Il a fallu un rendez-vous manqué et une carte rouge pour que Darren Fletcher se fasse un nom. A 25 ans. Il était temps car jusqu'alors, il n'avait fait la une des magazines que lorsque sa copine avait été menacée au moyen d'un couteau par des voleurs introduits dans la maison du couple alors que le milieu disputait un match à Milan. Le rendez-vous manqué, c'est la finale de la Ligue des Champions contre Barcelone en mai dernier. La carte rouge, c'est celle reçue en demi-finale de la même compétition contre Arsenal.
...

Il a fallu un rendez-vous manqué et une carte rouge pour que Darren Fletcher se fasse un nom. A 25 ans. Il était temps car jusqu'alors, il n'avait fait la une des magazines que lorsque sa copine avait été menacée au moyen d'un couteau par des voleurs introduits dans la maison du couple alors que le milieu disputait un match à Milan. Le rendez-vous manqué, c'est la finale de la Ligue des Champions contre Barcelone en mai dernier. La carte rouge, c'est celle reçue en demi-finale de la même compétition contre Arsenal. Légère mais cruelle, cette carte lui permettait cependant de rejoindre Roy Keane et Paul Scholes, au panthéon des héros mancuniens sacrifiés. Eux aussi avaient raté la finale de 1999 à cause d'un carton... Pendant plusieurs jours, Manchester United allait essayer que l'UEFA laisse tomber la sanction. Mais pourquoi tout ce foin pour ce joueur, qui lors de ses cinq premières saisons à United, avait passé autant de temps sur le banc que sur la pelouse ? Parce qu'à 25 ans, il était devenu incontournable. C'est bien simple, lors de la saison 2008-2009, les sept défaites de Manchester coïncidèrent avec son absence. Cela méritait bien que Sir Alex se démène auprès de l'UEFA. Peine perdue. Et Manchester, comme prévu, s'inclina en finale face à Barcelone. Depuis, Fletcher a acquis une certaine aura auprès des supporters. Il ne lui manquait plus que de marquer un derby de son empreinte. Oubli réparé en septembre dernier lors d'un match d'anthologie remporté par United 4-3. Ce jour-là, Fletcher mit deux buts. Et en bon homme de l'ombre, il s'effaça face au héros du jour, Michael Owen, buteur dans les arrêts de jeu. Oublié de tous mais pas des fans purs et durs, Fletcher est vénéré. Et même dans sa lointaine contrée écossaise, lui qui est originaire du c£ur des Midlothian ! Depuis le mois d'août et la mise à l'écart de Barry Ferguson, il a récupéré le brassard de capitaine de la formation au chardon, devenant le plus jeune capitaine de la Tartan Army depuis John Lambie en 1886. Pourtant, tout ne coula pas de source pour cet Ecossais qui avait rejoint l'Académie mancunienne dès son plus jeune âge. Lorsqu'il débarqua en équipe première, certains le comparaient à David Beckham. Sans doute la coiffure : ni la technique, ni le charisme ne permettaient de faire un rapprochement. Même lointain. Ah si, il a débuté au poste de médian droit... Dans l'ombre du Spice boy, il dut longtemps se contenter des matches de Carling Cup et d'apparitions fugaces. En octobre 2005, Roy Keane, lors de la célèbre interview qui allait précipiter sa chute, avait même osé dire " Je ne sais pas pourquoi tous les Ecossais délirent sur Fletcher ! " Quelques jours plus tard, Fletcher, d'un coup de tête ravageur, donnait la victoire à United et mettait fin à la série impressionnante de 40 matches sans défaite du Chelsea de José Mourinho, qui venait de prendre 31 points sur 33. Aujourd'hui, Fletcher, c'est l'homme à tout faire qui sait tout faire. Polyvalent à l'extrême, arracheur de ballons mais pas seulement, passeur trois étoiles occasionnellement et puis infiltreur quand il faut... un peu un deuxième Scholes, travailleur invisible et génie oublié. Aujourd'hui, il est un pion important du système Ferguson : " Fletch est un joueur de grands matches ( A big game player). Son éclosion aux yeux du public et des journalistes a pris un certain temps mais nous savions quel niveau il pouvait atteindre. " " On ne sait pas si c'est à cause des blessures ou de son manque de glamour que la reconnaissance fut si lente à venir, mais depuis deux ans, je ne compte pas le nombre de supporters qui me disent que Fletch est le meilleur médian de Manchester ", a déclaré récemment l'ancien joueur Paddy Crerand. Fletcher, c'est aussi un anachronisme. Ferguson a bâti le mythe Manchester grâce à son centre de formation et à l'éclosion de la génération Gary Neville, Scholes, Ryan Giggs et Beckham. Aujourd'hui, avec Wes Brown et John O'Shea, Fletcher est le dernier représentant d'une Académie davantage utilisée comme atelier de finition pour jeunes pépites du monde entier. Fletcher, c'est enfin le symbole de l'après Cristiano Ronaldo. Alors que l'on prédisait le déclin des hommes de Ferguson, ils sont toujours au rendez-vous. Pour compenser la perte de CR7, le manager écossais a demandé à ses médians de travailler encore plus et Fletcher l'a fait... par stéphane vande velde - photo:belga"En 2008-2009, Manchester s'inclina lors de chacune de ses absences."