Semaine mouvementée pour Anthony Vanden Borre (18 ans). Elle avait commencé le dimanche 20 novembre après Westerlo-Anderlecht. Invités de l'émission Studio 1 à la VRT, Yves Vanderhaeghe et Bart Goor, réservistes d'un soir, s'étaient alors répandus en propos peu amènes sur la jeune classe du Sporting. Et notre homme en particulier, accusé de s'intéresser davantage à son look, avec sa coiffure originale et ses boucles d'oreille tenaces, qu'au football proprement dit.
...

Semaine mouvementée pour Anthony Vanden Borre (18 ans). Elle avait commencé le dimanche 20 novembre après Westerlo-Anderlecht. Invités de l'émission Studio 1 à la VRT, Yves Vanderhaeghe et Bart Goor, réservistes d'un soir, s'étaient alors répandus en propos peu amènes sur la jeune classe du Sporting. Et notre homme en particulier, accusé de s'intéresser davantage à son look, avec sa coiffure originale et ses boucles d'oreille tenaces, qu'au football proprement dit. La venue de Chelsea au stade Constant Vanden Stock, trois jours plus tard, n'allait pas, non plus, arranger ses affaires. Après huit minutes de jeu à peine, une approximation de sa part permit à Frank Lampard de servir Hernan Crespo sur un plateau d'argent : 0-1 et la fin des illusions du RSCA en Ligue des Champions. Un but qui en rappelle un autre, de tout aussi sinistre mémoire, car c'est sur un oubli fâcheux du même joueur déjà qu'Obafemi Martins avait servi Adriano l'année passée : 0-1 à ce moment et 1-3 en bout de match. Tout n'aura pas été négatif, pour autant, pour le plus jeune sociétaire du noyau A du RSCA. Prié de s'asseoir à la table des négociations le lendemain de la visite des Blues londoniens, Vanden Borre était proche d'un nouvel accord avec son employeur. Selon toute vraisemblance, il devrait parapher sous peu (à moins que ce ne soit déjà fait) un contrat aux données chiffrées revues très sensiblement à la hausse (700.000 euros annuels), qui le liera jusqu'en 2010 aux Mauve et Blanc. Anthony Vanden Borre : J'aurais préféré un accord de trois ans afin d'avoir les coudées franches passé ce délai. Car si la direction se montre inflexible, elle peut évidemment m'obliger à aller au bout de ce bail. Or, je ne tiens pas à rester ici jusqu'à l'âge de 23 ans. Je suis disposé à rester encore une saison et demie, après quoi j'aurai plus que probablement fait le tour du propriétaire en Belgique. Si je veux encore me bonifier, il me faudra songer sérieusement à partir à ce moment-là. Après, il sera sans doute trop tard. Partout ailleurs en Europe, des jeunes s'améliorent au contact d'une compétition relevée. Ce n'est malheureusement pas le cas chez nous. Pour que l'écart ne prenne pas de trop grandes proportions, il convient de ne pas s'éterniser. Mais je n'en suis pas à ce stade. J'ai encore pas mal de choses à apprendre au cours des mois à venir avec Frankie Vercauteren. Et je veux exploiter cette manne à fond. Je dois à la fois développer certaines qualités et gommer des défauts qui me collent à la peau. Il y avait quand même une différence d'un match à l'autre. En Tchéquie, je n'étais pas assez concentré au moment d'entamer les débats. Contre les Londoniens, par contre, j'ai fait une faute purement technique. J'ai cru que je pourrais mettre Frank Lampard sur le mauvais pied mais on ne la fait évidemment pas à un opposant de ce calibre. Chez nous, ce genre de scène ne porte pour ainsi dire jamais à conséquence. Mais face à une équipe et des joueurs aussi bien huilés que ceux de Chelsea, c'est mortel. Quand j'ai vu le joueur centrer, j'ai su immédiatement que c'était bingo. Sur l'instant, j'ai