, nous devrions effectuer un pas en arrière. Nous ne pourrions effectuer aucun transfert. Si nous sommes qualifiés, nous pouvons conserver nos joueurs si nous le voulons. Franchement, je pense qu'ils s'illustrent tellement qu'ils vont partir. Nous y travaillons déjà mais je n'en dirai pas davantage. PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ HAMERS" On peut parfois reprocher à Jacobs son cynisme et ses déclarations à double sens. " " Sans la Ligue des Champions, nous devrions effectuer un pas en arrière "