Marouane Fellaini aurait toutes les raisons d'en avoir marre des critiques. Tout le monde semble vouloir sa peau. Avant même son arrivée à Old Trafford, il avait été la cible de supporters, qui ne voyaient pas en lui un joueur digne du standing du club. Mais après le match contre le Bayern, ce fut un vrai festival de vacheries, chez les blogueurs, sur les réseaux sociaux ou dans la presse la plus réputée.
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Marouane Fellaini aurait toutes les raisons d'en avoir marre des critiques. Tout le monde semble vouloir sa peau. Avant même son arrivée à Old Trafford, il avait été la cible de supporters, qui ne voyaient pas en lui un joueur digne du standing du club. Mais après le match contre le Bayern, ce fut un vrai festival de vacheries, chez les blogueurs, sur les réseaux sociaux ou dans la presse la plus réputée. Le quotidien sportif espagnol AS a jugé sa prestation indigne d'une note, les Allemands du Bild lui ont décerné la moins bonne cote, un journaliste du Telegraph a même comparé Fellaini à un caniche errant sur la pelouse... Pas de quoi s'indigner, on connaît la férocité du milieu. Quand un joueur est à terre, c'est plutôt le pouce vers le sol qui fait la loi que les manuels de psychologie. Ces excès ne doivent pas nous faire oublier l'évidence : Fellaini, même s'il n'a pas été très en dessous de quelques autres joueurs de son équipe, a livré un match très fade, très incertain. Il a donné l'image d'un joueur désorienté, sans conviction, sans densité, dépassé par le rythme imprimé au match par le Bayern. Il n'a jamais été rapide, c'est vrai. Mais dans ses meilleurs moments, son jeu en mouvement, sa maîtrise des airs, la qualité de ses contrôles, la justesse et la simplicité de ses passes, compensaient cette faiblesse. Contre le Bayern, nous n'avons vu que le fantôme du héros d'Everton ; un fantôme qui a quand même couté 31,5 millions. On attendait beaucoup plus chez les Red Devils d'un joueur capable de courir 10 à 12 km par match, de poser le ballon au sol dans toutes les conditions : l'engagement physique, l'agressivité, la solidité, de quoi dynamiser le milieu de terrain contre les autres gros bras du championnat. Compte tenu des stats de sa saison passée à Everton, il semblait être une recrue incontestable : 35 tirs cadrés, 40 occasions créées pour ses partenaires. Avec 11 buts, il était le meilleur buteur d'Everton. C'est bien simple : Fellaini avait marqué à lui seul autant de buts que les 10 milieux de Man United réunis et gagné plus de duels aériens qu'eux tous aussi. Par comparaison aux chiffres de cette année, on croit rêver : Fellaini n'occupe que la 373e place du classement des joueurs les plus créatifs de la Premier League. 0 but, 0 passe décisive. Défensivement, il faut descendre à la 224e pour trouver son ombre. Le seul secteur où il brille c'est celui des fautes commises : 3e. La presse british n'a pas laissé passer ses crampons dans la cuisse de Yacob, le médian de WBA, ni le coup de coude à Zabaleta, lors du derby contre City, auquel elle a même tenté d'ajouter un crachat imaginaire. Pas de quoi pavoiser. Mais de là à déclarer que Marouane aurait atteint ses limites et son niveau d'incompétence à Manchester United, il y a un pas de géant que seules les bottes de sept lieues permettent à certains de franchir. Si on devait trouver des raisons à sa situation critique, on n'en manquerait pas : les multiples blessures dont il a été victime depuis son arrivée à Old Trafford, des douleurs au dos, à l'aine, aux ischio-jambiers, au poignet gauche, l'absence de préparation d'avant-saison avec ses coéquipiers, le peu de matches joués et, plus largement, la situation de son transfert. Arriver dans une équipe qui marche vous tire vers le haut, arriver dans une équipe en crise vous tire vers le bas. Si le joueur belge n'a pas encore trouvé sa place à Manchester United, c'est que les RedDevils se cherchent encore après le départ de Ferguson. Man U sans son légendaire manager, c'est un peu Tintin sans Hergé, les Beatles sans Lennon et McCartney. Le club a connu de très grands joueurs. Jamais leur départ n'a vraiment remis en cause les fondements de l'institution, car c'est Sir Alex qui donnait au club sa continuité, son esprit et son âme. Il a toujours su négocier les phases de jeu délicates de l'histoire du club, trouvé les joueurs pour remplacer les stars transférées ou en fin de carrière. A-t-il échoué en élisant David Moyes comme héritier ? Le "ChosenOne" serait-il une erreur de Ferguson, comme Marouane, celle de David Moyes ? C'est la question à laquelle la fin de saison apportera un début de réponse aux plus pressés. Les plus sages attendront la saison prochaine. Ce qui est évident, c'est que le destin de Fellaini est inséparable de celui de Moyes, l'homme à qui il doit tout, mais qui ne semble pas encore avoir de plan pour lui ou pour Manchester United. À Everton, il avait réussi à utiliser au maximum le potentiel du Belge, son physique, sa taille, son jeu de tête et de la poitrine, un domaine où il est sans rival. Fellaini, c'est le Messi du jeu aérien. Et ce potentiel, il pouvait l'exploiter sur toute la surface du terrain, dans tous les domaines : attaquant, soutien d'attaque, box to box ou milieu défensif. Quand les choses allaient mal, on jouait long et aérien sur Fellaini. On cherchait sa poitrine et sa tête, sur les touches, les corners, les coups francs... Rien de tel à Man U. Habitué à évoluer dans un collectif où la maîtrise du ballon est secondaire, le Bruxellois est passé dans une équipe où le jeu, plus intense, plus rapide, technique, repose, comme dans toutes les grandes équipes actuelles, sur une circulation de balle rapide et au sol. La bataille des airs est secondaire dans les grandes équipes. Privé de cet espace d'expression idéal, privé des airs, Fellaini, qui n'a rien d'un poète mais à qui on ne peut refuser le génie du look et une certaine grâce indolente, ressemble un peu à l'albatros de Baudelaire " Exilé sur le sol au milieu des huées ", maladroit, gauche, triste et comique à la fois. Le jeu du diable rouge ne serait-il pas traduisible en RedDevils ? Répondre affirmativement, ce serait oublier que le passage des Rouches de Liège aux Toffees n'a pas été tout sucre tout miel. On avait aussi alors douté de ses capacités, avant qu'il ne conquière par les airs le coeur des supporters d'Everton. À Manchester, Fellaini n'est qu'un élément de l'équation que doit résoudre Moyes. De notre côté, on fait confiance au Diable Rouge pour redevenir le Messi des nuées, comme dirait Baudelaire... au Brésil, le pays du jeu de poitrine. PAR AZIZ AIT HMAD - PHOTO: BELGAIMAGE