Le ton de la voix de Michel Renquin a retrouvé tout le tonus propre aux magnifiques décors de Wibrin, dans les Ardennes, où il vit le jour le 11 mars 1955. A son âge, on sait qu'une carrière de coach peut ressembler à un jeu de l'oie avec des cases difficiles, des coups de dés heureux ou malheureux.
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Le ton de la voix de Michel Renquin a retrouvé tout le tonus propre aux magnifiques décors de Wibrin, dans les Ardennes, où il vit le jour le 11 mars 1955. A son âge, on sait qu'une carrière de coach peut ressembler à un jeu de l'oie avec des cases difficiles, des coups de dés heureux ou malheureux. Visé lui a rendu le sourire, du punch et une grosse envie de retrouver un groupe, des objectifs, l'ambiance des vestiaires et l'odeur des pelouses fraîchement tondues. Après avoir passé quelques jours en Suisse, il a repris du service à la tête du club cher à Guy Thiry, le président du CS Visétois, en D 3 B. Les deux hommes se sont serrés la main et c'est parti pour six mois. Le but est de se replacer au chaud et, si possible, de gagner la troisième tranche de la saison, ce qui aurait pour effet de permettre au club de prendre part au grand bal du tour final. " J'ai mis un peu de temps avant de tourner la page ", admet Renquin. " Mais je suis désormais pleinement plongé dans mon boulot à Visé. Il y a de bonnes équipes en D3 B avec pas mal de derbies régionaux à la clef. Il faudra d'abord se mettre à l'abri : c'est la priorité avant de penser à autre chose ". " Je suis évidemment très heureux de reprendre le collier ", avance-t-il. " Les derniers mois et la mise à l'écart de tout le staff technique au Standard ne furent pas faciles à vivre. J'avais encaissé durement le coup. Je vais bien maintenant. Un Ardennais est capable de braver le mauvais temps. Mais, là, cette bourrasque m'a transpercé le c£ur. J'ai quasiment été au bord de la déprime. Je n'avais rien à me reprocher et la même question martelait sans cesse ma tête : -Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Rien ! Pour moi, ce retour au Standard était important. C'est mon club, mon passé, mes premiers pas en D1, tout quoi. Je voulais être un T2 parfait, fidèle à son entraîneur en chef, attaché aussi aux valeurs traditionnelles du Standard. Je citerai un exemple : Rudy Cossey. Lui aussi est un T2 modèle... J'ai retenu la leçon : je n'accepterai plus jamais un poste d'adjoint. C'est trop ingrat. On est coincé entre la nécessité d'être fidèle à son club et l'obligation de soutenir le T1 à fond. Si j'avais louvoyé, je serais peut-être encore là. Pour moi, il n'était pas question de mesurer mon soutien au T1. Le club m'avait engagé pour être son bras droit. Je n'ai pas été sans cesse d'accord avec Johan Boskamp quand nous discutions entre nous, mais il était le chef et j'ai toujours respecté et accepté sa décision finale. De plus, ce très bon entraîneur se double d'un homme charmant. Je suis heureux d'avoir travaillé avec lui ". Y a-t-il eu une erreur de casting ? Le puissant Néerlandais et la direction du Standard étaient-ils faits pour s'enten-dre durant toute une saison ? Luciano D'Onofrio a affirmé récemment que la sauce n'avait tout simplement pas pris. " Cela arrive et on ne sait pas nécessairement pourquoi ", a-t-on dit au Standard. Michel Renquin est plus précis : " En fait, Boskamp n'était pas un ancien du club. Dominique D'Onofrio a longtemps été sur le perchoir et il savait, sauf exception, que le Standard ne disposait jamais de toutes ses forces en début de saison. Le noyau est sans cesse secoué par des départs et des arrivées au c£ur de l'été. En début de championnat, les choses sont donc rarement en place. Je peux le comprendre car un club peut réaliser des affaires tant à la vente qu'à l'achat. Ce sont les lois et les impératifs du marché et cela peut compliquer incroyablement la tâche d'un coach. Boskamp est venu au Standard dans la certitude que le groupe aurait tout de suite assez de coffre pour faire la course en tête. Il parlait du titre mais ne disposa jamais des atouts nécessaires pour justifier ses ambitions et par conséquent celles du club. Son discours