La morale sportive est sauve: le match retour de Coupe entre La Louvière et le Standard se jouera au Tivoli et les Loups conservent ainsi des chances raisonnables de qualification après la défaite de Sclessin. Filippo Gaone avait imaginé d'organiser cette rencontre à Charleroi: les politiciens carolos ont conclu que c'était impossible. Le président louviérois évoqua ensuite la possibilité de disputer ce retour sur le terrain du Standard: l'Union Belge a expliqué que les règlements de la Coupe ne permettaient pas la tenue des deux matches dans le même stade. Gaone parla aussi d'un déménagement à Genk: combien de supporters se seraient-ils déplacés là-bas quand on sait qu'il n'y avait guère plus de 400 fans des Loups à Sclessin?
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La morale sportive est sauve: le match retour de Coupe entre La Louvière et le Standard se jouera au Tivoli et les Loups conservent ainsi des chances raisonnables de qualification après la défaite de Sclessin. Filippo Gaone avait imaginé d'organiser cette rencontre à Charleroi: les politiciens carolos ont conclu que c'était impossible. Le président louviérois évoqua ensuite la possibilité de disputer ce retour sur le terrain du Standard: l'Union Belge a expliqué que les règlements de la Coupe ne permettaient pas la tenue des deux matches dans le même stade. Gaone parla aussi d'un déménagement à Genk: combien de supporters se seraient-ils déplacés là-bas quand on sait qu'il n'y avait guère plus de 400 fans des Loups à Sclessin? Le bon sens sportif l'a donc emporté. Et Gaone pourrait même sortir grand gagnant de ces événements. Le conseil communal de La Louvière a étudié, ce lundi, un projet de rénovation complète du Tivoli. Une conséquence des multiples coups de gueule du président? Peut-être. Gaone ne s'est en tout cas pas privé, depuis que le tirage a désigné les Rouches pour croiser la route des Loups: "On se fout de notre gueule en nous obligeant à jouer dans des installations pareilles (...) Je ne suis qu'un étranger ici et on me le fait payer (...) Les politiciens de La Louvière préfèrent investir dans une piscine olympique: je ne comprends rien (...) En tant que contribuable, j'ai moi-même trinqué pour le stade de Charleroi".Gaone est un chaud et, depuis le retour de la RAAL en D1, il a plusieurs fois dérapé dans ses déclarations. Mais il a à coup sûr raison sur un point: il est urgent de placer les salariés du club, les spectateurs et la presse dans de meilleures conditions de travail et de confort. Un bref tour du propriétaire souligne toute l'urgence de la situation.Le Tivoli, c'est ceci...Les parkings. Quels parkings? Quelques dizaines de places sont réservées à des privilégiés, devant l'entrée principale du stade, sur un terrain jouxtant le complexe d'entraînement et dans une rue contiguë. Tous les autres spectateurs doivent se rendre à l'hôpital distant de plus de 500 mètres ou faire jouer leur sens de l'orientation pour trouver une place pas trop loin du Tivoli. Les tribunes et gradins. La seule tribune assise compte 2.200 places. Les gradins derrière les buts, dont les occupants sont déjà handicapés par la présence de la piste d'athlétisme, ne sont pas couverts. Et on ne peut s'empêcher de penser au vieux Heysel quand on voit des marches en mauvais état. Le bureau du manager. Neuf mètres carrés. Une table, un siège pour Roland Louf, un autre pour le visiteur potentiel. C'est tout. "En Belgique, il ne doit plus y avoir que quelques ministères aussi bien... sous-équipés que nous", note l'occupant. Le secrétariat. Environ 16 mètres carrés sur lesquels il a fallu disposer un bureau, une table pour réunions, des ordinateurs, un scanner, une imprimante, une photocopieuse, un frigo...et un secrétaire qui signale logiquement que son espace vital est plutôt réduit. La billetterie. Même topo et pas de salle d'attente. Aux heures de pointe, il faut accepter l'éventualité de faire la file sur le trottoir, par tous les temps. Le couloir principal. Parallèle à une ligne de touche, il fait toute la longueur de la tribune assise mais sa largeur ne dépasse pas deux mètres. Il est particulièrement sinistre. Les vestiaires. Difficile d'y caser les 24 joueurs pros du club. Les visiteurs sont encore moins gâtés. Le manque d'eau chaude est monnaie courante. La salle des joueurs. Le décor se résume à deux longues tables. Aucun confort. Les locaux de rangement (matériel pour les joueurs, la Croix-Rouge, etc). Ah, les joies de la technique de la mansarde... Attention la tête! Les sanitaires. A l'image du reste des installations. Un dirigeant nous a confié: "Quand j'emmène ma femme aux matches, je lui conseille de passer au petit endroit avant de monter dans la voiture"... Les buvettes. Vite saturées. La tente VIP. Installée devant le stade, elle s'illustre, les soirs de match, par une moyenne de trois pannes de courant à l'heure. La tribune et la salle de presse. Les journalistes doivent arriver tôt, lors des gros matches, s'ils veulent une place assise dans la tribune qui leur est réservée. Et ils sont obligés de se partager les rares prises téléphoniques, fixées à un toit en tôle du plus mauvais effet. La Louvière perd de l'argent lors de chaque match à domicile!Il n'y a pas de miracle. Ce stade, vieux d'une trentaine d'années, n'a entre-temps subi que des semblants de lifting. Il fut inauguré en février 1972 à l'occasion d'un match de D2 entre La Louvière et Charleroi. A