Le milieu de terrain de La Gantoise, NasredineKraouche, est le seul joueur évoluant en Belgique qui figure dans l'équipe algérienne appelée à défier les Diables Rouges, ce soir. Il aurait pu prendre place dans le charter de la délégation belge pour se rendre à Annaba mais, rassemblement oblige, il s'est envolé lundi vers Alger, au départ de Paris, pour rejoindre le groupe de GeorgesLeekens et partir, hier, vers la cité balnéaire où se disputera le match.
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Le milieu de terrain de La Gantoise, NasredineKraouche, est le seul joueur évoluant en Belgique qui figure dans l'équipe algérienne appelée à défier les Diables Rouges, ce soir. Il aurait pu prendre place dans le charter de la délégation belge pour se rendre à Annaba mais, rassemblement oblige, il s'est envolé lundi vers Alger, au départ de Paris, pour rejoindre le groupe de GeorgesLeekens et partir, hier, vers la cité balnéaire où se disputera le match. Il est habitué à ce genre de voyages. "J'ai dépassé le cap des 30 sélections. En Afrique, cela peut aller très vite. Je fais partie de l'équipe nationale depuis près de quatre ans. J'ai disputé mon premier match à Tunis à l'âge de 18 ans. Depuis lors, j'ai eu l'occasion de participer à deux Coupes d'Afrique des Nations: au Ghana en 2000 et au Mali en 2002".Mais avec des résultats mitigés. "Le football algérien est à la recherche de son passé", reconnaît-il. "La dernière participation à une Coupe du Monde remonte à 1986, au Mexique. Depuis lors, c'est la traversée du désert. Les succès se font attendre. Ces derniers temps, nous commençons toutefois à retrouver un peu de couleur dans notre jeu".En attestent, quelques performances probantes en matches amicaux. Comme cette défaite 1-0 au Stade de France, dans une rencontre qui a surtout marqué les esprits pour l'envahissement de terrain qui s'en est suivi, et ce partage blanc forgé au Stade Roi Baudouin, juste avant le départ des Diables Rouges pour la Coupe du Monde.Comme pour la plupart des Algériens, le match au Stade de France était spécial. "Je suis né dans l'Hexagone, à Thionville plus précisément, entre Metz et le Grand-Duché de Luxembourg. C'était une rencontre-symbole, liée à la campagne d'intégration. C'était la première fois qu'un France-Algérie était organisé depuis l'indépendance. Tout un contexte historique se reflétait dans ce qui était davantage qu'un simple match de football. Ce devait être une fête. L'envahissement de terrain l'a ternie. J'ai eu peur, je l'avoue. Je pensais être en sécurité sur la pelouse et j'ai réalisé que ce n'était pas du tout le cas. La plupart de ces gens étaient des Algériens de France, mais on ne sait jamais si un trublion ne pouvait pas profiter de l'occasion pour s'immiscer dans la foule et tenter un mauvais coup. En outre, ce match s'est disputé durant la période qui suivait les attentats. Alors, on peut tout imaginer. Le match au Stade Roi Baudouin m'a moins marqué. Pourtant, pour l'Algérie, ce 0-0 était un résultat inespéré. Nous ne nous attendions pas à résister jusqu'au bout. Ce semi-échec avait plongé les Diables Rouges dans le doute. Heureusement pour eux, ils ont conquis une victoire historique à Paris, trois jours plus tard, ce qui les a regonflés à bloc pour la Coupe du Monde. Un exploit énorme qui a sans doute provoqué un autre déclic -mais dans le sens négatif - chez les Français. S'ils ont raté leur Coupe du Monde, c'est peut-être un peu à cause des Diables Rouges".Chauffeur de bus, direction la mineNasredine Kraouche possède la double nationalité franco-algérienne. "Comme j'ai vu le jour en France, j'ai obtenu la nationalité française à la naissance. J'ai aussi demandé la nationalité de mes parents. A 18 ans, j'ai choisi mon pays de football. J'ai opté pour celui de mes géniteurs. Par