Renard qui trotte, vaut mieux que Lyon qui dort. Depuis 2010, et une demi-finale de Ligue des Champions perdue contre le Bayern, l'OL avait quelque peu disparu des radars européens. Champion de France sept fois d'affilée de 2002 à 2008, le club rhodanien a connu la fin de son cycle doré, époque Sonny Anderson-Juninho, pour doucement rentrer dans le rang. Mais son président Jean-Michel Aulas, entrepreneur local qui a fait remonter le club en D1 en 1989, avait préparé le coup pour que son Lyon rugisse encore.
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Renard qui trotte, vaut mieux que Lyon qui dort. Depuis 2010, et une demi-finale de Ligue des Champions perdue contre le Bayern, l'OL avait quelque peu disparu des radars européens. Champion de France sept fois d'affilée de 2002 à 2008, le club rhodanien a connu la fin de son cycle doré, époque Sonny Anderson-Juninho, pour doucement rentrer dans le rang. Mais son président Jean-Michel Aulas, entrepreneur local qui a fait remonter le club en D1 en 1989, avait préparé le coup pour que son Lyon rugisse encore. " L'OL est un club qui a pour vocation de toujours être dans le top 5 des clubs français, voire européens ", avait-il assuré dans le magazine Entreprendre, à l'aube de la saison 2014-2015. " Le business modèle du foot a changé de façon générale. Nous avons anticipé cette évolution afin d'accéder au niveau des meilleurs clubs européens en définissant une stratégie sur trois axes. " Un plan d'attaque où JMA (son surnom en France, ndlr) dézone pour marquer la refonte du club en profondeur. " D'une part, la formation qui permet donc de façonner puis d'intégrer dans le groupe professionnel un certain nombre de joueurs grâce à notre propre académie. "La formation peut être un moyen de construire une équipe solide à bas coût et Aulas a pris conscience du vivier que constitue sa région. Karim Benzema, Loïc Rémy ou Hatem Ben Arfa - déniché pour sa part dans le bassin parisien -, tous sont passés par Tola-Vologe, le centre d'entraînement de l'OL. Si bien que, depuis plusieurs années, le centre de formation lyonnais se place sur la plus haute marche française et parmi les meilleurs au niveau européen. Dans l'un de ses rapports hebdomadaires, le CIES (Centre International d'Étude du Sport, ndlr) révélait en octobre 2014 que Lyon était le quatrième plus gros fournisseur de joueurs dans les cinq grands championnats, juste derrière le Real Madrid, Manchester United et Barcelone. La saison passée, sur ses 33 joueurs, 15 avaient été formés au club - personne ne fait mieux dans le Big 5 -, dont 8 titulaires potentiels. Et alors qu'on leur prédisait une saison de ventre mou, après les départs de Bafétimbi Gomis et Jimmy Briand notamment, les Baby Gones ont réalisé l'une de leurs meilleures saisons post-hégémonie pour jouer les dauphins du PSG. Alexandre Lacazette a fini Pichichi (27 goals), Nabil Fekir (13 buts, 9 assists) a explosé les contours de l'Hexagone et Clinton Njie est progressivement monté en puissance avant d'être vendu 17 millions (14 + 3) à Tottenham. Car si l'objectif premier est d'utiliser les pépites locales, Aulas ne se prive pas non plus de les transformer en valeur marchande. " Le second axe ne concerne pas la dimension humaine, mais la représentation et la dimension de spectacle. Nous avons investi et construit une structure qui est bien plus qu'un simple stade. Il s'agit en effet d'un parc multi-loisirs ouvert 365 jours par an avec, à l'intérieur, un stade de 60.000 places dont on est propriétaire à 100 %. " Par " parc multi-loisirs ", comprendre : deux hôtels, un centre commercial, un centre de loisirs, un musée, une clinique sportive, une salle de fitness, des bureaux, un wi-fi gratuit dans toute l'enceinte et plus de 30 événements par an. Rien que ça. Le " Grand Stade ", dont le naming reste en balance mais devrait rapidement être annoncé, constitue donc bien plus qu'une enceinte. JMA s'est inspiré des modèles américains, qu'il a pu apprécier via sa société d'éditeur de logiciels Cegid, pour créer " OL Land ". Il gère le chantier - pensé en 2007 mais lancé en 2012 pour se terminer début 2016 - via la holding " OL Groupe ", qui s'occupe du club et en a fait la première écurie française cotée en Bourse. C'est justement le coût élevé de cette construction, de plus de 400 millions d'euros, qui a amené une période de transition sportive, poussant Aulas à miser sur ses jeunes. Mais avec ses nouvelles infrastructures, JMA doit assurer le spectacle. Pour remplacer le flop YoannGourcuff, il a ainsi fait rapatrier l'expérimenté Mathieu Valbuena et le défenseur de la Roma, Mapou Yanga-Mbiwa. L'objectif est de faire doubler le nombre d'abonnés, qui stagne aujourd'hui aux alentours des 13.000, pour réaliser un chiffre d'affaire de presque 200 millions d'euros par an, hors vente de joueurs, soit 80 de plus que les années précédentes. " Le troisième axe consiste à développer un certain nombre de valeurs autour de ce dispositif. Des valeurs telles que la pérennité, l'ouverture et la transparence. Le fait d'avoir développé dans cet axe stratégique une équipe féminine apporte des valeurs complémentaires à cet ensemble. " L'OL constitue l'exact opposé du modèle financier du PSG. Si le projet parisien est fondamentalement tourné vers l'étranger, via des revenus commerciaux provenant du Qatar, celui des Lyonnais s'articule autour du couple formation-exploitation d'un stade dont il est propriétaire et dont il va tirer ses propres bénéfices. Et quand le PSG recrute à l'international, Lyon prospecte local et se veut fournisseur officiel de l'équipe de France. Hugo Lloris, ChristopheJallet, MaximeGonalons, ClémentGrenier, Valbuena, Fekir, Benzema, Lacazette et AnthonyMartial sont tous d'anciens ou nouveaux Lyonnais régulièrement appelés par Didier Deschamps. JMA s'est attelé à développer une marque " OL " étiquetée " formation à la française ", par et pour la France. Lyon aspire désormais à détrôner le PSG. Dans un autre domaine ou les deux entités se tirent la bourre, l'équipe féminine de l'Olympique Lyonnais a suivi le chemin des hommes pour être sacrée championne de France depuis neuf années consécutives et remporter la C1 en 2011 et 2012. Voilà un autre moyen pour Jean-Michel Aulas de promouvoir sa marque à l'international, en encourageant le développement du foot féminin avec, probablement, une nouvelle inspiration soufflée par le vent d'outre-Atlantique. Preuve aussi qu'un Lyon a toujours besoin de ses lionnes. Pour chasser le Buffalo ? PAR NICOLAS TAIANA - PHOTO BELGAIMAGE