Le glacial vent du Nord balaye le stade Jan Breydel. Entre les tribunes et les terrains d'entraînement, un bâtiment tout neuf de deux étages abrite confortablement tout le staff administratif du Club de Bruges. Au premier étage, à droite, le bureau de Marc Degryse (38 ans), le nouveau sportleider (en néerlandais sur la carte de visite). L'espace est vaste, équipé de toute la technologie contemporaine de l'information et lumineux avec une vue imprenable sur les terrains d'entraînement. L'herbe est partout - aucune plaque de boue -, verte et coupée court. Surtout sur le premier. " C'est notre nouveau terrain synthétique ", rigole Marc. " C'est génial. On s'enfonce un peu, c'est doux, on ne se blesse pas. Il faut voir nos meilleurs jeunes jouer là-dessus et s'exprimer techniquement. Un vrai régal ".
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Le glacial vent du Nord balaye le stade Jan Breydel. Entre les tribunes et les terrains d'entraînement, un bâtiment tout neuf de deux étages abrite confortablement tout le staff administratif du Club de Bruges. Au premier étage, à droite, le bureau de Marc Degryse (38 ans), le nouveau sportleider (en néerlandais sur la carte de visite). L'espace est vaste, équipé de toute la technologie contemporaine de l'information et lumineux avec une vue imprenable sur les terrains d'entraînement. L'herbe est partout - aucune plaque de boue -, verte et coupée court. Surtout sur le premier. " C'est notre nouveau terrain synthétique ", rigole Marc. " C'est génial. On s'enfonce un peu, c'est doux, on ne se blesse pas. Il faut voir nos meilleurs jeunes jouer là-dessus et s'exprimer techniquement. Un vrai régal ". Comme avant sur le terrain, Degryse a conservé une place stratégique. Entre le stade et le complexe d'entraînement, il voit tout, il est au courant de tout et il agit. " Sportleider, c'est en gros comme un directeur technique ", dit-il. " C'est le président, Michel D'Hooghe, qui a pensé au nom de la fonction. Sportleider est un terme flamand mais c'est normal, le Club est flamand ". Directeur technique, ça aurait sans doute été trop proche du titre de Directeur du département sportif d' Antoine Vanhove, mais le descriptif de la fonction est éloquent : " Tout ce qui a à voir avec le sport. Choisis toi-même... L'organisation d'un stage, le suivi des entraînements, le scouting, l'évaluation permanente des joueurs et du staff technique... Et pas seulement au niveau supérieur, auprès des jeunes aussi, avec Hans Galjé, l'ancien gardien responsable de notre formation. On regarde ensemble de quelle manière on peut faire monter de catégorie les plus doués, de manière à ce qu'ils puissent être versés vers 17, 18 ans dans le noyau A ". Mais a-t-il le sentiment d'être un consultant de luxe ou plutôt qu'on lui fait confiance dans ses appréciations et qu'on le suit généralement ? L'ancien joueur commandeur a-t-il du pouvoir, finalement ? " Ecoute, c'est vrai, je propose et le comité directeur dispose, c'est-à-dire le président D'Hooghe, Vanhove, le secrétaire général Jacques Denolf et le grand financier Filips Dhondt. Ce sont eux qui tranchent. Mais je peux te jurer que je n'ai jamais été frustré par rapport à ce que j'avais donné comme avis. Je sais qu'il y a des limites. J'ai beau, par exemple, recommander Mbo Mpenza, si l'argent ne suit pas, on ne l'engage pas. C'est aussi simple que ça ". Degryse a signé son contrat avec le Club Brugeois - son premier club pro comme joueur - le 1er juillet dernier : " Pendant trois mois, j'ai ouvert les yeux et les oreilles. Ce bâtiment n'était pas encore construit et on se marchait un peu sur les pieds dans les anciens bureaux, mais j'ai beaucoup appris ". Il avait toujours dit qu'il ne serait jamais entraîneur : " Ce n'est pas pour moi, tout simplement. Par contre, je voulais à nouveau être proche d'un groupe, d'un collectif, travailler ensemble pour essayer de gagner. J'aurais aussi pu m'orienter vers un emploi d'agent de joueurs mais il m'aurait manqué cette dimension du