l'a exposé plus qu'il ne le fallait. En réalité, il aurait dû faire le gros dos, attendre patiemment des jours meilleurs. Son effectif n'était pas complet. Certains étaient à la recherche d'un bon niveau athlétique, d'autres devaient effacer trois ou quatre kilos excédentaires, etc. Là, je pense surtout à Milan Rapaic. A cela, il fallait encore ajouter les absences pour raisons diverses de Sergio Conceiçao (suspendu), d' Igor De Camargo (blessé) et d' Oguchi Onyewu (fatigué après la Coupe du Monde) : rien que cela représente 30 % d'une équipe. L'amputation de l'effectif était trop importante pour obtenir des résultats immédiats. C'était un chantier. Or, en plus des premières échéances du championnat, il y avait les réalités européennes. La tâche de Johan était considérable. Malgré cela, il a mis des éléments de la construction actuelle en place ". Boskamp a déplacé Milan Jovanovic de l'aile gauche à la pointe de l'attaque. Le Néerlandais lança aussi le grand Marouane Fellaini dans la bagarre. A propos de ce dernier, la direction a insisté auprès de Boskamp afin qu'il l'aligne : cette éclosion pouvait résoudre un problème de taille dû, entre autres, à l'absence de De Camargo. " Johan a tout de suite été emballé par le potentiel de Jovanovic : vitesse, facilité du dribble ", affirme Renquin. " Il nous avait été présenté comme un flanc gauche qui pouvait être la doublure de Rapaic, mais petit à petit, on a senti qu'il était plus à l'aise dans l'axe. Johan l'a dès lors placé à sa vraie place. Ce n'est pas qu'un détail et cela prend du temps. Je ne crois pas du tout que Johan a cédé à un appel de la direction pour aligner Fellaini. Il était conscient de la valeur de ce joueur et en parlait beaucoup. Avant le match retour du dernier tour qualificatif pour la Ligue des Champions, au Steaua Bucarest, il fut question de l'absence d'un pivot en pointe alors que les arrières roumains étaient très grands. La direction du Standard avança le nom de Fellaini pour cette place en pointe mais Johan refusa cette idée. Il avait déjà vu Marouane à l'£uvre lors des matches amicaux d'avant saison. Pour lui, c'était un médian défensif et pas un attaquant, même occasionnel. Il ne voulait pas prendre de risque avec un jeune joueur promis au plus bel avenir ". Renquin : " C'est aussi Johan qui a insisté pour que Steven Defour vienne au Standard. L'avenir prouvera que c'est un formidable investissement. Boskamp cerne bien le talent en herbe : il a l'£il. Les débats étaient nombreux alors que le Standard jouait gros. Avec un zeste de chance, nous aurions pu éliminer les Roumains et tout aurait été plus facile. Au lieu de cela, le groupe fut déçu par cette élimination, attendait le retour de quelques joueurs importants. A Bucarest, Johan a aussi eu des mots avec Onyewu à la mi-temps du match pour non-respect de toutes les directives tactiques ". Boskamp critiqua ensuite des nouveaux venus (" Il me faudrait un autobus pour renvoyer ceux qui n'ont pas le niveau de la D1 ", dit-il à la presse), revendiqua des renforts (" Vous n'avez pas d'argent pour que j'achète des joueurs ") : c'était le début de la fin. " Le ton avait évidemment changé ", souligne Michel Renquin. " Johan a déblayé le terrain mais avait encore besoin de temps pour construire cette nouvelle équipe. D'autre part, je comprends aussi la position de la direction qui ne retient que les chiffres. Dans ce métier, c'est connu : le coach est toujours le premier fusible. C'est ainsi, c'est la loi de ce milieu. La décision du Standard était logique même si elle fut cruelle. C'était une bonne option comme le prouvent les résultats. Mais je tiens aussi à affirmer clairement que Johan Boskamp n'a pas été sanctionné à propos de ses talents de meneur d'hommes et d'entraîneur. Ce sont les circonstances qui expliquent son échec, rien d'autre. Si le Standard a retrouvé ses couleurs, c'est aussi dû à l'énorme travail accompli par le staff technique précédent. On a dit que je m'étais disputé avec Conceiçao à la fin d'un entraînement. Mais non, ce sont des broutilles dans le feu de l'action, rien de plus. Ça arrive quand chacun se donne pour la gagne ". PIERRE BILIC