Le mot dévolution est à la mode en matière de politique européenne. Littéralement, il signifie : transmission d'un droit d'une personne à une autre. Ici, on parle de cession de compétences d'une autorité centrale à un pouvoir régional. En Belgique, cela existe depuis des années. Dans l'espoir de satisfaire les besoins d'autonomie des diverses régions et communautés, les réformes de l'Etat leur ont attribué de plus en plus de compétences.
...

Le mot dévolution est à la mode en matière de politique européenne. Littéralement, il signifie : transmission d'un droit d'une personne à une autre. Ici, on parle de cession de compétences d'une autorité centrale à un pouvoir régional. En Belgique, cela existe depuis des années. Dans l'espoir de satisfaire les besoins d'autonomie des diverses régions et communautés, les réformes de l'Etat leur ont attribué de plus en plus de compétences. Mais parfois, la dévolution ne suffit pas. Alors, c'est la rupture. Ce jeudi, les Ecossais devront dire s'ils souhaitent se séparer de l'Angleterre pour vivre leur vie ou poursuivre dans le domaine de la dévolution. Yes or No. Better Together, comme le dit le slogan des partisans d'un statu quo, ou pas ? Il ne fait aucun doute que ce choix aura également des répercussions sur le plan sportif. Au cours des dernières semaines, les journalistes écossais ont éprouvé bien des difficultés à trouver un sportif se déclarant ouvertement pour l'indépendance. Beaucoup sont contre, quelques-uns s'abstiennent. Le seul sportif connu se montrant partisan du changement est Michael Stewart, un ancien footballeur devenu consultant de BBC Ecosse. Après avoir un peu joué à Manchester United, il s'est fait connaître à Hearts et à Hibernian, les deux clubs d'Edimbourg. Pour lui, l'indépendance va " booster la confiance " des Ecossais, " ce qui, en sport, est très important quand on veut gagner. " Il est soutenu par le boxeur Alex Arthur, la judokate Connie Ramsey et la karateka Samera Ashraf, des inconnus sur la scène internationale. Les partisans du No convaincus par Better Together sont beaucoup plus célèbres : David Moyes, Alan Hansen, Ally McCoist, Alex McLeish (l'entraîneur de Genk), Scott Hastings, Barry Ferguson... Tous se disent ouvertement opposés à l'indépendance. Sur Twitter, les réactions ne manquent pas et elles sont parfois virulentes. On demande ainsi à Hansen, qui vit sur les bords de la Mersey depuis 1977, ce qu'il connaît de la réalité écossaise. Sir Alex Ferguson, sans doute l'Ecossais le plus connu après l'acteur Sean Connery (favorable à l'indépendance), est également un partisan du No. Comme Hansen, il travaille et vit en Angleterre et ne peut donc pas voter car le référendum s'adresse uniquement à ceux qui habitent en Ecosse. Avant de se prononcer, Ferguson a attendu que les règles du référendum soient définies. Comme il craignait que l'argent joue un rôle prépondérant dans le référendum (la plupart des grands chefs d'entreprises et les banques sont contre l'indépendance), le Premier ministre écossais Alex Salmond a imposé des conditions très strictes en matière de dépenses. Toute personne habitant en dehors de l'Ecosse ne pouvait offrir que 500 livres (environ 630 euros) à un groupement d'intérêts. Sir Alex a versé 501 livres sur le compte de Better Together : 500 en soutien et une pour montrer qu'il était opposé au règlement de cette campagne. En principe, le résultat du référendum n'aura guère d'influence sur les footballeurs et les rugbymen. Comme celles du Pays de Galles et d'Irlande du Nord, les fédérations écossaises de ces sports sont en effet déjà indépendantes. Cela fait des dizaines d'années que l'Ecosse participe aux éliminatoires des Coupes du Monde et Championnats d'Europe de football. Reconnue par l'UEFA et la FIFA, elle a déjà pris part à huit phases finales de Coupe du Monde. Sans grand succès, d'ailleurs, car elle n'a jamais franchi le premier tour. C'est un peu différent en matière de Jeux olympiques. La Grande-Bretagne n'a jamais participé au tournoi olympique de football parce qu'elle craignait que la