travail d'équipe que j'ai toujours placée en tête de mes préoccupations comme joueur. J'avais surtout une idée de ce que je ne voulais pas faire. C'est feu le président Michel Van Maele qui m'a parlé le premier d'une fonction technique dans son club. Quand il est décédé, son successeur m'a relancé. C'était évident pour les dirigeants brugeois : une carrière de pro de 19 ans m'avait donné une bonne expérience et je pouvais leur apporter quelque chose. Quant à savoir quoi, j'ai bien eu le temps de penser au problème. Après avoir arrêté ma carrière au GBA à la fin de la saison 2001-2002, j'ai pris une année sabbatique pour avoir le temps de m'adapter à une vie sans jouer. Et sans stress. J'ai un peu tâté du travail de consultant en journalisme et j'ai pu voir l'autre côté de la lorgnette. Là, ma conclusion est claire : quand les journalistes critiquent, ce n'est jamais personnel. Non, ils ne visent pas l'homme, ils parlent de foot, de concepts. Quand on est joueur, on a du mal à relativiser tout ça, mais c'est la réalité. J'ai aussi bien pris le temps de soupeser ce que je pouvais devenir à côté du terrain. J'ai eu la patience qu'il fallait ". Si Degryse a atterri à Bruges, c'est parce que c'est le seul club de D1 qui a cru pouvoir l'utiliser. Courtrai et Roulers, en D2 et D3, ont aussi essayé de l'avoir, mais bon... " C'était naturel pour moi d'aboutir ici. D'ailleurs, en 1998, quand je suis revenu en Belgique comme joueur, je me suis installé à Bruges avec ma petite famille û NDLA : Marc et son épouse ont deux enfants. Le style de vie me plaît, c'est différent de Bruxelles, de la Hollande, de l'Angleterre. Et le style sur le terrain ? Ce n'est pas mon rayon. A Bruges, on joue en 4-3-3 ou parfois en 4-4-2. Quelle différence de toute manière ? Que ce soit clair, mon but n'est pas du tout de mettre mon cachet sur le jeu du Club ". Mais ces trois joueurs à vocation offensive qui viennent d'arriver, alors ( Bosko Balaban, Jonathan Blondel et Victor) ? Là, il rigole : " Trond Sollied a demandé à être renforcé sur le plan offensif. Il fallait agir parce qu'on n'était pas brillants à ce niveau. En défense et dans l'entrejeu, c'était bon, mais on avait un problème en attaque. Et on est resté dans les limites du budget pour le trio. Même en dessous. En voyant loin : Blondel a signé pour quatre ans et demi et les deux autres pour deux ans de moins. Le but est d'avoir un groupe de 27 pros la saison prochaine : 20 joueurs de champ (10 postes à pourvoir avec un back up pour chacun d'eux), trois gardiens et quatre jeunes ". En parlant d'argent, pourquoi Bruges donne-t-il l'impression de pouvoir se passer d' AndrésMendoza ? " Il faut être clair : Andrés est un très bon joueur et il est très bien intégré ici, mais on n'a pas envie qu'il fasse jouer la loi de 1978 en fin de saison (il a encore un an de contrat). S'il veut absolument partir, il ne faut pas l'en empêcher parce qu'on peut en retirer de l'argent. Pour l'instant. Mais il n'y a aucun problème Mendoza, à aucun niveau. Et depuis que Victor est arrivé, il se sent encore mieux, Andrés. Avec nos derniers transferts, on est sportivement paré, en tout cas. Le coach est très content de son effectif ". Degryse et Sollied ! On a pu avoir l'impression que l'artiste et le professeur allaient avoir du mal à se trouver des atomes crochus et que, très rapidement, le très malin ex-international belge allait perturber la placidité légendaire du Norvégien. Mais Degryse secoue la tête. Fermement. " Je suis là pour donner du bon matériel joueurs à Trond en fonction des conditions du marché et de ses demandes. Il a été très content du nouveau trio de joueurs et on s'entend vraiment très bien. Je ne sais pas d'où viennent ces histoires de longueurs d'onde en distorsion. Récemment, j'ai d'ailleurs revu une ancienne interview télévisée de ma période gantoise dans laquelle j'affirmais que le coach du moment û Trond ! û allait devenir un as. Et pour en terminer avec les insinuations, je suis parti de Gand uniquement