l'époque, les relations entre le club et la Ville étaient déjà particulièrement compliquées. Les premiers travaux d'aménagement (drainage du terrain) avaient débuté...20 ans plus tôt. Lors du tout premier match, il y avait 18.000 spectateurs, dont certains dans des arbres et d'autres sur le toit de la tribune debout. Par la suite, on avait même augmenté le nombre de places au moyen de gradins fabriqués en bois de charpente. L'évolution des normes de sécurité a entre-temps amené la capacité maximale du Tivoli à 9.900 places.Le projet aujourd'hui défendu par les autorités communales prévoit la rénovation du stade en plusieurs phases. Le Tivoli new-look compterait 10.000 places, dont 5.300 assises. Mais la fin des travaux, s'ils ont lieu, n'est pas pour demain. Le plan a été proposé en début de semaine à l'ensemble du conseil communal. Il doit à présent passer par la Région Wallonne, sollicitée pour financer 60% du coût total des travaux (5,5 millions). La Ville assumerait le reste. Gaone, à qui la Ville avait refusé de vendre le site du Tivoli il y a une quinzaine d'années, veut y croire mais ne s'emballe pas. "Notre bourgmestre fait tout ce qu'il peut, mais pas tout ce qu'il veut parce qu'il n'est pas nécessairement entouré de politiciens qui ont envie de nous offrir un nouveau stade", lance-t-il. "La Région risque fort de dire à nos élus qu'ils ont déjà reçu suffisamment d'argent pour le sport. Et, même si elle accepte le principe d'un financement partiel, il faudra encore que le solde soit inscrit dans le budget communal 2004 pour qu'on ait une chance d'avancer. Après cela, seulement, il y aurait les adjudications. Combien de temps tout cela va-t-il prendre? Je rappelle que, la licence européenne avec l'obligation d'avoir 5.000 places assises, c'est pour 2004-2005".En attendant les grandes décisions, La Louvière perd de l'argent lors de chaque match à domicile. La semaine dernière, il y avait près de 10.000 spectateurs au match de Coupe à Sclessin. Gaone fait ses comptes: "A 30 euros la place en moyenne, ça fait beaucoup d'argent. La recette du retour n'aura rien à voir. Le prix moyen pour un billet dans la tribune des visiteurs lors de nos gros matches de championnat, c'est 10 euros. Avec le confort que nous leur offrons, nous ne pouvons pas leur demander plus. Et comment séduire des sponsors quand on est incapable de les accueillir dans des conditions décentes? Nous avons la tente sur le parking, mais nous devons tout payer: la tente elle-même, l'aménagement, les cuisines, etc. Aussi longtemps que nous ne bénéficierons pas d'autres conditions de travail, ce club perdra de l'argent chaque saison. Même sans faire de conneries dans les transferts".Roland Louf ajoute, sur le thème du courage des spectateurs du Tivoli: "Quand il pleut, il faut venir avec son kit de survie. Les bottes, l'imperméable et tout ce qui va avec"."Mons et Charleroi nous font des appels du pied"Quelle que soit la décision finale des politiciens de la Ville et de la Région, il est plus que probablement impossible qu'un Tivoli conforme soit prêt dans un peu plus d'un an. Les Loups devront-ils dès lors accepter un déménagement provisoire? Le président craint que cela décourage encore un peu plus les supporters, moins nombreux cette saison que l'année dernière alors que l'équipe n'a jamais vécu un championnat aussi tranquille depuis son accession à la D1. "Je serai obligé d'étudier toutes les possibilités", avoue Gaone. "Charleroi et Mons nous font des appels du pied plus que pressants pour envisager des synergies qui risquent de ne pas se limiter à un partage de stade. Leurs dirigeants m'ont déjà demandé pourquoi je m'obstinais alors que je ne recevais aucun soutien. J'aime être chez moi, mais si je ne peux plus y rester, j'irai voir ailleurs. Même si, à ce moment-là, je serais terriblement déçu de devoir laisser tomber un club pour lequel je me bats depuis 15 ans. Il y a aussi des possibilités de déménagement sans fusion: plusieurs villes de la région possèdent des installations déjà convenables et ne demandent qu'à nous accueillir".Roland Louf apprécie que les choses bougent enfin au niveau communal mais pense plus loin que le projet en cours. "La Ville signale qu'elle nous a consacré 4 millions d'euros depuis la montée en D1. Elle envisage maintenant, avec la Région, un financement de 5,5 millions. Cela fait près de 10 millions: pourquoi n'a-t-on pas imaginé un tout nouveau stade avec une somme pareille? Même si le projet actuel se concrétise, nous serons toujours en plein centre-ville avec une pelouse entourée d'une piste d'athlétisme. On aurait pu délocaliser et faire quelque chose d'entièrement nouveau avec 10 millions. Un stade facilement accessible, sécurisé, avec des parkings. Mais, surtout, intégré dans un projet économico-sportif: un centre commercial, des bureaux, des logements, un complexe omnisports et tout le produit foot de la RAAL, avec notamment notre école de jeunes. Au lieu de cela, il y aura la piscine à gauche, le stade à droite et nos jeunes dans les pâtures de Strépy-Bracquegnies, à 25 km d'ici. Le nouveau projet est déjà dépasséparce qu'on n'a pas compris qu'un stade de foot ne pouvait plus être rentable s'il n'était pas construit sur un site interactif. Le produit foot ne se suffit plus à lui-même". Pierre Danvoye"J'aime être chez moi mais je pourrais aller voir ailleurs" (Filippo Gaone)"Pour ne pas être dépassé, un stade doit être interactif" (Roland Louf)