FIFA, par ailleurs composée presque exclusivement d'Etats indépendants, lui retire ce statut exceptionnel et l'oblige à jouer sous bannière britannique en Championnat d'Europe ou en Coupe du Monde également. En 2007, lorsque l'Angleterre termina troisième des Championnats d'Europe Espoirs, se qualifiant ainsi pour les Jeux olympiques de Pékin, elle se retira volontairement. Cela profita à l'Italie qui, plus tard, allait être éliminée par la Belgique. L'équipe d'Ecosse, qualifiée sur le terrain pour les Jeux de 1992 et 1996, se désista également malgré l'insistance du Scottish National Party. En 2012, toutefois, les Jeux ayant lieu à Londres, il fallut bien faire une exception et mettre sur pied une équipe britannique. Cela ne se fit pas sans mal, il y eut de nombreuses discussions et des garanties écrites furent exigées. Avant de rentrer officiellement le formulaire d'inscription, les Home Nations (le nom sous lequel étaient réunies les différentes fédérations de football britanniques) demandèrent à la FIFA d'acter au procès-verbal de son congrès qu'elle ne toucherait pas à leur statut. Finalement, l'Ecosse et l'Irlande du Nord ne déléguèrent aucun joueur pour le tournoi et le sélectionneur, Stuart Pearce, dut composer son équipe avec de nombreux Anglais et quelques Gallois. Les origines du statut exceptionnel des HomeNations aux yeux de la FIFA sont historiques. L'Angleterre est le berceau du football et le match Angleterre-Ecosse fut la toute première rencontre internationale de l'histoire. Même si elles n'ont participé aux qualifications des grands tournois qu'après la Deuxième Guerre mondiale, les diverses fédérations britanniques sont à la base du football international. En 1882, l'Irlande, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Angleterre avaient fondé leur propre fédération internationale, l'International Association Football Board (IAFB), organe chargé d'établir les règles du jeu au niveau international. C'est ainsi qu'il décida de remplacer la corde qui reliait les deux poteaux de buts par une barre transversale. L'IAFB organisa également sa propre compétition internationale dont le premier vainqueur fut... l'Ecosse. A l'époque, ces matches au sommet attiraient de nombreux spectateurs. Le dernier Angleterre - Ecosse avant la Première Guerre mondiale déplaça ainsi 127.000 personnes à Hampden Park. Au début du 20e siècle, le football allait connaître une expansion mondiale et l'Europe allait rapidement ressentir le besoin d'une structure internationale. C'est pour cela qu'en 1902, les Hollandais envoyèrent une requête dans ce sens à la fédération anglaise, qui était toujours une référence en la matière. Mais l'idée n'emballait pas les Anglais. Un jour, peut-être... répondirent-ils. Comme rien ne bougeait, on envoya un Français de l'autre côté de la Manche, pour négocier. Il se fit remballer et, en 1904, la FIFA voyait le jour à Paris. Les Anglais ne s'y affiliaient que deux ans plus tard, suivis par les autres HomeNations. Les relations restaient cependant difficiles et, en 1920, suite à une discussion quant au maintien de l'Allemagne, responsable de la Première Guerre mondiale, les fédérations britanniques se retiraient de la FIFA avant d'y revenir puis d'en sortir à nouveau au moment des négociations quant au professionnalisme. Du coup, c'est sans représentant britannique que se disputaient les premières Coupes du Monde. En 1930, l'Uruguay les avait pourtant invités mais l'Angleterre avait répondu : " Nous ne sommes hélas pas en mesure d'accepter votre invitation. " Ce n'est que lors du 25e Congrès de la FIFA au Luxembourg, en 1946, que les HomeNations (au nombre de cinq depuis la séparation des deux Irlande en 1922) réintégrèrent la FIFA, celle-ci permettant à l'Ecosse, au Pays de Galles, à l'Irlande, à l'Angleterre et à l'Irlande du Nord d'aligner chacune une équipe lors des matches officiels. En principe, chaque " Etat " britannique a son propre championnat mais il y a des exceptions. Certains clubs passent en effet la frontière pour aller jouer dans un championnat voisin. C'est