opportunité sportive, mais aussi par respect de mes aïeux. Je sais d'où je viens. Mon père était chauffeur de bus. Il conduisait les ouvriers à la mine. Comme tant d'autres, il avait émigré en France pour gagner sa vie. Nous étions huit enfants à la maison. J'ai cinq frères et deux soeurs. Tous mes frères sont footballeurs. Le cadet a 17 ans. Il a joué à Metz et combine désormais ses études avec le football dans un plus petit club. Il est assez doué. L'une de mes soeurs joue au basket. Chaque week-end, toute la famille se déplaçait d'un stade à l'autre. Aujourd'hui, je suis conscient de vivre un rêve. J'ai une chance extraordinaire de pratiquer l'un des plus métiers du monde. J'habite toujours en France, près de Lille. Pendant une année, j'occupais un appartement dans le centre de Gand, mais comme je ne parle pas le néerlandais, je me sens plus à l'aise en France, qui n'est jamais qu'à une bonne demi-heure de route".ZinedineZidane est un autre Français d'origine algérienne, mais il a choisi l'autre camp. Que représente-t-il pour un joueur comme Nasredine Kraouche? "Curieusement, il n'a pas été mon idole. J'ai toujours eu un faible pour Marco van Basten. Il a marqué ma jeunesse. Par les gestes qu'il exécutait sur le terrain, mais aussi par son comportement et sa disponibilité. Il était toujours fair-play et laissait apparaître une classe naturelle. Il répondait posément aux journalistes et ne refusait jamais un autographe à ses fans. Ce sont des détails auxquels je suis sensible. Pour en revenir à Zinedine Zidane, je pense qu'il a écouté la voix de la raison en optant pour le pays qui pouvait lui offrir les plus belles satisfactions sportives. Et cela, même si le coeur lui dictait éventuellement d'opter pour l'Algérie. Lorsqu'on voit son palmarès, on ne peut pas lui donner tort". L'Algérien est fierNasredine fait partie de ces gens élevés dans deux cultures différentes. Lorsqu'il retourne en Algérie, il ne s'y sent pas totalement étranger, mais pas totalement autochtone non plus. "C'est un sentiment partagé. Mes racines sont algériennes. En revêtant le maillot de l'équipe nationale algérienne, j'ai toujours une pensée pour des origines dont je suis fier. Mais je suis aussi confronté à une autre culture, une autre mentalité. L'Algérien, en général, est quelqu'un de fier. Il n'aime pas se laisser marcher sur les pieds. Mais il est aussi très chaleureux. C'est pour moi un réel plaisir de retourner là-bas".Les Diables Rouges, en revanche, ne considèrent pas vraiment le voyage de cette semaine comme un plaisir. Ils nourrissent même certaines craintes. Justifiées? "Selon moi, non", estime Nasredine Kraouche. "Mais je comprends leurs craintes. La première fois que je me suis rendu en Algérie, je n'étais pas trop rassuré non plus. Je lisais les journaux. Les pages étaient pleines d'attentats et d'assassinats. Depuis lors, je me suis rendu régulièrement à Alger depuis quatre ans et je ne me suis jamais senti mal à l'aise en me baladant en rue. Certes, il y a des vols à la tire et d'autres choses de ce genre. Mais on observe cela à Bruxelles également. Et lorsqu'on voit une voiture avec un pneu crevé, son conducteur n'a pas nécessairement été victime d'un attentat".Le match de ce soir aura lieu à Annaba. "C'est une station balnéaire que l'on pourrait qualifier de touristique... s'il y avait des touristes. Hélas, ceux-ci ont déserté l'Algérie. Les Diables Rouges n'ont aucune crainte à nourrir. Ils seront remarquablement accueillis. L'équipe nationale algérienne dispute régulièrement des matches à Annaba. Elle y trouve un beau stade, un public chaleureux et pas hostile à l'adversaire. Je ne serais d'ailleurs pas étonné si, ce soir, les Belges étaient davantage ovationnés à leur entrée sur le terrain que les Algériens".Daniel Devos"Zidane n'était pas mon idole"