parce que le GBA m'offrait un contrat plus long. Pas à cause du coach "... Mais si Degryse continue d'acheter si juste, l'enveloppe annuelle dans laquelle il puise ne risque-t-elle pas de le mettre en position dominante par rapport au coach ? Dans le sens où il pourra dire à Sollied que sans privilégier tel ou tel joueur, on pourrait attirer tel autre. Modeler le noyau à sa main, quoi ? " Si, c'est vrai. L'argent a une influence directe sur le sportif. Et forcément, quand on gère un budget, il vaut mieux savoir exactement où on en est sur le plan sportif. Mais pour moi, c'est facile. Si j'ai une idée, j'en parle avec Trond et ça se passe bien ". Autre interrogation sensible : comment le sportleider réagirait-il si, en fin de saison, les nouvelles concernant le départ de Sollied pour un grand club européen se répandaient à nouveau ? " Pour moi c'est clair, Trond a signé un contrat de trois ans l'an passé et il prestera ses années ici. Tant que les résultats suivront, forcément. C'est un coach comme un autre. S'il perdait dix fois de suite, il serait remplacé, évidemment. Mais je ne vois pas pourquoi il partirait ". Même si le Club tient à son ancrage flamand ? " Quand je jouais ici, avant l'arrêt Bosman, il y avait trois étrangers, peut-être un naturalisé. Aujourd'hui, il y a une douzaine d'étrangers, c'est l'évolution des choses. Bruges n'y échappe pas et c'est très bien comme ça. On ne doit pas limiter ses ambitions parce qu'on veut rester flamand. Les étrangers sont les bienvenus ici, qu'ils soient coaches ou joueurs. De toute manière, on a sept ou huit joueurs belges qui tournent comme titulaires, hein ". Degryse est né sous une bonne étoile : il revient à Bruges quand le club est en pleine ascension : " On sent que ça vit. On a 20.000 abonnés : c'est le résultat de nos bonnes options marketing notamment en politique des prix, et puis, l'effet de la Ligue des Champions. Il faut que le stade soit plein le plus souvent possible et on y arrive de mieux en mieux alors que c'était un problème autrefois. Je rêve d'avoir 30.000 personnes à chacun de nos matches mais ça dépend de nos résultats. On est en demi-finales de la Coupe de Belgique et on doit passer le cap des Hongrois de Debrecen en 16e de finale de la Coupe de l'UEFA, mais on doit aussi terminer dans les deux premiers du championnat. C'était notre but en début de saison, un ticket pour la Ligue des Champions, et on doit y arriver. On a mal commencé mais Gaëtan Englebert et Nastja Ceh étaient toujours out à la reprise et un Alin Stoica ne tourne bien avec le groupe que maintenant, après des problèmes de cheville suite à des coups reçus contre Celta Vigo et Anderlecht à l'automne ". Quand l'heure du match approche, que le stade est plein et que le gazon fraîchement coupé exhale son odeur douceâtre, Marc ne cache pas qu'il a très envie... " Mais ce n'est pas de la nostalgie, ça passe très vite. J'ai arrêté dans des conditions idéales, quand je l'ai voulu. Pendant tout le second tour, à chaque match, on m'offrait des fleurs. Aujourd'hui, quand je me lève le matin, je n'ai mal nulle part. Si j'ai envie de jouer avec des copains, je le fais, mais calmement. Je n'ai été opéré nulle part, je suis intact et je peux jouer au tennis ou au golf sans problème. Parfois, je vais aussi courir pendant 45 minutes (une mi-temps !). Mais ça, c'est uniquement quand mes trois kilos de trop en deviennent cinq ". Et le plaisir des yeux, alors ? " En Belgique, on ne joue pas si mal que ça. On n'a pas dix équipes capables d'évoluer en Ligue des Champions comme dans d'autres pays, mais au milieu des années 90, on jouait beaucoup plus mal. Heureusement, de nouveaux entraîneurs sont arrivés et le niveau est remonté. Si, cet hiver, Milan ne s'en était pas foutu de son dernier match contre Vigo et si Anderlecht avait eu un peu plus de chance à l'extérieur, on serait encore à deux en Ligue des Champions et on trouverait notre football formidable "... John Baete" LE STYLE SUR LE TERRAIN ? Ce n'est pas mon rayon "