eu honte. Je ne savais vraiment plus où me mettre. Heureusement, Yves Vanderhaeghe a eu des paroles réconfortantes pour moi. On a beau dire qu'il me devait bien ça après s'être acharné sur moi à la télé quelques jours plus tôt, c'est quand même à peu près le seul qui a eu les mots qu'il fallait. Grâce à lui, je me suis un peu rattrapé lors de la suite des événements. Mais à 0-2 au quart d'heure, la messe était dite, hélas. En temps normal, n'importe quelle formation éprouve déjà les pires difficultés du monde à trouver la faille dans la défense des Blues. La tâche n'en est que plus ardue quand ils sont sur le velours. Quelle machine ! Extraordinaire. C'est ça. Au coup de sifflet final, ma première préoccupation fut de réclamer le maillot de Michael Essien. Pour moi, qui ambitionne une place de titulaire dans le centre de la ligne médiane, le Ghanéen est tout simplement l'exemple à suivre. C'est un ratisseur de génie. Un gars qui récupère les ballons sans avoir l'air d'y toucher. Un peu comme Claude Makélélé. Mais le Français a franchi le cap de la trentaine alors que l'autre a dix ans de moins et sait déjà tout faire. C'est ahurissant. Lassana Diarra, qui a pris le relais à un moment donné, est du même tonneau. Du grand art ! Les gars changent mais la trame reste. Contre nous, au fil de la rencontre, la maîtrise est demeurée totale. J'en étais béat d'admiration. Il faut comparer ce qui est comparable. D'une saison à l'autre, José Mourinho n'a dû adapter qu'un seul joueur : Michael Essien. De notre côté, il n'y a peut-être eu qu'un seul élément qui s'est ajouté, Serhat Akin, mais dans l'équipe les permutations ont été très nombreuses. Il suffit de songer à mon propre cas ou encore à ceux de Vincent Kompany et Bart Goor. Toutes ces imbrications requièrent un certain temps. Mais tout n'est pas négatif. Personnellement, je n'ai qu'à me féliciter de ma collaboration avec Christian Wilhelmsson. Chaque semaine qui passe me rapproche un peu plus de lui. On peaufine notre entente. Contre Charleroi, il m'a donné en début de partie la balle du 1-0 sur une pichenette. Plus tard, ce fut à mon tour de l'isoler. Je l'apprécie et il me le rend bien. Le jour où le Suédois partira, c'est sûr qu'il me manquera. Par sa technique individuelle, c'est le plus africain de tous les Blancs au Sporting ( il rit). C'est dû au profil des joueurs. Chippen et moi, sommes offensifs à 70 % et défensifs à 30 %. Sur l'autre flanc, les proportions sont quasiment inversées. Goor est pourtant capable d'appuyer la man£uvre. A l'époque où Jan Koller et Tomasz Radzinski officiaient en pointe, il était le médian le plus prolifique de l'équipe. Je pense que le tandem qu'il forme avec Olivier Deschacht n'est tout simplement pas encore rodé comme celui qu'il constituait avec Didier Dheedene. Oli se sent moins pousser des ailes aussi sur le terrain. Moi, en revanche, j'ai sans cesse besoin d'être tenu en laisse. Car dès que j'ai le ballon, je sens des fourmis dans les jambes. Non, on évoluait plutôt en décrochage : quand l'un était la clé de voûte d'une défense à trois, l'autre jouait demi récupérateur devant les arrières et vice-versa. En fait, chaque fois que nous jouions ensemble, nous permutions souvent en cours de match : quand il montait, j'assurais automatiquement la couverture et réciproquement. Mais on s'est rarement retrouvés côte à côte sur le terrain. C'est dû à la petite différence d'âge entre nous. A présent on peut espérer s'inscrire dans la ligne médiane et imiter l'exemple de Makélélé et de Essien à Chelsea, ou de ce même Essien avec Diarra à