ainsi que pendant des années, Gretna Green, un village du sud de l'Ecosse que les jeunes Anglais connaissent bien parce que les mineurs pouvaient s'y marier sans autorisation parentale, a eu une équipe en Northern League anglaise. Ce n'est que depuis 2002, après avoir fait trois fois la demande, que le Gretna FC est autorisé à jouer en Ecosse. Un millionnaire s'est amouraché du club et lui a permis de gravir les échelons jusqu'en D1 écossaise. Comme il n'avait pas de stade digne de ce nom, il dut aller jouer à Motherwell. Les supporters ne suivirent pas et à la mort de Brooks Mileson, son propriétaire, le club fit faillite. Depuis, plus aucun club écossais n'a joué dans le championnat d'Angleterre mais l'inverse n'est pas vrai puisque les Berwick Rangers évoluent en Scottish League Two. Un choix dicté par la facilité puisque Berwick-Upon-Tweed, dans l'extrême nord de l'Angleterre, est bien plus proche d'Edimbourg que de Newcastle. Alors que les Rangers et le Celtic n'ont jamais réussi à accéder à la lucrative PremierLeague anglaise, les clubs gallois y sont autorisés. Cardiff City (entre-temps redescendu) et Swansea City ont évolué ou évoluent encore au plus haut niveau du football anglais. Ils sont, avec Wrexham, les porte-drapeaux du football gallois qui possède aussi son propre championnat, donnant accès aux compétitions européennes. Quelques clubs frontaliers anglais y prennent part. Il s'agit de Newcastle (Shropshire), Bucknell, Trefonen ou des New Saints. Il y a même des échanges entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. Derry City, club nord-irlandais, a toujours joué en Irlande. Et lorsqu'il fut exclu du championnat en raison de la guerre civile, il choisit de ne pas jouer du tout pendant 13 ans avant d'être réintégré. Les relations étant aussi bonnes et les conséquences peu nombreuses, on peut se demander pourquoi le monde du football est tellement réticent à l'idée de l'indépendance de l'Ecosse. Selon Sir Alex, le sport n'en sortirait pas grandi. Le Pays de Galles est trop petit pour accéder à un grand tournoi et la même chose risque d'arriver à l'Ecosse. Au niveau des clubs aussi, le football écossais se porte de plus en plus mal. Depuis les problèmes financiers des Rangers, le Celtic est le borgne au pays des aveugles. Il a été éliminé par Maribor lors des play-offs de la Ligue des Champions. La D2, où évoluent les Rangers ainsi que les deux clubs d'Edimbourg (Hibernian et Hearts), est actuellement plus attractive que la D1. Depuis 2002, les droits de télévision sont en chute libre et le nombre de grands joueurs en PremierLeague écossaise ne fait que diminuer. La semaine dernière, l'Ecosse a entamé contre l'Allemagne sa campagne de qualification pour l'EURO 2016. Dans le noyau de Gordon Strachan, on ne retrouvait qu'un seul joueur évoluant au sein d'un grand club anglais : Darren Fletcher (Manchester United). Ni le Celtic ni Manchester United n'étant qualifiés, on ne retrouve cette semaine aucun joueur écossais en Ligue des Champions. L'époque des Dalglish, Souness, Strachanet Hansen est bel et bien révolue. Celle où des joueurs écossais remportaient le championnat d'Angleterre aussi. Il ne reste plus que des managers et ceux-ci ne veulent pas se retirer dans les Highlands. Pareil dans les autres sports. Car il y a du talent en Ecosse. Le tennisman Andy Murray, médaillé d'or aux Jeux olympiques de Londres, par exemple. Ou le coureur cycliste Chris Hoy, porte-drapeau de la Grande-Bretagne lors de la cérémonie d'ouverture et double médaillé olympique (sprint et keirin) à Londres. Ou encore Katherine Grainger, une référence du monde de l'aviron depuis 10 ans. Lors des derniers Jeux, les Ecossais ont rapporté 13 des 65 médailles à la Grande-Bretagne. Soit 20 %. Pas mal pour une nation de 5 millions d'habitants sur un total de 64,3 millions.PAR PETER T'KINTDans le noyau actuel de l'Ecosse, seul Fletcher joue pour un grand club anglais, ManU. Sir Alex Ferguson est un fervent partisan du No. Il y a encore du talent sportif en Ecosse. Mais plus en tennis et en cyclisme qu'en foot.