Ce week-end, un seul nom sera sur toutes les lèvres : celui de Philippe Gilbert. Sur un parcours dessiné par son frère Christian, le leader de Silence-Lotto partira favori du championnat de Belgique qui se déroulera chez lui à Aywaille. " Philippe connaît chaque coin, chaque route de la région ", dit Dirk Dewolf, autrefois vainqueur sur ces mêmes routes de Liège-Bastogne-Liège et aujourd'hui un des directeurs sportifs de Silence-Lotto.
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Ce week-end, un seul nom sera sur toutes les lèvres : celui de Philippe Gilbert. Sur un parcours dessiné par son frère Christian, le leader de Silence-Lotto partira favori du championnat de Belgique qui se déroulera chez lui à Aywaille. " Philippe connaît chaque coin, chaque route de la région ", dit Dirk Dewolf, autrefois vainqueur sur ces mêmes routes de Liège-Bastogne-Liège et aujourd'hui un des directeurs sportifs de Silence-Lotto. " On parle de connaissance de terrain mais dans un circuit de 17 tours, les autres coureurs connaissent aussi bien le parcours après deux boucles ", nuance cependant le journaliste de la RTBF Radio, Sébastien Georis. A Aywaille, il devra faire face à la pression. D'autres outsiders comme Stijn Devolder, Serge Pauwels ou Kevin Seeldraeyers pourraient en profiter. Dewolf : " Gilbert sera favori et pour cette raison, on sait que ce sera à notre équipe de contrôler la course, avec Quick Step et Topsport Vlaanderen. Les coureurs esseulés comme Pauwels ou Jurgen Van Goolen pourront subir. Mais nous ne leur laisserons pas beaucoup de libertés car ils sont capables de démarrer dans la dernière côte. " Reste alors le caractère de Gilbert pour faire la différence. Contrairement à un Tom Boonen, Gilbert n'attendra pas la fin de course pour attaquer. " On lui a inculqué cette mentalité d'attaquant ", continue Dewolf. " Même quand il y avait cinq coureurs d'une autre formation dans le groupe de tête, je lui disais d'essayer de ne pas devenir un profiteur et d'apprendre à lire la course. Souvent, cela ne rapporte rien. C'est un coup dans l'eau mais parfois cela marche, comme lors de sa victoire d'étape au récent Tour d'Italie. Il est parti à 1,6 km du but alors que cela semblait impossible. " Pour Dewolf, Gilbert dispose des deux atouts : " Attaquant et tacticien, mais dans un championnat, tu dois encore davantage penser à la tactique. Chez les jeunes, Gilbert a appris à devenir un coureur de championnat. Regardez les classements lors des trois dernières années : Deuxième à Anvers, troisième à Renaix derrière Devolder et Boonen, et l'année passée, il a encore placé un démarrage dans le dernier kilomètre. "" Dans un Grand Tour, c'est toujours le cas avec moi ", expliquait Gilbert le soir de sa victoire à Anagni. " J'alterne entre bonnes et mauvaises sensations. Je préfère donc toujours les courses d'un jour. Je me suis donc économisé lors des dernières étapes. "Il lui manquait la cerise sur le gâteau. Ce succès pour ne lui donner aucun regret sur son printemps. Il est tardif, mais il est arrivé sous la forme d'une victoire d'étape au Giro. Avec une classique d'envergure, son printemps aurait été pleinement réussi. Les accessits n'ont pas manqué : podium au Tour des Flandres, quatrième place à Liège-Bastogne-Liège et à l'Amstel Gold Race. " Nous voulions des bons résultats dans les classiques du printemps et une victoire d'étape au Giro ", dit Dewolf, " C'est chose faite. Le championnat de Belgique n'est pas une obsession mais Philippe ne le laissera pas filer. Mais son principal objectif reste le championnat du monde. Ce parcours a été tracé pour lui. Après le championnat de Belgique, il effectuera donc une pause avant de reprendre à la Vuelta pour préparer son but ultime. " Or, comme peu de coureurs savent garder leur fraîcheur en disputant les trois grands tours, Gilbert fera l'impasse sur la Grande Boucle. " Peu de coureurs peuvent faire un podium au Tour des Flandres et à Liège-Bastogne-Liège ", analyse Georis. " Il a certes terminé 4e à la Doyenne mais derrière Davide Rebellin, et on sait ce qu'il est advenu à l'Italien, contrôlé positif lors des Jeux Olympiques à Pékin. A son âge et avec son profil, c'est très bon. D'autant plus qu'il a franchi un cap dans les deux épreuves. Pour la première fois, il a tenu un rôle d'acteur à Liège-Bastogne-Liège. D'habitude, il attaque mais beaucoup plus tôt. Et puis, sa victoire au Giro montre qu'il a très bien géré son printemps. " " Il a de la classe mais il travaille beaucoup ", lâche Dewolf. " Sans se plaindre. Pour Philippe, je suis bien plus exigeant que pour les autres jeunes de l'équipe. Il n'accepte pas trop les heures d'entraînement avec ordinateur. Nous travaillons donc selon les anciennes méthodes, davantage à l'instinct. De longues heures d'entraînement. Après son abandon à Paris-Nice, il a suivi durant dix jours un schéma d'entraînement spartiate. Et je le voyais s'améliorer de jour en jour. Leif Hoste peut également s'entraîner de cette manière mais moins sur la longueur. On veut améliorer sa fréquence de pédalage. S'il pouvait aborder la côte du championnat de Belgique avec deux dents de différence sur les autres, cela les userait. Cela a déjà porté ses fruits. C'est grâce à sa souplesse qu'il a remporté son étape du Giro et en parvenant à conserver cette fréquence de pédalage, il accompagnerait Devolder au Tour des Flandres et Andy Schleck à Liège-Bastogne-Liège. " " Son déménagement à Monaco lui a fait énormément de bien sur le plan sportif ", argumente Georis. " D'autant plus que la Belgique a connu un hiver rude. Là-bas, il a des parcours plus accidentés comme cadre d'entraînement et une météo plus favorable. Le travail en côte lui a été profitable. "" L'année passée, lorsqu'il évoluait à La Française des Jeux, c'était parfois frustrant pour lui de se retrouver esseulé dans le final de la course ", explique Dewolf. Après plusieurs années dans la même équipe, Gilbert aspirait à retrouver la Belgique. " Nous voulions construire une équipe autour de lui ", explique Marc Madiot, le directeur sportif de la FDJ. " On aurait même pu trouver un financement pour son contrat mais je pense que la volonté d'un retour en Belgique était trop forte. Un peu comme quelqu'un qui rêve de devenir prophète en son pays. " Pourtant, l'équipe Silence-Lotto est complètement passée à côté de son printemps. Des luttes d'influence ont secoué la formation belge. " Du point de vue sportif, le changement d'équipe ne lui a rien apporté ", dit Georis. " Il a terminé troisième du Tour des Flandres mais sans soutien réel ". " Ce qu'il a fait cette saison, il aurait pu le réaliser chez nous ", corrobore Madiot. " Chez Lotto, il y a de la qualité mais de nombreux équipiers roulent d'abord pour eux. Et il n'a pas un meilleur suivi, ni un meilleur matériel. "Ses soucis physiques (recherche d'une meilleure position sur le vélo) l'ont également freiné en début de saison. Gilbert voulait certainement changer d'air mais il s'imaginait certainement être mieux encadré. par stéphane vande velde - photos: tim de waele