Lyon la saison passée, ce serait chouette. On a fait un bout de chemin ensemble et on continuera à le faire. Mais pas jusqu'en 2010, même si on s'est engagés dans ce sens. A un moment donné, de toute façon, c'est chacun pour soi. Il faut alors foncer sans tenir compte de l'autre. Si Vince a une offre mirobolante en fin de saison, il va se casser, c'est sûr. Si Séville était déjà disposé à mettre 17 millions d'euros sur table pour lui, d'autres suivront. Dans ces conditions, tant pour Anderlecht que pour lui, il sera difficile de ne pas succomber. Pour ne pas brûler d'étape, il vaudrait mieux que je reste encore en Belgique jusqu'en 2007. Mais il y a des offres qu'un club ou un joueur ne peuvent pas refuser. Il ne faut jurer de rien. Trois clubs se sont manifestés : Hambourg, l'Udinese et Tottenham. L'un d'entre eux était prêt à consentir une petite folie afin que je signe chez lui avant mes 18 ans. De la sorte, j'aurais été libre comme l'air. Je n'ai pas voulu manger de ce pain-là. Et ma famille, qui me conseille, non plus. Dès l'instant où Anderlecht m'a permis d'arriver au sommet, il était normal que je reste correct envers ses dirigeants en signant mon tout premier contrat professionnel au Parc Astrid. De ce point de vue-là, j'estime que le club et moi, nous sommes quittes. Je ne sais pas ce qui motive les autres, mais moi j'ai toujours été attiré par l'étranger. En Belgique, qu'on le veuille ou non, le foot ne vit pas. Et on ne fait pas grand-chose pour qu'il vive. Je suis un privilégié car j'ai la chance de jouer à Anderlecht devant un nombreux public. Mais à l'exception de trois ou quatre autres formations, partout ailleurs, c'est mort. Les stades affichent rarement complet et les infrastructures laissent à désirer, aussi bien au niveau de la Première qu'en formations d'âge. Neerpede, c'est rien en regard des commodités réservées à la jeune classe en France ou ailleurs dans le sud de l'Europe. Je me souviens notamment d'un tournoi pascal en Sicile où nous avions joué sur un synthétique dernier cri. Ici, dès que le temps laisse à désirer, il faut postposer les matches car on n'a pas de pelouses réchauffées. C'est quand même aberrant. Je ne dis pas qu'avec un meilleur outil de travail on assisterait à une percée plus fulgurante au niveau des jeunes. Mais la base s'élèverait si, en lieu et place de jouer dans des bourbiers, elle pouvait évoluer sur des aires de jeu convenables. Beaucoup se laissent aller car ils sont trop gâtés, tout simplement. Je ne dis pas que Vince et moi étions démunis mais c'est sûr qu'en classes d'âge, on a dû se contenter de moins que les autres. Certains de nos compagnons multipliaient les gadgets. Ils se pointaient avec un nouveau gameboy chaque semaine. Nous, on n'avait pas cette possibilité. Mais on avait la rage. Et elle nous a poussés à nous sublimer. C'est certain. A un moment donné, avec les autres blacks de l'équipe, on a été exposés aux sarcasmes et aux railleries. Tout était bon pour nous déstabiliser. Peut-être pas sur le terrain, où les insultes racistes entre joueurs n'étaient pas légion. Mais des tribunes, qu'est-ce que ça fusait parfois ! C'est incroyable ce que les gens peuvent vous balancer à la tête. Par moments, j'aurais voulu faire comme Eric Cantona et régler quelques comptes. Heureusement, je suis toujours parvenu à me dominer. Ce côté cool, je l'ai hérité de mon père. Il m'a toujours dit que je devais ignorer la bêtise humaine. Lui-même, pour ne pas y être exposé, s'arrangeait d'ailleurs toujours pour suivre mes prestations dans un coin isolé, loin des autres parents. Ainsi, il évitait de sortir de ses gonds. Pourtant, les occasions n'ont pas manqué. La nonchalance africaine, sans aucun doute. Il n'y a rien à faire, mais arriver à heure et à temps me pose toujours un problème. Si j'insiste chaque fois pour faire les interviews au stade, c'est parce que c'est la seule manière pour moi de ne pas être en retard à l'entraînement ( il rit). L'année passée, j'ai souvent alimenté la cagnotte parce que je me présentais en dehors des délais. Mais depuis le début de la saison, ça va mieux. Il est vrai que l'entraîneur sacrifie fréquemment aux mises au vert. De la sorte, je suis bien obligé de suivre le mouvement. De plus, il trouve invariablement les mots justes avec moi. Un jour, il m'a dit : -Si t'oublies l'heure, moi j'oublierai de te sélectionner. Il n'a pas dû me le répéter. C'est surtout la preuve que tout est possible à condition d'être de bonne composition. Les plus beaux succès, chez les jeunes, je les ai glanés en moins de 16 ans avec un groupe dont les trois quarts des joueurs étaient de couleur : des noirs, des métis et des maghrébins auxquels s'ajoutaient une poignée de gars à la peau claire. Sur base de tous ces ingrédients différents, l'entraîneur avait su former le cocktail le plus explosif qui soit sur le terrain. Dans la vie de tous les jours, je ne conçois pas les choses autrement. La diversité est une richesse. Le plus important, c'est de comprendre et d'admettre les différences. J'y parviens avec ma copine. Pourquoi la masse ne parvient-elle donc pas à s'inspirer de cet exemple ? Cela me laisse perplexe. Une fois encore, il faut comparer ce qui est comparable. J'ai de la famille dans la banlieue parisienne. Là-bas, effectivement, on peut parler de ghettos. Désolé, Saint-Gilles, Molenbeek et Anderlecht constituent une réalité tout autre. La vie n'y est peut-être pas rose tous les jours pour les jeunes mais les difficultés n'y sont pas les mêmes qu'en France. Honnêtement, je n'en sais rien. Je n'étais pas doué pour l'école. Tout porte à croire qu'à 18 ans, j'aurais essayé de trouver un petit boulot. Oui, mais je n'aurais pas été malheureux pour autant. Même si aujourd'hui, je ne suis pas peu fier du chemin que j'ai accompli sur les terrains. Car ma réussite, c'est quand même aussi une forme de revanche. D'abord par rapport à ces parents qui me traitaient de tous les noms d'oiseaux. Et aussi vis-à-vis de certains enseignants. Cent fois plutôt qu'une, on m'a dit que j'étais un bon à rien et que je me fourvoyais en pensant que le football allait me sauver. A présent, ils ont l'air fin tous ceux-là. On prétend souvent, pour un joueur, qu'il doit tomber sur le bon entraîneur au bon moment. Je crois que pour les élèves, c'est exactement la même chose. Beaucoup se plantent non pas à cause d'un manque d'intelligence mais à cause de l'attitude désobligeante de leurs professeurs. Moi, sans le football, j'aurais pu foirer à cause de ces gens-là. L'été passé, je suis allé à Palma avec mes potes. Cette fois, je ne sais pas encore. Flori Ngalula Mbuyi et Yves Makabu Ma-Kalambay seront toujours réquisitionnés à ce moment-là par leurs clubs respectifs, Manchester United et Chelsea. Comme les entraînements reprennent début janvier au Sporting, il faudra peut-être que je songe à faire quelque chose sans eux. Je me verrais bien aller à Cuba avec d'autres copains, pourquoi pas ? L'essentiel, de toute façon, ce n'est pas la destination mais les délires qu'on peut vivre ensemble. Les fêtes servent à ça. BRUNO GOVERS" CHIPPEN, C'EST LE PLUS AFRICAIN DES BLANCS "" EN BELGIQUE, LE FOOTBALL NE VIT PAS "